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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 08:12

 Je suis, chaque dimanche, impressionné par la qualité des commentaires de Marie-Noëlle Thabut sur les textes que nous propose la liturgie du jour.

 

Ces commentaires, trouvés sur le site "Eglise catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde. Notamment, en

  • donnant des explications historiques ;

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner (cela est devenu très compliqué avec la nouvelle version d'Overblog) les passages que je trouve les plus importants ou enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Evangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté, directement ou indirectement). 

Version audio (le lien sera inopérant dans un premier temps ; avant, cliquer sur le lien éventuel figurant sur le titre de chaque lecture), trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame.

Pour ceux qui cherchent les commentaires d'un des dimanches à venir, ils peuvent les trouver sur la partie gauche de mon blog, sous ma présentation personnelle, dans le cartouche "Marie-Noëlle Thabut commente..." : un lien vers les années liturgiques A, B et C permet de trouver l'ensemble des commentaires des dimanches des 3 années liturgiques.

PREMIERE LECTURE - Genèse 18, 1 - 10a

1 Au chêne de Mambré, le SEIGNEUR apparut à Abraham
qui était assis à l'entrée de la tente.
C'était l'heure la plus chaude du jour.
2 Abraham leva les yeux,
il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui.
Aussitôt, il courut à leur rencontre,
se prosterna jusqu'à terre et dit :
3 « Seigneur, si j'ai pu trouver grâce à tes yeux,
ne passe pas sans t'arrêter près de ton serviteur.
4 On va vous apporter un peu d'eau,
vous vous laverez les pieds,
et vous vous étendrez sous cet arbre.
5 Je vais chercher du pain
et vous reprendrez des forces avant d'aller plus loin,
puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! »
Ils répondirent :
« C'est bien. Fais ce que tu as dit. »
6 Abraham se hâta d'aller trouver Sara dans sa tente,
et il lui dit :
« Prends vite trois grandes mesures de farine,
pétris la pâte et fais des galettes. »
7 Puis Abraham courut au troupeau,
il prit un veau gras et tendre,
et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer.
8 Il prit du fromage blanc, du lait,
le veau qu'on avait apprêté,
et les déposa devant eux ;
il se tenait debout près d'eux, sous l'arbre,
pendant qu'ils mangeaient.
9 Ils lui demandèrent :
« Où est Sara, ta femme ? »
il répondit :
« Elle est à l'intérieur de la tente. »
10 Le voyageur reprit :
« Je reviendrai chez toi dans un an,
et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. »
 
 

 

Mambré est un habitant du pays de Canaan qui, à plusieurs reprises, a offert l'hospitalité à Abraham dans son bois de chênes (près de l'actuelle ville d'Hébron). On sait que, pour les Cananéens, les chênes étaient des arbres sacrés ; le récit que nous venons de lire rapporte une apparition de Dieu à Abraham alors qu'il avait établi son campement à l'ombre d'un chêne dans le bois qui appartenait à Mambré ; mais à vrai dire, ce n'est pas la première fois que Dieu parle à Abraham. Depuis le chapitre 12, le livre de la Genèse nous raconte les apparitions répétées et les promesses de Dieu à Abraham. Mais, pour l'instant, rien ne s'est passé ; Abraham et Sara vont mourir sans enfant.

Car on dit souvent que Dieu a choisi un peuple... En fait, non, Dieu a d'abord choisi un homme, et un homme sans enfants de surcroît. Et c'est à cet homme privé d'avenir (à vues humaines tout au moins) que Dieu a fait une promesse inouïe : « Je ferai de toi une grande nation... En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Gn 12, 2-3). A ce vieillard stérile, Dieu a dit « Compte les étoiles si tu le peux... Telle sera ta descendance. » Sur cette seule promesse, apparemment irréalisable, Abram a accepté de jouer toute sa vie. Abraham ne doutait pas que Dieu honorerait sa promesse mais il ne connaissait que trop le fait qui lui opposait un obstacle majeur : lui et Sara étaient stériles ! Ou, du moins, il pouvait le croire, puisqu'à soixante-quinze et soixante-cinq ans, ils étaient sans enfant.

