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29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 23:22

Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde, en

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Attention le texte écrit peut différer des versions audio (Radio-Notre-Dame) et vidéo (KTO TV) qui ont été modifiées par Marie-Noëlle Thabut, parfois pour les améliorer, parfois pour s'adapter aux formats imposés par ces chaînes de radio ou de télévision. Dans cette hypothèse, nous mettons en italiques les passages supprimés pour ces médias.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c'est que nous ne les avons pas compris."

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame (disponible seulement à compter du 4 novembre 2017).

En bas de page, vous avez les versions vidéo des commentaires, trouvées sur KTO TV.

LECTURE DU LIVRE DU PROPHÈTE MALACHIE 1,14b- 2,2b. 8-10

 

1, 14                    Je suis un Grand Roi,
                        dit le SEIGNEUR de l'univers,        
                       et mon Nom inspire la crainte parmi les nations.
2, 1                       Maintenant, prêtres, à vous cet avertissement :
    2                 Si vous n'écoutez pas,           
                       si vous ne prenez pas à cœur de glorifier mon Nom,           
                        - dit le SEIGNEUR de l'univers, -   
                        j'enverrai sur vous la malédiction,     
                        je maudirai les bénédictions que vous prononcerez.
    8                 Vous vous êtes écartés de la route,   
                       vous avez fait de la Loi une occasion de chute pour la multitude,  
                       vous avez détruit mon Alliance avec mon serviteur Lévi,   
                       dit le SEIGNEUR de l'univers.
    9                 À mon tour je vous ai méprisés,        
                       abaissés devant tout le peuple,         
                       puisque vous n'avez pas gardé mes chemins,           
                       mais agi avec partialité dans l’application de la Loi.
    10               Et nous, n'avons-nous pas tous un seul Père ?         
                       N'est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ?
                       Pourquoi nous trahir les uns les autres,         
                       profanant ainsi l'Alliance de nos pères ?

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        Malachie accumule les reproches : les prêtres et le peuple, tout le monde se fait rappeler à l’ordre. Les prêtres sont accusés de « détruire l’alliance », les laïcs de la « profaner ». Chose intéressante, ce n’est pas le même mot : cela veut dire au moins que les responsabilités se situent à des niveaux différents.

         Déjà, à entendre le ton violent de ce texte, on peut deviner un peu le contexte : nous sommes au cinquième siècle avant J.C. probablement vers 470 ; depuis le retour de l’Exil à Babylone, on assiste à un relâchement moral et religieux, c’est-à-dire tout le contraire de ce qu’on aurait imaginé ; de loin, en Exil, on avait imaginé ce retour : retour au pays, mais surtout retour à la vie de foi, de prière, et de fraternité qui était l’idéal de l’Alliance proposée par Dieu.

         Dieu, lui, n’a pas changé, dit Malachie qui commence son livre par ces mots : « Je vous aime », dit le SEIGNEUR (Ml 1, 2) et par « Je suis Père » (Ml 1, 6). Sur cette base, le prophète rappelle au peuple d’Israël, prêtres et laïcs, les exigences de la fidélité à un tel amour. Les prêtres sont les serviteurs de la Parole : donc ils doivent l’annoncer sans la dénaturer ; leur fidélité à l’Alliance de Dieu se vérifie dans leur fidélité à annoncer cette parole... Et, si on en croit ce texte, les prêtres contemporains de Malachie méritaient un sévère rappel à l’ordre. Quant au peuple tout entier, c’est dans la qualité des relations mutuelles qu’il vit sa fidélité à l’amour paternel de Dieu. Il est très intéressant de voir comme dans un livre extrêmement court, Malachie dit les trois points les plus importants de la foi juive : 1) Dieu est Père, 2) il propose son Alliance, 3) cette Alliance se vit indissociablement dans le service de Dieu ET dans le service des frères. Tout cela, nous le trouvons ramassé dans le texte d’aujourd’hui.

