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25 juin 201 4 25 /06 /juin /201 06:09
  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c'est que nous ne les avons pas compris."

 

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame.

Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde

PREMIÈRE LECTURE – Actes des Apôtres 12, 1 – 11

 

1 A cette époque,
le roi Hérode Agrippa
se mit à maltraiter certains membres de l’Eglise.
2 Il supprima Jacques, frère de Jean,
en le faisant décapiter.
3 Voyant que cette mesure était bien vue des Juifs,
il décida une nouvelle arrestation,
celle de Pierre.
On était dans la semaine de la Pâque.
4 Il le fit saisir, emprisonner,
et placer sous la garde de quatre escouades de quatre soldats ;
il avait l’intention de le faire comparaître en présence du peuple
après la fête.
5 Tandis que Pierre était ainsi détenu,
l’Eglise priait pour lui devant Dieu avec insistance.
6 Hérode allait le faire comparaître ;
la nuit précédente, Pierre dormait entre deux soldats,
il était attaché avec deux chaînes
et, devant sa porte,
des sentinelles montaient la garde.
7 Tout à coup surgit l’Ange du Seigneur,
et une lumière brilla dans la cellule.
L’Ange secoua Pierre, le réveilla
et lui dit : « Lève-toi vite. »
Les chaînes tombèrent de ses mains.
8 Alors l’Ange lui dit :
« Mets ta ceinture et tes sandales. »
Pierre obéit, et l’Ange ajouta :
« Mets ton manteau et suis-moi. »
9 Il sortit derrière lui,
mais ce qui lui arrivait grâce à l’Ange,
il ne se rendait pas compte que c’était vrai,
il s’imaginait que c’était une vision.
10 Passant devant un premier poste de garde
puis devant un second,
ils arrivèrent à la porte en fer donnant sur la ville.
Elle s’ouvrit toute seule devant eux.
Une fois dehors, ils marchèrent dans une rue,
puis, brusquement, l’Ange le quitta.
11 Alors Pierre revint à lui, et il dit :
« Maintenant je me rends compte que c’est vrai :
Le Seigneur a envoyé son Ange,
et il m’a arraché aux mains d’Hérode
et au sort que me souhaitait le peuple juif. »


Le caractère miraculeux de la délivrance de Pierre ne doit pas faire oublier dans quelle ambiance vit la très jeune Eglise chrétienne : Jésus a été exécuté probablement en avril 30. Au début, ses disciples étaient fort peu nombreux et n’inquiétaient personne ; les choses se sont gâtées pour eux quand ils ont opéré quelques guérisons un peu trop spectaculaires ; c’est ainsi que Pierre a déjà été mis en prison deux fois par les autorités religieuses ; la première fois, avec Jean, s’est soldée par une comparution au tribunal et des menaces ; la deuxième fois, il était avec d’autres apôtres que Luc ne nomme pas, et ils ont été libérés déjà de manière miraculeuse : « Le Grand Prêtre et tout son entourage furent remplis de fureur ; ils firent appréhender les apôtres et les jetèrent publiquement en prison. Mais, pendant la nuit, l’Ange du Seigneur ouvrit les portes de la prison, les fit sortir et leur dit : Allez, tenez-vous dans le Temple, et là, annoncez au peuple toutes ces paroles de vie ! » (Ac 5, 17-20).

Puis, quelques mois ou quelques années plus tard, les mêmes autorités religieuses interviennent une nouvelle fois contre les Chrétiens, exécutent Etienne et déclenchent une véritable persécution qui pousse les plus menacés d’entre eux (ceux qu’on appelle les « Hellénistes ») à quitter Jérusalem pour la Samarie et la côte méditerranéenne. Jacques, Pierre et Jean (comme l’ensemble des douze) sont restés à Jérusalem.