Alors il avait imaginé des solutions : Dieu m'a promis une postérité, mais, après tout, mon serviteur est comme mon fils. « SEIGNEUR Dieu, que me donneras-tu ? Je m'en vais sans enfant, et l'héritier de ma maison, c'est Eliézer de Damas. » (Gn 15, 2). Mais Dieu avait refusé : « Ce n'est pas lui qui héritera de toi, mais c'est celui qui sortira de tes entrailles qui héritera de toi. » (Gn 15, 4). Quelques années plus tard, quand Dieu reparla de cette naissance, Abraham ne put pas s'empêcher d'abord d'en rire (Gn 17, 17) ; puis il imagina une autre solution : ce pourrait être mon vrai fils, cette fois, Ismaël, celui que j'ai eu de mon union (autorisée par Sara) avec Agar : « Un enfant naîtrait-il à un homme de cent ans ? Sara, avec ses quatre-vingt-dix ans pourrait-elle enfanter ?... Puisse Ismaël vivre en ta présence ! » Cette fois encore Dieu refusa : « Mais non ! Ta femme Sara va t'enfanter un fils et tu lui donneras le nom d'Isaac. » (Gn 17, 19). La Promesse est la Promesse.

Le texte que nous lisons ce dimanche suppose toute cette histoire d'Alliance déjà longue (vingt-cinq ans, si l'on en croit la Bible). L'événement se passe près du chêne de Mambré. Trois hommes apparurent à Abraham et acceptèrent son l'hospitalité : arrêtons-nous là. Contrairement aux apparences, l'importance de ce texte n'est pas cette hospitalité si généreusement offerte par Abraham ! Rien de plus banal, à cette époque-là, dans cette civilisation-là, même si c'est exemplaire !

Le message de l'auteur de ce texte, ce qui suscite son admiration, et du coup, l'envie de l'écrire pour le léguer aux générations futures est bien plus haut ! L'inouï vient de se produire : pour la première fois de l'histoire de l'humanité, Dieu en personne s'est invité chez un homme ! Car il ne fait de doute pour personne que les trois illustres visiteurs symbolisent Dieu ; la lecture de ce texte est pour nous un peu difficile, car on ne comprend pas très bien s'il y a un ou plusieurs visiteurs : « Abraham leva les yeux, il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui... il dit : Seigneur, si j'ai pu trouver grâce à tes yeux... On va vous apporter un peu d'eau, vous vous laverez les pieds... vous reprendrez des forces... Ils lui demandèrent : Où est Sara, ta femme ? Le voyageur reprit : Je reviendrai chez toi dans un an... ». En fait, notre auteur écrit longtemps après les faits sur la base de plusieurs récits d'origines diverses. De tous ces récits, il ne fait qu'un seul, en harmonisant au mieux les formulations. Comme il veut éviter toute apparence de polythéisme, il prend bien soin de rappeler à plusieurs reprises que Dieu est unique. N'y cherchons donc pas trop vite une représentation de la Trinité ; l'auteur de ce texte ne pouvait la concevoir encore ; ce qui est sûr, c'est que Abraham a reconnu sans hésiter, dans ces trois visiteurs, la présence divine.

Dieu, donc, puisque c'est lui, à n'en pas douter, Dieu s'est invité chez Abraham, et pour lui dire quoi ? Pour lui confirmer le projet inespéré qu'il formait pour lui : l'an prochain, à pareille époque, Sara, la vieille Sara, aura un fils, et de ce fils naîtra un peuple qui sera l'instrument des bienfaits de Dieu : « Je reviendrai chez toi dans un an, et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. » Sara qui avait écouté aux portes n'a pas pu s'empêcher de rire : ils étaient si vieux tous les deux ! Alors le voyageur a répondu cette phrase que nous ne devrions jamais oublier : « Y a-t-il une chose trop prodigieuse pour le SEIGNEUR ? » (Gn 18, 14). Et l'impossible, à vues humaines, s'est produit : Isaac est né, premier maillon de la descendance promise, innombrable comme les étoiles dans le ciel.

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Compléments

- La lettre aux Hébreux a cette phrase superbe : « N'oubliez pas l'hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges. » (He 13, 2).

