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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 14:14
"Le protectionnisme : un secteur en plein boom !", par le Professeur Jean-Yves Naudet

Comme annoncé dans mon article du 23 juin, 2013, voici un article de Jean-Yves Naudet, paru dans la Nouvelle Lettre puis sur le site de l'ALEPS (Association pour la Liberté Économique et le Progrès Social) : www.libres.org.

Jean-Yves NAUDET est professeur d’économie à la Faculté de droit de l’Université d’Aix-Marseille (« Aix-Marseille Université- AMU »). Il est par ailleurs spécialiste de la doctrine sociale de l’Église (qu’il enseigne dans deux séminaires français), probablement le meilleur en France. Il est fondateur et Président de l’Association des économistes catholiques (AEC) de France depuis 2000.

Vous trouverez ici sa biographie plus complète.

Compte tenu de ce qui précède, mes lecteurs catholiques comprendront que, même si cela les surprend, les propos de l’auteur sont parfaitement conformes à l’enseignement social chrétien.

Si l’économie va mal, il y a un domaine qui va bien, c’est le protectionnisme. C’est d’autant plus désolant, que, comme nous l’avions montré il y a peu, les échanges internationaux sortent les pays de la pauvreté. La Nouvelle Lettre du 15 juin avait déjà tiré le signal d’alarme à propos de la guerre commerciale entre l’Union Européenne et la Chine, puis la France a contraint ses partenaires à mettre en avant l’exception culturelle dans les relations entre l’Europe et les États-Unis (Jacques Garello lui a consacré son éditorial du 22 juin). Au-delà de ces exemples, on voit fleurir partout les innovations protectionnistes. Ce n’est pas une bonne nouvelle : le nationalisme économique est un facteur de tension, voire de guerre.

Le libre-échange, porteur de concurrence et de paix

Il est habituel d’expliquer les bienfaits du libre échange par l’idée de Ricardo : la division internationale du travail. Le monde entier s’organiserait comme un vaste atelier au sein duquel chaque pays se spécialiserait dans l’activité pour laquelle il aurait « l’avantage comparatif » le plus élevé. Les parfums et la haute couture seraient l’apanage de la France, les voitures celui de l’Allemagne, les ordinateurs celui du Japon, les avions celui des États-Unis, etc. Ces exemples démontrent l’insanité de la thèse, les deux tiers des échanges extérieurs sont « croisés » (ou intra-sectoriels), pratiqués entre pays produisant les mêmes biens et services : voitures allemandes importés par des Français et réciproquement. Cette erreur d’analyse conduit malheureusement à des conclusions dangereuses : le libre échange condamnerait un pays à renoncer à des pans entiers de son activité (par exemple, l’agriculture française serait condamnée). Elle conduit aussi à penser que le commerce extérieur est une affaire d’État, alors qu’il est naturellement échange entre individus, agents économiques consommateurs et producteurs, sans considération de leur nationalité.

Le vrai sens du libre échange est d’élargir l’espace des échanges, le nombre et la diversité des échangistes, et de permettre ainsi une concurrence plus féconde. La concurrence est un puissant stimulant pour les entreprises en les poussant à s’adapter, à découvrir de nouveaux produits, de nouveaux marchés, de nouvelles techniques, etc. Mais aussi, comme l’expliquait Frédéric Bastiat, puisque l’économie doit toujours être regardée du point de vue des consommateurs, le libre-échange leur offre des produits plus diversifiés et moins coûteux : il accroît le pouvoir d’achat, ce qui explique que l’ouverture au libre échange a permis à des milliards d’individus de continents entiers d’ échapper à la misère.

Le « doux commerce », comme disait Montesquieu, est un facteur de paix : pour échanger, pas besoin d’être d’accord sur tout ; des peuples qui se sont durablement opposés, s’ils se mettent d’accord sur les règles du jeu, vont tisser des liens économiques qui rendront la guerre quasi-impossible. C’est ce qu’avait compris Napoléon III, lorsqu’il a signé sous l’influence de Cobden et de Michel Chevalier le traité de commerce avec l’Angleterre ; c’est ce qu’avaient compris les pères fondateurs de l’Europe, Gasperi, Schuman et Adenauer : c’est la liberté économique qui a ramené la paix sur notre continent et les liens culturels et amicaux sont venus après les échanges commerciaux. En sens inverse, le nationalisme économique a joué un rôle, aux côtés du nationalisme politique, dans l’enchaînement fatal qui a suivi la crise de 1929.

Protectionnisme monétaire

Si nous ne sommes pas en 1929, nous pouvons cependant être inquiets des signes de protectionnisme. Il y a le protectionnisme monétaire : nous sommes théoriquement en changes flottants, mais ce flottement est impur et les Banques Centrales ne se privent pas d’intervenir pour manipuler leurs monnaies, par les taux d’intérêt ou une intervention directe. Les Chinois, dont le Yuan n’est pas convertible, sous-estiment volontairement la valeur de leur monnaie, les Japonais font tout pour que le Yen perde de la valeur, les Américains font de même avec le dollar : chacun pousse aux « dévaluations compétitives », terme impropre, mais qui dit bien que l’on cherche à regagner par la manipulation des monnaies ce que l’on a perdu en compétitivité. Que de plaidoiries entendues sur les dégâts de l’« euro fort » qui, visiblement, n’a pas freiné les exportations allemandes !

Protectionnisme tarifaire

La forme habituelle du protectionnisme, en dehors des contingentements qui ont largement disparu, c’est d’enchérir artificiellement les prix des produits importés par des droits de douane. Les mercantilistes utilisaient le procédé, aux XVI° et XVII° siècles, et le protectionnisme de l’entre-deux guerres reposait largement sur ce principe. En 1947, les droits de douane étaient en moyenne supérieurs à 40% et c’est grâce aux négociations du Gatt puis de l’OMC qu’ils ont été réduits, tombant autour de 5%, mais pas supprimés, surtout dans certains secteurs. Le blocage du cycle de Doha est un signe des résistances qui existent dans ce domaine.

Un autre signe est fourni par les « exceptions » : nous sommes pour le libre-échange, certes, mais pas partout. La France a convaincu ses partenaires de la nécessité d’une exception culturelle, qui n’aura pour effet que d’affaiblir encore plus ce secteur, déjà rendu fragile par les subventions. Chacun veut son exception. Les agriculteurs de la FNSEA défendent « l’exception agricole française ». Lors du salon « Vinexpo », le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, a expliqué que « le vin n’est pas un produit comme les autres ».

Le problème n’est pas spécifiquement français, et chacun est tenté de voir dans ses « spécialités » une exception qui doit échapper au libre-échange. D’exception en exception, on entre dans une logique mortifère de sanctions successives : on met un embargo contre les importations de panneaux solaires fabriqués en Chine, les Chinois ripostent à propos du vin français ou des voitures allemandes. On bloque l’acier américain, les Américains se vengent sur le fromage. Le protectionnisme est contagieux, il se répand comme un virus.

Les obstacles non-tarifaires

Mais il y a aussi la multiplication des normes, mises en place, officiellement pour des raisons sociales ou environnementales. Le but affiché est toujours « social » : protéger les enfants, la santé, les salariés, etc. La réalité est moins avouable : ces normes servent juste à écarter les produits étrangers, car elles correspondent, heureux hasard, aux habitudes nationales !

Le Monde consacrait récemment deux pages à ce « nouveau visage du protectionnisme ». On compte dans les pays membres de l’OMC 11 288 mesures sanitaires et phytosanitaires, concernant les produits alimentaires et les animaux et végétaux, (dont plus de 2 000 depuis le début de l’année !) et 15 560 obstacles techniques au commerce, concernant des règlements, normes et autres procédures de certification. Le Monde cite un bref florilège. On appréciera la pêche de crevettes uniquement par des moyens respectueux des tortues marines, la couleur imposée des fusées de détresse d’un yacht, les interdictions de maïs OGM, de viande de bœuf aux hormones ou de poulet lavé au chlore, les seuils de pollution des voitures ou les fleurs sans résidus de pesticide. Il n’est pas certain que tout cela soit uniquement justifié par des raisons de santé publique ! C’est l’un des rôles de l’OMC que de lutter contre ce type de protectionnisme galopant.

Faut-il être pessimiste devant cette renaissance du nationalisme économique? Certes la vigilance s’impose, les États montent les peuples les uns contre les autres. Mais la mondialisation a maintenant plus de vingt ans d’âge, depuis la chute du mur de Berlin, et il n’y a plus de « vrais » produits nationaux : produire français ne signifie plus grand-chose. Les pays émergents ont besoin du libre-échange pour soutenir leur développement. Beaucoup de membres de l’Union Européenne et le G8 lui-même s’inquiètent des risques protectionnistes. Mais le péril protectionniste disparaîtra quand on aura appris aux Français, comme aux autres, qu’ils peuvent bénéficier des bienfaits du libre-échange. Ce ne sera pas le plus facile.

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 12:15
Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, année liturgique C, 17e dimanche du temps ordinaire (28 juillet 2013)

Je suis, chaque dimanche, impressionné par la qualité des commentaires de Marie-Noëlle Thabut sur les textes que nous propose la liturgie du jour.

Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde. Notamment, en

  • donnant des explications historiques ;

  • donnant le sens passé de certains mots ou expressions dont la signification a changé depuis ou peut être mal comprise (aujourd'hui, "saint" ; je consacre une page de mon blog à recenser tous ces mots ou expressions) ;

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

 

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus importants ou enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Evangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté, directement ou indirectement). 

Version audio (le lien sera inopérant dans un premier temps ; avant, cliquer sur le lien éventuel figurant sur le titre de chaque lecture), trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame.

Pour ceux qui cherchent les commentaires d'un des dimanches à venir, ils peuvent les trouver sur la partie gauche de mon blog, sous ma présentation personnelle, dans le cartouche "Marie-Noëlle Thabut commente..."  : un lien vers les années liturgiques A, B et C permet de trouver l'ensemble des commentaires des dimanches des 3 années liturgiques.

PREMIÈRE LECTURE - Genèse 18, 20-32

Les trois visiteurs d'Abraham allaient partir pour Sodome.
20 Le SEIGNEUR dit :
« Comme elle est grande,
la clameur qui monte de Sodome et de Gomorrhe !
Et leur faute, comme elle est lourde !
21 Je veux descendre pour voir
si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu'à moi.
Si c'est faux, je le reconnaîtrai. »
22 Les deux hommes se dirigèrent vers Sodome,
tandis qu'Abraham demeurait devant le SEIGNEUR.
23 Il s'avança et dit :
« Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le pécheur ?
24 Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville.
Vas-tu vraiment les faire périr ?
Est-ce que tu ne pardonneras pas
à cause des cinquante justes qui sont dans la ville ?
25 Quelle horreur, si tu faisais une chose pareille !
Faire mourir le juste avec le pécheur,
traiter le juste de la même manière que le pécheur,
quelle horreur !
Celui qui juge toute la terre
va-t-il rendre une sentence contraire à la justice ? »
26 Le SEIGNEUR répondit :
« Si je trouve cinquante justes dans Sodome,
à cause d'eux je pardonnerai à toute la ville. »
27 Abraham reprit :
« Oserai-je parler encore à mon Seigneur,
moi qui suis poussière et cendre ?
28 Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq :
pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ? »
Il répondit :
« Non, je ne la détruirai pas,
si j'en trouve quarante-cinq. »
29 Abraham insista :
« Peut-être en trouvera-t-on seulement quarante ? »
Le SEIGNEUR répondit :
« Pour quarante,
je ne le ferai pas. »
30 Abraham dit :
« Que mon Seigneur ne se mette pas en colère,
si j'ose parler encore :
peut-être y en aura-t-il seulement trente ? »
Il répondit :
« Si j'en trouve trente,
je ne le ferai pas. »
31 Abraham dit alors :
« Oserai-je parler encore à mon Seigneur ?
Peut-être en trouvera-t-on seulement vingt ? »
Il répondit : « Pour vingt, je ne détruirai pas. »
32 Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère :
je ne parlerai plus qu'une fois.
Peut-être en trouvera-t-on seulement dix ? »
Et le SEIGNEUR répondit :
« Pour dix, je ne détruirai pas la ville de Sodome. »

 

Ce texte marque un grand pas en avant dans l'idée que les hommes se font de leur relation à Dieu : c'est la première fois que l'on ose imaginer qu'un homme puisse intervenir dans les projets de Dieu. Malheureusement, la lecture liturgique ne nous fait pas entendre les versets précédents, là où l'on voit Dieu, parlant tout seul, se dire à lui-même : « Maintenant que j'ai fait alliance avec Abraham, il est mon ami, je ne vais pas lui cacher mes projets. » Manière de nous dire que Dieu prend très au sérieux cette alliance ! Voici ce passage : « Les hommes se levèrent de là et portèrent leur regard sur Sodome ; Abraham marchait avec eux pour prendre congé. Le SEIGNEUR dit : Vais-je cacher à Abraham ce que je fais ? Abraham doit devenir une nation grande et puissante en qui seront bénies toutes les nations de la terre, car j'ai voulu le connaître... » Et c'est là que commence ce que l'on pourrait appeler « le plus beau marchandage de l'histoire ». Abraham armé de tout son courage intercédant auprès de ses visiteurs pour tenter de sauver Sodome et Gomorrhe d'un châtiment pourtant bien mérité : « SEIGNEUR, si tu trouvais seulement cinquante justes dans cette ville, tu ne la détruirais pas quand même ? Sinon, que dirait-on de toi ? Ce n'est pas moi qui vais t'apprendre la justice ! Et si tu n'en trouvais que quarante-cinq, que quarante, que trente, que vingt, que dix ?... »

Quelle audace ! Et pourtant, apparemment, Dieu accepte que l'homme se pose en interlocuteur : pas un instant, le Seigneur ne semble s'impatienter ; au contraire, il répond à chaque fois ce qu'Abraham attendait de lui. Peut-être même apprécie-t-il qu'Abraham ait une si haute idée de sa justice ; au passage, d'ailleurs, on peut noter que ce texte a été rédigé à une époque où l'on a le sens de la responsabilité individuelle : puisque Abraham serait scandalisé que des justes soient punis en même temps que les pécheurs et à cause d'eux ; nous sommes loin de l'époque où une famille entière était supprimée à cause de la faute d'un seul. Or, la grande découverte de la responsabilité individuelle date du prophète Ezéchiel et de l'Exil à Babylone, donc au sixième siècle. On peut en déduire une hypothèse concernant la composition du chapitre que nous lisons ici : comme pour la lecture de dimanche dernier, nous sommes certainement en présence d'un texte rédigé assez tardivement, à partir de récits beaucoup plus anciens peut-être, mais dont la mise en forme orale ou écrite n'était pas définitive.
 

