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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 07:21

marie-nolle-thabut.jpg Je suis, chaque dimanche, impressionné par la qualité des commentaires de Marie-Noëlle Thabut sur les textes que nous propose la liturgie du jour.

 

Ces commentaires, trouvés sur le site "Eglise catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde. Notamment, en

  • donnant des explications historiques ;

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Evangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté, directement ou indirectement)

 

Version audio (le lien sera inopérant dans un premier temps), trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame

 

PREMIERE LECTURE - Ben Sirac le Sage 3, 2-6. 12-14

3, 2 Le Seigneur glorifie le père dans ses enfants,
il renforce l'autorité de la mère sur ses fils.
3 Celui qui honore son père obtient le pardon de ses fautes,
4 celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor.
5 Celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants,
au jour de sa prière il sera exaucé.
6 Celui qui glorifie son père verra de longs jours,
celui qui obéit au Seigneur donne du réconfort à sa mère...
12 Mon fils, soutiens ton père dans sa vieillesse,
ne le chagrine pas pendant sa vie.
13 Même si son esprit l'abandonne, sois indulgent,
ne le méprise pas, toi qui es en pleine force.
14 Car ta miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée
et elle relèvera ta maison
si elle est ruinée par le péché.

Ben Sirac dit encore bien d'autres choses sur le respect dû aux parents ; et s'il éprouve le besoin d'y insister, c'est parce qu'à son époque, l'autorité des parents n'était plus ce qu'elle avait été : les moeurs étaient en train de changer et Ben Sirac ressentait le besoin de redresser la barre. Nous sommes au deuxième siècle av.J.C., vers 180. Ben Sirac tient une école de Sagesse (on dirait « Philosophie » aujourd'hui) à Jérusalem ; on est sous la domination grecque : les souverains sont libéraux et les Juifs peuvent continuer à pratiquer intégralement leur Loi ; (la situation changera un peu plus tard avec Antiochus Epiphane) ; mais c'est cette tranquillité, justement, qui inquiète Ben Sirac, car, insidieusement, de nouvelles habitudes de penser se répandent : à côtoyer de trop près des païens, on risque de penser et de vivre bientôt comme eux. Et c'est bien ce qui pousse Ben Sirac à défendre les fondements de la religion juive, à commencer par la famille. Car si la structure familiale s'affaiblit, qui transmettra aux enfants la foi, les valeurs, et les pratiques du Judaïsme ?

Notre texte d'aujourd'hui est donc avant tout un plaidoyer pour la famille parce qu'elle est le premier sinon le seul lieu de transmission des valeurs.

C'est aussi un commentaire magnifique, une variation sur le quatrième commandement. Les plus âgés d'entre nous le connaissent sous la forme du catéchisme de leur enfance : « Tes père et mère honoreras afin de vivre longuement ». Et le voici dans sa forme primitive au livre de l'Exode : « Honore ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu » (Ex 20, 12) ; et le livre du Deutéronome ajoutait « et afin que tu sois heureux » (Dt 5, 16).

Le texte que nous lisons aujourd'hui a donc été écrit vers 180 av.J.C. ; et puis, cinquante ans plus tard, le petit-fils de Ben Sirac a traduit l'oeuvre de son grand-père et il a voulu préciser les choses : il a donc ajouté deux versets pour justifier ce respect dû aux parents : son argument est le suivant : nos parents nous ont donné la vie, ils sont donc les instruments de Dieu qui donne la vie : « De tout ton coeur glorifie ton père, et n'oublie pas les souffrances de ta mère. Souviens-toi que tu leur dois la naissance, comment leur rendras-tu ce qu'ils ont fait pour toi ? » (Si 7, 27 - 28).

Bien sûr, ce commandement rejoint le simple bon sens : on sait bien que la cellule familiale est la condition primordiale d'une société équilibrée. Actuellement, nous ne faisons que trop l'expérience des désastres psychologiques et sociaux entraînés par la brisure des familles. Mais, plus profondément, j'entends aussi là que notre rêve d'harmonie familiale fait partie du plan de Dieu.

Cette défense des valeurs familiales ne nous étonne donc pas : mais dans le texte de Ben Sirac on a un peu l'impression d'un calcul : « Celui qui honore son père obtient le pardon de ses fautes, celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor. Celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants, au jour de sa prière il sera exaucé. Celui qui glorifie son père verra de longs jours... » Même chose pour le commandement : « Tes père et mère honoreras afin de vivre longuement » ; comme si on nous disait « si tu te conduis bien, Dieu te le revaudra ».

Or, il n'est jamais question de calcul avec Dieu, puisqu'avec lui tout est grâce, c'est-à-dire gratuit ! Ce qu'on veut nous dire, c'est que chaque fois que Dieu nous donne un commandement, c'est pour notre bonheur.
Si vous en avez le courage, reportez-vous au livre du Deutéronome, en particulier au chapitre 6, celui dont est extraite la plus célèbre prière d'Israël, le « Shema Israël » (Ecoute Israël) ; vous serez étonnés de l'insistance de ce texte pour nous dire que la loi est chemin de bonheur et de liberté. Voici quelques versets du Deutéronome : « Tu feras ce qui est droit et bien aux yeux du Seigneur, pour être heureux et entrer prendre possession du bon pays que le Seigneur a promis par serment à tes pères... » (Dt 6 , 18).

Je reviens à Ben Sirac : encore une phrase un peu étonnante : « Celui qui honore son père obtient le pardon de ses fautes » : d'abord, je dirais qu'une telle phrase prouve que ce texte est récent ; on sait bien qu'il a fallu des siècles de pédagogie de Dieu, par la bouche de ses prophètes, pour que l'on découvre que le seul chemin de réconciliation avec Dieu n'est pas le sacrifice sanglant comme on le croyait primitivement ; le seul chemin de réconciliation avec Dieu, c'est la réconciliation avec le prochain. J'entends là comme un écho de la célèbre phrase du prophète Osée « C'est la miséricorde que je veux et non le sacrifice » (Os 6, 6).

En quelque sorte, Ben Sirac nous dit : « Vous voulez être sûrs d'honorer Dieu ? C'est bien simple, honorez vos parents : être filial à leur égard, c'est être filial aussi à l'égard de Dieu. Vous savez que sur les dix commandements, deux seulement sont des ordres positifs : le commandement sur le sabbat et celui-ci sur le respect des parents. « Du jour du sabbat, tu feras un mémorial... », « Honore ton père et ta mère » ; tous les autres commandements sont négatifs, ils indiquent seulement des limites à ne pas dépasser : « Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne commettras pas d'adultère »...