Dans l’épisode qui nous est raconté ici, c’est le pouvoir politique qui s’en prend à eux ; cela se passe sous Hérode Agrippa : or celui-ci n’a régné que de 41 à 44 ap. J.C. L’emprisonnement de Pierre date donc des années 41 à 44. (Pour une fois, nous pouvons situer historiquement un épisode du Nouveau Testament avec une relative précision).

Hérode Agrippa, est le petit-fils d’Hérode le Grand, celui qui régnait au moment de la naissance de Jésus. Il est soucieux de ménager la chèvre et le chou, c’est-à-dire le pouvoir Romain d’un côté, les Juifs de l’autre, à tel point qu’on dit de lui qu’il est Romain à Césarée et Juif à Jérusalem. De toutes manières, donc, qu’il cherche à plaire aux Juifs ou qu’il cherche à plaire aux Romains, il ne peut qu’être ennemi des Chrétiens. C’est dans ce cadre-là que, pour se faire bien voir des Juifs, il fait exécuter Jacques (fils de Zébédée) et emprisonne Pierre.

Cette fois encore, Pierre va en réchapper miraculeusement ; mais ce qui intéresse Luc, ici, beaucoup plus que le sort personnel de Pierre, c’est la mission d’évangélisation ; c’était bien le sens des paroles de l’Ange la première fois « Allez, tenez-vous dans le Temple, et là, annoncez au peuple toutes ces paroles de vie ! » Si les Apôtres sont libérés, c’est parce que le monde a besoin d’eux. Dans cette tâche, Dieu ne les abandonnera pas, il ne permettra pas qu’une domination aveugle entrave l’annonce de la parole de Vie.

Vieille histoire : chaque année, dans la célébration de la Pâque le peuple juif fait mémoire de la libération d’Egypte ; les Hébreux réduits en esclavage et menacés d’un véritable génocide ont été miraculeusement libérés. Relisant leur histoire, de siècle en siècle, d’année en année, ils affirment et ils annoncent au monde que cette libération est l’œuvre de Dieu.

Malheureusement, par un mystérieux retournement, il peut arriver que ceux qui sont chargés d’annoncer au monde et d’accomplir eux-mêmes, au service des hommes, l’œuvre libératrice de leur Dieu, se fassent à leur tour complices d’une nouvelle forme de domination. Aucune Eglise n’est à l’abri de ce piège-là.

Jésus est mort de cette perversion du pouvoir religieux de son temps ; et Luc, dans son récit de la mort et de la Résurrection du Christ, a bien mis en valeur ce paradoxe : c’est dans le cadre de la Pâque juive, mémorial du Dieu libérateur, que le Fils de Dieu lui-même a été supprimé par les défenseurs de Dieu. Mais ce sont l’amour et le pardon du Dieu « doux et humble de coeur » qui ont eu le dernier mot : Jésus est ressuscité.

Voici à son tour la jeune Eglise affrontée à la domination aveugle des pouvoirs religieux et politique, tout comme Jésus une dizaine ou une quinzaine d’années plus tôt ; et cette fois encore, c’est dans le cadre de la Pâque juive, à Jérusalem. (La fête juive de la Pâque dure une semaine qui commence avec le repas pascal et se continue par la semaine des Azymes ; c’est dans le courant de cette semaine que Pierre est arrêté).
L’Ange ne dit que quelques mots à Pierre, mais ils ressemblent étrangement aux ordres qui avaient été donnés au peuple, la nuit de la sortie d’Egypte : « Ayez la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez à la hâte » (Ex 12, 11) ; Pierre s’entend dire « Lève-toi vite ! Mets ta ceinture, lace tes sandales… » Luc veut certainement faire comprendre à ses lecteurs que Dieu poursuit son œuvre de libération. Puis, tout le récit de la libération miraculeuse de Pierre est écrit sur le modèle et avec le vocabulaire de la Passion et de la Résurrection du Christ. Les décors sont semblables, évidemment : c’est la nuit, la prison, les soldats, le « rouleau compresseur », disait un jour un prisonnier politique. Pierre dort, il est passif ; Jésus, lui, dort du sommeil de la mort. Pour eux deux, la lumière se lève dans la nuit, c’est Dieu qui agit.

