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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 17:31

Résumé

Il est nécessaire de disposer, en France, d’un ou plusieurs partis politiques libéraux, mais ceux-ci n’arriveront pas à leurs fins si leurs adhérents et sympathisants se limitent à une action dans le cadre du parti.

Un parti politique peut, à l’occasion d’élections, mesurer le taux de pénétration des idées qu’il défend. Mais il n’est pas adapté pour convertir la population aux dites idées. D’autres organisations le sont bien davantage, notamment les syndicats.

 

Il peut être décourageant, pour un libéral, de voir des partis politiques libéraux se créer, faire naître un espoir, obtenir quelques modestes résultats, puis stagner ou disparaître.

J’affirme que l’aventure de Alternative Libérale et du Parti Libéral Démocrate sera, comme celle de leur aînée Démocratie Libérale, sans lendemain, si ces jeunes partis reproduisent l’erreur de DL. Cette erreur consiste à croire qu’un parti politique est fait pour répandre une idéologie, une doctrine.

 

Remarquons, tout d’abord, que l’expression « parti politique libéral » est une sorte d’oxymore. En effet, les libéraux ne veulent pas faire de la politique, c’est à dire s’occuper des affaires de la cité (au sens de collectivité). Ils souhaitent plutôt arracher aux hommes politiques les affaires que ces derniers prétendent gérer, alors qu’elles relèvent du seul individu.
Lorsque certains me « soupçonnent » de faire de la politique, je me plais à leur dire que, bien au contraire, je fais de l’anti-politique !

 

Je compare volontiers un parti politique à une moissonneuse-batteuse. Un parti politique est fait pour procéder à une récolte, celle des voix des électeurs.. Le temps de la moisson, ce sont les périodes électorales.

 

Avant de récolter, ne faut-il pas labourer, semer, arroser, mettre de l’engrais, traiter, etc. ? Si oui, la moissonneuse-batteuse est-elle un engin adapté pour réaliser ces opérations ? Je ne le pense pas. La moissonneuse travaille en surface, comme le parti politique, et non pas en profondeur.

Nous ne devenons sympathisants, voire militants, d’un parti politique qu’à partir du moment où nous savons que ce parti défend à peu près des idées qui sont proches des nôtres. Ce n’est que dans cette hypothèse que nous sommes disponibles, ouverts à la communication interne (conférences, formations, livres,…) dudit parti, la seule susceptible d’aller en profondeur, de nous parler de « ce qui ne se voit pas ».

La communication externe ne dispose que de quelques instants pour attirer l’électeur moyen. Elle doit donc se limiter à « ce qui se voit ». Elle reste superficielle et il ne peut pas en être autrement. Combien d’entre nous ont-ils été convertis (j’utilise à dessein le mot « convertis » pour signifier que je veux parler d’un véritable retournement) au libéralisme par DL, AL ou le PLD ? A mon avis, aucun ou presque.

 

En va-t-il de même pour le PC, le PS, le RPR, l’UMP, le FN, les partis écologistes, etc. ? Il me semble que oui : aucun d’eux n’a jamais converti qui que ce soit. Alors, pourquoi ces partis ont-ils autant de sympathisants et de militants (tout est relatif !) si ce ne sont pas eux qui ont gagné la population à leurs idées ?

 

Je crois que tout est parti de « lobbys », notamment de syndicats. Ces groupes de pression, tels les fabricants de chandelles de la fameuse pétition de Frédéric Bastiat, se sont adressés au gouvernement pour le convaincre que telle ou telle mesure (qui leur attribuerait dans les faits un privilège) ne serait que justice et correspondrait à l’intérêt du pays tout entier. Au passage, ils ont su gagner à leurs vues une grande majorité de la population, faute de quoi leurs revendications n’auraient pu aboutir. Les agriculteurs, les cheminots, les agents d’EDF, les taxis, les médecins, les enseignants, les libraires, les syndicats, certaines associations, les partis politiques, etc. ont ainsi progressivement obtenu divers avantages (subventions, monopole, numerus clausus, prix minimum garanti, etc.). Les dirigeants de l’Etat ont, petit à petit, cédé à ces pressions. Ils se sont rendu compte que la population, non seulement ne leur reprochait pas d’avoir attribué ces privilèges, mais encore soutenait ceux qui en demandaient davantage. Ces dirigeants ont compris, de plus, que cela justifiait leurs pouvoirs de plus en plus étendus, leur prestige et leurs propres privilèges.