         Quelques mots, d’abord, sur cette formule un peu étonnante : « Je suis un Grand Roi et mon Nom inspire la crainte parmi les nations ». « Le grand roi », c’est le titre que se faisaient donner les rois d’Assyrie, dans leurs heures de gloire (on en a des traces dans le livre des Rois) ; ne nous étonnons donc pas que le prophète l’applique à Dieu, pour bien affirmer qu’il n’y a qu’un grand roi véritable, le Dieu d’Israël. Mais, en fait, cette phrase est pleine d’ironie ; car c’est exactement ce que les prêtres faisaient chanter aux pèlerins à Jérusalem : des phrases comme « Le SEIGNEUR est roi à tout jamais » (Ps 9/10, 16),  « Le SEIGNEUR, le tout-puissant, c’est lui le roi de gloire » (Ps 23/24, 10), « Le SEIGNEUR est le grand Dieu, le grand roi au-dessus de tous les dieux » (Ps 94/95, 3) étaient habituelles dans les psaumes. On trouve même des formules qui semblent être le modèle de Malachie : « Le SEIGNEUR, le Très-Haut, est terrible ; il est le grand roi sur toute la terre... Car le roi de toute la terre, c’est Dieu... Dieu règne sur les nations » (Ps 46/47, 3s)  ou mieux encore : « Le SEIGNEUR est roi : Que les peuples tremblent !... Le SEIGNEUR est grand dans Sion et il domine tous les peuples : qu’ils célèbrent ton nom grand et terrible ! (Ps 98/99, 1s). En parodiant ces belles prières, Malachie insinue : c’est bien beau de faire chanter tous ces cantiques ; mais vous êtes les premiers, vous les prêtres, à trahir votre prétendu roi.

         Or, de la part des prêtres, c’était particulièrement grave ; comme disait le livre du Deutéronome, la première fonction de la tribu de Lévi (c’est-à-dire les prêtres), c’était d’assurer la prédication et le culte. Voici comment la définissait le livre du Deutéronome :  « Ils ont gardé ta parole et maintenu ton Alliance, ils enseignent tes ordonnances à Jacob et ta Loi à Israël ; ils présentent l’encens à tes narines et l’holocauste sur ton autel » (Dt 33, 9-10). Tout cela, c’était le programme, si l’on peut dire... mais qui d’entre nous peut se vanter d’être fidèle en tout point à sa mission ? Et, si on en croit ce texte, les prêtres contemporains de Malachie, particulièrement, méritaient un sévère rappel à l’ordre.

         Plus leur mission était noble et haute, plus ils étaient coupables ; dans d’autres versets qui ne font pas partie de la lecture liturgique de ce dimanche, Malachie rappelle la grandeur des débuts du sacerdoce avec Moïse et Aaron ; la confiance de Dieu reposait sur eux : « Mon alliance avec la tribu de Lévi était vie et paix, je les lui accordais, ainsi que la crainte, et il me craignait. Devant mon nom, il restait saisi. La loi de vérité était dans sa bouche, et rien de mal ne se trouvait sur ses lèvres. Dans la paix et la droiture, il marchait avec moi ; nombreux furent ceux qu’il ramena de la faute. En effet, les lèvres du prêtre gardent la connaissance de la Loi, et l’on recherche l’instruction de sa bouche, car il est le messager du SEIGNEUR de l’univers. » (Ml 2, 5-7).

         Mais qui dit mission dit responsabilité ; c’est à ceux à qui on a fait le plus confiance qu’on fera les plus durs reproches ! C’est pourquoi Malachie continue : « Vous, au contraire, vous vous êtes écartés de la route... » Alors il ne faut pas s’étonner des conséquences : Malachie constate que le clergé a perdu toute influence et toute considération ; à ceux qui s’en étonnent, il donne l’explication : votre attitude défigure l’image de Dieu, ne vous étonnez pas que le peuple se détourne de cette caricature. D’où cette phrase terrible : « Je vous ai méprisés, abaissés devant tout le peuple ».

         On retrouve dans ce livre de Malachie des échos du livre du Deutéronome (dont on sait bien que certaines parties sont très tardives) ; c’est bien en tout cas le même courant théologique qui s’exprime : « Si tu ne veilles pas à mettre en pratique toutes les paroles de cette Loi, paroles écrites dans ce livre, pour que tu craignes ce Nom glorieux et redoutable, « Le SEIGNEUR ton Dieu », alors le SEIGNEUR te frappera de manière stupéfiante, toi et ta descendance, il te frappera de plaies graves et tenaces... » (Dt 28, 58-59).

         Et Malachie n’est pas le seul à le dire ! Par exemple Osée : « Puisque tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai et tu ne seras plus mon prêtre » (Os 4, 5) ; et plus tard Jérémie : « Les dépositaires de la Loi ne m’ont pas connu » (Jr 2, 8).