Dieu aime plus encore probablement que l'homme se pose en intercesseur pour ses frères ; nous l'avons déjà vu un autre dimanche à propos de Moïse (Ex 32) : après l'apostasie du peuple au pied du Sinaï, se fabriquant un « veau d'or » pour l'adorer, aussitôt après avoir juré de ne plus jamais suivre des idoles, Moïse était intervenu pour supplier Dieu de pardonner ; et, bien sûr, Dieu qui n'attendait que cela, si l'on ose dire, s'était empressé de pardonner. Moïse intervenait pour le peuple dont il était responsable ; Abraham, lui, intercède pour des païens, ce qui est logique, après tout, puisqu'il est porteur d'une bénédiction au profit de « toutes les familles de la terre ». Belle leçon sur la prière, là encore ; et il est intéressant qu'elle nous soit proposée le jour où l'évangile de Luc nous rapporte l'enseignement de Jésus sur la prière, à commencer par le Notre Père, la prière « plurielle » par excellence : puisque nous ne disons pas « Mon Père », mais « Notre Père ».. Nous sommes invités, visiblement, à élargir notre prière à la dimension de l'humanité tout entière.

« Peut-être en trouvera-t-on seulement dix ? » (Ce fut la dernière tentative d'Abraham.) « Et le SEIGNEUR répondit : Pour dix, je ne détruirai pas la ville de Sodome. » Ce texte est un grand pas en avant, disais-je, une étape importante dans la découverte de Dieu, mais ce n'est qu'une étape, car il se situe encore dans une logique de comptabilité : sur le thème combien faudra-t-il de justes pour gagner le pardon des pécheurs ? Il restera à franchir le dernier pas théologique : découvrir qu'avec Dieu, il n'est jamais question d'un quelconque paiement ! Sa justice n'a rien à voir avec une balance dont les deux plateaux doivent être rigoureusement équilibrés ! C'est très exactement ce que Saint Paul essaiera de nous faire comprendre dans le passage de la lettre aux Colossiens que nous lisons ce dimanche.
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Compléments

- « Quelle horreur, si tu faisais une chose pareille ! » (verset 25). La traduction ne nous livre pas la richesse du terme hébreu. Le mot véritable est « profanation » : imaginer une seule seconde Dieu injuste est une profanation du nom de Dieu, un blasphème pur et simple aux yeux d'Abraham.
 

- Petit rappel sur l'évolution de la notion de justice de Dieu : au début de l'histoire biblique on trouvait normal et juste que le groupe entier paie pour la faute d'un seul : c'est l'histoire d'Akân au temps de Josué (Jos 7, 16-25) ; dans une deuxième étape, on imagine que chacun paie pour soi ; ici, nouvelle étape de la pensée, il est toujours question de paiement d'une certaine manière, dix justes obtiendront le pardon d'une ville entière ; et Jérémie osera imaginer qu'un seul homme paiera pour tout le peuple : « Parcourez les rues de Jérusalem, regardez donc et enquêtez, cherchez sur ses places : Y trouvez-vous un homme? Y en a-t-il un seul qui défende le droit, qui cherche à être vrai? Alors je pardonnerai à la ville. » (Jr 5, 1) ; Ezéchiel tient le même genre de raisonnement : « J'ai cherché parmi eux un homme qui relève la muraille, qui se tienne devant moi, sur la brèche, pour le bien du pays, afin que je ne le détruise pas : je ne l'ai pas trouvé. » (Ez 22, 30). C'est avec le livre de Job, entre autres, que le dernier pas sera franchi, lorsque l'on comprendra enfin que la justice de Dieu est synonyme de salut.
 

- Cependant, Jérémie lui-même avait envisagé un pardon sans condition aucune au nom même de la grandeur de Dieu. A ce sujet il faut relire plaidoyer admirable : « Si nos péchés témoignent contre nous, agis, SEIGNEUR, pour l'honneur de ton nom ! » (Jr 14, 7-9). Face à Dieu, tout comme Jérémie, Abraham l'a compris, les pécheurs n'ont pas d'autre argument que Dieu lui-même !

- On notera au passage l'optimisme d'Abraham : et pour cela il mérite bien d'être appelé « père » ! Il persiste à croire que tout n'est pas perdu, que tous ne sont pas perdus. Dans cette affreuse ville de Sodome, il y a certainement au moins dix hommes bons !

PSAUME 137 (138), 1-2a, 2bc-3, 6-7ab, 7c-8

 

1 De tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâce :
tu as entendu les paroles de ma bouche.
Je te chante en présence des anges,
2 vers ton temple sacré, je me prosterne.

Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité,
car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole.
3 Le jour où tu répondis à mon appel,
tu fis grandir en mon âme la force.

4 Tous les rois de la terre te rendent grâce
quand ils entendent les paroles de ta bouche.
5 Ils chantent les chemins du SEIGNEUR :
« Qu'elle est grande, la gloire du SEIGNEUR ! »

6 Si haut que soit le SEIGNEUR, il voit le plus humble ;
de loin, il reconnaît l'orgueilleux.
7 Si je marche au milieu des angoisses, tu me fais vivre,
ta main s'abat sur mes ennemis en colère.

Ta droite me rend vainqueur.
8 Le SEIGNEUR fait tout pour moi !
SEIGNEUR, éternel est ton amour :
n'arrête pas l’œuvre de tes mains.

Je me suis permis de lire ce psaume en entier parce qu'il est très court : mais il est très dense aussi. Il est tout entier un chant d'action de grâce pour l'Alliance que Dieu propose à l'humanité : l'Alliance qu'il a conclue avec son peuple Israël, d'abord, mais aussi l'Alliance dans laquelle toutes les nations entreront un jour. Et c'est précisément la vocation d'Israël que de les y faire entrer.

J'ai parlé d'action de grâce : l'expression revient trois fois : « De tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâce », « Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité », « Tous les rois de la terre te rendent grâce ». Nous avons vu souvent que les auteurs bibliques aiment ce genre de répétitions, j'aurais envie de dire ce genre litanique. Mais il y a une progression : tout d'abord, c'est Israël qui parle en son nom propre : « De tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâce », puis il précise le motif : « Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité », enfin c'est l'humanité tout entière qui rentre dans l'Alliance et qui rend grâce : « Tous les rois de la terre te rendent grâce ».

Puisqu'il est question de l'Alliance, il est normal d'entendre ici des allusions à l'expérience du Sinaï ; j'entends tout d'abord les échos de la grande découverte du buisson ardent. Je vous rappelle d'abord ce que dit le livre de l'Exode : « Les fils d'Israël gémirent du fond de la servitude et crièrent. Leur appel monta vers Dieu du fond de la servitude. Dieu entendit leur plainte... » (Ex 2, 23-24). Et, du milieu du buisson en feu, Dieu dit à Moïse : « Oui, vraiment, j'ai vu la souffrance de mon peuple en Egypte et je l'ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer... ». En écho le psaume dit : « Le jour où tu répondis à mon appel »... « tu as entendu les paroles de ma bouche ».

Autre rappel de la révélation de Dieu au Sinaï, l'expression « Ton amour et ta vérité » : ce sont les mots mêmes de la définition que Dieu a donnée de lui-même à Moïse (Ex 34, 6).

Ensuite, la phrase « Ta droite me rend vainqueur » est, pour une oreille juive, une allusion à la sortie d'Egypte. La « droite », c'est la main droite, bien sûr, et, depuis le cantique de Moïse après le passage miraculeux de la Mer rouge (Ex 15), on a pris l'habitude de parler de la victoire que Dieu a remportée à main forte et à bras étendu : « Ta droite, SEIGNEUR, est magnifique en sa force... Tu étends ta main droite » (Ex 15, 6. 12).

Quant à l'expression « SEIGNEUR, éternel est ton amour », elle est elle aussi une manière d'évoquer toute l'œuvre de Dieu et en particulier la sortie d'Egypte. Vous connaissez le psaume 135/136 dont le refrain est précisément « SEIGNEUR, éternel est ton amour ».

A relire le fameux cantique de Moïse dont je parlais il y a un instant, je m'aperçois que, lui aussi, parlait de la « grandeur » de Dieu : « La grandeur de ta gloire a brisé tes adversaires... Qui est comme toi parmi les dieux, SEIGNEUR ? Qui est comme toi, magnifique en sainteté ?... Le SEIGNEUR règnera pour les siècles des siècles. » (Ex 15, 7. 11. 18).

On peut noter encore un autre rapprochement entre ce psaume et le cantique de Moïse, c'est le lien entre toute l'épopée de la sortie d'Egypte, l'Alliance conclue au Sinaï et le Temple de Jérusalem. Moïse chantait : « Ma force et mon chant, c'est le SEIGNEUR : il est pour moi le salut. Il est mon Dieu, je le célèbre : j'exalte le Dieu de mon père... Tu conduis par ton amour ce peuple que tu as racheté ; tu les guides par ta force vers ta sainte demeure. » (Ex 15, 1-2. 13). Le psaume reprend en écho : « Je te chante en présence des anges, vers ton temple sacré, je me prosterne. »

Le Temple, précisément, c'est le lieu où l'on fait mémoire de toute l'œuvre de Dieu en faveur de son peuple. Bien sûr, et heureusement pour ceux qui n'ont pas la chance d'habiter Jérusalem, on peut faire mémoire de l'œuvre de Dieu partout. On sait bien que la présence de Dieu ne se limite pas à un temple de pierre, mais ce temple, ou ce qu'il en reste, est un rappel permanent de cette présence. Et aujourd'hui encore, où qu'il soit dans le monde, tout Juif prie tourné vers Jérusalem, vers la montagne du temple saint : parce que c'est le lieu choisi par Dieu au temps du roi David pour donner à son peuple un signe de sa présence.
 

Enfin, je note que la grandeur de Dieu n'écrase pas l'homme ; en tout cas pas celui qui sait reconnaître sa petitesse : « Si haut que soit le SEIGNEUR, il voit le plus humble ; de loin, il reconnaît l'orgueilleux. » Voilà encore un grand thème biblique : sa grandeur se manifeste précisément dans sa bonté pour la petitesse de l'homme. « Toi, Seigneur, qui disposes de la force, tu juges avec indulgence » dit le livre de la Sagesse (Sg 12, 18). Et le psaume 113/112 : « De la poussière il relève le faible, il retire le pauvre de la cendre » (Ps 113/112, 7). Evidemment on pense aussitôt au Magnificat : « Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. » Le croyant le sait et s'en émerveille : Le Dieu grand ne nous écrase pas... Au contraire, il nous fait grandir. »

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Compléments

- Tous ces rapprochements que j'ai notés, cette influence du cantique de Moïse et de l'expérience du Sinaï depuis le buisson ardent jusqu'à la sortie d’Égypte et l'Alliance sur le psaume de ce dimanche, se trouvent dans de nombreux autres psaumes et textes divers de la Bible. C'est dire à quel point cette expérience fut et reste le socle de la foi d'Israël.

DEUXIÈME LECTURE - Colossiens 2, 12 - 14

Frères,
12 par le baptême,
vous avez été mis au tombeau avec le Christ,
avec lui vous avez été ressuscités,
parce que vous avez cru en la force de Dieu
qui a ressuscité le Christ d'entre les morts.
13 Vous étiez des morts,
parce que vous aviez péché
et que vous n'aviez pas reçu la circoncision.
Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ :
il nous a pardonné tous nos péchés.
14 Il a supprimé le billet de la dette qui nous accablait
depuis que les commandements pesaient sur nous :
il l'a annulé en le clouant à la croix du Christ.
 

Je reprends le dernier verset : « Dieu a supprimé le billet de la dette qui nous accablait » (Col 2, 14). Paul fait allusion ici à une pratique courante en cas de prêt d'argent : il était d'usage que le débiteur remette à son créancier un « billet de reconnaissance de dette ». Jésus lui-même a employé cette expression dans la parabole du gérant trompeur. Le jour où son patron le menace de licenciement, il se préoccupe de se faire des amis ; et dans ce but il convoque les débiteurs de son maître ; à chacun d'eux, il dit « voici ton billet de reconnaissance de dette, change la somme. Tu devais cent sacs de blé ? Écris quatre-vingts. » (Lc 15, 7).