- Mais c'est bien un ordre positif qui résume tous les commandements : vous le trouvez dans l'Ancien Testament au Livre du Lévitique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ; or, notre premier prochain, au vrai sens du terme, ce sont nos parents. En cette période de fêtes où des liens familiaux se resserrent ou se redécouvrent, ce texte de Ben Sirac est donc bien trouvé.

****
Complément

La lecture liturgique ne nous propose que les versets 2 à 6 et 12 à 14 du chapitre 3 du livre de Ben Sirac ; on peut se demander pourquoi elle supprime plusieurs versets au beau milieu du texte ? Les voici, ils ne font que donner plus de vigueur à l'ensemble : « (Celui qui obéit au Seigneur) sert ses parents comme des maîtres. En actes et en paroles, honore ton père, afin que sa bénédiction vienne sur toi ; car la bénédiction d'un père affermit la maison de ses enfants, mais la malédiction d'une mère en arrache les fondations*. Ne te glorifie pas du déshonneur de ton père ; ce n'est pas une gloire pour toi que le déshonneur de ton père ; car la gloire d'un homme vient de l'honneur de son père et c'est un opprobre pour ses enfants qu'une mère dans le déshonneur. »

N.B.* Je cite ici le verset 9 « la bénédiction d'un père affermit la maison de ses enfants, mais la malédiction d'une mère en arrache les fondations » d'après la version grecque en usage dans notre tradition chrétienne ; mais le texte primitif hébreu (de Ben Sirac lui-même) disait : la bénédiction d'un père enracine, mais la malédiction d'une mère arrache la plantation. » Voici la note de la TOB : « Le grec a transposé la métaphore agraire de l'hébreu, en une comparaison citadine, plus intelligible pour des lecteurs grecs. » Bel exemple d'adaptation à un auditoire

Psaume 127 (128)

1 Heureux qui craint le Seigneur
et marche selon ses voies !
2 Tu te nourriras du travail de tes mains :
Heureux es-tu ! A toi, le bonheur !

3 Ta femme sera dans ta maison
comme une vigne généreuse,
et tes fils, autour de la table,
comme des plants d'olivier.

4 Voilà comment sera béni
l'homme qui craint le Seigneur.
5 Tu verras le bonheur de Jérusalem
6 tous les jours de ta vie.
- Si vous avez la curiosité d'aller lire ce psaume dans votre Bible, vous verrez qu'on l'appelle « Cantique des montées » : ce qui veut dire qu'il a été composé pour être chanté pendant le pèlerinage, dans la montée vers Jérusalem. Vu son contenu, on peut penser qu'il était chanté à la fin du pèlerinage, sur les dernières marches du Temple. Dans la première partie, les prêtres, à l'entrée du Temple, accueillent les pèlerins et leur font une dernière catéchèse : « Heureux l'homme qui craint le Seigneur et marche selon ses voies ! Tu te nourriras du travail de tes mains : Heureux es-tu ! A toi le bonheur ! Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse, et tes fils autour de la table comme des plants d'olivier ». Une chorale ou bien l'ensemble des pélerins répond : « Oui, voilà comment sera béni l'homme qui craint le Seigneur ».

- Alors les prêtres prononcent la formule liturgique de bénédiction : « De Sion, que le Seigneur te bénisse ! Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie, et tu verras les fils de tes fils ».

- Au passage, je remarque une formule qui pourrait en révolter plus d'un : « Tu te nourriras du travail de tes mains : Heureux es-tu ! A toi le bonheur ! » Il faut croire que les problèmes de chômage n'existaient pas !

- L'objet de la bénédiction peut nous sembler bien terre à terre ; mais pourtant l'insistance de toute la Bible sur le bonheur et la réussite devraient nous rassurer. Notre soif de bonheur bien humain, notre souhait de réussite familiale rejoignent le projet de Dieu sur nous... sinon, l'Eglise n'aurait pas fait du mariage un sacrement !!! Dieu nous a créés pour le bonheur et pour rien d'autre. REJOUISSONS-NOUS !

- Et le mot « HEUREUX » revient très souvent dans la Bible ; il revient si souvent, même, qu'on pourrait lui reprocher d'être bien loin de nos réalités concrètes ; ne risque-t-il pas de paraître ironique face à tant d'échecs humains et de malheurs dont nous voyons le spectacle tous les jours ? Vous avez remarqué sûrement combien ce psaume, lui aussi, multiplie les mots « heureux », « bonheur », bénédiction » : « Heureux qui craint le Seigneur et marche selon ses voies !... Heureux es-tu ! A toi, le bonheur !... Voilà comment sera béni l'homme qui craint le Seigneur. Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie. »

- En réalité, le mot « heureux » ne prétend pas être un constat un peu facile, comme si, automatiquement, les hommes droits et justes étaient assurés d'être heureux... Il suffit d'ouvrir les yeux pour voir des hommes faire du bien et ne récolter que du malheur. Il s'agit en réalité du seul bonheur qui compte, c'est-à-dire la proximité de Dieu.

- En fait, le mot « Heureux » a deux facettes ; il est à la fois un compliment et un encouragement ; André CHOURAQUI, dont la traduction était toujours très proche du texte hébreu, traduisait le mot « Heureux » par « En marche »... Sous-entendu « vous êtes sur la bonne voie, bravo, et courage, continuez ! » La particularité du peuple d'Israël est d'avoir su très tôt que son Dieu l'accompagne dans son désir de bonheur et lui ouvre le chemin. Ecoutez le prophète Jérémie : « Moi, je sais les projets que j'ai formés à votre sujet, dit le Seigneur, projets de prospérité et non de malheur : je vais vous donner un avenir et une espérance. » (Jr 29, 11).

- Et toute la Bible en est tellement convaincue qu'elle affirme qu'il faut avoir une langue de vipère pour mettre en doute les intentions de Dieu envers l'homme et la femme qu'il a créés pour leur bonheur. (C'est le sens du récit du Paradis terrestre). Saint Paul, qui était un expert de l'Ancien Testament, a résumé en quelques mots les intentions de Dieu : il les appelle « le dessein bienveillant de Dieu ».

- Il y a toujours donc deux aspects dans le mot biblique « Heureux » : c'est d'abord le projet, le dessein de Dieu, qui est le bonheur de l'homme, mais c'est aussi le choix de l'homme, en ce sens que le bonheur (le vrai bonheur qui est la proximité avec Dieu) est à construire : le chemin est tracé, il est tout droit : il suffit d'être fidèle à la loi qui se résume dans le commandement d'aimer Dieu et l'humanité ; Jésus a simplement suivi ce chemin-là. « Comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'au bout » (Jn 13, 1). Et il invite ses disciples à le suivre, pour leur bonheur : « Heureux serez-vous si vous mettez mes paroles en pratique ».