 

Deux autres groupes de pression ont joué un rôle considérable pour répandre les idées antilibérales dans la population : l’Education Nationale et les medias. Leur caractéristique est qu’ils cherchent plus à défendre une idéologie (antilibérale) qu’un groupe de personnes déterminé.

 

Il n’est pas illogique de penser, pour semer notre bon grain, à se servir des mêmes outils qui ont été utilisés par nos adversaires pour semer leur ivraie : les groupes de pression. Tout en sachant que notre tâche sera compliquée par le fait que les dirigeants politiques aiment l’ivraie (ils en vivent et en font donc la promotion), tandis qu’ils détestent le bon grain. En effet, l’ivraie, pour nous autres libéraux, c’est cette idée selon laquelle il est bon que l’Etat intervienne dans la vie économique et sociale, soit en étant propriétaire de moyens de production ou d’échange (ex : la Sécurité Sociale, l'Education Nationale ou les Prud’hommes), soit en imposant des règles (interdictions ou obligations) qui empêchent le marché de fonctionner librement (ex : réglementation du travail, numerus clausus, loi sur le prix unique des livres...). Bien évidemment, les hommes de l’Etat n’aiment pas qu’on conteste leur raison d’être.

 

Des groupes de pression ont déjà été mis en place par les libéraux : Contribuables Associés (probablement le plus important en France), mais bien d’autres aussi, généralistes (l’ALEPS, Liberté Chérie, Instituts Turgot et Molinari, …) ou spécialisés (retraites, école libre, enfants à naître, protection sociale, …)

 

Une forme de groupes de pression n’a pratiquement pas été utilisé par les libéraux, alors que leurs adversaires ne se sont pas fait prier pour y recourir : les syndicats, notamment les syndicats professionnels représentant des salariés. Or cette forme de groupe de pression dispose d’avantages décisifs par rapport aux autres formes :

Ø      Elle a accès presque libre au sein des entreprises, contrairement aux partis politiques et aux associations.
Il lui suffit de disposer d’un représentant au sein de l’entreprise pour pouvoir diffuser des tracts à la sortie de l’entreprise, proposer une newsletter électronique aux salariés, éventuellement faire partie des IRP (Instances Représentatives du Personnel : CE et Délégués du Personnel, notamment) et avoir accès aux panneaux d’affichage légaux.

Ø      Dans l’entreprise, on a accès à une population essentiellement non libérale (ou pas consciente de l’être), celle qui, justement, est à convertir.
Le plus souvent, lorsqu’une organisation libérale met sur pied une manifestation, seuls des libéraux y participent. Nous fonctionnons essentiellement en circuit fermé. Parmi les rares exceptions, il y a les opérations montées à l’occasion de grèves.

Ø      Cet accès à la population à convertir est quasi-permanent : tous les jours et presqu’à toute heure, on peut défendre ses idées auprès de collègues de travail, par les moyens précités, mais aussi en discutant à la cantine, près de la machine à café ou, parfois, dans les transports en commun. Ceci est très important, car la répétition des messages est très souvent indispensable pour convaincre.

Ø      La population à convertir est plus disponible sur le lieu de travail, les jours ouvrés.
Bien entendu, il n’est pas question ici d’inciter qui que ce soit à la désinvolture professionnelle. Je veux simplement dire que faire sortir les gens de chez eux le soir ou le week-end, alors qu’ils aspirent au repos, aux loisirs ou à la vie de famille, est beaucoup plus difficile que de leur parler sur le lieu de travail, lors des pauses.

Ø      Les deux principales préoccupations des Français sont le chômage et le pouvoir d’achat. Si le lieu idéal pour parler de ces sujets n’est pas l’entreprise, je me demande ce que ça peut être ! Demander à l’employeur, via les Délégués du Personnel, la mise en place du bulletin de salaire complet (ça ne lui coûtera rien) me paraît un moyen efficace d’aborder ces deux sujets.