Jésus l’avait bien dit à Pierre : « les forces de la mort, entendez de la haine, ne l’emporteront pas. »
—————-
Note
1 – L’emprisonnement de Pierre est rapporté dans les Actes des Apôtres (chapitre 12) et la Passion du Christ, dans l’évangile de Luc (chapitres 22 à 24).


PSAUME – 33 (34), 2 – 9

 

2 Je bénirai le SEIGNEUR en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
3 Je me glorifierai dans le SEIGNEUR :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

4 Magnifiez avec moi le SEIGNEUR,
exaltons tous ensemble son nom.
5 Je cherche le SEIGNEUR, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

6 Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
7 Un pauvre crie ; le SEIGNEUR entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

8 L’ange du SEIGNEUR campe alentour,
pour libérer ceux qui le craignent.
9 Goûtez et voyez : le SEIGNEUR est bon !
Heureux qui trouve en lui son refuge !


« L’ange du SEIGNEUR campe à l’entour, pour libérer ceux qui le craignent. » Evidemment, on ne s’étonne pas de chanter ce psaume après avoir entendu le récit de la délivrance miraculeuse de Pierre de la prison de Jérusalem. Le livre des Actes nous dit que tout l’entourage de Pierre, toute la jeune Eglise était en prière : « Tandis que Pierre était détenu, l’Eglise priait pour lui devant Dieu avec insistance. »

« Un pauvre crie ; le SEIGNEUR entend… » La foi, c’est cela : oser crier vers Dieu et savoir en toutes circonstances qu’il entend notre cri. Le Seigneur a bien entendu le cri de la communauté et Pierre a été délivré.
Mais, sans faire de mauvais esprit, il faut bien reconnaître que Jésus sur la croix n’a pas échappé à la mort et que Pierre lui-même, sera quelques années plus tard emprisonné à Rome et exécuté. Alors est-ce que le Seigneur n’entendait plus ?

C’est une question qui revient souvent dans nos vies : où est Dieu quand nous souffrons ? A quoi sert de prier ? Si nous ne sommes pas exaucés comme nous voudrions, est-ce parce que nous aurions mal prié ? Ou pas assez ? Et il se trouve malheureusement toujours des voisins pour nous dire que si nous prions bien, tout va s’arranger… Or il faut bien reconnaître que ce n’est pas toujours le cas. Combien de croyants ont prié, fait des neuvaines, des pèlerinages pour obtenir une guérison, par exemple, et la guérison n’est pas venue.

Il me semble que la réponse à nos questions sur la prière tient en trois points : premièrement, oui, Dieu entend nos cris ; deuxièmement, il nous répond en nous donnant son Esprit ; troisièmement, il suscite auprès de nous des frères.

Premièrement, Dieu entend nos cris : rappelez-vous l’épisode du buisson ardent au chapitre 3 du livre de l’Exode : « Dieu dit à Moïse : Oui, vraiment, j’ai vu la misère de mon peuple en Egypte, et je l’ai entendu crier sous les coups de ses gardes-chiourme. Oui, je connais ses souffrances. » Le croyant, c’est celui, justement, qui sait à tout instant que le Seigneur est proche de nous, dans la souffrance, qu’il est « de notre côté » : ce que dit notre psaume 33/34 à sa manière : « Je cherche le SEIGNEUR, il me répond… il me délivre. Il entend, il sauve, son ange campe alentour, il libère ceux qui le craignent, il est un refuge. »

Deuxièmement, Dieu nous répond en nous donnant son Esprit : c’est le sens du fameux passage de Saint Luc « frappez, on vous ouvrira »… Nous ne le lisons pas toujours jusqu’au bout et nous sommes tentés d’en déduire que tout devrait s’arranger si nous priions comme il faut ; mais ce n’est pas cela que Jésus promet : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe, on ouvrira. Quel père, parmi vous, si son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu de poisson ? Ou encore, s’il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui lui demandent. » (Lc 11, 9-13).