- Son vrai nom était Abram ; il venait d'Ur en Chaldée, une région qu'on appelle aujourd'hui l'Irak. Sa profession : nomade, éleveur de troupeaux. Le monde dans lequel il vivait n'était pas païen, loin de là : chaque peuple, chaque clan avait sa religion, ses rites. Alors où est la différence ? Il n'est pas non plus le premier, ni le seul homme à qui Dieu ait adressé la parole : Adam, Caïn, Noé (pour prendre les livres bibliques dans l'ordre) ont aussi entendu la voix de Dieu. Alors pourquoi cette popularité d'Abraham, si souvent cité dans l'Ancien Testament, le Nouveau Testament et le Coran ? Parce que les croyants des trois religions juive, chrétienne et musulmane le reconnaissent pour leur ancêtre ; tout est là : il est celui que Dieu a choisi pour commencer avec lui la longue histoire de l'Alliance.

« Abram eut foi dans le SEIGNEUR et pour cela il (le SEIGNEUR) le considéra comme juste. » (Gn 15, 6). Et Dieu lui a même donné un nom nouveau (jusque-là il s'appelait « Abram ») ; ce nouveau nom dit à la face du monde sa vocation : « Abraham » signifie « père d'une multitude ».

PSAUME 14 (15), 1a. 2. 3bc. 4ab.5 (Nous avons néanmoins copié le psaume en entier)

1 Qui entrera dans ta maison, SEIGNEUR ?
Qui habitera ta sainte montagne ?

2 Celui qui se conduit parfaitement,
qui agit avec justice
et dit la vérité selon son coeur.

3 Il met un frein à sa langue,
ne fait pas de tort à son frère
et n'outrage pas son prochain.

4 A ses yeux le réprouvé est méprisable
mais il honore les fidèles du SEIGNEUR.

S'il a juré à ses dépens,
il ne reprend pas sa parole.

5 Il prête son argent sans intérêt,
n'accepte rien qui nuise à l'innocent.
Qui fait ainsi demeure inébranlable.
 
 

 

Nous avons eu l'occasion de noter, souvent, que les psaumes ont tous été composés dans le but d'accompagner une action liturgique, au cours des pèlerinages et des fêtes au Temple de Jérusalem. Le psautier pourrait être comparé aux livres de chants qui nous accueillent aux portes de nos églises, comportant des chants prévus pour toute sorte de célébrations ; ici le pèlerin arrive aux portes du Temple et pose la question : suis-je digne d'entrer ?

Bien sûr, il connaît d'avance la réponse : « Soyez saints parce que je suis Saint » disait le livre du Lévitique (19, 2). Ce psaume ne fait qu'en tirer les conséquences : à celui qui désire entrer dans le Temple (la « maison » de Dieu), il rappelle les exigences d'une conduite digne du Dieu saint. « Qui entrera dans ta maison, SEIGNEUR? Qui habitera ta sainte montagne ? » La réponse est simple : « Celui qui se conduit parfaitement, qui agit avec justice et dit la vérité selon son cœur. » Les autres versets ne font que la détailler : être juste, être vrai, ne faire de tort à personne. Tout compte fait, cela ressemble à s'y méprendre au Décalogue : « Tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas d'adultère, tu ne commettras pas de rapt, tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain, tu n'auras pas de visée sur la maison de ton prochain... » (Ex 20). Et quand Ezéchiel trace le portrait-robot de l'homme juste, il dit exactement la même chose : « Il accomplit le droit et la justice ; il ne mange pas sur les montagnes (les banquets en l'honneur des idoles) ; il ne lève pas les yeux vers les idoles de la maison d'Israël (c'est encore l'idolâtrie qui est visée ici) ; il ne déshonore pas la femme de son prochain... il n'exploite personne ; il rend le gage reçu pour dette ; il ne commet pas de rapines ; il donne son pain à l'affamé ; il couvre d'un vêtement celui qui est nu ; il ne prête pas à intérêt ; il ne prélève pas d'usure ; il détourne sa main de l'injustice ; il rend un jugement vrai entre les hommes ; il chemine selon mes lois ; il observe mes coutumes, agissant d'après la vérité : c'est un juste ; certainement, il vivra - oracle du SEIGNEUR Dieu. » (Ez 18, 5-9).