         Voilà pour les prêtres, au tour des laïcs maintenant ! Malachie est moins violent mais tout aussi clair : quand nous nous maltraitons mutuellement, nous profanons l’Alliance ; son argument est tout simple (d’une « simplicité biblique », dirait-on) :  « N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? » L’unique fondement de la morale est là, dans le projet du Dieu Créateur : il est notre Père, donc nous sommes tous frères ; il y a là toute la Loi et les prophètes.

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PSAUME  130 (131), Psaume des montées

 

1          SEIGNEUR, je n'ai pas le cœur fier 
            ni le regard ambitieux ;         
            je ne poursuis ni grands desseins,     
            ni merveilles qui me dépassent.

2          Non, mais je tiens mon âme  
            égale et silencieuse ;  
            mon âme est en moi comme un enfant,        
            comme un petit enfant contre sa mère.

3          Attends le SEIGNEUR, Israël,        
            maintenant et à jamais.

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        Chose curieuse : d’habitude, le psaume est complètement en harmonie avec la première lecture, et souvent on peut se dire  « Il en est l’écho le plus fidèle ». Aujourd’hui, c’est le contraire : la parole du prophète Malachie était violente, sévère... Il fustigeait les prêtres aussi bien que le peuple qui trahissaient l’idéal de l’Alliance ; en réponse, le psaume est plein de douceur ; ce contraste est certainement voulu et l’on peut parier qu’il comporte la plus grande leçon à retenir de la liturgie de ce trente-et-unième dimanche !

         Nous pouvons entrer dans ce psaume par la dernière phrase : comme souvent, elle donne la clé de ce qui précède : « Attends le SEIGNEUR, Israël, maintenant et à jamais ». Attends, c’est-à-dire, en langage biblique, espère (Chouraqui traduit « souhaite »). Ce qui signifie non pas une attente passive, comme on attend patiemment le train qui viendra à son heure... mais l’attente du croyant, l’attente active, impatiente, ardente de la réalisation des promesses de Dieu. Pour Israël, ce mot « attendre » vise toujours la venue du Messie au Jour qu’on appelle le « Jour » de Dieu. C’est cette attente, cette espérance qui colore le présent : tout au long de l’histoire biblique, le peuple d’Israël vit debout, tourné vers l’avenir ; « Mon âme attend le Seigneur, plus qu’un veilleur n’attend l’aurore », dit le psaume 129/130. C’est cette foi indéracinable dans les promesses de Dieu qui nourrit son espérance et lui permet d’affronter le présent, quel qu’il soit. Il ne s’agit pas de s’endormir aujourd’hui, en attendant demain : il s’agit de vivre de toutes ses forces l’aujourd’hui de Dieu qui inlassablement fait surgir son projet, étape par étape.

         Mais ce n’est quand même pas toujours évident de garder confiance. Le peuple d’Israël en sait quelque chose. Alors le poète prend une comparaison, pour le moins audacieuse ; il avait sûrement sous les yeux une maman et son bébé : le petit enfant, dans les bras de sa maman, joue contre joue, tout tranquille. Nous avons tous vu ce spectacle merveilleux d’un bébé qui pleure, et tout d’un coup, c’est magique : sa maman le prend dans les bras et le voilà apaisé ! C’est exactement cette image-là que le psaume 130/131 nous propose ; ici, le petit enfant dont il s’agit, c’est le peuple d’Israël et la maman, c’est Dieu lui-même... il faut oser quand même ! Et si cet enfant-là s’apaise, c’est parce qu’il sait que le projet de Dieu, son Royaume de bonheur arrive. Il faut seulement savoir attendre.

         Soyons clairs : le texte biblique ne dit pas une seule fois que Dieu est féminin : quand on lui donne un titre pris dans le vocabulaire de la famille, c’est toujours celui de Père, jamais celui de mère. Donc, ne faisons pas dire au texte ce qu’il ne dit pas ! Son message, c’est « l’attitude d’Israël doit être empreinte de confiance paisible » et l’image que vous en connaissez et qui s’en rapproche le plus, c’est celle du nourrisson dans les bras maternels. Par exemple, on connaît cette phrase d’Isaïe : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi je ne t’oublierai pas » (Is 49, 15).