Quand nous prions, nous dit Luc, Dieu ne fait pas disparaître tout souci comme par un coup de baguette magique, mais il nous remplit de son Esprit, et alors, avec l’Esprit de Dieu, nous pouvons affronter les épreuves de notre vie. Toute prière nous ouvre à l’action transformante de l’Esprit ; la réponse de Dieu à notre cri, c’est de susciter en nous la force nécessaire pour modifier la situation, pour nous aider à passer le cap. Nous ne sommes plus seuls, et nous sommes réellement délivrés de nos angoisses. « Un pauvre crie ; le SEIGNEUR entend : il le sauve de toutes ses angoisses… Je cherche le SEIGNEUR, il me répond : de toutes mes frayeurs, il me délivre. » Quels que soient les coups, le croyant sait que le Seigneur l’entend crier… et son angoisse peut disparaître.

Troisièmement, Dieu suscite auprès de nous des frères. C’est la deuxième leçon du buisson ardent : quand Dieu dit à Moïse « Oui, vraiment, j’ai vu la misère de mon peuple en Egypte, et je l’ai entendu crier sous les coups… Oui, je connais ses souffrances… », il suscite en même temps chez Moïse l’élan nécessaire pour entreprendre la libération du peuple.

« Et maintenant, puisque le cri des fils d’Israël est venu jusqu’à moi, puisque j’ai vu le poids que les Egyptiens font peser sur eux, va, maintenant ; je t’envoie vers Pharaon, fais sortir d’Egypte mon peuple, les fils d’Israël. » (Ex 3, 9-10).

Le peuple d’Israël, et c’est lui, d’abord, comme toujours, qui parle dans ce psaume, a vécu de nombreuses fois cette expérience : de la souffrance, du cri, de la prière ; et chaque fois, il peut en témoigner, Dieu a suscité les prophètes, les chefs dont il avait besoin pour prendre son destin en main. Et c’est bien l’expérience historique d’Israël qui est dite ici.

La foi apparaît alors comme un double cri de l’homme : l’homme crie sa détresse vers Dieu, comme Job… Dieu l’entend, le libère de son angoisse… et l’homme reprend la parole, cette fois pour rendre grâce. La vocation d’Israël, tout au long des siècles, a été de faire retentir ce cri, cette polyphonie, pourrait-on dire, mêlée de souffrance, de louange et d’espoir. A travers les vicissitudes de son histoire, rien n’a pu faire taire l’espoir d’Israël. C’est cela justement qui caractérise le croyant.

« Je bénirai le SEIGNEUR en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres. Je me glorifierai dans le SEIGNEUR : que les pauvres m’entendent et soient en fête ! »


DEUXIÈME LECTURE – 2 Timothée 4, 6 – 8 . 17 – 18

 

6 Me voici déjà offert en sacrifice,
le moment de mon départ est venu.
7 Je me suis bien battu,
j’ai tenu jusqu’au bout de la course,
je suis resté fidèle.
8 Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne du vainqueur :
dans sa justice, le Seigneur, le juge impartial,
me la remettra en ce jour-là,
comme à tous ceux qui auront désiré avec amour
sa manifestation dans la gloire.
16 Tout le monde m’a abandonné ;
17 le Seigneur, lui, m’a assisté.
Il m’a rempli de force
pour que je puisse jusqu’au bout annoncer l’Evangile
et le faire entendre à toutes les nations païennes.
J’ai échappé à la gueule du lion ;
18 le Seigneur me fera encore échapper
à tout ce qu’on fait pour me nuire.
Il me sauvera et me fera entrer au ciel, dans son Royaume.
A lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.