Comme il en a l'habitude, Paul utilise ce vocabulaire de la vie courante au service d'une réflexion théologique. Son raisonnement est le suivant : par l'ampleur de nos péchés, nous pouvons nous considérer comme débiteurs de Dieu. Et d'ailleurs, dans le Judaïsme, on appelait souvent les péchés des « dettes » ; et une prière juive du temps du Christ disait : « Par ta grande miséricorde, efface tous les documents qui nous accusent. »
 

Or tout homme qui lève les yeux vers la croix du Christ découvre jusqu'où va la miséricorde de Dieu pour ses enfants : avec lui, il n'est pas question de comptabilité : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font » est la prière du Fils, mais lui-même a dit « Qui m'a vu a vu le Père ». Le corps du Christ cloué sur la croix manifeste que Dieu est tel qu'il oublie tous nos torts, toutes nos fautes contre lui. Son pardon est ainsi affiché sous nos yeux : « Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé » disait Zacharie (Za 12, 10 ; Jn 19, 37). Tout se passe donc comme si le document de notre dette était cloué à la croix du Christ.

On ne peut pas s'empêcher d'être un peu surpris : tout ce passage est rédigé au passé : « Par le baptême, vous avez été mis au tombeau avec le Christ, avec lui vous avez été ressuscités... Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné tous nos péchés. Il a supprimé le billet de la dette qui nous accablait... il l'a annulé en le clouant à la croix du Christ. » Paul manifeste ainsi que le salut du monde est déjà effectif : ce « déjà-là » du salut est l'une des grandes insistances de cette lettre aux Colossiens. La communauté chrétienne est déjà sauvée par son baptême ; elle participe déjà au monde céleste. Là encore, on peut noter une évolution par rapport à des lettres précédentes de Paul, par exemple la lettre aux Romains : « Nous avons été sauvés, mais c'est en espérance. » (Rm 8, 24). « Si nous avons été totalement unis, assimilés à sa mort, nous le serons aussi à sa résurrection. » (Rm 6, 5).


Alors que la lettre aux Romains mettait la résurrection au futur, celles aux Colossiens et aux Ephésiens mettent au passé et l'ensevelissement avec le Christ et la réalité de la résurrection. Par exemple : « Alors que nous étions morts à cause de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ - c'est par grâce que vous êtes sauvés - ; avec lui, il nous a ressuscités et fait asseoir dans les cieux en Jésus Christ. » (Ep 2, 5-6).
« Vous avez été mis au tombeau avec le Christ, avec lui vous avez été ressuscités... Vous étiez des morts... Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ. » Il est bien évident que Paul parle de la mort spirituelle : il considère vraiment le Baptême comme une seconde naissance. Cette insistance de Paul1 sur le caractère acquis du salut, cette naissance à une vie tout autre est peut-être motivée par le contexte historique ; on devine derrière nombre des propos de cette lettre un climat conflictuel : visiblement, la communauté de Colosses subit des influences néfastes contre lesquelles Paul veut la mettre en garde ; en voici quelques traces : « Que personne ne vous abuse par de beaux discours » (Col 2, 4)... « Que personne ne vous prenne au piège de la philosophie, cette creuse duperie. » (Col 2, 8)... « Que nul ne vous condamne pour des questions de nourriture, de boissons, de fêtes, de sabbats. » (Col 2, 16).


On retrouve là en filigrane un problème déjà souvent rencontré : comment entrons-nous dans le salut ? Faut-il continuer à observer rigoureusement toute la religion juive ? (Alors que Jésus lui-même semble avoir pris une relative distance.)

Comment entrons-nous dans le salut ? Paul répond « par la foi » : il revient souvent sur ce thème dans plusieurs de ses lettres ; et nous retrouvons cette même affirmation ici. « Par le baptême, vous avez été mis au tombeau avec le Christ, avec lui vous avez été ressuscités, parce que vous avez cru (littéralement « par la foi ») en la force de Dieu qui a ressuscité le Christ d'entre les morts. » La lettre aux Ephésiens le répète de manière encore plus claire : « C'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n'y êtes pour rien, c'est le don de Dieu. Cela ne vient pas des œuvres, afin que nul n'en tire orgueil. » (Ep 2, 8-9).
La vie avec le Christ dans la gloire du Père n'est donc pas seulement une perspective d'avenir, une espérance, mais une expérience actuelle des croyants ; une expérience de vie nouvelle, de vie divine, devrais-je dire. Désormais, si nous le voulons, le Christ lui-même vit en nous ; nous sommes rendus capables de vivre dans la vie quotidienne la vie divine du Christ ressuscité ! Cela veut dire que plus aucune de nos conduites passées n'est une fatalité. L'amour, la paix, la justice, le partage sont désormais possibles. Ou alors, si nous ne le croyons pas possible, ne disons plus que le Christ nous a sauvés !


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Note

1 - Jusqu'ici, nous avons toujours parlé de la lettre aux Colossiens comme si Paul en était l'auteur ; en fait, de nombreux exégètes l'attribuent plutôt à un disciple très proche de Paul par l'inspiration, mais d'une génération plus jeune, probablement.

ÉVANGILE - Luc 11, 1-13

1 Un jour, quelque part, Jésus était en prière.
Quand il eut terminé,
un de ses disciples lui demanda :
« Seigneur, apprends-nous à prier,
comme Jean-Baptiste l'a appris à ses disciples. »
2 Il leur répondit :
« Quand vous priez, dites :
Père,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne.
3 Donne-nous le pain
dont nous avons besoin pour chaque jour.
4 Pardonne-nous nos péchés,
car nous-mêmes nous pardonnons
à tous ceux qui ont des torts envers nous.
Et ne nous soumets pas à la tentation. »
5 Jésus leur dit encore :
« Supposons que l'un de vous ait un ami
et aille le trouver en pleine nuit pour lui demander :
Prête-moi trois pains :
6 un de mes amis arrive de voyage,
et je n'ai rien à lui offrir.
7 Et si, de l'intérieur, l'autre lui répond :
Ne viens pas me tourmenter !
Maintenant, la porte est fermée ;
mes enfants et moi, nous sommes couchés.
Je ne puis pas me lever pour te donner du pain,
8 moi je vous l'affirme :
même s'il ne se lève pas pour les donner par amitié,
il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami,
et il lui donnera tout ce qu'il lui faut.
9 Eh bien, moi, je vous dis :
demandez, vous obtiendrez ;
cherchez, vous trouverez ;
frappez, la porte vous sera ouverte.
10 Celui qui demande reçoit ;
celui qui cherche trouve ;
et pour celui qui frappe, la porte s'ouvre.
11 Quel père parmi vous donnerait un serpent à son fils
qui lui demande un poisson ?
12 Ou un scorpion,
quand il demande un œuf ?
13 Si donc vous, qui êtes mauvais,
vous savez donner de bonnes choses à vos enfants,
combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint
à ceux qui le lui demandent ? »

Au risque de nous surprendre, Jésus n'a pas inventé les mots du Notre Père : ils viennent tout droit de la liturgie juive, et plus profondément, des Écritures. A commencer par le vocabulaire qui est très biblique : « Père, Nom, Saint, Règne, pain, péchés, tentations... »

Commençons par les deux premières demandes : très pédagogiquement, elles nous tournent d'abord vers Dieu et nous apprennent à dire « Ton nom », « Ton Règne ». Elles éduquent notre désir et nous engagent dans la croissance de son Règne. Car il s'agit bien d'une école de prière, ou, si l'on préfère, d'une méthode d'apprentissage de la prière : n'oublions pas la demande du disciple : « Seigneur, apprends-nous à prier ».

Toutes proportions gardées, on peut comparer cette leçon à certaines méthodes d'apprentissage des langues étrangères : elles nous invitent à un petit effort quotidien, une petite répétition chaque jour et, peu à peu, nous sommes imprégnés, nous finissons par savoir parler la langue ; eh bien, si nous suivons la méthode de Jésus, grâce au Notre Père, nous finirons par savoir parler la langue de Dieu. Dont le premier mot, apparemment est « Père ».
 

L'invocation « Notre Père » nous situe d'emblée dans une relation filiale envers lui. C'était une expression déjà traditionnelle dans l'Ancien Testament ; par exemple chez Isaïe : « C'est toi, Seigneur, qui es notre Père, notre Rédempteur depuis toujours. » (Is 63, 16).


Les deux premières demandes portent sur le Nom et le Règne. « Que ton Nom soit sanctifié » : dans la Bible, le Nom représente la Personne ; dire que Dieu est Saint, c'est dire qu'Il est « L'Au-delà de tout » ; nous ne pouvons donc rien ajouter au mystère de sa Personne ; cette demande « Que ton Nom soit sanctifié » signifie « Fais-toi reconnaître comme Dieu ».


« Que ton Règne vienne » : répétée quotidiennement, cette demande fera peu à peu de nous des ouvriers du Royaume ; car la volonté de Dieu, on le sait bien, son « dessein bienveillant » comme dit Paul c'est que l'humanité, rassemblée dans son amour, soit reine de la création : « Remplissez la terre et dominez-la » (Gn 1, 27). Et les croyants attendent avec impatience le jour où Dieu sera enfin véritablement reconnu comme roi sur toute la terre : « Le SEIGNEUR se montrera le roi de toute la terre » annonçait le prophète Zacharie (Za 14, 9). Notre prière, notre petite méthode d'apprentissage de la langue de Dieu va donc faire de nous des gens qui désirent avant tout que le nom de Dieu, que Dieu lui-même soit reconnu, adoré, aimé, que tout le monde le reconnaisse comme Père ; nous allons devenir des passionnés d'évangélisation, des passionnés du Règne de Dieu.


Les trois autres demandes concernent notre vie quotidienne : « Donne-nous », « Pardonne-nous », « Ne nous soumets pas » ; nous savons bien qu'il ne cesse d'accomplir tout cela, mais nous nous mettons en position d'accueillir ces dons.

 
« Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour »1 : la manne tombée chaque matin dans le désert éduquait le peuple à la confiance au jour le jour ; cette demande nous invite à ne pas nous inquiéter du lendemain et à recevoir chaque jour notre nourriture comme un don de Dieu. Le pluriel « notre pain » nous enseigne également à partager le souci du Père de nourrir tous ses enfants.


« Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons à tous ceux qui ont des torts envers nous » : le pardon de Dieu n'est pas conditionné par notre comportement, le pardon fraternel n'achète pas le pardon de Dieu ; mais il est pour nous le seul chemin pour entrer dans le pardon de Dieu déjà acquis d'avance : celui dont le cœur est fermé ne peut accueillir les dons de Dieu.


« Ne nous soumets pas à la tentation » : cette traduction est contestée car elle peut laisser croire que la tentation viendrait de Dieu, ce qui est impossible ; comme dit Saint Jacques : « Que nul, quand il est tenté, ne dise : Ma tentation vient de Dieu. Car Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne. Chacun est tenté par sa propre convoitise qui l'entraîne et le séduit. » (Jc 1, 13). En réalité, nous nous trouvons devant un problème de traduction, car, une fois encore, la grammaire de l'hébreu diffère de la nôtre : le verbe employé dans la prière juive peut se traduire soit par « ne nous fais pas entrer dans la tentation » soit par « fais que nous n'entrions pas dans la tentation ». C'est cette dernière traduction qu'il faut adopter pour ne pas attenter à l'honneur de Dieu. On peut donc comprendre : « Fais que nous ne succombions pas à la tentation ». Et nous savons bien que la plus grave des tentations, c'est de douter de l'amour de Dieu.


Que de demandes ! Toute notre vie, toute la vie du monde est concernée : apparemment, parler la langue de Dieu, c'est savoir demander. Nous nous posons parfois la question : est-ce bien élégant de passer notre vie à quémander ? La réponse est là : la prière de demande est plus que permise, elle est recommandée ; si l'on y réfléchit, il y a là un bon apprentissage de l'humilité et de la confiance. Notre petit apprentissage continue ; il faut dire que ce ne sont pas n'importe quelles demandes : pain, pardon, résistance aux tentations ; nous apprendrons à désirer que chacun ait du pain : le pain matériel et aussi tous les autres pains dont l'humanité a besoin ; et puis bientôt, notre seul rêve sera de pardonner et d'être pardonnés ; et enfin, dans les tentations, (il y en aura inévitablement), nous apprendrons à garder le cap : nous lui demandons de rester le maître de la barque. A noter aussi que nous allons sortir de notre petit individualisme : toutes ces demandes sont exprimées au pluriel, chacun de nous les formule au nom de l'humanité tout entière.
Au fond, il y a un lien étroit entre les premières demandes du Notre Père et les suivantes ; nous demandons à Dieu les munitions nécessaires à notre mission de baptisés dans le monde : « Donne-nous tout ce qu'il nous faut de pain et d'amour, et protège-nous pour que nous ayons la force d'annoncer ton Royaume. »


Sans oublier que la leçon de Jésus comportait un deuxième chapitre : la parabole de l'ami importun nous invite à ne jamais cesser de prier ; quand nous prions, nous nous tournons vers Dieu, nous nous rapprochons de lui, et notre coeur s'ouvre à son Esprit. Avec la certitude que « le Père céleste donne toujours l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent. » Nos problèmes ne sont pas résolus pour autant par un coup de baguette magique, mais désormais nous ne les vivons plus seuls, nous les vivons avec lui.

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Note

1 - On trouve ce même qualificatif pour le pain dans une prière du livre des Proverbes : « Ne me donne ni indigence ni richesse ; dispense-moi seulement ma part de nourriture. » (Pr 30, 8).