Michée reproduit, quant à lui, exactement la question de notre psaume, et il la développe : « Avec quoi me présenter devant le SEIGNEUR, m'incliner devant le Dieu de là-haut ? Me présenterai-je devant lui avec des holocaustes ? Avec des veaux d'un an ? Le SEIGNEUR voudra-t-il des milliers de béliers ? Des quantités de torrents d'huile ? Donnerai-je mon premier-né pour prix de ma révolte ? Et l'enfant de ma chair pour mon propre péché ? On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR exige de toi : rien d'autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t'appliquer à marcher avec ton Dieu. » (Mi 6, 6-8). Et Isaïe, son contemporain, n'est pas en reste : A la question « Qui d'entre nous pourra tenir ? », il répond : « Celui qui se conduit selon la justice, qui parle sans détour, qui refuse un profit obtenu par la violence, qui secoue les mains pour ne pas accepter un présent, qui se bouche les oreilles pour ne pas écouter les paroles homicides, qui ferme les yeux pour ne pas regarder ce qui est mal. Celui-là résidera sur les hauteurs, les rochers fortifiés seront son refuge, le pain lui sera fourni, l'eau lui sera assurée. » (Is 33, 15-16). Un peu plus tard, Zacharie aura encore besoin de le répéter : « Voici les préceptes que vous observerez : dites-vous la vérité l'un à l'autre ; dans vos tribunaux prononcez des jugements véridiques qui rétablissent la paix ; ne préméditez pas de faire du mal l'un à l'autre ; n'aimez pas le faux serment, car toutes ces choses, je les déteste - oracle du SEIGNEUR. » (Za 8, 16-17).

C'est à la fois très classique et malheureusement toujours à reprendre. En attendant que celui-là seul qui en est capable change nos coeurs de pierre en coeurs de chair, comme dit Ezéchiel. Ceci nous amène à relire ce psaume en l'appliquant à Jésus-Christ : les évangiles le décrivent comme le « doux et humble de coeur » (Mt 11, 29), attentif aux exclus : les lépreux (Mc 1), la femme adultère (Jn 8), et combien de malades et de possédés, juifs ou païens ; et complètement étranger aux idées de profit, lui qui n'avait pas une pierre pour reposer sa tête.

Celui surtout qui nous invite à relire avec lui le verset 3 en lui donnant une tout autre dimension : « Il met un frein à sa langue, ne fait pas de tort à son frère et n'outrage pas son prochain. » Avec Jésus-Christ, désormais, nous savons que le cercle de nos « prochains » peut s'étendre à l'infini : c'est tout l'enjeu de la parabole du Bon Samaritain par exemple (que nous avons lue dimanche dernier).

Reste un verset un peu gênant : car on peut se demander si le verset 4 ne fait pas tache au milieu de tous ces beaux sentiments : « A ses yeux le réprouvé est méprisable » : il faut probablement y lire une résolution de fidélité : « le réprouvé », c'est l'infidèle, l'idolâtre : le pèlerin rejette toute forme d'idolâtrie ; manière de dire à Dieu « je partage ta cause, ce qui prouve ma bonne foi ».

Pour ma part, j'y vois une preuve de plus que la fidélité au Dieu unique a été un combat de tous les instants.

DEUXIÈME LECTURE - Colossiens 1, 24 - 28

 

Frères,
24 je trouve la joie dans les souffrances
que je supporte pour vous,
car ce qu'il reste à souffrir des épreuves du Christ,
je l'accomplis dans ma propre chair,
pour son corps qui est l'Eglise.
25 De cette Eglise je suis devenu ministre,
et la charge que Dieu m'a confiée,
c'est d'accomplir pour vous sa parole,
26 le mystère qui était caché depuis toujours
à toutes les générations,
mais qui maintenant a été manifesté
aux membres de son peuple saint.
27 Car Dieu a bien voulu leur faire connaître
en quoi consiste, au milieu des nations païennes,
la gloire sans prix de ce mystère :
le Christ est au milieu de vous,
lui, l'espérance de la gloire !
28 Ce Christ, nous l'annonçons :
nous avertissons tout homme,
nous instruisons tout homme avec sagesse
afin d'amener tout homme à sa perfection dans le Christ.