         La différence, c’est que le nourrisson n’a pas d’effort à faire pour trouver la paix dans les bras de sa maman ; pour Israël, au contraire, il y faut un effort constant, répété ; en hébreu, l’expression « je tiens mon âme égale et silencieuse » traduit un effort résolu pour apaiser les mouvements d’angoisse. Évidemment, si le psalmiste a eu besoin d’inventer cette comparaison rassurante, c’est justement parce que cela n’allait pas de soi.

         Pour en arriver à cet abandon humblement accepté, (le mot « abandon » le dit bien), il a fallu renoncer à tout rêve de grandeur : « SEIGNEUR, je n’ai pas le cœur fier, ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent ». Ce psaume assez récent (il date probablement d’après l’Exil) traduit une nouvelle étape spirituelle en Israël : tout rêve de grandeur évanoui, on s’émerveille seulement d’être le peuple aimé de Dieu.

         Pourtant, les rêves de grandeur, les « merveilles » de Dieu faisaient très normalement partie de la foi d’Israël : le mot « merveilles » évoque inévitablement les prodiges de l’Exode ; les « grands desseins », les heures de gloire, faisaient habituellement partie des promesses des prophètes. On se rappelle toutes les promesses concernant Jérusalem ; par exemple « Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi… Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi... » (Is 60, 1-4). Comment entendre ces paroles sans rêver de jours glorieux plus beaux encore que le règne de Salomon dont la grandeur restait un modèle ?

         En renonçant à tout rêve de grandeur et de domination politique, Israël découvre son nouveau rôle de témoin de Dieu au milieu des nations : non plus un Dieu de puissance et de gloire, mais un Dieu de tendresse. Dieu a lentement, patiemment mené son peuple jusqu’à cette ultime étape spirituelle : il a fallu des siècles pour découvrir son vrai visage. Tant qu’on imaginait un Dieu marchant à la tête des armées, on ne pouvait envisager son salut qu’en termes de victoires politiques et de domination universelle ; désormais, arrivés au bout de ce chemin spirituel, on attend bien le salut universel, mais, cette fois, c’est en termes de tendresse et de fraternité.

         Et là on comprend mieux ce contraste que nous avons relevé plus haut entre la lecture de Malachie et ce psaume : le prophète se montre sévère et même violent envers des prédicateurs indignes de leur mission ; le psaume apporte une conclusion, un peu comme si l’on disait à ces prédicateurs : voilà les sentiments qui devraient vous habiter, quittez vos idées de grandeur et de domination, puisque nous sommes tous les enfants d’un même Père.

         À son tour, Jésus s’inscrit dans cette même ligne : « Si vous ne devenez comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux ».

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LECTURE DE LA PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX THESSALONICIENS   2, 7b...13


 

         Frères,
7       nous avons été pleins de douceur avec vous,
         comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons.
8       Ayant pour vous une telle affection,
         nous aurions voulu vous donner non seulement l’Évangile de Dieu,
         mais jusqu’à nos propres vies,
         car vous nous étiez devenus très chers.
9       Vous vous rappelez, frères, nos peines et nos fatigues :
         c’est en travaillant nuit et jour,
         pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous,
         que nous vous avons annoncé l’Évangile de Dieu.
13     Et voici pourquoi nous ne cessons de rendre grâce à Dieu :
         quand vous avez reçu la parole de Dieu
         que nous vous faisions entendre,
         vous l’avez accueillie pour ce qu’elle est réellement,
         non pas une parole d’hommes,
         mais la parole de Dieu
         qui est à l’œuvre en vous, les croyants.

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« Frères, nous avons été pleins de douceur avec vous » : le mot grec qui a été traduit ici par « douceur »  n’est employé que deux fois par Paul, la seconde dans la deuxième lettre à Timothée : « Le serviteur du Seigneur doit être doux envers tous » (2 Tim 2, 24). C’est une recommandation à ceux qui exercent l’autorité ; douceur ne signifie donc pas mièvrerie, on dit bien qu’elle est la vertu des forts. D’ailleurs l’image d’une mère qui entoure de soins ses nourrissons n’exclut pas la fermeté : une vraie mère sait faire preuve d’autorité au beau sens de ce mot qui veut dire « faire grandir ». Cette image de la mère, Paul, le Pharisien, connaisseur des Écritures, l’a héritée de l’Ancien Testament : nous l’avons entendue par exemple dans le psaume 130/131, qui nous est également proposé ce dimanche ; mais elle se trouve aussi dans des paroles d’Isaïe : « Car le SEIGNEUR le déclare : Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve et, comme un torrent qui déborde, la gloire des nations. Vous serez nourris, portés sur la hanche ; vous serez choyés sur ses genoux. Comme un enfant que sa mère console, ainsi, je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés. » (Is 66,12-13).