- Mais là où notre texte se complique un peu, c'est avec la formule « Heureux l'homme qui craint le Seigneur » ; elle peut même sembler paradoxale : peut-on en même temps craindre et être heureux ? André CHOURAQUI, encore, traduisait ce verset de la manière suivante : « En marche, toi qui es tout frémissant de Dieu ». C'est le frémissement de l'émotion et non pas de la peur. Nous connaissons cela déjà, parfois, lorsque devant un grand bonheur, nous nous sentons tout petits.

- L'homme biblique a mis longtemps à découvrir que Dieu est amour ; mais dès lors qu'il a découvert un Dieu d'amour, il n'a plus peur. Le peuple d'Israël a eu ce privilège de découvrir à la fois la grandeur du Dieu qui nous dépasse infiniment ET la proximité, la tendresse de ce même Dieu. Du coup, la « crainte de Dieu », au sens biblique, n'est plus la peur de l'homme primitif (parce qu'on ne peut pas avoir peur de Celui qui est la Bonté en personne, si j'ose dire) ; la « crainte de Dieu » est alors l'attitude du petit enfant qui voit en son père à la fois la force et la tendresse. Le livre du Lévitique utilise d'ailleurs exactement le même mot hébreu pour dire « Chacun de vous doit craindre sa mère et son père » (Lv 19, 3), ce qui veut bien dire qu'à la fin de l'histoire biblique la « crainte » de Dieu est synonyme d'attitude filiale. Le petit enfant de Bethléem est venu nous en donner l'exemple.

- La foi, c'est d'abord la certitude fondamentale que Dieu veut le bonheur de l'homme et qu'il nous suffit donc de l'écouter, de le suivre avec confiance et simplicité. Le suivre signifiant être fidèle à la loi, tout simplement. La phrase « Heureux qui craint le Seigneur et marche selon ses voies ! » est en fait une répétition : pour l'homme biblique « craindre le Seigneur » et « marcher selon ses voies » sont synonymes.

- Quand tous les habitants de Jérusalem seront fidèles à ce programme, alors elle accomplira sa vocation d'être, comme son nom l'indique, la « ville de la paix ». C'est pourquoi notre psaume anticipe un peu et affirme : « Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie.

DEUXIEME LECTURE - lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens 3, 12-21

Frères, puisque vous avez été choisis par Dieu,
que vous êtes ses fidèles et ses bien-aimés,
revêtez votre coeur de tendresse et de bonté,
d'humilité, de douceur, de patience.
13 Supportez-vous mutuellement, et pardonnez
si vous avez des reproches à vous faire.
Agissez comme le Seigneur :
il vous a pardonné, faites de même.
14 Par-dessus tout cela, qu'il y ait l'amour :
c'est lui qui fait l'unité dans la perfection.
15 Et que, dans vos coeurs, règne la paix du Christ
à laquelle vous avez été appelés
pour former en lui un seul corps.
Vivez dans l'action de grâce.
16 Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ;
instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres
avec une vraie sagesse ;
par des psaumes, des hymnes et de libres louanges,
chantez à Dieu, dans vos coeurs, votre reconnaissance.
17 Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites,
que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus Christ,
en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père.
18 Vous les femmes, soyez soumises à votre mari ;
dans le Seigneur, c'est ce qui convient.
19 Et vous les hommes, aimez votre femme,
ne soyez pas désagréables avec elle.
20 Vous les enfants, en toutes choses écoutez vos parents ;
dans le Seigneur, c'est cela qui est beau.
21 Et vous les parents, n'exaspérez pas vos enfants ;
vous risqueriez de les décourager.
La liturgie d'aujourd'hui nous invite à contempler la Sainte Famille. Au coeur de la fête, une famille toute simple : Joseph, Marie et Jésus. C'est la famille terrestre de Dieu : c'est pour cela, d'ailleurs, qu'on l'appelle la « sainte » famille, car le mot « saint » désigne précisément Dieu et lui seul.

Ceci dit, ne nous y trompons pas, cette famille « sainte » n'a pas vécu dans les nuages : tout ce que les évangélistes nous disent de l'enfance de Jésus n'a rien d'un conte de fées ! Joseph perturbé devant la grossesse miraculeuse de Marie, les misérables conditions de la naissance de l'enfant, l'exil forcé en Egypte, et, quelques années plus tard, le fameux pèlerinage à Jérusalem où l'enfant est perdu et retrouvé... et l'évangile nous dit clairement que ses parents n'y comprenaient rien. Tout cela pour dire que cette « sainte famille » a été une vraie famille, avec des problèmes comme tout le monde en connaît.

Voilà qui nous rassure ! Et si, dans sa lettre aux Chrétiens de Colosses, Saint Paul fait des recommandations de patience et de pardon... c'est bien qu'il en faut! Nous en savons quelque chose...

La ville de Colosses est en Turquie, à 200 km à l'est d'Ephèse ; Paul n'y est jamais allé : c'est un de ses disciples, Epaphras, un Colossien, qui s'est lui-même, d'abord, converti au Christianisme, et qui, ensuite, a fondé une communauté chrétienne dans sa ville.

On ne sait pas très bien ce qui a décidé Paul à écrire à ces Chrétiens. D'après le contenu de la lettre, on sait seulement que Paul est en prison et qu'il a reçu des nouvelles un peu inquiétantes : la foi chrétienne est en danger. Le ton de sa lettre est mélangé : tantôt c'est l'éblouissement de Paul lui-même, devant le projet de Dieu : c'est le théologien émerveillé, le mystique, le converti du chemin de Damas qui parle ! Tantôt ce sont des mises en garde très fermes pour dire à ces Chrétiens : « N'écoutez pas n'importe qui, ne vous laissez pas détourner de la vraie foi »... et il n'y va pas de main morte ! Par exemple, il leur dit : « Veillez à ce que personne ne vous prenne au piège de la Philosophie, cette creuse duperie... »

Donc le ton de la lettre, le style est changeant. Mais, dans le fond, son message est toujours le même : pour lui, le centre du monde et de l'histoire, c'est Jésus-Christ ; et quand il parle aux Chrétiens de leur vie concrète, il les invite d'abord à contempler Jésus-Christ.

« Revêtez vos coeurs de tendresse et de bonté, agissez comme le Seigneur, que la paix soit dans vos coeurs, vivez dans l'action de grâce, faites tout au nom du Seigneur Jésus... » Voilà la clé du comportement nouveau des baptisés : tout faire au nom du Seigneur Jésus puisqu'ils sont le Corps du Christ.