Compléments

1 - Voici les prières juives qui sont à l'origine de la prière chrétienne du Notre Père : « Notre Père qui es dans les cieux » (Mishnah Yoma, invocation habituelle) ; « Que soit sanctifié ton Nom très haut dans le monde que tu as créé selon ta volonté. » (Qaddish, Qedushah et Shemoné Esré de la prière quotidienne ; cf aussi Ez 38, 23) ; « Que vienne bientôt et que soit reconnu du monde entier ton Règne et ta Seigneurie afin que soit loué ton Nom pour l'éternité. » (Qaddish) ; « Que soit faite ta volonté dans le ciel et sur la terre, donne la tranquillité de l'esprit à ceux qui te craignent, et, pour le reste, agis selon ton bon plaisir. » (Tosephta Berakhoth 3, 7. Talmud Berakhoth 29b ; cf aussi 1 S 3, 18 ; 1 Mc 3, 60) ; « Fais-nous jouir du pain que tu nous accordes chaque jour. » (Mekhilta sur Ex 16, 4, Beza 16a) ; « Remets-nous, notre Père, nos péchés comme nous les remettons à tous ceux qui nous ont fait souffrir. » (Shemoné Esré ; Mishnah Yoma à la fin. Tosephtah Taanith 1, 8 ; Talmud Taanith 16a) ; « Ne nous induis pas en tentation » (Siddur : prière quotidienne ; Berakhoth 16b, 17a, 60b ; Sanhédrin 107a) ; « Car la grandeur et la gloire, la victoire et la majesté sont tiennes ainsi que toutes les choses au ciel et sur la terre. A Toi est le Règne et tu es le Seigneur de tout être vivant dans tous les siècles. » (cf 1 Chr 29, 11).

2 - De nombreux groupes chrétiens ont pris l'habitude, bien avant le Concile Vatican II, de réciter en finale du Notre Père la phrase « Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire ». Cette finale (qu'on appelle « doxologie » - parole de louange) est présente dans certains manuscrits de l'évangile de Matthieu ; elle reproduit probablement une formule pratiquée dans la liturgie de certaines communautés chrétiennes dès le premier siècle. Elle remonte encore beaucoup plus loin, puisque le premier livre des Chroniques la met sur les lèvres de David mourant (1 Ch 29, 11 ; voir la note précédente, dernière ligne).

3 - A propos de la prière de demande, il est toujours bon de méditer l'image proposée par Denys l'Aéropagite. Il imagine un bateau sur la mer ; sur le rivage proche, il y a un rocher, sur le rocher un anneau, sur le bateau un autre anneau, une corde les relie : « L'homme qui demande est dans l'attitude de celui qui, debout dans un bateau, saisit le cordage attaché au rivage et tire dessus. Il n'attire pas à lui le rocher, mais se rapproche, lui et son bateau, du rivage. »

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, année liturgique C, 17e dimanche du temps ordinaire (28 juillet 2013)

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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 10:50
Daniel Tourre, auteur de "Pulp Libéralisme", invité du Grand Témoin, sur Radio-Notre-Dame

Daniel Tourre, consultant pour les risques bancaires, président du collectif Antigone, auteur de "Pulp Libéralisme – la tradition libérale pour les débutants" (Éditions Tulys) était l'invité de l'émission "Le Grand Témoin", sur Radio-Notre-Dame, vendredi 19 juillet 2013.

J'ai beaucoup d'admiration pour Daniel Tourre. Je crois (sans en être sûr) qu'il n'est pas chrétien. Je trouve qu'il s'en est bien sorti quand il a été interrogé par l'animateur (Louis Daufresne, me semble-t-il) sur la position libérale sur des sujets de société comme le mariage pour tous ou la recherche sur l'embryon. Je dois reconnaître être en désaccord, sur ces sujets, avec une partie non négligeable des libéraux. J'ai le sentiment que ceux-ci, alors, ne raisonnent pas rigoureusement. Par exemple, lorsqu'ils demandent à ce que soit respectée la liberté de chacun de "mourir dans la dignité" en oubliant qu'ôter la vie de quelqu'un, c'est lui faire perdre toutes ses libertés (dont celle de "mourir dans la dignité").

Voici le podcast de cette émission.

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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 08:12

 Je suis, chaque dimanche, impressionné par la qualité des commentaires de Marie-Noëlle Thabut sur les textes que nous propose la liturgie du jour.

 

Ces commentaires, trouvés sur le site "Eglise catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde. Notamment, en

  • donnant des explications historiques ;

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner (cela est devenu très compliqué avec la nouvelle version d'Overblog) les passages que je trouve les plus importants ou enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Evangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté, directement ou indirectement). 

Version audio (le lien sera inopérant dans un premier temps ; avant, cliquer sur le lien éventuel figurant sur le titre de chaque lecture), trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame.

Pour ceux qui cherchent les commentaires d'un des dimanches à venir, ils peuvent les trouver sur la partie gauche de mon blog, sous ma présentation personnelle, dans le cartouche "Marie-Noëlle Thabut commente..." : un lien vers les années liturgiques A, B et C permet de trouver l'ensemble des commentaires des dimanches des 3 années liturgiques.

PREMIERE LECTURE - Genèse 18, 1 - 10a

1 Au chêne de Mambré, le SEIGNEUR apparut à Abraham
qui était assis à l'entrée de la tente.
C'était l'heure la plus chaude du jour.
2 Abraham leva les yeux,
il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui.
Aussitôt, il courut à leur rencontre,
se prosterna jusqu'à terre et dit :
3 « Seigneur, si j'ai pu trouver grâce à tes yeux,
ne passe pas sans t'arrêter près de ton serviteur.
4 On va vous apporter un peu d'eau,
vous vous laverez les pieds,
et vous vous étendrez sous cet arbre.
5 Je vais chercher du pain
et vous reprendrez des forces avant d'aller plus loin,
puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! »
Ils répondirent :
« C'est bien. Fais ce que tu as dit. »
6 Abraham se hâta d'aller trouver Sara dans sa tente,
et il lui dit :
« Prends vite trois grandes mesures de farine,
pétris la pâte et fais des galettes. »
7 Puis Abraham courut au troupeau,
il prit un veau gras et tendre,
et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer.
8 Il prit du fromage blanc, du lait,
le veau qu'on avait apprêté,
et les déposa devant eux ;
il se tenait debout près d'eux, sous l'arbre,
pendant qu'ils mangeaient.
9 Ils lui demandèrent :
« Où est Sara, ta femme ? »
il répondit :
« Elle est à l'intérieur de la tente. »
10 Le voyageur reprit :
« Je reviendrai chez toi dans un an,
et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. »
 
 

 

Mambré est un habitant du pays de Canaan qui, à plusieurs reprises, a offert l'hospitalité à Abraham dans son bois de chênes (près de l'actuelle ville d'Hébron). On sait que, pour les Cananéens, les chênes étaient des arbres sacrés ; le récit que nous venons de lire rapporte une apparition de Dieu à Abraham alors qu'il avait établi son campement à l'ombre d'un chêne dans le bois qui appartenait à Mambré ; mais à vrai dire, ce n'est pas la première fois que Dieu parle à Abraham. Depuis le chapitre 12, le livre de la Genèse nous raconte les apparitions répétées et les promesses de Dieu à Abraham. Mais, pour l'instant, rien ne s'est passé ; Abraham et Sara vont mourir sans enfant.

Car on dit souvent que Dieu a choisi un peuple... En fait, non, Dieu a d'abord choisi un homme, et un homme sans enfants de surcroît. Et c'est à cet homme privé d'avenir (à vues humaines tout au moins) que Dieu a fait une promesse inouïe : « Je ferai de toi une grande nation... En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Gn 12, 2-3). A ce vieillard stérile, Dieu a dit « Compte les étoiles si tu le peux... Telle sera ta descendance. » Sur cette seule promesse, apparemment irréalisable, Abram a accepté de jouer toute sa vie. Abraham ne doutait pas que Dieu honorerait sa promesse mais il ne connaissait que trop le fait qui lui opposait un obstacle majeur : lui et Sara étaient stériles ! Ou, du moins, il pouvait le croire, puisqu'à soixante-quinze et soixante-cinq ans, ils étaient sans enfant.

Alors il avait imaginé des solutions : Dieu m'a promis une postérité, mais, après tout, mon serviteur est comme mon fils. « SEIGNEUR Dieu, que me donneras-tu ? Je m'en vais sans enfant, et l'héritier de ma maison, c'est Eliézer de Damas. » (Gn 15, 2). Mais Dieu avait refusé : « Ce n'est pas lui qui héritera de toi, mais c'est celui qui sortira de tes entrailles qui héritera de toi. » (Gn 15, 4). Quelques années plus tard, quand Dieu reparla de cette naissance, Abraham ne put pas s'empêcher d'abord d'en rire (Gn 17, 17) ; puis il imagina une autre solution : ce pourrait être mon vrai fils, cette fois, Ismaël, celui que j'ai eu de mon union (autorisée par Sara) avec Agar : « Un enfant naîtrait-il à un homme de cent ans ? Sara, avec ses quatre-vingt-dix ans pourrait-elle enfanter ?... Puisse Ismaël vivre en ta présence ! » Cette fois encore Dieu refusa : « Mais non ! Ta femme Sara va t'enfanter un fils et tu lui donneras le nom d'Isaac. » (Gn 17, 19). La Promesse est la Promesse.

Le texte que nous lisons ce dimanche suppose toute cette histoire d'Alliance déjà longue (vingt-cinq ans, si l'on en croit la Bible). L'événement se passe près du chêne de Mambré. Trois hommes apparurent à Abraham et acceptèrent son l'hospitalité : arrêtons-nous là. Contrairement aux apparences, l'importance de ce texte n'est pas cette hospitalité si généreusement offerte par Abraham ! Rien de plus banal, à cette époque-là, dans cette civilisation-là, même si c'est exemplaire !

Le message de l'auteur de ce texte, ce qui suscite son admiration, et du coup, l'envie de l'écrire pour le léguer aux générations futures est bien plus haut ! L'inouï vient de se produire : pour la première fois de l'histoire de l'humanité, Dieu en personne s'est invité chez un homme ! Car il ne fait de doute pour personne que les trois illustres visiteurs symbolisent Dieu ; la lecture de ce texte est pour nous un peu difficile, car on ne comprend pas très bien s'il y a un ou plusieurs visiteurs : « Abraham leva les yeux, il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui... il dit : Seigneur, si j'ai pu trouver grâce à tes yeux... On va vous apporter un peu d'eau, vous vous laverez les pieds... vous reprendrez des forces... Ils lui demandèrent : Où est Sara, ta femme ? Le voyageur reprit : Je reviendrai chez toi dans un an... ». En fait, notre auteur écrit longtemps après les faits sur la base de plusieurs récits d'origines diverses. De tous ces récits, il ne fait qu'un seul, en harmonisant au mieux les formulations. Comme il veut éviter toute apparence de polythéisme, il prend bien soin de rappeler à plusieurs reprises que Dieu est unique. N'y cherchons donc pas trop vite une représentation de la Trinité ; l'auteur de ce texte ne pouvait la concevoir encore ; ce qui est sûr, c'est que Abraham a reconnu sans hésiter, dans ces trois visiteurs, la présence divine.

Dieu, donc, puisque c'est lui, à n'en pas douter, Dieu s'est invité chez Abraham, et pour lui dire quoi ? Pour lui confirmer le projet inespéré qu'il formait pour lui : l'an prochain, à pareille époque, Sara, la vieille Sara, aura un fils, et de ce fils naîtra un peuple qui sera l'instrument des bienfaits de Dieu : « Je reviendrai chez toi dans un an, et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. » Sara qui avait écouté aux portes n'a pas pu s'empêcher de rire : ils étaient si vieux tous les deux ! Alors le voyageur a répondu cette phrase que nous ne devrions jamais oublier : « Y a-t-il une chose trop prodigieuse pour le SEIGNEUR ? » (Gn 18, 14). Et l'impossible, à vues humaines, s'est produit : Isaac est né, premier maillon de la descendance promise, innombrable comme les étoiles dans le ciel.

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Compléments

- La lettre aux Hébreux a cette phrase superbe : « N'oubliez pas l'hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges. » (He 13, 2).

- Son vrai nom était Abram ; il venait d'Ur en Chaldée, une région qu'on appelle aujourd'hui l'Irak. Sa profession : nomade, éleveur de troupeaux. Le monde dans lequel il vivait n'était pas païen, loin de là : chaque peuple, chaque clan avait sa religion, ses rites. Alors où est la différence ? Il n'est pas non plus le premier, ni le seul homme à qui Dieu ait adressé la parole : Adam, Caïn, Noé (pour prendre les livres bibliques dans l'ordre) ont aussi entendu la voix de Dieu. Alors pourquoi cette popularité d'Abraham, si souvent cité dans l'Ancien Testament, le Nouveau Testament et le Coran ? Parce que les croyants des trois religions juive, chrétienne et musulmane le reconnaissent pour leur ancêtre ; tout est là : il est celui que Dieu a choisi pour commencer avec lui la longue histoire de l'Alliance.

« Abram eut foi dans le SEIGNEUR et pour cela il (le SEIGNEUR) le considéra comme juste. » (Gn 15, 6). Et Dieu lui a même donné un nom nouveau (jusque-là il s'appelait « Abram ») ; ce nouveau nom dit à la face du monde sa vocation : « Abraham » signifie « père d'une multitude ».