         Et comme une mère pleine d’affection, les apôtres ne délivrent pas seulement un message, ils se livrent eux-mêmes totalement : « Ayant pour vous une telle affection, nous aurions voulu vous donner non seulement l’Évangile de Dieu, mais jusqu’à nos propres vies... ». Pour que les Thessaloniciens ne soient pas privés de l’Évangile, Paul et ses compagnons étaient prêts à donner leur vie. Et ce n’est pas une image : on se souvient que la prédication de Paul, Silas et Timothée, dans toutes les villes où ils sont passés, et particulièrement à Thessalonique, a rencontré l’hostilité, la persécution et le risque de mort. C’est bien pour cela qu’ils ont dû quitter précipitamment cette jeune communauté et qu’ils sont allés porter l’Évangile ailleurs.

         On ne peut qu’être frappé, dans un passage aussi court, de l’insistance de Paul sur les expressions « l’Évangile de Dieu » et « la Parole de Dieu » : « Nous voudrions vous donner l’Évangile de Dieu » (au verset 8), « Nous vous avons annoncé l’Évangile de Dieu » (verset 9), « Vous avez reçu de notre bouche la Parole de Dieu... non pas une parole d’hommes, mais la Parole de Dieu » (verset 13). De cette insistance de Paul, il semble qu’on peut retenir au moins trois choses :

         Premièrement, l’urgence d’annoncer la Parole ; la Parole nous est confiée ; si nous ne la disons pas, qui la dira ? Dans la lettre aux Corinthiens, Paul parle d’une charge qui s’impose à lui : « Annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! Certes, si je le fais de moi-même, je mérite une récompense. Mais je ne le fais pas de moi-même, c’est une mission qui m’est confiée. » (1 Co 9,16-17). Paul dit ici exactement la même chose aux Thessaloniciens : « Vous vous rappelez nos peines et nos fatigues : c’est en travaillant nuit et jour pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous, que nous vous avons annoncé l’Évangile de Dieu ».

         Deuxièmement, cette parole annoncée par les apôtres n’est pas seulement parole d’hommes  : « Quand vous avez reçu la parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l’avez accueillie pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu qui est à l’œuvre en vous, les croyants. » L’apôtre du Nouveau Testament est ce qu’était le prophète dans l’Ancien Testament, c’est-à-dire la « bouche de Dieu » ; l’homme parle, mais c’est l’Esprit de Dieu qui se fait entendre à travers lui ; c’est dire à la fois la grandeur et les limites du rôle des prédicateurs : ils disent les paroles de la foi, mais la foi, c’est Dieu qui la donne.

« Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, écrira encore saint Paul aux Corinthiens, n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. » (1 Co 2,4-5). Rappelez-vous la phrase de Bernadette Soubirous, lorsqu’elle rapportait au curé de Lourdes plutôt sceptique les paroles de la « Dame » : « Elle ne m’a pas demandé de vous le faire croire, elle m’a demandé de vous le dire ». Il y a là un détachement et une humilité de l’apôtre ; cette parole lui appartient si peu, qu’il ne prétend pas en maîtriser les effets.

         Troisièmement, parce qu’elle est accueillie et reconnue comme Parole de Dieu, cette parole est efficace et transforme le cœur et la vie des croyants. Mais cela implique la liberté du cœur qui reçoit la Parole : « Par Jésus-Christ, nous avons reçu grâce et mission d’apôtre afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes » (Rm 1,5). On sait bien ce que veut dire le mot « obéissance » pour Paul : obéir (ob-audire en latin) c’est mettre son oreille devant la parole, c’est écouter avec confiance parce qu’on a reconnu une parole d’amour. L’apôtre ne peut conduire ses auditeurs que jusqu’à l’écoute de la Parole ; et c’est là que leur liberté entre en jeu ; dans une deuxième étape, dans leur cœur, l’écoute de la parole peut se faire « obéissance de la foi » c’est-à-dire écoute confiante et libre soumission. Alors tout s’éclaire et la vie prend sens ; d’expérience, on le sait bien : chaque fois qu’on essaie de découvrir un peu mieux la Parole de Dieu, c’est notre acte de foi préalable qui nous permet de déchiffrer un peu le mystère du dessein bienveillant de Dieu. C’est peut-être cela la bonne terre dont parle la Parabole du semeur.