La première phrase de ce texte est redoutable ! « Ce qu'il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l'accomplis dans ma propre chair » : comment entendre cette phrase ? Resterait-il donc des souffrances à subir par le Christ ou par nous, pour faire bonne mesure, en quelque sorte ? Apparemment, il reste des souffrances à subir, puisque Paul le dit, mais ce n'est pas « pour faire bonne mesure ». Cela ne découle pas d'une exigence de Dieu ! C'est une nécessité malheureusement due à la dureté de cœur des hommes !
Ce qui reste à souffrir, ce sont les difficultés, les oppositions, voire les persécutions que rencontre toute entreprise d'évangélisation. Jésus lui-même l'a dit clairement à plusieurs reprises, avant et après sa propre passion et sa Résurrection ; à ses apôtres, il avait dit : « Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit mis à mort et que, le troisième jour, il ressuscite. » (Lc 9, 22) ; et après sa Résurrection, il l'expliqua aux disciples d'Emmaüs : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26). Et ce qui fut le sort du maître sera celui de ses disciples ; là encore, il les a bien prévenus : « On vous livrera aux tribunaux et aux synagogues, vous serez roués de coups, vous comparaîtrez devant des gouverneurs et des rois à cause de moi : ils auront là un témoignage. Car il faut d'abord que l'évangile soit proclamé à toutes les nations. » (Mc 13, 9-10). Nous voilà prévenus : tant que la tâche n'est pas terminée, il faudra encore se donner de la peine et traverser bien des difficultés, voire des persécutions. Cela bien concrètement, dans notre propre chair.
Il n'est évidemment pas question d'imaginer que cela résulterait d'un décret de Dieu, avide de voir souffrir ses enfants, et comptable de leurs larmes ; une telle supposition défigure le Dieu de tendresse et de pitié que Moïse lui-même avait déjà découvert. La réponse tient en deux points : premièrement, pour l'œuvre d'évangélisation, Dieu sollicite des collaborateurs ; il n'agit pas sans nous ; deuxièmement, le monde refuse d'entendre la Parole, pour ne pas avoir à changer de conduite ; alors il s'oppose de toutes ses forces à la propagation de la Bonne Nouvelle. Cela peut aller jusqu'à persécuter et supprimer les témoins gênants de la Parole. C'est exactement ce que vit Paul, emprisonné pour avoir trop parlé de Jésus de Nazareth.1 Et dans ses lettres aux jeunes communautés chrétiennes, il encourage à plusieurs reprises ses interlocuteurs à accepter à leur tour la persécution inévitable : « Que personne ne soit ébranlé au milieu des épreuves présentes, car vous savez bien que nous y sommes destinés. » (1 Thes 3, 3). Et Pierre en fait autant « Résistez, fermes dans la foi, sachant que les mêmes souffrances sont réservées à vos frères dans le monde. » (1 P 5, 9-10).
Il n'est donc pas question de baisser les bras : « Ce Christ, nous l'annonçons, dit Paul, (sous-entendu, envers et contre tout), nous avertissons tout homme, nous instruisons tout homme avec sagesse afin d'amener tout homme à sa perfection dans le Christ. » Celui-ci a commencé, il nous reste à achever l'œuvre d'annonce. C'est bien ainsi que, dans la lettre aux Romains, Paul envisage son ministère : « La grâce que Dieu m'a donnée est d'être un officiant de Jésus-Christ auprès des païens, consacré au ministère de l'Evangile de Dieu, afin que les païens deviennent une offrande qui, sanctifiée par l'Esprit Saint, soit agréable à Dieu. » (Rm 15, 15-16).
Ainsi grandit peu à peu l'Eglise, Corps du Christ ; par rapport à la première lettre aux Corinthiens (1 Co 12), la vision de Paul s'est encore élargie : dans la lettre aux Corinthiens, Paul employait déjà l'image du corps, mais seulement pour parler de l'articulation des membres entre eux, dans chaque Eglise locale ; ici, il envisage l'Eglise universelle, grand corps, dont le Christ est la tête. Elle est cette part de l'humanité qui reconnaît la primauté du Christ sur tout le cosmos dont parlait l'hymne des versets précédents : « Le Christ est l'image du Dieu invisible, le premier-né par rapport à toute créature, car c'est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les puissances invisibles : tout est créé par lui et pour lui. Il est avant tous les êtres, et tout subsiste en lui. Il est aussi la tête du corps, c'est-à-dire de l'Eglise. » (Col 1, 15-18).2
Ce mystère du projet de Dieu a été révélé aux chrétiens, il est leur source intarissable de joie et d'espérance : « Le Christ est au milieu de vous, lui, l'espérance de la gloire ! » (verset 27). Et c'est l'émerveillement de cette présence du Christ au milieu d'eux qui transforme les croyants en témoins. Dans la deuxième lettre aux Corinthiens, Paul peut dire : « De même que les souffrances du Christ abondent pour nous, de même, par le Christ, abonde aussi notre consolation. » (2 Co 1, 5). Et dans la lettre aux Philippiens : « Dieu vous a fait la grâce à l'égard du Christ, non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui. » (Phi 1, 29). Ici, il avait commencé par affirmer : « Je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous, car ce qu'il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l'accomplis dans ma propre chair, pour son corps qui est l'Eglise. »