PSAUME 14 (15), 1a. 2. 3bc. 4ab.5 (Nous avons néanmoins copié le psaume en entier)

1 Qui entrera dans ta maison, SEIGNEUR ?
Qui habitera ta sainte montagne ?

2 Celui qui se conduit parfaitement,
qui agit avec justice
et dit la vérité selon son coeur.

3 Il met un frein à sa langue,
ne fait pas de tort à son frère
et n'outrage pas son prochain.

4 A ses yeux le réprouvé est méprisable
mais il honore les fidèles du SEIGNEUR.

S'il a juré à ses dépens,
il ne reprend pas sa parole.

5 Il prête son argent sans intérêt,
n'accepte rien qui nuise à l'innocent.
Qui fait ainsi demeure inébranlable.
 
 

 

Nous avons eu l'occasion de noter, souvent, que les psaumes ont tous été composés dans le but d'accompagner une action liturgique, au cours des pèlerinages et des fêtes au Temple de Jérusalem. Le psautier pourrait être comparé aux livres de chants qui nous accueillent aux portes de nos églises, comportant des chants prévus pour toute sorte de célébrations ; ici le pèlerin arrive aux portes du Temple et pose la question : suis-je digne d'entrer ?

Bien sûr, il connaît d'avance la réponse : « Soyez saints parce que je suis Saint » disait le livre du Lévitique (19, 2). Ce psaume ne fait qu'en tirer les conséquences : à celui qui désire entrer dans le Temple (la « maison » de Dieu), il rappelle les exigences d'une conduite digne du Dieu saint. « Qui entrera dans ta maison, SEIGNEUR? Qui habitera ta sainte montagne ? » La réponse est simple : « Celui qui se conduit parfaitement, qui agit avec justice et dit la vérité selon son cœur. » Les autres versets ne font que la détailler : être juste, être vrai, ne faire de tort à personne. Tout compte fait, cela ressemble à s'y méprendre au Décalogue : « Tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas d'adultère, tu ne commettras pas de rapt, tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain, tu n'auras pas de visée sur la maison de ton prochain... » (Ex 20). Et quand Ezéchiel trace le portrait-robot de l'homme juste, il dit exactement la même chose : « Il accomplit le droit et la justice ; il ne mange pas sur les montagnes (les banquets en l'honneur des idoles) ; il ne lève pas les yeux vers les idoles de la maison d'Israël (c'est encore l'idolâtrie qui est visée ici) ; il ne déshonore pas la femme de son prochain... il n'exploite personne ; il rend le gage reçu pour dette ; il ne commet pas de rapines ; il donne son pain à l'affamé ; il couvre d'un vêtement celui qui est nu ; il ne prête pas à intérêt ; il ne prélève pas d'usure ; il détourne sa main de l'injustice ; il rend un jugement vrai entre les hommes ; il chemine selon mes lois ; il observe mes coutumes, agissant d'après la vérité : c'est un juste ; certainement, il vivra - oracle du SEIGNEUR Dieu. » (Ez 18, 5-9).


Michée reproduit, quant à lui, exactement la question de notre psaume, et il la développe : « Avec quoi me présenter devant le SEIGNEUR, m'incliner devant le Dieu de là-haut ? Me présenterai-je devant lui avec des holocaustes ? Avec des veaux d'un an ? Le SEIGNEUR voudra-t-il des milliers de béliers ? Des quantités de torrents d'huile ? Donnerai-je mon premier-né pour prix de ma révolte ? Et l'enfant de ma chair pour mon propre péché ? On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR exige de toi : rien d'autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t'appliquer à marcher avec ton Dieu. » (Mi 6, 6-8). Et Isaïe, son contemporain, n'est pas en reste : A la question « Qui d'entre nous pourra tenir ? », il répond : « Celui qui se conduit selon la justice, qui parle sans détour, qui refuse un profit obtenu par la violence, qui secoue les mains pour ne pas accepter un présent, qui se bouche les oreilles pour ne pas écouter les paroles homicides, qui ferme les yeux pour ne pas regarder ce qui est mal. Celui-là résidera sur les hauteurs, les rochers fortifiés seront son refuge, le pain lui sera fourni, l'eau lui sera assurée. » (Is 33, 15-16). Un peu plus tard, Zacharie aura encore besoin de le répéter : « Voici les préceptes que vous observerez : dites-vous la vérité l'un à l'autre ; dans vos tribunaux prononcez des jugements véridiques qui rétablissent la paix ; ne préméditez pas de faire du mal l'un à l'autre ; n'aimez pas le faux serment, car toutes ces choses, je les déteste - oracle du SEIGNEUR. » (Za 8, 16-17).

C'est à la fois très classique et malheureusement toujours à reprendre. En attendant que celui-là seul qui en est capable change nos coeurs de pierre en coeurs de chair, comme dit Ezéchiel. Ceci nous amène à relire ce psaume en l'appliquant à Jésus-Christ : les évangiles le décrivent comme le « doux et humble de coeur » (Mt 11, 29), attentif aux exclus : les lépreux (Mc 1), la femme adultère (Jn 8), et combien de malades et de possédés, juifs ou païens ; et complètement étranger aux idées de profit, lui qui n'avait pas une pierre pour reposer sa tête.

Celui surtout qui nous invite à relire avec lui le verset 3 en lui donnant une tout autre dimension : « Il met un frein à sa langue, ne fait pas de tort à son frère et n'outrage pas son prochain. » Avec Jésus-Christ, désormais, nous savons que le cercle de nos « prochains » peut s'étendre à l'infini : c'est tout l'enjeu de la parabole du Bon Samaritain par exemple (que nous avons lue dimanche dernier).

Reste un verset un peu gênant : car on peut se demander si le verset 4 ne fait pas tache au milieu de tous ces beaux sentiments : « A ses yeux le réprouvé est méprisable » : il faut probablement y lire une résolution de fidélité : « le réprouvé », c'est l'infidèle, l'idolâtre : le pèlerin rejette toute forme d'idolâtrie ; manière de dire à Dieu « je partage ta cause, ce qui prouve ma bonne foi ».

Pour ma part, j'y vois une preuve de plus que la fidélité au Dieu unique a été un combat de tous les instants.

DEUXIÈME LECTURE - Colossiens 1, 24 - 28

 

Frères,
24 je trouve la joie dans les souffrances
que je supporte pour vous,
car ce qu'il reste à souffrir des épreuves du Christ,
je l'accomplis dans ma propre chair,
pour son corps qui est l'Eglise.
25 De cette Eglise je suis devenu ministre,
et la charge que Dieu m'a confiée,
c'est d'accomplir pour vous sa parole,
26 le mystère qui était caché depuis toujours
à toutes les générations,
mais qui maintenant a été manifesté
aux membres de son peuple saint.
27 Car Dieu a bien voulu leur faire connaître
en quoi consiste, au milieu des nations païennes,
la gloire sans prix de ce mystère :
le Christ est au milieu de vous,
lui, l'espérance de la gloire !
28 Ce Christ, nous l'annonçons :
nous avertissons tout homme,
nous instruisons tout homme avec sagesse
afin d'amener tout homme à sa perfection dans le Christ.

La première phrase de ce texte est redoutable ! « Ce qu'il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l'accomplis dans ma propre chair » : comment entendre cette phrase ? Resterait-il donc des souffrances à subir par le Christ ou par nous, pour faire bonne mesure, en quelque sorte ? Apparemment, il reste des souffrances à subir, puisque Paul le dit, mais ce n'est pas « pour faire bonne mesure ». Cela ne découle pas d'une exigence de Dieu ! C'est une nécessité malheureusement due à la dureté de cœur des hommes !
Ce qui reste à souffrir, ce sont les difficultés, les oppositions, voire les persécutions que rencontre toute entreprise d'évangélisation. Jésus lui-même l'a dit clairement à plusieurs reprises, avant et après sa propre passion et sa Résurrection ; à ses apôtres, il avait dit : « Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit mis à mort et que, le troisième jour, il ressuscite. » (Lc 9, 22) ; et après sa Résurrection, il l'expliqua aux disciples d'Emmaüs : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26). Et ce qui fut le sort du maître sera celui de ses disciples ; là encore, il les a bien prévenus : « On vous livrera aux tribunaux et aux synagogues, vous serez roués de coups, vous comparaîtrez devant des gouverneurs et des rois à cause de moi : ils auront là un témoignage. Car il faut d'abord que l'évangile soit proclamé à toutes les nations. » (Mc 13, 9-10). Nous voilà prévenus : tant que la tâche n'est pas terminée, il faudra encore se donner de la peine et traverser bien des difficultés, voire des persécutions. Cela bien concrètement, dans notre propre chair.
Il n'est évidemment pas question d'imaginer que cela résulterait d'un décret de Dieu, avide de voir souffrir ses enfants, et comptable de leurs larmes ; une telle supposition défigure le Dieu de tendresse et de pitié que Moïse lui-même avait déjà découvert. La réponse tient en deux points : premièrement, pour l'œuvre d'évangélisation, Dieu sollicite des collaborateurs ; il n'agit pas sans nous ; deuxièmement, le monde refuse d'entendre la Parole, pour ne pas avoir à changer de conduite ; alors il s'oppose de toutes ses forces à la propagation de la Bonne Nouvelle. Cela peut aller jusqu'à persécuter et supprimer les témoins gênants de la Parole. C'est exactement ce que vit Paul, emprisonné pour avoir trop parlé de Jésus de Nazareth.1 Et dans ses lettres aux jeunes communautés chrétiennes, il encourage à plusieurs reprises ses interlocuteurs à accepter à leur tour la persécution inévitable : « Que personne ne soit ébranlé au milieu des épreuves présentes, car vous savez bien que nous y sommes destinés. » (1 Thes 3, 3). Et Pierre en fait autant « Résistez, fermes dans la foi, sachant que les mêmes souffrances sont réservées à vos frères dans le monde. » (1 P 5, 9-10).
Il n'est donc pas question de baisser les bras : « Ce Christ, nous l'annonçons, dit Paul, (sous-entendu, envers et contre tout), nous avertissons tout homme, nous instruisons tout homme avec sagesse afin d'amener tout homme à sa perfection dans le Christ. » Celui-ci a commencé, il nous reste à achever l'œuvre d'annonce. C'est bien ainsi que, dans la lettre aux Romains, Paul envisage son ministère : « La grâce que Dieu m'a donnée est d'être un officiant de Jésus-Christ auprès des païens, consacré au ministère de l'Evangile de Dieu, afin que les païens deviennent une offrande qui, sanctifiée par l'Esprit Saint, soit agréable à Dieu. » (Rm 15, 15-16).
Ainsi grandit peu à peu l'Eglise, Corps du Christ ; par rapport à la première lettre aux Corinthiens (1 Co 12), la vision de Paul s'est encore élargie : dans la lettre aux Corinthiens, Paul employait déjà l'image du corps, mais seulement pour parler de l'articulation des membres entre eux, dans chaque Eglise locale ; ici, il envisage l'Eglise universelle, grand corps, dont le Christ est la tête. Elle est cette part de l'humanité qui reconnaît la primauté du Christ sur tout le cosmos dont parlait l'hymne des versets précédents : « Le Christ est l'image du Dieu invisible, le premier-né par rapport à toute créature, car c'est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les puissances invisibles : tout est créé par lui et pour lui. Il est avant tous les êtres, et tout subsiste en lui. Il est aussi la tête du corps, c'est-à-dire de l'Eglise. » (Col 1, 15-18).2
Ce mystère du projet de Dieu a été révélé aux chrétiens, il est leur source intarissable de joie et d'espérance : « Le Christ est au milieu de vous, lui, l'espérance de la gloire ! » (verset 27). Et c'est l'émerveillement de cette présence du Christ au milieu d'eux qui transforme les croyants en témoins. Dans la deuxième lettre aux Corinthiens, Paul peut dire : « De même que les souffrances du Christ abondent pour nous, de même, par le Christ, abonde aussi notre consolation. » (2 Co 1, 5). Et dans la lettre aux Philippiens : « Dieu vous a fait la grâce à l'égard du Christ, non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui. » (Phi 1, 29). Ici, il avait commencé par affirmer : « Je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous, car ce qu'il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l'accomplis dans ma propre chair, pour son corps qui est l'Eglise. »

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Notes

1 - Traditionnellement, (c'est-à-dire on a longtemps pensé que) la lettre aux Colossiens fait partie des lettres dites « de la captivité » (de Paul à Césarée). Aujourd'hui, certains exégètes pensent que cette lettre ne serait pas de Paul lui-même, mais si elle n'est pas de sa main, l'auteur fait ici référence à cet épisode de la vie de Paul.

2 - Si la lettre aux Colossiens est d'un disciple de Paul, on comprend d'autant mieux (et on admire) ce développement, cette maturation de la théologie dans la fidélité au grand apôtre.

ÉVANGILE - Luc 10, 38-42

 

38 Alors qu'il était en route avec ses disciples,
Jésus entra dans un village.
Une femme appelée Marthe
le reçut dans sa maison.
39 Elle avait une soeur, nommée Marie,
qui, se tenant assise aux pieds du Seigneur,
écoutait sa parole.
40 Marthe était accaparée par les multiples occupations du service.
Elle intervint et dit :
« Seigneur, cela ne te fait rien ?
Ma soeur me laisse seule à faire le service.
Dis-lui donc de m'aider. »
41 Le Seigneur lui répondit :
« Marthe, Marthe,
tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses.
42 Une seule est nécessaire.
Marie a choisi la meilleure part :
elle ne lui sera pas enlevée. »

« Cherchez d'abord le Royaume et la justice de Dieu et le reste vous sera donné par surcroît. » La formule est de Matthieu (Mt 6, 33) ; elle est peut-être le meilleur commentaire de la leçon de Jésus dans la maison de Marthe et Marie.