         Finalement, la convergence des textes de ce dimanche est très grande : après les reproches que le prophète Malachie adressait aux prêtres du peuple d’Israël, Paul, dans sa lettre à l’Église de Thessalonique, apparaît comme le modèle du pasteur : porteur d’une parole qui n’est pas la sienne, mais celle de Dieu, il ne vit que pour la donner en nourriture à la communauté des disciples. Une tendresse maternelle l’unit à cette communauté, peines et fatigues ne comptent plus pour lui : il s’est complètement oublié lui-même. Sa plus grande joie est de constater que les Thessaloniciens ont découvert à travers son message la Parole qui les fait vivre.

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Complément

Ce passage mérite d’être lu dans son contexte. Voici les versets précédents : Paul y dresse la liste des tentations auxquelles lui et ses compagnons n’ont pas succombé : « Jamais, nous n’avons eu un mot de flatterie, vous le savez, jamais de motifs intéressés, Dieu en est témoin ; jamais nous n’avons recherché la gloire qui vient des hommes, ni auprès de vous ni auprès d’autres personnes. Alors que nous aurions pu nous imposer en qualité d’apôtres du Christ, au contraire, nous avons été pleins de douceur avec vous, comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons. » (1 Thess 2, 5-7).

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ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU  23,1-12

 

          En ce temps-là,
1        Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples,
2        et il déclara :
          « Les scribes et les pharisiens enseignent
          dans la chaire de Moïse.
3        Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire,
          faites-le et observez-le.
          Mais n’agissez pas d’après leurs actes,
          car ils disent et ne font pas.
4        Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter,
          et ils en chargent les épaules des gens ;
          mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.
5        Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens :
          ils élargissent leurs phylactères
          et rallongent leurs franges ;
6        ils aiment les places d’honneur dans les dîners,
          les sièges d’honneur dans les synagogues
7        et les salutations sur les places publiques ;
          ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.
8        Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi,
          car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner,
          et vous êtes tous frères.
9        Ne donnez à personne sur terre le nom de père,
          car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux.
10      Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres,
          car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ.
11      Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
12      Qui s’élèvera sera abaissé,
          qui s’abaissera sera élevé. »

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        On pourrait appeler ce texte « les pièges de l’autorité » ou « conseils aux autorités », si vous préférez ; qu’il s’agisse des parents, des autorités religieuses (dans n’importe quelle religion, d’ailleurs) ou des autorités politiques, ou autres, les pièges ou les travers sont les mêmes. Ici, Jésus les a tous rassemblés en un seul portrait qui devient, du coup, caricatural. Bien évidemment, aucun Pharisien ne répondait à ce portrait-robot ; au contraire, les Pharisiens, dans leur ensemble, étaient des gens très respectables, soucieux d’être fidèles à l’Alliance de Dieu ; et l’exemple de Paul, le Pharisien qui pouvait se vanter d’observer scrupuleusement la Loi (Phi 3,6b) est là pour le prouver ; mais l’important était la leçon que Jésus voulait dégager pour ses interlocuteurs, qui étaient, d’après ce texte, « la foule et les disciples ». Car, après ce portrait, Jésus va dire « Pour vous » : pour vous, ne tombez pas dans ces pièges, dans ces travers que je viens de décrire.

         Premier piège : « ils disent et ne font pas » ; deuxième piège : pratiquer l’autorité comme une domination et non comme un service ; troisième piège : vouloir paraître ; quatrième piège : se croire important ! Avoir le goût des honneurs. On voit bien tout de suite que ce sont des travers communs à beaucoup de gens investis d’une charge quelle qu’elle soit !