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Notes

1 - Traditionnellement, (c'est-à-dire on a longtemps pensé que) la lettre aux Colossiens fait partie des lettres dites « de la captivité » (de Paul à Césarée). Aujourd'hui, certains exégètes pensent que cette lettre ne serait pas de Paul lui-même, mais si elle n'est pas de sa main, l'auteur fait ici référence à cet épisode de la vie de Paul.

2 - Si la lettre aux Colossiens est d'un disciple de Paul, on comprend d'autant mieux (et on admire) ce développement, cette maturation de la théologie dans la fidélité au grand apôtre.

ÉVANGILE - Luc 10, 38-42

 

38 Alors qu'il était en route avec ses disciples,
Jésus entra dans un village.
Une femme appelée Marthe
le reçut dans sa maison.
39 Elle avait une soeur, nommée Marie,
qui, se tenant assise aux pieds du Seigneur,
écoutait sa parole.
40 Marthe était accaparée par les multiples occupations du service.
Elle intervint et dit :
« Seigneur, cela ne te fait rien ?
Ma soeur me laisse seule à faire le service.
Dis-lui donc de m'aider. »
41 Le Seigneur lui répondit :
« Marthe, Marthe,
tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses.
42 Une seule est nécessaire.
Marie a choisi la meilleure part :
elle ne lui sera pas enlevée. »

« Cherchez d'abord le Royaume et la justice de Dieu et le reste vous sera donné par surcroît. » La formule est de Matthieu (Mt 6, 33) ; elle est peut-être le meilleur commentaire de la leçon de Jésus dans la maison de Marthe et Marie.

« Jésus était en route avec ses disciples », dit Luc, et l'on sait que ce long voyage est l'occasion pour lui de donner de multiples consignes à ses disciples ; depuis la fin du chapitre 9, Jésus, commençant la montée vers Jérusalem, s'est uniquement préoccupé de leur donner des points de repère pour les aider à rester fidèles à leur vocation merveilleuse et exigeante de suivre le Seigneur. Entre autres, il leur a recommandé d'accepter l'hospitalité (Lc 9, 4 ; 10, 5-9) ; c'est exactement ce qu'il fait lui-même ici : on peut donc penser qu'il accepte avec gratitude l'hospitalité de Marthe.