Vous savez qu’on n’est pas tout à fait certains que les lettres à Timothée soient réellement de Paul, mais peut-être d’un disciple quelques années plus tard ; en revanche, les lignes que nous lisons aujourd’hui, tout le monde s’accorde à reconnaître qu’elles sont de lui, et même qu’elles sont le testament de Paul, son dernier adieu à Timothée.

Paul est dans sa prison à Rome, il sait maintenant, très certainement, qu’il n’en sortira que pour être exécuté ; le moment du grand départ est arrivé ; ce départ, il le dit par le mot (αναλυσις) qu’on emploie en grec pour dire qu’on largue les amarres, qu’on lève l’ancre.

Il sait qu’il va paraître devant Dieu, et il fait son bilan : se retournant en arrière, (au cinéma on dirait qu’il fait un flashback), il reprend une comparaison qui lui est très habituelle, celle du sport : imaginez un coureur de fond au moment de franchir le premier la ligne d’arrivée : il a tenu jusqu’au bout de la course, il n’a pas déclaré forfait, il n’a plus qu’à recevoir la coupe ou la médaille ; Paul voit sa vie et celle de tous les apôtres comme une course de fond ; lui aussi, parvenu enfin à la ligne d’arrivée, il n’attend plus que la récompense : « Le moment de mon départ est venu. Je me suis bien battu, j’ai tenu jusqu’au bout de la course, je suis resté fidèle. Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne du vainqueur … » (à Rome, à l’époque de Paul, la récompense du vainqueur n’était pas une coupe, mais une couronne de lauriers).

Quand Paul dit, « Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne du vainqueur … », ne croyez pas qu’il se vante, comme s’il se croyait meilleur que tout le monde : car la course des apôtres est tout à fait particulière : dans cette course-là, tous les coureurs, entendez tous les apôtres, ont droit à la couronne ; il précise : « Dans sa justice, le Seigneur, le juge impartial, me remettra la couronne en ce jour-là, comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans la gloire ». Le juge impartial, celui qui sait voir les dispositions du coeur, sait que Paul et tant d’autres ont désiré avec amour l’avènement du Christ. Tous, ils recevront la couronne de gloire. Ce n’est donc pas de la prétention de la part de Paul, c’est simplement une confiance inébranlable en la bonté de Dieu.

Il ne voit pas pourquoi il se vanterait d’ailleurs, car la force de courir elle-même, il ne l’a pas trouvée en lui, c’est le Christ qui la lui a donnée : « Le Seigneur m’a rempli de force pour que je puisse jusqu’au bout annoncer l’Evangile et le faire entendre à toutes les nations païennes. »

Au fond, semble-t-il, il suffit d’attendre tout de Dieu : c’est lui qui donne la force de courir (pour reprendre l’image de Paul), et c’est lui aussi qui donne la récompense à tous les coureurs à la fin de la course ; car cette course n’est pas une compétition ; chacun à notre place, à notre rythme, il nous suffit de désirer avec amour l’avènement du Christ ; dans sa lettre à Tite, Paul définissait ainsi les Chrétiens : « Nous attendons la bienheureuse espérance et la manifestation de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ » ; vous avez reconnu là une phrase que nous redisons à chaque Messe : « Nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus-Christ notre Sauveur », et l’on sait bien le sens de ce ET : « Nous espérons le bonheur que tu promets QUI EST l’avènement de Jésus-Christ notre Sauveur ».

Au passage, on lit, encore une fois sous la plume de Paul, le mot « manifestation » du Christ ; c’est un mot qu’il emploie souvent : la manifestation totale et définitive du Christ a vraiment été l’horizon sur lequel il a toujours fixé les yeux, vers lequel il a couru toute sa vie.

Paul attendait donc tout de Dieu, et apparemment, il ne pouvait plus attendre grand chose des hommes : nous avons lu ici : « Tous m’ont abandonné », mais le verset n’est pas complet ; le voici en entier : « La première fois que j’ai présenté ma défense, dit-il, personne ne m’a soutenu : tous m’ont abandonné. Que Dieu ne leur en tienne pas rigueur » (2 Tm 4, 16). Comme le Christ sur la croix, comme Etienne, lors de son exécution à laquelle il assistait, Paul pardonne. Mais c’est dans cet abandon même, par les hommes, qu’il a expérimenté la présence, la force de son Seigneur.