Vous savez que, dans la lettre aux Corinthiens, Paul parlait déjà de la communauté chrétienne comme d'un corps composé de plusieurs membres. Dans cette lettre aux Colossiens (notre lecture d'aujourd'hui), il pousse plus loin la comparaison : le Christ est la tête et nous sommes son Corps qui se construit progressivement jusqu'à la fin des temps. C'est pour cela qu'il dit « Supportez-vous les uns les autres » dans le sens où les divers éléments d'une construction s'étaient mutuellement et soutiennent l'ensemble.

Dernière remarque : il arrive que certaines femmes en entendant ce texte réagissent à la phrase « Vous les femmes, soyez soumises à votre mari ; dans le Seigneur, c'est ce qui convient. » Mais je crois que nous aurions tort de nous en agacer : et ceci pour deux raisons.

Premièrement, c'était probablement une phrase habituelle à l'époque puisqu'on la trouve aussi dans la première lettre de saint Pierre (et lui, on ne l'a jamais accusé de misogynie !)
Deuxièmement, la soumission au sens biblique n'a rien à voir avec de l'esclavage ! Dans une société fondée sur la responsabilité du père de famille, ce qui était le cas au temps de Paul, c'est lui (le père de famille) qui, de droit et de fait a le dernier mot ; Paul commence donc par dire la phrase que tout le monde attend : « femmes soyez soumises à vos maris » mais il continue par une phrase extrêmement exigeante adressée aux hommes, et celle-là, on ne l'attendait pas ! « Et vous les hommes, aimez votre femme, ne soyez pas désagréables avec elle. »

Pour lui, il va de soi que l'époux chrétien est, dans toutes ses paroles, inspiré uniquement par l'amour et le souci des siens ; du coup la femme n'a aucune raison de se rebiffer devant des paroles qui ne sont que tendresse et respect ; on retrouve là le thème biblique habituel de l'obéissance : le croyant n'a aucun mal à mettre son oreille sous la parole de Dieu (c'est le sens du verbe « obéir-obaudire ») parce qu'il sait que Dieu est Amour.

EVANGILE - Matthieu 2, 13 - 15. 19 - 23

13 Après le départ des Mages,
l'Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph
et lui dit :
« Lève-toi ; prends l'enfant et sa mère,
et fuis en Egypte :
Reste là-bas jusqu'à ce que je t'avertisse,
car Hérode va rechercher l'enfant,
pour le faire périr. »
14 Joseph se leva ;
dans la nuit, il prit l'enfant et sa mère,
et se retira en Egypte,
15 où il resta jusqu'à la mort d'Hérode.
Ainsi s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète :
« D'Egypte, j'ai appelé mon fils »...
19 Après la mort d'Hérode,
l'Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Egypte
20 et lui dit :
« Lève-toi ; prends l'enfant et sa mère,
et reviens au pays d'Israël,
car ils sont morts,
ceux qui en voulaient à la vie de l'enfant. »
21 Joseph se leva,
prit l'enfant et sa mère,
et rentra au pays d'Israël.
22 Mais, apprenant qu'Arkélaüs régnait sur la Judée
à la place de son père Hérode,
il eut peur de s'y rendre.
Averti en songe,
il se retira dans la région de Galilée
23 et vint habiter dans une ville appelée Nazareth.
Ainsi s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par les prophètes :
il sera appelé Nazaréen.

- L'aventure de la « Sainte Famille » en Egypte fait spontanément penser à une autre aventure d'une autre famille, douze siècles auparavant sur cette même terre d'Egypte. Le peuple d'Israël y était en esclavage. Le Pharaon avait ordonné de tuer tous les garçons à la naissance. Un seul avait échappé, celui que sa mère avait déposé sur le Nil dans une corbeille bien calfeutrée : Moïse. Cet enfant, sauvé de la cruauté du tyran allait devenir le libérateur de son peuple... Et voilà que l'histoire se renouvelle : Jésus a échappé au massacre... Il va devenir le sauveur de l'humanité. Matthieu nous invite certainement à faire le rapprochement : à nous de découvrir que Jésus est le nouveau Moïse ; ce qui veut dire que l'une des promesses de l'Ancien Testament est accomplie ; car Dieu avait dit à Moïse : « C'est un prophète comme toi que je leur susciterai du milieu de leurs frères ; je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui ordonnerai. » (Dt 18, 18).

- Deuxième signe de l'accomplissement des Ecritures d'après Matthieu : la phrase « D'Egypte, j'ai appelé mon fils ». C'est une citation du prophète Osée ; elle signifiait la très grande tendresse de Dieu qui agissait envers Israël comme un père : voici la phrase d'Osée : « Quand Israël était jeune, je l'ai aimé, et d'Egypte j'ai appelé mon fils ». (Os 11, 1). Le prophète parlait bien du peuple d'Israël tout entier ; mais Saint Matthieu, lui, l'applique à Jésus seul... Comme si Jésus représentait en quelque sorte le peuple élu tout entier. C'est peut-être une manière de nous dire : « Jésus est le Nouvel Israël. C'est lui qui accomplit l'Alliance que Dieu avait proposée à son peuple ». Le titre de « fils de Dieu » était également appliqué à chaque roi le jour de son sacre et était devenu peu à peu un des titres du Messie ; en l'appliquant à Jésus, Matthieu nous signale certainement Jésus comme le Messie.
Enfin, les contemporains de Jésus ne pouvaient pas imaginer que le Dieu unique ait un fils, mais quand l'écrivain Matthieu rédige son évangile, longtemps après la Résurrection de Jésus et la venue de l'Esprit Saint sur les croyants, ceux-ci ont découvert que ce titre de Fils de Dieu appliqué à Jésus voulait dire encore beaucoup plus : il est vraiment Fils de Dieu, et Dieu lui-même, au sens de notre credo actuel : « il est Dieu, né de Dieu, engendré non pas créé, de même nature que le Père et par lui tout a été fait ».

- Troisième signe de l'accomplissement des Ecritures d'après Matthieu : « Ainsi s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par les prophètes : il sera appelé Nazaréen. » Le petit problème pour nous c'est que jamais dans les Ecritures il n'est dit que le Messie sortira de Nazareth ! Et d'ailleurs le nom même de Nazareth n'est jamais cité dans l'Ancien Testament, ce qui veut dire tout simplement qu'il ne s'était jamais passé quoi que ce soit d'important dans ce village avant le temps de Jésus. Est-cela justement qui intéresse Matthieu ? Une fois de plus Dieu a surpris les hommes, il a choisi ce qui apparaissait insignifiant. D'autre part, il ne faut pas l'oublier, l'oreille juive de Matthieu est très sensible aux assonances : or le mot « Nazareth » est très proche du mot hébreu « Netser » qui signifie « rejeton » et qu'on appliquait au Messie, rejeton attendu sur la souche de David. C'est très proche aussi du mot « nazir », ces juifs très pieux qui se consacraient à Dieu et prononçaient des voeux. L'homme de Nazareth méritait bien au moins ce titre-là. Enfin, le mot Nazareth peut être rapproché d'un verbe (natsar) qui signifie « garder » : Jésus comme Marie méritent bien le nom de « gardiens » (de l'Alliance). Quand Matthieu écrit la dernière rédaction de son évangile, les Chrétiens sont traités du terme de Nazaréens qui n'a rien de flatteur dans la bouche de leurs adversaires (on en a la preuve dans le livre des Actes des Apôtres) ; l'évangéliste trouve certainement bon de leur rappeler que leur maître portait le même titre qu'eux et que ce titre méconnu était en réalité magnifique.