Ø      Il y a de la place à prendre sur le marché syndical, ce qui n’est pas vraiment le cas sur le marché politique et sur le marché associatif.
Seulement 8%, au plus, de la population salariée est syndiquée, et ce chiffre tombe à moins de 5% dans le privé. Un nombre important d’entreprises susceptibles d’avoir des DP et, parfois, un CE, n’en ont pas, faute de candidats.

 

J’invite donc les dirigeants des partis politiques libéraux, non pas à transformer leur parti en syndicat, mais à inciter leurs membres à ajouter à leur engagement politique un engagement syndical en rejoignant un syndicat d’inspiration libérale. Si seulement 1% des membres ou sympathisants de AL et du PLD étaient actifs au sein d’un syndicat, nous pourrions savoir rapidement si le point de vue défendu dans le présent article est valide ou non.

 

Enfin, le chrétien que je suis souhaite terminer par une dernière invitation. Je crois à un Dieu libérateur, qui n’intervient pas directement dans notre vie (sinon, il ne respecterait pas notre liberté !) mais indirectement, en nous envoyant (surtout si nous le lui demandons dans la prière) son Esprit, qui éclaire notre conscience. J’invite donc ceux qui ont foi en ce Dieu libérateur à le prier, avec persévérance, sans jamais baisser les bras, pour qu’il nous envoie son Esprit Saint en abondance, afin que nous sachions participer efficacement à son œuvre de salut (mot qui signifie délivrance, élargissement, libération).

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commentaires

Eric 18/10/2010 12:29



Bonjour,


Je suis très intéressé par la partie sur les avantages des syndicats pour accéder à la population. Vous avez sûrement raison, c'est une option à envisager pour les libéraux dont je suis.


Mais en faire état ainsi si publiquement pourrait passer pour un complot libéral contre la France. Ne partagez ça qu'avec les libéraux...


Petit bémol sur votre article: vous auriez pu vous abstenir de prosélytisme religieux à la fin de votre texte.



Thierry Jallas 18/10/2010 13:12



Merci, Eric, pour votre commentaire que j'ai lu avec beaucoup d'intérêt.


En ce qui concerne votre conseil de ne partager ma suggestion qu'avec les libéraux, je le comprends mais ne le suivrai pas : une autocensure serait pour moi un renoncement à agir librement.


Il en va de même avec ce que vous appelez "prosélytisme religieux". Il est important pour moi de faire apparaître, aux chrétiens (qui sont très majortairement antilibéraux) comme aux non
chrétiens, que le Dieu dont nous croyons qu'il a créé l'univers, aime tellement tous les hommes (ses créatures préférées) qu'il les désire entièrement libres. C'est la raison pour laquelle le
sous-titre de mon blog est "Chrétien, donc libéral". Le dernier paragraphe de mon article est tout autant du "prosélytisme libéral" vis-à-vis de chrétiens que du prosélytisme religieux. J'assume
autant mes convictions catholiques que mes convictions libérales, qui se rejoignent.



René 18/10/2010 08:52



Très bon article !


Les syndicats professionnels d'inspiration libérale sont (seraient !) en effet un très bon outil pour faire connaître les idées libérales, et faire tomber les préjugés dont le mot lui-même est
victime dans l'opinion, surtout chez les constructivistes.


Mais je pense que le monde associatif peut lui aussi faire levier. Par exemple, le réseau LHC, réseau de bloggers à l'animation duquel je
participe activement, vient de se constituer en association loi de 1901 pour permettre une gestion plus efficace et l'accès à des moyens de diffusion performants.


Il ne faut négliger aucun levier pour diffuser l'idée de liberté...


A bientôt.



Thierry Jallas 18/10/2010 09:22



René,


Merci pour ce commentaire avec lequel je suis d'accord : aucune piste ne doit être négligée pour promouvoir la liberté. Je viens de m'inscrire à la lettre d'information LHC.


Je crois la piste syndicale particulièrement adaptée, pour les raisons évoquées dans l'article.