Les deux dernières phrases du texte sont surprenantes : il est clair que Paul ne se fait aucune illusion sur son sort, il sait que le grand départ approche… et pourtant il dit « J’ai échappé à la gueule du lion ; le Seigneur me fera encore échapper à tout ce qu’on fait pour me nuire. » Ce n’est donc certainement pas de la mort physique qu’il parle, puisqu’il attend son exécution d’un jour à l’autre. Il sait très bien qu’il n’y échappera pas ; il parle d’un autre danger, beaucoup plus grave à ses yeux, celui dont il remercie le Seigneur de l’avoir préservé : « Je me suis bien battu, j’ai tenu jusqu’au bout de la course, je suis resté fidèle »… et encore : « Le Seigneur m’a rempli de force pour que je puisse jusqu’au bout annoncer l’Evangile et le faire entendre à toutes les nations païennes. » Déclarer forfait, abandonner la course, c’était le plus grand danger et là encore, il ne voit pas de raison de se vanter, puisque sa fidélité il la doit, non pas à ses propres forces, mais à la force que le Seigneur lui a donnée.

Il sait ce qui l’attend, oui, mais ce n’est peut-être pas ce que nous croyons : il va mourir, c’est certain, mais il sait que cette mort n’est que biologique ; elle n’est qu’une traversée pour entrer dans la gloire. « Il me sauvera et me fera entrer au ciel, dans son Royaume »… et déjà, Paul entonne le cantique de la gloire qu’il chantera en naissant à la vraie vie : « A lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen. »


ÉVANGILE – Matthieu 16, 13 – 19

 

13 Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe,
et il demandait à ses disciples :
« Le Fils de l’homme, qui est-il,
d’après ce que disent les hommes ? »
14 Ils répondirent :
« Pour les uns, il est Jean-Baptiste ;
pour d’autres, Elie ;
pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
15 Jésus leur dit :
« Et vous, que dites-vous ?
Pour vous, qui suis-je ? »
16 Prenant la parole, Simon-Pierre déclara :
« Tu es le Messie,
le Fils du Dieu vivant ! »
17 Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara :
« Heureux es-tu, Simon fils de Yonas :
ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela,
mais mon Père qui est aux cieux.
18 Et moi, je te le déclare :
Tu es Pierre,
et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ;
et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
19 Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux :
tout ce que tu auras lié sur la terre
sera lié dans les cieux,
et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »


Très certainement, aux yeux de Matthieu, cet épisode de Césarée constitue un tournant dans la vie de Jésus ; car c’est juste après ce récit qu’il ajoute « A partir de ce moment, Jésus Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des Anciens, des Grands Prêtres et des scribes, être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter. » L’expression « A partir de ce moment » veut bien dire qu’une étape est franchie.

Une étape est franchie, certainement, mais en même temps, et c’est ce qui est le plus surprenant dans ce passage, rien n’est dit de neuf ! Jésus s’attribue le titre de Fils de l’homme, ce qu’il a déjà fait neuf fois dans l’évangile de Matthieu ; et Pierre lui attribue celui de Fils de Dieu, et il n’est pas non plus le premier à le faire !