- C'est donc peut-être un message d'encouragement et de réconfort que Matthieu leur adresse, du genre : « Jésus, lui aussi, était traité avec mépris, comme vous, et c'était pourtant bien lui le Fils de Dieu ».

- Voici donc déjà dans notre texte d'aujourd'hui trois titres de Jésus : « Nazaréen », « nouvel Israël, « nouveau Moïse ». Maintenant, pour comprendre la portée du message de Matthieu, il faut regarder la composition de ce passage : vous l'avez remarqué, on pourrait dire qu'il y a deux actes dans ce récit. Premier acte : ce qu'on a appelé « la fuite en Egypte » ; deuxième acte : le retour d'Egypte. Et, curieusement, ces deux actes sont construits exactement de la même façon.

- L'auteur rappelle d'abord le contexte historique. Dans un cas, c'est « Après le départ des Mages », dans l'autre « Après la mort d'Hérode » ; puis, chaque fois, une apparition : l'ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph la nuit, et lui donne un ordre : la fuite, puis le retour. Joseph se lève et obéit. Et, dans les deux cas, l'auteur conclut : « Ainsi s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète » (ou « par les prophètes »). Cette construction en parallèle montre bien qu'il faut aussi mettre ces deux citations en parallèle. « D'Egypte, j'ai appelé mon fils » ... « Il sera appelé Nazaréen ».

- Ce rapprochement entre le titre peu flatteur de « Nazaréen » et le titre de « Fils de Dieu » est donc certainement voulu par Matthieu. Manière de nous dire : « Préparez-vous, ce Messie ne se présente pas comme on l'attendait ».

- Du coup on comprend mieux pourquoi on lit ce texte pour la fête de la Sainte Famille : Jésus est Fils de Dieu et pourtant il sort de ce pays perdu de Nazareth. On ne peut pas trouver de paradoxe plus étonnant... Mais c'est bien le nôtre : chacun d'entre nous, chacune de nos familles vit une histoire divine dans la réalité la plus banale de son histoire humaine.

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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 07:55

marie-nolle-thabut.jpg Je suis, chaque dimanche, impressionné par la qualité des commentaires de Marie-Noëlle Thabut sur les textes que nous propose la liturgie du jour.

 

Ces commentaires, trouvés sur le site "Eglise catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde. Notamment, en

  • donnant des explications historiques ;

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Evangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté, directement ou indirectement)

 

Version audio (le lien sera inopérant dans un premier temps), trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame

 
Exceptionnellement, je vous invite à regarder une vidéo de Marie-Noëlle Thabut, produite par CroireTV, sur le "sacrifice".

PREMIERE LECTURE - Isaïe 7, 10 - 16

Le Seigneur envoya le prophète Isaïe
10 dire au roi Acaz :
11 « Demande pour toi un signe venant du Seigneur ton Dieu,
demande-le au fond des vallées
ou bien en haut sur les sommets. »
12 Acaz répondit :
« Non je n'en demanderai pas,
je ne mettrai pas le Seigneur à l'épreuve. »
13 Isaïe dit alors :
« Ecoutez, maison de David !
Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes :
il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu !
14 Eh bien ! Le Seigneur lui-même
vous donnera un signe :
Voici que la jeune femme est enceinte,
elle enfantera un fils,
et on l'appellera Emmanuel,
(c'est-à-dire : Dieu avec nous).
15 De crème et de miel il se nourrira,
et il saura rejeter le mal et choisir le bien.
16 Avant même que cet enfant sache rejeter le mal
et choisir le bien,
elle sera abandonnée,
la terre dont les deux rois te font trembler. »

Sans le savoir, nous venons d'assister à l'une des pages les plus dramatiques de l'histoire du peuple d'Israël ; nous sommes vers 735 avant J.C. : l'ancien royaume de David est divisé en deux petits royaumes, depuis environ 200 ans ; deux rois, deux capitales : Samarie au Nord, Jérusalem au Sud ; c'est là, à Jérusalem, que règne la dynastie de David, celle dont naîtra le Messie ; pour l'instant, il est clair que le Messie n'est pas encore né ! Un jeune roi de 20 ans, Acaz, vient de monter sur le trône de Jérusalem, et dès le dernier son des trompettes du couronnement, il doit prendre des décisions très difficiles.

La Bible n'est pas un livre d'histoire, nous le savons bien ; et si les paroles du prophète Isaïe nous ont été conservées et transmises, c'est parce que la question qui se pose à Acaz est d'abord une question de foi. Pour prendre des décisions valables, il doit s'appuyer sur sa foi, c'est-à-dire ne compter que sur Dieu seul : Dieu a promis que la dynastie de David ne s'éteindrait pas ; il a promis, il tiendra ses promesses. Il n'abandonnera pas son peuple. C'est la certitude d'Isaïe.

Mais c'est vrai que pour le jeune roi la responsabilité est très lourde ; la situation politique est inquiétante, le petit royaume de Jérusalem est pris en étau entre deux camps rivaux : le premier camp, c'est la puissance montante au Proche-Orient, l'empire Assyrien, dont la capitale est Ninive (actuellement, les ruines de Ninive sont tout près de Mossoul) ; il menace toute la région, et ses campagnes l'ont déjà mené jusqu'à Damas, en Syrie, et en Samarie ; en 738, le roi de Damas et le roi de Samarie, vaincus, ont été obligés de capituler et de payer tribut.

L'autre camp, ce sont précisément ces deux petits royaumes de Syrie et de Samarie qui se révoltent contre Ninive et font le siège de Jérusalem pour détrôner Acaz et le remplacer par un autre roi qui acceptera d'être leur allié dans la guerre d'indépendance contre Ninive.

Acaz est pris de panique ; « son cœur et le cœur de son peuple furent agités comme les arbres de la forêt sont agités par le vent » nous dit-on (Is 7, 2). Isaïe commence par l'inviter au calme et à la confiance ; il lui dit quelque chose comme « fais confiance à Dieu, ta dynastie ne peut pas s'éteindre, puisqu'il l'a promis » ; et donc le conseil d'Isaïe c'est « affronte tranquillement les menaces qui se présentent, mise sur ta foi et sur les ressources de ton peuple »...

