Ce passage est extrait de la lettre aux Ephésiens au chapitre 3 ; or c'est dans le premier chapitre de cette même lettre que Paul a employé sa fameuse expression « le
dessein bienveillant de Dieu » ; ici, nous sommes tout à fait dans la même ligne ; je vous rappelle quelques mots du chapitre 1 : « Dieu nous a fait
connaître le
mystère de sa volonté,
le dessein bienveillant qu'il a d'avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement, réunir l'univers entier sous un seul chef le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui
est sur la terre ».
Dans le texte d'aujourd'hui, nous retrouvons ce mot de «
mystère ». Le «
mystère », chez Saint Paul, ce n'est pas un secret que Dieu
garderait jalousement pour lui ; au contraire, c'est son intimité dans laquelle il nous fait pénétrer. Paul nous dit ici : « Par révélation, Dieu m'a fait connaître le
mystère du Christ » : ce
mystère, c'est-à-dire son dessein bienveillant, Dieu le révèle
progressivement ; tout au long de l'histoire biblique, on découvre toute la longue, lente, patiente pédagogie que Dieu a déployée pour faire entrer son peuple élu dans son
mystère ; nous avons cette expérience qu'on
ne peut pas, d'un coup, tout apprendre à un enfant : on l'enseigne patiemment au jour le jour et selon les circonstances ; on ne fait pas d'avance à un enfant des leçons théoriques sur la vie,
la mort, le
mariage, la famille... pas
plus que sur les saisons ou les fleurs... l'enfant découvre la famille en vivant les bons et les mauvais jours d'une famille bien réelle ; il découvre les fleurs une à une, il traverse avec
nous les saisons... quand la famille célèbre un
mariage ou une naissance, quand elle traverse un deuil, alors
l'enfant vit avec nous ces événements et, peu à peu, nous l'accompagnons dans sa découverte de la vie.
Dieu a déployé la même pédagogie d'accompagnement avec son peuple et s'est révélé à lui progressivement ; pour Saint Paul, il est clair que cette révélation a franchi une étape décisive avec le
Christ : l'histoire de l'humanité se divise nettement en deux périodes : avant le Christ et depuis le Christ. « Ce mystère1, Dieu ne l'avait pas fait connaître aux hommes des générations
passées, comme il l'a révélé maintenant par l'Esprit à ses saints
apôtres et à ses
prophètes ». A ce titre, on peut se réjouir que nos calendriers
occidentaux décomptent les années en deux périodes, les années avant J.C. et les années après J.C.
Ce mystère, ici, Paul l'appelle simplement « le mystère du Christ », mais on sait ce qu'il
entend par là : à savoir que le Christ est le centre du monde et de l'histoire, que l'univers entier sera un jour réuni en lui, comme les membres le sont à la tête ; d'ailleurs, dans la phrase
« réunir l'univers entier sous un seul chef le Christ », le mot grec que nous traduisons « chef » veut dire tête.
Il s'agit bien de « l'univers entier » et ici Paul précise : « Dans le Christ Jésus, les païens sont associés au même héritage, au même corps, au
partage de la même promesse » ; on pourrait dire encore autrement : l'Héritage, c'est Jésus-Christ... la Promesse, c'est Jésus-Christ... le Corps, c'est Jésus-Christ... Le dessein bienveillant
de Dieu, c'est que Jésus-Christ soit le centre du monde, que l'univers entier soit réuni en lui. Dans le Notre Père, quand nous disons « Que ta volonté soit faite », c'est de ce projet de Dieu
que nous parlons et, peu à peu, à force de répéter cette phrase, nous nous imprégnons du désir de ce Jour où enfin ce projet sera totalement réalisé.
Donc le projet de Dieu concerne l'humanité tout entière, et non pas seulement les Juifs : c'est ce qu'on appelle l'universalisme du plan de Dieu. Cette dimension universelle du plan de Dieu fut
l'objet d'une découverte progressive par les hommes de la
Bible, mais à la fin de l'histoire biblique, c'était une conviction
bien établie dans le peuple d'Israël, puisqu'on fait remonter à Abraham la promesse de la bénédiction de toute l'humanité : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12, 3).
Et le passage d'Isaïe que nous lisons en première lecture de cette fête de l'
Epiphanie est exactement dans cette ligne. Bien sûr, si un
prophète comme Isaïe a cru bon d'y
insister, c'est qu'on avait tendance à l'oublier.
De la même manière, au temps du Christ, si Paul précise : « Dans le Christ Jésus, les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse », c'est que celà
n'allait pas de soi. Et là, nous avons un petit effort d'imagination à faire : nous ne sommes pas du tout dans la même situation que les contemporains de Paul ; pour nous, au vingt-et-unième
siècle, c'est une évidence : beaucoup d'entre nous ne sont pas juifs d'origine et trouvent normal d'avoir part au salut apporté par le
Messie ; pour un peu, même, après deux mille ans de Christianisme,
nous aurions peut-être tendance à oublier qu'Israël reste le peuple élu parce que, comme dit ailleurs Saint Paul, « Dieu ne peut pas se renier lui-même ». Aujourd'hui, nous avons un peu
tendance à croire que nous sommes les seuls témoins de Dieu dans le monde.
Mais au temps du Christ, c'était la situation inverse : c'est le peuple juif qui, le premier, a reçu la révélation du
Messie. Jésus est né au sein du peuple juif : c'était la logique du
plan de Dieu et de l'élection d'Israël ; les Juifs étaient le peuple élu, ils étaient choisis par Dieu pour être les
apôtres, les témoins et l'instrument du salut de toute l'humanité
; et on sait que les Juifs devenus chrétiens ont eu parfois du mal à tolérer l'admission d'anciens païens dans leurs communautés. Saint Paul vient leur dire « Attention... les païens,
désormais, peuvent aussi être des
apôtres et des témoins du salut »... Au fait, je remarque que
Matthieu, dans l'évangile de la visite des mages, qui est lu également pour l'
Epiphanie, nous dit exactement la même chose.
Les derniers mots de ce texte résonnent comme un appel : « Dans le Christ Jésus, les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de
la même promesse, par l'annonce de l'évangile » : si je comprends bien, Dieu attend notre collaboration à son dessein bienveillant : les mages ont aperçu une étoile, pour laquelle ils se sont
mis en route ; pour beaucoup de nos contemporains, il n'y aura pas d'étoile dans le ciel, mais il faudra des témoins de la Bonne Nouvelle.
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Note
1 - Attention, au verset 5 du texte originel grec, le mot
mystère lui-même n'est pas repris ; c'est affaire de traduction
(dans le grec, il y a seulement reprise du pronom).
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