« Jésus était en route avec ses disciples », dit Luc, et l'on sait que ce long voyage est l'occasion pour lui de donner de multiples consignes à ses disciples ; depuis la fin du chapitre 9, Jésus, commençant la montée vers Jérusalem, s'est uniquement préoccupé de leur donner des points de repère pour les aider à rester fidèles à leur vocation merveilleuse et exigeante de suivre le Seigneur. Entre autres, il leur a recommandé d'accepter l'hospitalité (Lc 9, 4 ; 10, 5-9) ; c'est exactement ce qu'il fait lui-même ici : on peut donc penser qu'il accepte avec gratitude l'hospitalité de Marthe.

Ce récit, propre à Luc, suit immédiatement la parabole du Bon Samaritain : il n'y a certainement pas contradiction entre les deux ; et, en particulier, gardons-nous de critiquer Marthe, l'active, par rapport à Marie, la contemplative. Le centre d'intérêt de l'évangéliste est plutôt, semble-t-il, la relation des disciples au Seigneur. Cela ressort du contexte (voir plus haut) et de la répétition du mot « Seigneur » qui revient trois fois : « Marie se tenait assise aux pieds du Seigneur »... Marthe dit : « Seigneur, cela ne te fait rien ?... » « Le Seigneur lui répondit ». L'emploi de ce mot fait penser que la relation décrite par Luc entre Jésus et les deux soeurs, Marthe et Marie, n'est pas à juger selon les critères habituels de bonne conduite. Ici, le Maître veut appeler au discernement de ce qui est « la meilleure part », c'est-à-dire l'attitude la plus essentielle qu'il attend de ses disciples.
Les deux femmes accueillent le Seigneur en lui donnant toute leur attention : Marthe, pour bien le recevoir, Marie, pour ne rien perdre de sa parole. On ne peut pas dire que l'une est active, l'autre passive ; toutes deux ne sont occupées que de lui. Dans la première partie du récit, le Seigneur parle. On ne nous dit pas le contenu de son discours : on sait seulement que Marie, dans l'attitude du disciple qui se laisse instruire (cf Is 50), boit ses paroles. Tandis que l'on voit Marthe « accaparée par les multiples occupations du service ». Le dialogue proprement dit n'intervient que sur la réclamation de Marthe : « Seigneur, cela ne te fait rien ? Ma sœur me laisse seule à faire le service. Dis-lui donc de m'aider. »
Le Seigneur prononce alors une phrase qui a fait couler beaucoup d'encre : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses. » Jésus ne reproche certainement pas à Marthe son ardeur à bien le recevoir ; qui dit hospitalité, surtout là-bas, dit bon déjeuner, donc préparatifs ; « tuer le veau gras » est une expression biblique !
Et combien d'entre nous se retrouvent trop souvent à leur gré dans le rôle de Marthe en se demandant où est la faute ? Il semblerait plus facile, assurément, de prendre l'attitude de Marie et de se laisser servir, en tenant compagnie à l'invité au salon ! La cuisinière est souvent frustrée de manquer les conversations !
Mais c'est le comportement inquiet de Marthe qui inspire à Jésus une petite mise au point, profitable pour tout le monde. Et, en réalité, à travers le personnage des deux sœurs, il donne une recommandation à chacun de ses disciples : « Une seule chose est nécessaire » ne veut pas dire qu'il faut désormais se laisser dépérir ! Mais qu'il ne faut pas négliger l'essentiel ; il nous faut bien tour à tour, chacun et chacune, jouer les Marthe et les Marie, mais attention de ne pas nous tromper de priorité.
Une leçon que Jésus reprendra plus longuement, un peu plus loin (et qu'il nous est bon de relire ici, la liturgie ne nous en proposant pas la lecture). « Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. Car la vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement. Observez les corbeaux : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'ont ni cellier ni grenier ; et Dieu les nourrit. Combien plus valez-vous que les oiseaux ! Et qui d'entre vous peut par son inquiétude prolonger tant soit peu son existence ? Si donc vous êtes sans pouvoir même pour si peu, pourquoi vous inquiéter pour tout le reste ? Observez les lis : ils ne filent ni ne tissent et, je vous le dis : Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux. Si Dieu habille ainsi en pleins champ l'herbe qui est là aujourd'hui et qui demain sera jetée au feu, combien plus le fera-t-il pour vous, gens de peu de foi. Et vous, ne cherchez pas ce que vous mangerez ni ce que vous boirez, ne vous tourmentez pas. Tout cela, les païens de ce monde le recherchent sans répit, mais vous, votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez plutôt son Royaume, et cela vous sera donné par surcroît. Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. » (Lc 12, 22-32)1.
« Sois sans crainte », c'est certainement le maître-mot ; ailleurs, il mettra en garde ses disciples contre les soucis de la vie qui risquent d'alourdir les cœurs : « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que vos cœurs ne s'alourdissent dans l'ivresse, les beuveries et les soucis de la vie » (Lc 21, 34). Ceux-ci risquent également de nous empêcher d'écouter la Parole ; c'est le message de la parabole du semeur : « Ce qui est tombé dans les épines, ce sont ceux qui entendent et qui, du fait des soucis, des richesses et des plaisirs de la vie, sont étouffés en cours de route et n'arrivent pas à maturité. » (Lc 8, 14). Si Marthe n'y prend pas garde, cela pourrait devenir son cas, peut-être ?
Sans oublier qu'en définitive, c'est toujours Dieu qui nous comble et non l'inverse ! Ne pourrait-on pas traduire : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour faire des choses pour moi... La meilleure part, c'est de m'accueillir, c'est moi qui vais faire des choses pour toi. »
Sans oublier qu'en définitive, c'est toujours Dieu qui nous comble et non l'inverse ! Ne pourrait-on pas traduire : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour faire des choses pour moi... La meilleure part, c'est de m'accueillir, c'est moi qui vais faire des choses pour toi. »

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Compléments

Les Douze ont retenu la leçon : plus tard, un jour est venu pour eux de choisir entre deux missions : la prédication de la Parole et le service des tables ; ils ont choisi de se consacrer à la première et ils ont confié le service des tables à d'autres : « Il ne convient pas que nous délaissions la Parole de Dieu pour le service des tables. Cherchez plutôt parmi vous, frères, sept hommes de bonne réputation, remplis d'Esprit et de sagesse, et nous les chargerons de cette fonction. Quant à nous, nous continuerons à assurer la prière et le service de la Parole. » (Ac 6, 2-4). Car il ne faut jamais oublier que « l'homme ne vit pas seulement de pain, mais qu'il vit de tout ce qui vient de la bouche du SEIGNEUR. » (Dt 8, 3). En même temps, le service des tables n'est pas méprisé, puisque l'on choisit avec soin ceux qui en seront chargés.

 

L'intelligence des écritures

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 17:40

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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 08:24

Torture & tentative d'assassinat par sa famille pour cet ex musulman descendant de Mohamed http://youtu.be/D3-rRiQFa9Q Ali du mensonge en islam à la Vérité de Jésus http://www.youtube.com/watch?v=6RLeQYfmojM Conversion bouleversante de Mohamed Hassane animateur d'une room musulmane de PALTALK http://www.youtube.com/watch?v=NI1l4RPGnd4 Un amazigh marocain pour la fin de l'état religieux et l'arrêt des MISES A MORT des ex musulmans http://youtu.be/NTqi1vrVSsA Pourquoi des milliers de religieux musulmans oulémas, sheikh imams se convertissent au Christ ?

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 06:37
J'aime voir la liberté défendue ...

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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 17:46

A la suite d'un certain nombre de relances de la part d'Overblog, je suis passé récemment à la nouvelle version de ce gestionnaire de blog. Le résultat est calamiteux, cauchemardesque. Cette version était censée apporter des améliorations substantielles, elle marque en réalité une régression inimaginable pour les blogueurs qui, comme moi, se sont laissés piéger. Et il est impossible de revenir à la version précédente (j'étais prévenu).

J'ai voulu modifier mon dernier article (commentaires de Marie-Noëlle Thabut, année liturgique C, 15e dimanche ordinaire 14 juillet 2013). Je n'y arrive pas. A titre d'exemple, le nouvel éditeur de texte de permet pas de surligner tel ou tel passage des articles publiés.

Basculer sur une autre plateforme de blog (Blogger est recommandé, semble-t-il) me prendrait trop de temps. Je pense donc arrêter mon blog purement et simplement.

Mes lecteurs trouveront toujours les commentaires de Marie-Noëlle Thabut, mais seulement ceux des années précédentes (c'est à dire sans les mises à jour que l'auteur apporte régulièrement). Il leur faudra pour cela aller cliquer dans le bloc "Marie-Noëlle Thabut commente ...", sous ma photo(1).

Enfin, je prie les lecteurs qui tomberont sur cet article de bien vouloir prévenir leurs connaissances susceptibles d'être concernées : je leur recommande de ne surtout pas choisir Overblog comme plateforme de blog, et de ne surtout pas basculer sur la nouvelle version si elles ont déjà recours à cette plateforme. Merci d'avance.

 

(1) Jusqu'au 23 juillet 2013, ceci n'était pas possible: en effet, la nouvelle version d'Overblog a modifié les adresses URL des pages du blog (notamment, "Année liturgique A", "Année liturgique B", "Année liturgique C") sans en avertir les blogueurs !

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 14:51

marie-nolle-thabut.jpg Je suis, chaque dimanche, impressionné par la qualité des commentaires de Marie-Noëlle Thabut sur les textes que nous propose la liturgie du jour.

 

Ces commentaires, trouvés sur le site "Eglise catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde. Notamment, en

  • donnant des explications historiques ;

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus importants ou enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Evangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté, directement ou indirectement). 

 

Version audio (le lien sera inopérant dans un premier temps ; avant, cliquer sur le lien éventuel figurant sur le titre de chaque lecture), trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame.

 

Pour ceux qui cherchent les commentaires d'un des dimanches à venir, ils peuvent les trouver sur la partie gauche de mon blog, sous ma présentation personnelle, dans le cartouche "Marie-Noëlle Thabut commente..."  : un lien vers les années liturgiques A, B et C permet de trouver l'ensemble des commentaires des dimanches des 3 années liturgiques.

 

PREMIERE LECTURE - Deutéronome 30, 10 - 14

Moïse disait au peuple d'Israël :
10 « Écoute la voix du SEIGNEUR ton Dieu,
en observant ses ordres et ses commandements
inscrits dans ce livre de la Loi ;
reviens au SEIGNEUR ton Dieu,
de tout ton cœur et de toute ton âme.
11 Car cette Loi que je te prescris aujourd'hui
n'est pas au-dessus de tes forces
ni hors de ton atteinte.
12 Elle n'est pas dans les cieux, pour que tu dises :
Qui montera aux cieux
nous la chercher et nous la faire entendre,
afin que nous la mettions en pratique ?
13 Elle n'est pas au-delà des mers, pour que tu dises :
Qui se rendra au-delà des mers
nous la chercher et nous la faire entendre,
afin que nous la mettions en pratique ?
14 Elle est tout près de toi, cette Parole,
elle est dans ta bouche et dans ton cœur
afin que tu la mettes en pratique. »

Le livre du Deutéronome se présente comme le dernier discours de Moïse, son testament spirituel en quelque sorte : il n'a pas été écrit par Moïse lui-même puisqu'il répète à de nombreuses reprises : Moïse a dit, Moïse a fait... Mais l'auteur use de beaucoup de solennité pour résumer ce qui lui semble être l'apport majeur de Moïse. Jusqu'ici, chaque fois que nous lisions le Deutéronome, nous avons rencontré une très grande insistance sur la fidélité à la pratique des commandements ; nous la retrouverons ici.

Évidemment, si l'auteur du Deutéronome ne craint pas de se répéter, c'est parce que le peuple y a trop souvent manqué ; le royaume du Nord a fait lui-même son propre malheur, et depuis la victoire des Assyriens, il est rayé de la carte. Les habitants du royaume du Sud feraient bien d'en tirer les leçons et c'est à eux que l'auteur s'adresse ici : « Vous veillerez à agir comme vous l'a ordonné le SEIGNEUR votre Dieu, sans vous écarter ni à droite ni à gauche. Vous marcherez toujours sur le chemin que le SEIGNEUR votre Dieu vous a prescrit, afin que vous restiez en vie, que vous soyez heureux et que vous prolongiez vos jours dans le pays dont vous allez prendre possession. » (Dt 5, 32-33). Autrement dit, c'est une affaire de vie ou de mort : l'expression « afin que tu vives » revient souvent dans ce livre ; doublée souvent de la formule « afin que tu sois heureux ». Par exemple : « Tu écouteras, Israël, et tu veilleras à mettre les commandements en pratique : ainsi tu seras heureux, et vous deviendrez très nombreux, comme te l'a promis le SEIGNEUR, le Dieu de tes pères, dans un pays ruisselant de lait et de miel. » (Dt 6, 3).