Mais Acaz n'écoute plus ; lui, le dépositaire de la foi au Dieu unique, offre des sacrifices à toutes les idoles et il va même jusqu'à faire la chose la plus atroce, malheureusement courante à cette époque dans les autres peuples, mais que tous les prophètes ont toujours interdite : il a tué son fils unique pour l'offrir en sacrifice ; le deuxième livre des Rois dit « il fit passer son fils par le feu ».

Finalement Acaz ne voit qu'une issue : pour éviter la menace immédiate de ses deux voisins, les rois de Damas et de Samarie, il est décidé à demander l'appui de l'empereur assyrien ; Isaïe est très opposé à cette solution, car tout se paie ! Acaz , en demandant cet appui, perd son indépendance politique et religieuse : c'est balayer d'un coup toute l'oeuvre de libération entreprise depuis Moïse.

Et c'est là qu'Isaïe prononce les paroles que nous avons entendues aujourd'hui : comme vous voyez, avant d'être adressées à nos oreilles de chrétiens, avec une signification pour nous, elles ont d'abord été prononcées dans une situation particulière très concrète. Il dit à Acaz « puisque tu as du mal à croire, demande à Dieu un signe ; tu peux le demander sur les hauteurs ou dans les vallées... Dieu règne partout ».

Acaz lui fait une réponse abominablement hypocrite : lui qui a déjà pris sa décision, tout-à-fait contraire aux conseils du prophète, et pire, lui qui, dans sa panique, a sacrifié son fils unique, sur qui reposait la promesse de Dieu, il dit : « oh non ! loin de moi l'idée d'oser exiger quelque chose de Dieu ! » C'est là qu'Isaïe, qui n'est pas dupe, lui dit « il ne vous suffit pas de fatiguer les hommes, il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu » et intentionnellement, il dit « mon Dieu » car il estime qu'Acaz se conduit comme s'il n'était pas dans l'Alliance.

Mais même devant ces infidélités répétées d'Acaz, Isaïe annonce que Dieu, lui, reste fidèle ; et Dieu va en donner la preuve : la « jeune femme » (c'est-à-dire la jeune reine) est enceinte ; et l'enfant qu'elle va donner au roi s'appellera justement « Dieu est avec nous ». Car ni les ennemis qui veulent détrôner Acaz, ni lui-même qui immole son fils n'empêcheront la fidélité promise par Dieu à la descendance de David et à son peuple.

(Premier étonnement : en quoi une naissance d'un bébé au palais royal mérite-t-elle une annonce aussi solennelle ? En réalité cette annonce dit plus qu'un heureux événement : plus que d'un berceau, elle parle de pardon. Car le jeune roi Achaz vient de commettre l'irréparable : il a de ses propres mains sacrifié son fils, le dauphin, à une divinité païenne, le dieu Moloch, sous prétexte que l'ennemi était aux portes de la ville sainte. C'est évidemment un grave manque de confiance en Dieu, mais c'est aussi un sabotage caractérisé de l'avenir de la dynastie. Car Dieu avait promis à David une royauté perpétuelle sur le trône de Jérusalem. Après le crime du roi, que restait-il de cette promesse ? mais c'est compter sans la fidélité de Dieu !)

Enfin les promesses concernent cet enfant-roi : « Il saura rejeter le mal et choisir le bien... » (ce qui veut dire : il recevra à son tour l'esprit du Seigneur pour être capable de rejeter le mal et de choisir le bien). Et la dernière promesse, c'est « Avant même que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, (c'est-à-dire avant même que cet enfant ait grandi), elle sera abandonnée la terre dont les deux rois te font trembler ». Traduisez : quant à la menace des deux rois de Damas et de Samarie, elle sera vite oubliée puisque d'ici peu on ne parlera même plus d'eux. Effectivement, très peu de temps après les paroles d'Isaïe, les deux royaumes de Syrie et de Samarie ont été complètement écrasés par l'empire assyrien, leurs richesses emmenées à Ninive et leurs populations déplacées.

Il reste que les hommes et les rois demeurent libres ; et le jeune roi annoncé ici, le petit Ezéchias, commettra des erreurs à son tour ; mais la prophétie d'Isaïe restera toujours valable : quelles que soient les infidélités des hommes, rien n'empêchera la fidélité promise par Dieu à la descendance de David et à son peuple. C'est ainsi que, de siècle en siècle, on gardera au coeur les promesses de Dieu, avec la certitude qu'un jour, peut-être lointain, viendra enfin un roi digne de porter le nom d'Emmanuel.

PSAUME 23 (24)

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C'est lui qui l'a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L'homme au coeur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent
qui recherchent la face de Dieu !


- Comme dans presque tous les psaumes, nous sommes au Temple de Jérusalem : une gigantesque procession s'approche : à l'arrivée aux portes du Temple, deux chorales alternées entament un chant dialogué : « Qui gravira la montagne du Seigneur ? » (Vous vous souvenez que la temple est bâti sur la hauteur) ; « Qui pourra tenir sur le lieu de sa sainteté ? » Déjà Isaïe comparait le Dieu trois fois saint à un feu dévorant : au chapitre 33, il posait la même question : « Qui de nous tiendra devant ce feu dévorant ? Qui tiendra devant ces flammes éternelles ? » sous-entendu « par nous-mêmes , nous ne pourrions pas soutenir sa vue , le flamboiement de son rayonnement ». C'est le cri de triomphe du peuple élu : admis sans mérite de sa part dans la compagnie du Dieu saint ; telle est la grande découverte du peuple d'Israël : Dieu est le Saint, le tout-Autre ; « Saint, Saint Saint le Seigneur, Dieu de l'univers » s'écrie Isaïe pendant l'extase de sa vocation... et en même temps ce Dieu tout-Autre se fait le tout-proche de l'homme et lui permet de « tenir », comme dit Isaïe, en sa compagnie.

- Le chant continue : « l'homme au coeur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles » : voilà la réponse, voilà l'homme qui peut « tenir » devant Dieu. Il ne s'agit pas ici, d'abord, d'un comportement moral : je disais tout à l'heure que le peuple se sait admis devant Dieu, sans mérite de sa part ; il s'agit d'abord ici de l'adhésion de la foi au Dieu unique, c'est-à-dire du refus des idoles. La seule condition exigée du peuple élu pour pouvoir « tenir » devant Dieu c'est de rester fidèle au Dieu unique. C'est de « ne pas livrer son âme aux idoles », pour reprendre les termes de notre psaume. D'ailleurs, si on y regarde de plus près, la traduction littérale serait : « l'homme qui n'a pas élevé son âme vers des dieux vides » : or l'expression « lever son âme » signifie « invoquer » ; nous retrouvons là une expression que nous connaissons bien : « Je lève les yeux vers toi, mon Seigneur » ; même chose dans la fameuse phrase du prophète Zacharie reprise par St Jean « Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé » : « lever les yeux vers quelqu'un » en langage biblique, cela veut dire le prier, le supplier, le reconnaître comme Dieu. L'homme qui peut tenir devant le Dieu d'Israël, c'est celui qui ne lève pas les yeux vers les idoles, comme le font les autres peuples.