         Premier piège, « ils disent et ne font pas » : ce travers est tellement humain que de nombreux commentaires juifs de la Bible insistaient sur l’importance de pratiquer ce qu’on enseigne : « Apprendre, garder et faire, il n’y a rien au-dessus » (« sifré », commentaire rabbinique sur le Deutéronome) ; « Celui qui apprend pour ne pas pratiquer, il vaudrait mieux pour lui qu’il ne fût pas créé » (idem sur le Lévitique) ; « C’est pour cela qu’a été donnée la Tora : pour apprendre, pour enseigner, pour garder et pour accomplir » (idem sur les Nombres) ; un autre commentaire rabbinique (Yebamot) disait : « Belles sont les paroles dans la bouche de qui les pratique, beau celui qui les enseigne et beau celui qui les pratique ». Jésus en dira autant : « Celui qui  observera les commandements et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le Royaume des cieux » (Mt 5,19). « Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. » (Mt 7, 21).   

         Deuxième piège, pratiquer l’autorité comme une domination et non comme un service : « Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. » L’avoir, le savoir, le pouvoir, peuvent être prétexte à domination ou à supériorité ; alors que cela peut aussi bien être vécu comme un merveilleux moyen de servir les autres : encore ne faudrait-il jamais oublier que tout ce que nous possédons nous est seulement confié comme une responsabilité à exercer au bénéfice de tous. Il y a pire encore, c’est d’asseoir son autorité sur un soi-disant « droit divin » : les religions n’y échappent pas toujours, les pouvoirs politiques non plus ; et c’est la source de combien de conflits sanglants.

         Troisième piège, vouloir paraître : « Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens : ils élargissent leurs phylactères1 et rallongent leurs franges. » Qui n’est jamais tombé dans ce travers d’aimer paraître, d’attirer sur soi la considération et l’intérêt ? Et pourtant, peu importe le nom du prédicateur (ou du théologien, ou du bibliste) : pourvu que, à travers ses paroles, l’auditoire ait entendu la Parole de Dieu.

         Quatrième piège, se croire important, avoir le goût des honneurs : « Ils aiment les places d’honneur dans les dîners, les sièges d’honneur dans les synagogues et les salutations sur les places publiques, ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi ». Pourtant, les titres, les décorations gardent un sens : mais ce n’est pas la personne titrée ou décorée qui est en jeu, ce sont plus profondément les valeurs qu’elle représente. Il faut être très humble pour porter sans ridicule les honneurs dus à son rang.

         Après cette énumération, le texte se retourne : « Pour vous » dit Jésus ; c’est la clé de ce texte qui nous invite à un nouveau mode de vie et de relation. Matthieu le rapporte un peu plus haut : « Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave. Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mt 20, 25-28).

         « Ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, ne donnez à personne sur terre le nom de Père… ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres ». « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » dit Paul : tout maître est d’abord un écolier. Tout enseignant est d’abord un serviteur, et même doublement serviteur : serviteur de la vérité, serviteur de ses élèves, de leur cheminement, de leur maturation. Voici, encore une fois, dans les paroles de Jésus, un appel à la liberté : que ceux qui portent un titre ne prennent pas les honneurs pour eux et se comportent en serviteurs ; que ceux qui n’en portent pas ne tombent pas dans la servilité ou la courtisanerie ! 

         « Ne donnez à personne sur terre le nom de Père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux ». On peut, bien sûr, continuer à employer les titres de père et de maître, mais en leur donnant leur vrai sens et pas davantage ! « Abbé » venait de « Abba » ; « Père », « Pope », « Pape » sonnent comme « Papa » : au fond, c’est la même chose ! Ceux à qui nous donnons ces noms-là sont parmi nous le rappel vivant que nous n’avons qu’un seul et unique « Père » qui est dans les cieux.

         Jésus termine en disant : « Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé ». Nous ne sommes pas dans le registre de la récompense ou de la punition. Il ne s’agit pas non plus de prendre plaisir à s’humilier. Beaucoup plus profondément, il y a là une des grandes lois de la vie : la force de l’humilité. Dans le mot « humilité », il y a « humus » (terre). Le secret c’est d’être assez lucide pour se reconnaître petit, à ras de terre ; et alors on est tout étonné de se nourrir des richesses de nos frères et de la grâce de Dieu.

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Note

1 – Les phylactères (tefilines en hébreu) sont ces deux petits cubes de cuir noir que les Juifs portent l’un sur le front, l’autre sur le bras gauche à hauteur du cœur. Ils contiennent quatre passages de la Torah : Ex 13, 1-10 ; Ex 13, 11-16 ; Dt 6, 4-9 ; Dt 11, 13-21.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, année liturgique A, 31e dimanche du temps ordinaire (5 novembre 2017)

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