Malheureusement, le peuple avait « la nuque raide » comme disait Moïse ; à la fin de sa vie, quand il réfléchissait sur le passé, il pouvait dire : « Ce n'est pas parce que tu es juste que le SEIGNEUR te donne ce bon pays en possession, car tu es un peuple à la nuque raide. Souviens-toi, n'oublie pas que tu as irrité le SEIGNEUR ton Dieu dans le désert. Depuis le jour où tu es sorti du pays d'Égypte jusqu'à votre arrivée ici, vous avez été en révolte contre le SEIGNEUR. » (Dt 9, 6-7).

Je m'arrête sur cette expression « nuque raide » : il y a une superbe image qui se cache derrière ces formules que nous disons malheureusement toujours trop vite ; il faut avoir devant les yeux un joug, cette pièce de bois qui unit deux bœufs pour labourer. L'expression « nuque raide » évoque donc un attelage, ou plus exactement une bête qui refuse de courber son cou sous l'attelage ; si une bête est rétive, on se doute bien que l'attelage est moins performant : or, justement, l'Alliance entre Dieu et son peuple était comparée à une attache, un joug d'attelage. Pour recommander l'obéissance à la Loi, Ben Sirac, par exemple, disait : « Soumettez votre nuque à son joug et que votre âme reçoive l'instruction ! » (Si 51, 26-27). Jérémie reprochant au peuple d'Israël ses manquements à la Loi disait dans le même sens : « Tu as brisé ton joug » (Jr 2, 20 ; Jr 5, 5). On comprend mieux du coup la phrase célèbre de Jésus : « Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école... Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. » (Mt 11, 29-30).

Cette phrase de Jésus a peut-être bien ses racines justement dans notre texte du Deutéronome : « Cette Loi que je te prescris aujourd'hui n'est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. » Autrement dit, Dieu ne demande pas à son peuple des choses impossibles. Peut-être ce passage s'adresse-t-il à des croyants découragés, à l'instar des disciples qui se plaignirent un jour à Jésus en lui demandant « Qui donc peut être sauvé ? » (Mt 19, 25).

On retrouve bien là, dans le Deutéronome d'abord, chez Jésus ensuite, le grand message très positif de la Bible : la Loi est à notre portée, le mal n'est pas irrémédiable ; l'humanité va vers son salut : un salut qui consiste à vivre dans l'amour de Dieu et des autres, pour le plus grand bonheur de tous. Mais, l'expérience aidant, on a appris aussi que la pratique d'une vie juste, c'est-à-dire en conformité avec ce projet de Dieu est quasi-impossible aux hommes s'ils comptent sur leurs seules forces. Et la leçon est toujours la même : Jésus répond à ses disciples : « Aux hommes c'est impossible, mais à Dieu, tout est possible. » (Mt 19, 26).

Oui, à Dieu tout est possible, y compris de transformer nos nuques raides. Puisque son peuple est désespérément incapable de fidélité, c'est Dieu lui-même qui transformera son cœur : « Le SEIGNEUR ton Dieu te circoncira le cœur, pour que tu aimes le SEIGNEUR et que tu vives. » (Dt 30, 6). Par « circoncision du cœur », on entend l'adhésion de l'être tout entier à la volonté de Dieu. On a longtemps espéré que le peuple lui-même atteindrait cette qualité d'adhésion à l'Alliance « de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces » (comme dit la fameuse phrase du « Shema Israël », la grande profession de foi, Dt 6, 4) ; mais il a bien fallu se rendre à l'évidence ; et des prophètes comme Jérémie, Ézéchiel prennent acte de ce qu'il y faudra une intervention de Dieu : « Je déposerai mes directives au fond d'eux-mêmes, les inscrivant dans leur être ; je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi. » (Jr 31, 33).

 

PSAUME 18 (19), 8, 9, 10, 11

8 La loi du SEIGNEUR est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du SEIGNEUR est sûre,
qui rend sages les simples.

9 Les préceptes du SEIGNEUR sont droits,
ils réjouissent le cœur ;
le commandement du SEIGNEUR est limpide,
il clarifie le regard.

10 La crainte qu'il inspire est pure,
elle est là pour toujours ;
les décisions du SEIGNEUR sont justes
et vraiment équitables :

11 plus désirables que l'or,
qu'une masse d'or fin,
plus savoureuses que le miel
qui coule des rayons.

Curieuse litanie en l'honneur de la Loi : « La Loi du SEIGNEUR », « la charte du SEIGNEUR », « les préceptes du SEIGNEUR », « le commandement du SEIGNEUR », « les décisions du SEIGNEUR »... En réalité, il n'est question que de Dieu, celui qui a révélé son Nom à Moïse : le SEIGNEUR. Celui qui a choisi ce peuple parmi tous les peuples de la terre, et l'a libéré... Celui qui a proposé à ce peuple son Alliance pour l'accompagner dans toute son existence... Celui, enfin, qui poursuit son œuvre de libération en proposant sa Loi...

Il ne faut jamais oublier qu'avant toute autre chose, le peuple juif a expérimenté la libération apportée par son Dieu. Et les « commandements » sont dans la droite ligne de la sortie d'Égypte : ils sont une entreprise de libération. Dieu a « fait sortir » (c'est l'expression consacrée) son peuple des chaînes de l'esclavage, il le fera sortir de toutes les autres chaînes qui empêchent l'homme d'être heureux. C'est cela l'Alliance Éternelle. L'Exode était route vers la Terre Promise ; l'obéissance à la Loi est cheminement vers la véritable Terre Promise, la Patrie future de l'humanité.

Le livre du Deutéronome y insiste à plusieurs reprises : « Puisses-tu écouter Israël, garder et pratiquer ce qui te rendra heureux » (Dt 6, 3). A quoi notre psaume répond en écho : « Les préceptes du SEIGNEUR sont droits, ils réjouissent le cœur ».

La grande certitude qu'ont acquise les hommes de la Bible, c'est que Dieu veut l'homme heureux, et il lui en donne le moyen, un moyen bien simple : il suffit d'écouter la Parole de Dieu inscrite dans la Loi. Le chemin est balisé, les commandements sont comme des poteaux indicateurs sur le bord de la route, pour alerter notre regard sur un danger éventuel : « Le commandement du SEIGNEUR est limpide, il clarifie le regard ». Au jour le jour, la Loi est notre maître, elle nous enseigne : on sait que la racine du mot « Torah » en hébreu signifie d'abord « enseigner ». « La charte du SEIGNEUR est sûre, qui rend sages les simples ». Ici les simples, ce sont ceux justement qui acceptent tout humblement de se laisser enseigner par Dieu : « Et maintenant, Israël, qu'est-ce que le SEIGNEUR ton Dieu attend de toi ? Il attend seulement que tu craignes le SEIGNEUR ton Dieu en suivant tous ses chemins, en aimant et en servant le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, en gardant les commandements du SEIGNEUR et les lois que je te donne aujourd'hui pour ton bonheur ». (Dt 10, 12 - 13). Et le prophète Michée reprend en écho : « On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR exige de toi : rien d'autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t'appliquer à marcher avec ton Dieu ». (Mi 6, 8). Il n'y a pas d'autre exigence, il n'y a pas non plus d'autre chemin pour être heureux.

« Les décisions du SEIGNEUR sont justes et vraiment équitables, plus désirables que l'or, qu'une masse d'or fin, plus savoureuses que le miel qui coule des rayons. » Là, on touche du doigt la distance culturelle qui nous sépare de l'auteur de ce psaume : pour nous comme pour lui, l'or est un métal à la fois inaltérable, et précieux, donc désirable. Pour le miel, c'est autre chose : il n'évoque sûrement pas pour nous ce qu'il représentait pour un habitant de Palestine ; quand Dieu appelle Moïse pour la première fois et lui confie la mission de libérer son peuple, il lui promet : « Je vous ferai monter de la misère d'Égypte... vers le pays ruisselant de lait et de miel » (Ex 3, 17). On ne sait pas à quand remonte cette expression : apparemment, elle est très ancienne et les Cananéens l'employaient déjà. Pour eux, comme pour Israël, elle caractérise l'abondance et la douceur. Du miel, on en trouve évidemment bien ailleurs qu'en Palestine : le goût sucré des gâteaux de miel est apprécié dans de nombreux pays. On en trouve même dans le désert : la preuve, c'est que Jean-Baptiste « se nourrissait de miel sauvage » (Mt 3, 4), mais c'est quand même rare ! Et justement, ce qui sera merveilleux dans la Terre Promise, ce sera la profusion, le miel « ruissellera ».

Cette abondance, cette douceur est attribuée à l'action de Dieu ; mais, me direz-vous, cela non plus n'est pas propre au peuple d'Israël : partout ou presque on pense que notre vie est dans les mains des dieux ; et tous les rites religieux sont justement faits pour obtenir les faveurs des divinités : on cherche à leur plaire pour obtenir la pluie en temps voulu, pour éviter la grêle, les sauterelles et tout ce qui pourrait compromettre les récoltes... Parce que les divinités ont tout pouvoir.

Ce qui est propre à Israël, c'est son expérience de l'oeuvre de Dieu, et cela change tout ! Il ne s'agit pas de l'amadouer pour obtenir ses bienfaits ; ses bienfaits sont acquis d'avance. Ce qui est propre à Israël, c'est son expérience de la générosité de Dieu. Dieu a pris l'initiative de créer le monde, simplement par amour ; Dieu a pris l'initiative de sauver son peuple, simplement par amour. Et le miel devient pour eux symbole de la douceur même de Dieu. Le livre du Deutéronome, quand il rappelle au peuple toute la sollicitude que Dieu lui a prodiguée pendant l'Exode, dit : « Il rencontre son peuple au pays du désert, Il lui fait sucer le miel dans le creux des pierres » (Dt 32, 13). La manne, aussi, parce qu'elle est douce et parce qu'elle est cadeau de Dieu, est comparée à du miel : « C'était comme de la graine de coriandre, c'était blanc, avec un goût de beignets au miel » (Ex 16, 31). Désormais on parlera des oignons d'Égypte, mais du miel de Canaan : il y a pourtant du miel aussi en Égypte, mais on n'avait pas encore fait l'expérience de l'Exode et de la Présence de Dieu.

Désormais, Israël ne sait pas seulement que la Parole de Dieu a créé le monde, Israël sait mieux encore que sa Parole sauve le monde : « La loi du SEIGNEUR est parfaite, qui redonne vie ; la charte du SEIGNEUR est sûre, qui rend sages les simples. »

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Complément

- C'est dans le Livre du Deutéronome qu'on trouve les plus belles méditations sur la Loi ; par exemple : « Interroge donc les jours du début, ceux d'avant toi, depuis le jour où Dieu créa l'humanité sur la terre, interroge d'un bout à l'autre du monde : est-il rien arrivé d'aussi grand ? A-t-on rien entendu de pareil ?... A toi, il t'a été donné de voir, pour que tu saches que c'est le SEIGNEUR qui est Dieu : il n'y en a pas d'autre que lui... Reconnais-le aujourd'hui et réfléchis : c'est le SEIGNEUR qui est Dieu, en haut dans le ciel et en bas sur la terre ; il n'y en a pas d'autre. Garde ses lois et ses commandements que je te donne aujourd'hui pour ton bonheur et celui de tes fils après toi, afin que tu prolonges tes jours sur la terre que le SEIGNEUR ton Dieu te donne, tous les jours. » (Dt 4, 32... 40).

 

DEUXIEME LECTURE - Colossiens 1, 15 - 20

15 Le Christ est l'image du Dieu invisible,
le premier-né par rapport à toute créature,
16 car c'est en lui que tout a été créé
dans les cieux et sur la terre,
les êtres visibles
et les puissances invisibles :
tout est créé par lui et pour lui.
17 Il est avant tous les êtres,
et tout subsiste en lui.
18 Il est aussi la tête du corps,
c'est-à-dire de l'Église.
Il est le commencement,
le premier-né d'entre les morts,
puisqu'il devait avoir en tout la primauté.
19 Car Dieu a voulu que dans le Christ,
toute chose ait son accomplissement total.
20 Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui,
sur la terre et dans les cieux,
en faisant la paix par le sang de sa croix.