- « L'homme au coeur pur » cela veut dire la même chose : le mot « pur » dans la Bible a le même sens qu'en chimie : on dit qu'un corps chimique est pur quand il est sans mélange ; le coeur pur, c'est celui qui se détourne résolument des idoles pour se tourner vers Dieu seul.

- « L'homme aux mains innocentes », c'est encore dans le même sens ; les mains innocentes, ce sont celles qui n'ont pas offert de sacrifices aux idoles, ce sont celles aussi qui ne se sont pas levées pour la prière aux faux dieux.

- Il faut entendre le parallélisme entre les deux lignes (on dit les deux « stiques ») de ce verset : « L'homme au coeur pur, aux mains innocentes... qui ne livre pas son âme aux idoles. » Le deuxième membre de phrase est synonyme du premier. « L'homme au coeur pur, aux mains innocentes, c'est celui qui ne livre pas son âme aux idoles. »

- Nous touchons là à la lutte incessante que les prophètes ont dû mener pour que le peuple élu abandonne définitivement toute pratique idolâtrique ; dans la première lecture, nous avions vu Isaïe aux prises avec le roi Acaz au 8 ème siècle ; mais ce ne sera pas fini ; pendant l'Exil à Babylone le peuple sera en contact avec une civilisation polythéiste ; ce psaume chanté au retour de l'Exil réaffirme encore avec force cette condition première de l'Alliance. Israël est le peuple qui, de toutes ses forces, « recherche la face de Dieu », comme dit le dernier verset. L'expression « rechercher la face » était employée pour les courtisans qui voulaient être admis en présence du roi : manière de nous rappeler que, pour Israël, le seul véritable roi, c'est Dieu lui-même.

- Tandis que les idoles ne sont que des « dieux vides » comme on dit ; à commencer par le veau d'or sculpté dans le Sinaï pendant l'Exode, au moment où Moïse avait le dos tourné, si j'ose dire ; parce que Moïse tardait à redescendre de la montagne, où il avait rencontré Dieu, le peuple a fait le siège d'Aaron jusqu'à ce qu'il accepte de leur prendre tout leur or pour en faire le fameux veau. Les prophètes n'ont pas de mots trop sévères pour fustiger ceux qui fabriquent de toutes pièces une statue, pour ensuite s'agenouiller devant.

- Je vous cite le psaume 115 (113 en liturgie) qui va dans ce sens : « Leurs idoles sont d'or et d'argent, faites de main d'homme. Elles ont une bouche et ne parlent pas ; elles ont des yeux et ne voient pas ; elles ont des oreilles et n'entendent pas ; elles ont un nez et ne sentent pas ; des mains et elles ne palpent pas ; des pieds et ne marchent pas ; elles ne tirent aucun son de leur gosier... Notre Dieu, lui, est dans les cieux ; tout ce qu'il a voulu, il l'a fait. »

- Cette fidélité au Dieu unique est la seule condition pour être en mesure d'accueillir la bénédiction promise aux patriarches, pour entrer dans le salut promis ; combat jamais tout-à-fait gagné puisque Jésus, à son tour, jugera utile de rappeler « Nul ne peut avoir deux maîtres... »

- A un deuxième niveau, cette fidélité au Dieu unique entraînera des conséquences concrètes dans la vie sociale : l'homme au coeur pur deviendra peu à peu un homme au coeur de chair qui ne connaît plus la haine ; l'homme aux mains innocentes ne fera plus le mal ; le verset suivant « il obtient de Dieu son Sauveur la justice » dit bien ces deux niveaux : la justice, dans un premier sens, c'est la conformité au projet de Dieu ; l'homme juste c'est celui qui remplit fidèlement sa vocation ; ensuite, la justice nous engage concrètement à conformer toute notre vie sociale au projet de Dieu qui est le bonheur de ses enfants.

- En redisant ce psaume, on entend se profiler les Béatitudes : « Heureux les affamés et assoiffés de justice, ils seront rassasiés... Heureux les coeurs purs, ils verront Dieu »

DEUXIEME LECTURE - Romains 1, 1 - 7

1 Moi Paul, serviteur de Jésus Christ,
appelé par Dieu pour être Apôtre,
mis à part pour annoncer la Bonne Nouvelle
2 que Dieu avait déjà promise par ses prophètes
dans les saintes Ecritures,
je m'adresse à vous, bien-aimés de Dieu qui êtes à Rome.
3 Cette Bonne Nouvelle concerne son Fils :
selon la chair, il est né de la race de David ;
4 selon l'Esprit qui sanctifie,
il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu
par sa résurrection d'entre les morts,
lui, Jésus Christ, notre Seigneur.
5 Pour que son nom soit honoré,
nous avons reçu par lui grâce et mission d'Apôtre
afin d'amener à l'obéissance de la foi
toutes les nations païennes
6 dont vous faites partie,
vous aussi que Jésus Christ a appelés.
7 Vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint,
que la grâce et la paix soient avec vous tous,
de la part de Dieu notre Père
et de Jésus Christ le Seigneur.
- Ce sont les premiers mots que Paul adresse aux Romains ; en quelques lignes, nous avons déjà le résumé de toute la foi chrétienne : les promesses de Dieu dans les Ecritures, le mystère du Christ, sa naissance et sa Résurrection, l'élection gratuite du peuple saint, et la mission des Apôtres auprès des nations païennes. Je vous propose tout simplement une lecture en suivant.

- S'adressant à une communauté chrétienne qu'il n'a encore jamais rencontrée, Paul se présente : son titre est double « serviteur de Jésus-Christ », et « apôtre » c'est-à-dire en quelque sorte mandaté ; il n'agit qu'en service commandé : voila la source de toutes ses audaces.

- Au passage, je remarque le titre donné à Jésus : « Christ » ; à lui seul, c'est une profession de foi. Pour nous, dire « Jésus » ou dire le « Christ », c'est la même chose ; après 2000 ans de foi chrétienne, c'est normal ; mais ses contemporains faisaient la différence : « Jésus », c'est un prénom qui désigne quelqu'un ; le « Christ », c'est un titre puisque « Christ » signifie « Messie », c'est la traduction grecque du mot hébreu « Messie ». Dire Jésus-Christ, c'est déjà affirmer le tout de la foi chrétienne : ce Jésus de Nazareth est le Messie.