Ce récit, propre à Luc, suit immédiatement la parabole du Bon Samaritain : il n'y a certainement pas contradiction entre les deux ; et, en particulier, gardons-nous de critiquer Marthe, l'active, par rapport à Marie, la contemplative. Le centre d'intérêt de l'évangéliste est plutôt, semble-t-il, la relation des disciples au Seigneur. Cela ressort du contexte (voir plus haut) et de la répétition du mot « Seigneur » qui revient trois fois : « Marie se tenait assise aux pieds du Seigneur »... Marthe dit : « Seigneur, cela ne te fait rien ?... » « Le Seigneur lui répondit ». L'emploi de ce mot fait penser que la relation décrite par Luc entre Jésus et les deux soeurs, Marthe et Marie, n'est pas à juger selon les critères habituels de bonne conduite. Ici, le Maître veut appeler au discernement de ce qui est « la meilleure part », c'est-à-dire l'attitude la plus essentielle qu'il attend de ses disciples.
Les deux femmes accueillent le Seigneur en lui donnant toute leur attention : Marthe, pour bien le recevoir, Marie, pour ne rien perdre de sa parole. On ne peut pas dire que l'une est active, l'autre passive ; toutes deux ne sont occupées que de lui. Dans la première partie du récit, le Seigneur parle. On ne nous dit pas le contenu de son discours : on sait seulement que Marie, dans l'attitude du disciple qui se laisse instruire (cf Is 50), boit ses paroles. Tandis que l'on voit Marthe « accaparée par les multiples occupations du service ». Le dialogue proprement dit n'intervient que sur la réclamation de Marthe : « Seigneur, cela ne te fait rien ? Ma sœur me laisse seule à faire le service. Dis-lui donc de m'aider. »
Le Seigneur prononce alors une phrase qui a fait couler beaucoup d'encre : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses. » Jésus ne reproche certainement pas à Marthe son ardeur à bien le recevoir ; qui dit hospitalité, surtout là-bas, dit bon déjeuner, donc préparatifs ; « tuer le veau gras » est une expression biblique !
Et combien d'entre nous se retrouvent trop souvent à leur gré dans le rôle de Marthe en se demandant où est la faute ? Il semblerait plus facile, assurément, de prendre l'attitude de Marie et de se laisser servir, en tenant compagnie à l'invité au salon ! La cuisinière est souvent frustrée de manquer les conversations !
Mais c'est le comportement inquiet de Marthe qui inspire à Jésus une petite mise au point, profitable pour tout le monde. Et, en réalité, à travers le personnage des deux sœurs, il donne une recommandation à chacun de ses disciples : « Une seule chose est nécessaire » ne veut pas dire qu'il faut désormais se laisser dépérir ! Mais qu'il ne faut pas négliger l'essentiel ; il nous faut bien tour à tour, chacun et chacune, jouer les Marthe et les Marie, mais attention de ne pas nous tromper de priorité.
Une leçon que Jésus reprendra plus longuement, un peu plus loin (et qu'il nous est bon de relire ici, la liturgie ne nous en proposant pas la lecture). « Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. Car la vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement. Observez les corbeaux : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'ont ni cellier ni grenier ; et Dieu les nourrit. Combien plus valez-vous que les oiseaux ! Et qui d'entre vous peut par son inquiétude prolonger tant soit peu son existence ? Si donc vous êtes sans pouvoir même pour si peu, pourquoi vous inquiéter pour tout le reste ? Observez les lis : ils ne filent ni ne tissent et, je vous le dis : Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux. Si Dieu habille ainsi en pleins champ l'herbe qui est là aujourd'hui et qui demain sera jetée au feu, combien plus le fera-t-il pour vous, gens de peu de foi. Et vous, ne cherchez pas ce que vous mangerez ni ce que vous boirez, ne vous tourmentez pas. Tout cela, les païens de ce monde le recherchent sans répit, mais vous, votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez plutôt son Royaume, et cela vous sera donné par surcroît. Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. » (Lc 12, 22-32)1.
« Sois sans crainte », c'est certainement le maître-mot ; ailleurs, il mettra en garde ses disciples contre les soucis de la vie qui risquent d'alourdir les cœurs : « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que vos cœurs ne s'alourdissent dans l'ivresse, les beuveries et les soucis de la vie » (Lc 21, 34). Ceux-ci risquent également de nous empêcher d'écouter la Parole ; c'est le message de la parabole du semeur : « Ce qui est tombé dans les épines, ce sont ceux qui entendent et qui, du fait des soucis, des richesses et des plaisirs de la vie, sont étouffés en cours de route et n'arrivent pas à maturité. » (Lc 8, 14). Si Marthe n'y prend pas garde, cela pourrait devenir son cas, peut-être ?
Sans oublier qu'en définitive, c'est toujours Dieu qui nous comble et non l'inverse ! Ne pourrait-on pas traduire : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour faire des choses pour moi... La meilleure part, c'est de m'accueillir, c'est moi qui vais faire des choses pour toi. »
Sans oublier qu'en définitive, c'est toujours Dieu qui nous comble et non l'inverse ! Ne pourrait-on pas traduire : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour faire des choses pour moi... La meilleure part, c'est de m'accueillir, c'est moi qui vais faire des choses pour toi. »

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Compléments

Les Douze ont retenu la leçon : plus tard, un jour est venu pour eux de choisir entre deux missions : la prédication de la Parole et le service des tables ; ils ont choisi de se consacrer à la première et ils ont confié le service des tables à d'autres : « Il ne convient pas que nous délaissions la Parole de Dieu pour le service des tables. Cherchez plutôt parmi vous, frères, sept hommes de bonne réputation, remplis d'Esprit et de sagesse, et nous les chargerons de cette fonction. Quant à nous, nous continuerons à assurer la prière et le service de la Parole. » (Ac 6, 2-4). Car il ne faut jamais oublier que « l'homme ne vit pas seulement de pain, mais qu'il vit de tout ce qui vient de la bouche du SEIGNEUR. » (Dt 8, 3). En même temps, le service des tables n'est pas méprisé, puisque l'on choisit avec soin ceux qui en seront chargés.

 

L'intelligence des écritures

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