Premier titre, le « Fils de l’homme » : une expression sortie tout droit du livre de Daniel, au chapitre 7 ; « Je regardais dans les visions de la nuit, et voici que sur les nuées du ciel venait comme un Fils d’homme ; il arriva jusqu’au Vieillard, et on le fit approcher en sa présence. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient. Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite. » (Dn 7, 13 – 14). Quelques versets plus loin, Daniel précise que ce Fils d’homme n’est pas un individu solitaire, mais un peuple : « Les Saints du Très-Haut recevront la royauté, et ils possèderont la royauté pour toujours et à tout jamais… La royauté, la souveraineté et la grandeur de tous les royaumes qu’il y a sous tous les cieux, elles ont été données au peuple des Saints du Très-Haut : sa royauté est une royauté éternelle ; toutes les souverainetés le serviront et lui obéiront. » (Dn 7, 18. 27). Quand Jésus s’applique à lui-même ce titre de Fils de l’homme, il se présente donc comme celui qui prend la tête du peuple de Dieu.

Le deuxième titre qui lui est donné ici, c’est celui de « Fils de Dieu ». Ce n’est pas la première fois non plus. Dès le début de l’évangile, par exemple, au chapitre 4, c’est le diable qui tente Jésus au désert, en employant ce titre « Si tu es le Fils de Dieu ». Il a raison d’employer le titre, mais il se trompe sur son contenu. Il ne peut qu’imaginer un Fils de Dieu puissant et invulnérable, exploitant sa puissance à son propre profit. Pour Jésus, être fils de Dieu, c’est faire totalement confiance à son Père et se nourrir de sa Parole.

Une autre fois, après avoir vu Jésus marcher sur les eaux, les disciples s’étaient prosternés devant Jésus qui remontait dans la barque et lui avaient dit : « Vraiment, tu es Fils de Dieu. » C’est la puissance de Jésus sur la mer qui les avait impressionnés. Il restait toute une étape à franchir pour découvrir qui est réellement Jésus.

A Césarée, ce qui est nouveau, c’est que Pierre ne dit pas cela devant une manifestation de puissance de Jésus. Cela veut dire qu’une étape est franchie : il n’y a plus d’ambiguïté sur le titre de Fils de Dieu. Pierre est en marche vers la foi. « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. »

Ce qui est nouveau aussi, à Césarée, ce n’est pas l’usage de l’un ou l’autre des deux titres de Jésus, c’est leur jonction. « Qui est le fils de l’homme ? » demande Jésus et Pierre répond « Il est le Fils de Dieu ». Jésus fera le même rapprochement au moment de son interrogatoire par le Grand Prêtre : celui-ci lui demande « Je t’adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es toi, le Messie, le Fils de Dieu. » et Jésus répond « Tu le dis. Seulement, je vous le déclare, désormais vous verrez le Fils de l’homme siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel. » (Mt 26, 63). Là non plus, bien sûr, on ne peut plus se tromper : Dieu se révèle non comme un Dieu de puissance et de majesté, mais comme l’amour livré aux mains des hommes.

Dès que Pierre a découvert qui est Jésus, celui-ci aussitôt l’envoie pour l’Eglise : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise » ; on l’a vu tout à l’heure, le Fils de l’homme n’est pas un individu isolé, c’est un peuple. Et sur quoi le Christ construit-il son Eglise ? Sur la personne d’un homme dont la seule vertu est d’avoir écouté ce que le Père lui a révélé. Cela veut bien dire que le seul pilier de l’Eglise, c’est la foi en Jésus-Christ. Et Jésus ajoute : « Ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux » : cela ne veut pas dire que Pierre et ses successeurs sont désormais tout-puissants ! Cela veut dire que Dieu promet de s’engager auprès d’eux. Pour nous, il nous faut et il nous suffit d’être en communion avec notre Eglise pour être en communion avec Dieu.

Dernier motif pour nous rassurer : Jésus dit « JE bâtirai mon Eglise » : c’est lui, Jésus, qui bâtit son Eglise. Nous ne sommes pas chargés de bâtir son Eglise, mais simplement, d’écouter ce que le Dieu vivant veut bien nous révéler. Et parce que c’est le Christ ressuscité, Fils du Dieu vivant, qui bâtit, nous pouvons en être certains, « La puissance de la mort ne l’emportera pas ».

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, année liturgique A, Saint Pierre et saint Paul, Apôtres  (29 juin 2014)

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