 

Je commence par la dernière phrase qui est peut-être pour nous la plus difficile : « Dieu a voulu tout réconcilier par le Christ et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix. » Paul ici compare la mort du Christ à un sacrifice comme on en offrait habituellement au Temple de Jérusalem. Il existait en particulier des sacrifices qu'on appelait « sacrifices de paix ».
Paul sait bien que ceux qui ont condamné Jésus n'avaient aucunement l'intention d'offrir un sacrifice : tout d'abord parce que les sacrifices humains n'existaient plus en Israël depuis fort longtemps ; ensuite parce que Jésus a été condamné à mort comme un malfaiteur et exécuté hors de la ville de Jérusalem. Mais il contemple une chose inouïe : dans sa grâce, Dieu a transformé l'horrible passion infligée à son fils par les hommes en œuvre de paix ! On pourrait lire « Dieu a bien voulu tout réconcilier par le Christ et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix. » Pour le dire autrement, c'est la haine des hommes qui tue le Christ, mais, par un mystérieux retournement, parce que Dieu accomplit cette œuvre de grâce, ce paroxysme de haine des hommes est transformé en un instrument de réconciliation, de pacification.
Et pourquoi sommes-nous réconciliés ? Parce qu'enfin, nous connaissons Dieu tel qu'il est vraiment, pur amour et pardon, bien loin du Dieu punisseur que nous imaginons parfois. Et cette découverte peut transformer nos cœurs de pierre en cœurs de chair (pour reprendre l'expression d'Ézéchiel) si nous laissons l'Esprit du Christ envahir nos cœurs. Dans cette lettre aux Colossiens, nous lisons la même méditation que développe également saint Jean et qui est inspirée par Zacharie. De la part de Dieu, le prophète annonçait : « En ce jour-là, je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit qui fera naître en eux bonté et supplication. Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé... ils pleureront sur lui. » (Za 2, 10). En d'autres termes, c'est Dieu qui nous inspire de contempler la croix et, de cette contemplation, peut naître notre conversion, notre réconciliation.
Paul nous invite donc à cette même contemplation : en levant les yeux vers le transpercé (comme dit Zacharie) nous découvrons en Jésus l'homme juste par excellence, l'homme parfait, tel que Dieu l'a voulu. Dans le projet créateur de Dieu, l'homme est créé à son image et à sa ressemblance ; la vocation de tout homme, c'est donc d'être l'image de Dieu. Or le Christ est l'exemplaire parfait, si l'on ose dire, il est véritablement l'homme à l'image de Dieu : en contemplant le Christ, nous contemplons l'homme, tel que Dieu l'a voulu. « Il est l'image du Dieu invisible », dit Paul. « Voici l'homme » (Ecce homo) dit Pilate à la foule, sans se douter de la profondeur de cette déclaration !
Et c'est pour cela que Paul peut parler d'accomplissement : « Dieu a voulu que dans le Christ, toute chose ait son accomplissement total. » Je reprends le début du texte : « Le Christ est l'image du Dieu invisible, le premier-né par rapport à toute créature, car c'est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les puissances invisibles : tout est créé par lui et pour lui. »
Mais Paul va plus loin : en Jésus, nous contemplons également Dieu lui-même : dans l'expression « image du Dieu invisible » appliquée à Jésus-Christ, il ne faudrait pas minimiser le mot « image » : il faut l'entendre au sens fort ; en Jésus-Christ, Dieu se donne à voir ; ou pour le dire autrement, Jésus est la visibilité du Père : « Qui m'a vu a vu le Père » dira-t-il lui-même dans l'évangile de Jean (Jn 14, 9). Un peu plus bas dans cette même lettre aux Colossiens, Paul dit encore : « En Christ habite toute la plénitude de la divinité » (Col 2, 9). Il réunit donc en lui la plénitude de la créature et la plénitude de Dieu : il est à la fois homme et Dieu. En contemplant le Christ, nous contemplons l'homme... en contemplant le Christ, nous contemplons Dieu.
Reste un verset, très court, mais capital : « Il est aussi la tête du corps, c'est-à-dire de l'Église. Il est le commencement, le premier-né d'entre les morts, puisqu'il devait avoir en tout la primauté. » C'est peut-être le texte le plus clair du Nouveau Testament pour nous dire que nous sommes le Corps du Christ. Il est la tête d'un grand corps dont nous sommes les membres. Dans la lettre aux Romains (Rm 12, 4-5) et la première lettre aux Corinthiens (1 Co 12, 12), Paul avait déjà dit que nous sommes tous les membres d'un même corps. Ici, il précise plus clairement : « Le Christ est la tête du corps qui est l'Église ». (Il développe la même idée dans la lettre aux Éphésiens : Ep 1, 22 ; 4, 15 ; 5, 23).
Évidemment, il dépend de nous que ce Corps grandisse harmonieusement. A nous de jouer, donc, maintenant, si j'ose dire : la Nouvelle Alliance inaugurée en Jésus-Christ s'offre à la liberté des hommes ; pour nous, baptisés, elle est (ou elle devrait être) un sujet sans cesse renouvelé d'émerveillement et d'action de grâce ; un peu plus haut, l'auteur commençait sa contemplation par : « Rendez grâce à Dieu le Père qui vous a rendus capables d'avoir part, dans la lumière, à l'héritage du peuple saint ». Il s'adressait à ceux qu'il appelle « les saints », c'est-à-dire les baptisés. L'Église, par vocation, c'est le lieu où l'on rend grâce à Dieu. Ne nous étonnons pas que notre réunion hebdomadaire s'appelle « Eucharistie » (littéralement en grec « action de grâce »).

 

EVANGILE - Luc 10, 25-37

25 Pour mettre Jésus dans l'embarras,
un docteur de la Loi lui posa cette question :
« Maître, que dois-je faire,
pour avoir part à la vie éternelle ? »
26 Jésus lui demanda :
« Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit ?
Que lis-tu ? »
27 L'autre répondit :
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
de tout ton cœur, de toute ton âme,
de toute ta force et de tout ton esprit,
et ton prochain comme toi-même. »
28 Jésus lui dit :
« Tu as bien répondu.
Fais ainsi et tu auras la vie. »
29 Mais lui, voulant montrer qu'il était un homme juste,
dit à Jésus :
« Et qui donc est mon prochain ? »
30 Jésus reprit :
« Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho,
et il tomba sur des bandits ;
ceux-ci, après l'avoir dépouillé, roué de coups,
s'en allèrent en le laissant à moitié mort.
31 Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ;
il le vit et passa de l'autre côté.
32 De même un lévite arriva à cet endroit ;
il le vit et passa de l'autre côté.
33 Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui ;
il le vit et fut saisi de pitié.
34 Il s'approcha, pansa ses plaies
en y versant de l'huile et du vin ;
puis il le chargea sur sa propre monture,
le conduisit dans une auberge
et prit soin de lui.
35 Le lendemain, il sortit deux pièces d'argent,
et les donna à l'aubergiste, en lui disant :
Prends soin de lui ;
tout ce que tu auras dépensé en plus,
je te le rendrai quand je repasserai.
36 Lequel des trois, à ton avis,
a été le prochain
de l'homme qui était tombé entre les mains des bandits ? »
37 Le docteur de la Loi répond :
« Celui qui a fait preuve de bonté envers lui. »
Jésus lui dit :
« Va, et toi aussi, fais de même. »

 

Tel est pris qui croyait prendre ! S'il espérait mettre Jésus dans l'embarras, le docteur de la Loi en a été pour ses frais et c'est lui, en définitive, qui a dû se trouver bien embarrassé. En posant à celui qui est l'Amour même la question : « Jusqu'où faut-il aimer ? », il s'est attiré une réponse bien exigeante ! Si l'on veut rester tranquille, en effet, il y a des questions à ne pas poser ! Surtout si ce sont des questions aussi importantes que la première posée par le docteur de la Loi : « Maître, que dois-je faire, pour avoir part à la vie éternelle ? » ou, plus compromettante encore, la question suivante : « Et qui donc est mon prochain ? » Devant de telles interrogations, Jésus ne peut que désirer conduire son interlocuteur jusqu'au plus intime du coeur de Dieu lui-même.

Ce cheminement, Jésus va le situer très exactement sur une route bien connue de ses auditeurs, les trente kilomètres qui séparent Jérusalem de Jéricho, une route en plein désert, dont certains passages étaient à l'époque de véritables coupe-gorge. Ce récit d'attentat et cette histoire de secours au blessé étaient d'une vraisemblance criante. L'homme est donc tombé aux mains de brigands qui l'ont dépouillé et laissé pour mort. A son malheur physique et moral, s'ajoute pour lui une exclusion d'ordre religieux : touché par des « impurs », il a contracté lui aussi une impureté. C'est probablement l'une des raisons de l'indifférence apparente, voire de la répulsion qu'éprouvent à sa vision le prêtre et le lévite soucieux de préserver leur intégrité rituelle. Le Samaritain, bien sûr, ne va pas avoir de scrupules de ce genre.

La scène au bord de la route dit en images ce que Jésus a fait lui-même bien souvent concrètement : en guérissant le jour du sabbat, par exemple, en se penchant sur des lépreux, en accueillant les pécheurs, et en citant plusieurs fois la parole du prophète Osée : « C'est la miséricorde que je veux et non les sacrifices ; et la connaissance de Dieu, je la préfère aux holocaustes. » (Os 6, 6).

La connaissance de Dieu, parlons-en : quand Jésus avait posé la question : « Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Que lis-tu ? », le docteur de la Loi avait récité avec enthousiasme : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. » Jésus lui avait dit : « Tu as bien répondu. » Car la seule chose qui compte, on le savait déjà en Israël, c'est la fidélité à ce double amour. Saint Jean écrira plus tard : « Si quelqu'un dit J'aime Dieu et qu'il n'aime pas son frère, c'est un menteur. En effet, celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, ne peut pas aimer Dieu qu'il ne voit pas. » (1 Jn 4, 20). Et encore : « Aimons-nous les uns les autres, car l'amour vient de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu. » (1 Jn 4, 7).

Le fin mot de cette connaissance que nous révèle la Bible, Ancien et Nouveau Testaments confondus, c'est que Dieu est « miséricordieux » (littéralement en hébreu « ses entrailles vibrent ») ; or, nous dit le récit, quand le Samaritain vit l'homme blessé, « il fut saisi de pitié » (en grec « ému aux entrailles »). Ce n'est pas par hasard si Luc emploie exactement la même expression pour dire l'émotion de Jésus, à la porte du village de Naïm, à la vue de la veuve conduisant son fils unique au cimetière (Lc 7)... ou pour décrire l'émotion du Père au retour du fils prodigue (Lc 15).

Je reviens à la parabole : ce voyageur miséricordieux n'est pourtant aux yeux des Juifs qu'un Samaritain, c'est-à-dire ce qu'il y a de moins recommandable. Car Samaritains et Juifs étaient normalement ennemis : les Juifs méprisaient les Samaritains qu'ils considéraient comme hérétiques et les Samaritains, de leur côté, ne pardonnaient pas aux Juifs d'avoir détruit leur sanctuaire sur le mont Garizim (en 129 av.J.C.). Le mépris, à vrai dire, était ancestral : au livre de Ben Sirac, on cite parmi les peuples considérés comme détestables les Samaritains, « le peuple stupide qui demeure à Sichem » (Si 50, 26). Et c'est cet homme méprisé qui est déclaré par Jésus plus proche de Dieu que les dignitaires et servants du Temple (le prêtre et le lévite passés à côté du blessé sans s'arrêter). Cette émotion « jusqu'aux entrailles » (tout le contraire de la dureté des cœurs de pierre dont parlait Ézéchiel), nous dit que le Samaritain, (ce mécréant aux yeux des Judéens) est capable d'être « l'image de Dieu » ! A son niveau personnel, on voit quelle attitude Jésus lui-même a choisie, lui qui dispense sans compter compassion et guérison.

Jésus propose donc ici un renversement de perspective : à la question « qui est mon prochain », il ne répond pas, comme on s'y attendrait, en traçant le cercle de ceux que nous devons considérer comme notre prochain. Car un cercle, aussi large soit-il pose une limite. Jésus refuse de donner une « définition » (dans « définition », il y a le mot latin « finis », limite), il en fait une affaire de cœur et non d'intellect. A ce propos, gare au vocabulaire ! A lui seul le mot « prochain » laisse entendre qu'il y a des « lointains ».

Alors, si on demande à Jésus « Qui donc est mon prochain ? », il nous répond : A toi de décider jusqu'où tu acceptes de te faire proche. Et si l'on se pose la question : Pourquoi le Samaritain nous est-il donné en exemple ? La réponse est toute simple : parce qu'il est capable d'être saisi de pitié. A nous aussi, Jésus dit : « Va, et toi aussi, fais de même. » Sous-entendu, ce n'est pas facultatif : « Fais ainsi et tu auras la vie » avait-il dit à son interlocuteur un peu avant ; Luc répète souvent cette exigence de cohérence entre parole et actes : c'est bien beau de parler comme un livre (c'est le cas du docteur de la Loi, ici), mais cela ne suffit pas : « Ma mère et mes frères, disait Jésus, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. » (Lc 8, 21). Et là, notre capacité d'inventer est sollicitée : si les dimensions du cercle de notre prochain dépendent de notre bon vouloir, si les considérations de catégories sociales et de convenances doivent céder le pas à la pitié (ce qui semble bien être la leçon de cette parabole), alors, il ne nous reste plus qu'à inventer l'amour sans frontières !

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Complément

- Si la question « Quel est le plus grand commandement ? » se retrouve dans les évangiles de Matthieu et de Marc, la parabole du Bon Samaritain, en revanche, est propre à Luc. On notera également que chez Luc, c'est le docteur de la Loi qui donne lui-même la réponse « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu... et ton prochain comme toi-même. » Alors Jésus reprend : « Tu as bien répondu. Fais ainsi et tu auras la vie. »

- Il est intéressant de noter que cette présentation éminemment sympathique d'un Samaritain (Luc 10) suit de très près dans l'évangile de Luc le refus d'un village samaritain de recevoir Jésus et ses disciples en route de la Galilée vers Jérusalem (Luc 9). Ce qui semble vouloir dire que Jésus se refuse catégoriquement à tout amalgame !

 

 

L'intelligence des écritures

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 13:34

Parce que les citoyens ne font plus confiance aux politiciens, parce que ces politiciens n'écoutent plus les demandes de la population et qu'ils méprisent les citoyens, le député belge Laurent LOUIS, se basant sur les travaux d'Etienne Chouard, propose un changement de système: remplacer les élections par le tirage au sort de citoyens volontaires. Découvrez la vidéo de son intervention devant le parlement belge

 

 


 

 

puis le texte complet de la proposition de Laurent LOUIS:

http://www.lachambre.be/FLWB/PDF/53/2860/53K2860001.pdf

 

 

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