- Paul continue « Mis à part pour annoncer la Bonne Nouvelle » : pour bien faire, il faudrait renverser la formule : annoncer la Bonne Nouvelle, c'est annoncer que la Nouvelle est Bonne ! C'est annoncer que le dessein de Dieu, le projet de Dieu est bienveillant, j'aurais envie de dire « le dessein de Dieu n'est que bienveillant » ; être chrétien, c'est tout simplement annoncer deux choses : premièrement que le dessein de Dieu n'est que bienveillant et deuxièmement qu'il est accompli en Jésus-Christ. C'est exactement ce que fait Paul dans ces quelques lignes.

- Je continue le texte : « Cette Bonne Nouvelle, Dieu l'avait déjà promise par ses prophètes dans les Saintes Ecritures » ; je crois fermement qu'on ne peut rien comprendre à l'Evangile et à l'ensemble du Nouveau Testament si on n'est pas imprégné de l'Ancien Testament : les deux font un tout indissociable ; le dessein de Dieu est prévu depuis l'aube du monde, et c'est peu à peu que Dieu l'a révélé à son peuple par la bouche de ses prophètes.

- « Cette Bonne Nouvelle concerne son Fils » dit Paul : il faut entendre le mot « concerner » en un sens beaucoup plus fort qu'on ne l'emploie aujourd'hui : pour Paul, Jésus-Christ est depuis toujours au centre du projet de Dieu : quand il parle du dessein bienveillant dans sa lettre aux Ephésiens, il dit que « Dieu l'a arrêté d'avance en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement » ; c'est-à-dire que depuis toujours et dès l'origine du monde, Dieu a son projet de rassembler l'humanité tout entière unifiée en Jésus-Christ.

- « Selon la chair, il est né de la race de David » : il est homme, membre du peuple élu, descendant de David ; il remplit bien les conditions pour être le Messie. « Selon l'Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d'entre les morts » : traditionnellement, le titre de fils de Dieu était donné à chaque roi le jour de son couronnement ; pour Jésus-Christ c'est le jour de sa résurrection que Dieu l'a intronisé comme roi de l'humanité nouvelle. Pour Paul, la Résurrection du Christ est vraiment l'événement qui bouleverse la face du monde.

- Curieusement, Paul ne parle pas de la mort du Christ, mais seulement de sa Résurrection : on sait qu'elle est pour lui le premier article de foi. « Si Jésus-Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vide » dit-il aux Corinthiens (1 Co 15, 14 ).

- C'est cette résurrection du Christ que Paul va annoncer partout « Pour que le nom de Jésus-Christ soit honoré », comme il dit. On retrouve ici la si belle formule de la lettre aux Philippiens : « Dieu l'a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom », entendez le nom même de Seigneur qui était réservé à Dieu et qui, désormais, est attribué à Jésus lui-même.

- Il s'agit « d'amener à l'obéissance de la foi toutes les nations païennes ». Curieuse formule, aujourd'hui, pour nos mentalités peu favorables à tout ce qui ressemble à de l'obéissance. Mais chez Paul, imprégné de l'Ancien Testament et des découvertes progressives qu'ont faites les hommes de la Bible, le mot « obéissance » n'est pas servilité, abaissement ; il signifie l'écoute confiante de celui qui se sait en sécurité et peut donc suivre les conseils qui lui sont donnés ; c'est l'attitude filiale par excellence. « Amener à l'obéissance de la foi toutes les nations païennes », c'est leur annoncer la Bonne Nouvelle : quand elles auront compris que la Nouvelle est Bonne, elles pourront en toute confiance mettre leur oreille sous cette parole d'amour du Père.

- Paul termine par un souhait très habituel chez lui ; c'est le souhait le plus beau que l'on puisse faire à quelqu'un : « Que la grâce et la paix soient avec vous tous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus-Christ notre Seigneur ». Comme toujours on sait que ces souhaits au subjonctif (que la grâce et la paix soient avec vous) ne supposent pas que Dieu pourrait ne pas nous donner sa grâce et sa paix ; grâce et paix nous sont toujours offertes par Dieu, mais nous restons libres de ne pas les accueillir : ce subjonctif dit notre liberté.

- Paul ne fait que reprendre ici la superbe formule du livre des Nombres que je vous dédie pour Noël : « Que le Seigneur te bénisse et te garde, qu'il fasse sur toi rayonner son visage ; que le Seigneur te découvre sa face, qu'il te prenne en grâce et t'apporte la paix ».

EVANGILE Matthieu 1, 18 - 24

18 Voici quelle fut l'origine de Jésus Christ.
Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph ;
or, avant qu'ils aient habité ensemble,
elle fut enceinte
par l'action de l'Esprit Saint.
19 Joseph, son époux,
qui était un homme juste,
ne voulait pas la dénoncer publiquement ;
il décida de la répudier en secret.
20 Il avait formé ce projet,
lorsque l'Ange du Seigneur
lui apparut en songe et lui dit :
« Joseph, fils de David,
ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse :
l'enfant qui est engendré en elle
vient de l'Esprit Saint ;
21 elle mettra au monde un fils,
auquel tu donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire : « le Seigneur sauve »),
car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
22 Tout cela arriva
pour que s'accomplît
la parole du Seigneur prononcée par le prophète :
23 « Voici que la Vierge concevra
et elle mettra au monde un fils,
auquel on donnera le nom d'Emmanuel,
qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».
24 Quand Joseph se réveilla,
il fit ce que l'Ange du Seigneur lui avait prescrit :
il prit chez lui son épouse.


- Saint Matthieu débute son évangile par la phrase « Livre de la genèse de Jésus-Christ » et il retrace une longue généalogie qui montre bien que Joseph est de la descendance de David ; il commence par « Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères ... » et ainsi de suite. Arrivé à Joseph qui se trouve être fils d'un autre Jacob, il dit comme on s'y attend « Jacob engendra Joseph », mais ensuite, il ne peut plus employer la même formule : il ne peut évidemment pas dire « Joseph engendra Jésus » ; il dit « Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, que l'on appelle Christ ».

- Ce verset montre bien la rupture dans la généalogie : selon la formule habituelle (« Joseph engendra Jésus ») celui-ci serait automatiquement de la lignée de David ; mais ici, pour que Jésus soit inscrit dans cette lignée, il faut qu'il soit adopté par Joseph : déjà le Fils de Dieu est livré aux mains des hommes, le dessein de Dieu est suspendu à l'acceptation, au bon vouloir d'un homme, Joseph. C'est dire l'importance de notre récit pour Matthieu.
- Or nous connaissons bien le récit de l'Annonciation (dans l'évangile de Luc), « l'annonce faite à Marie » comme disait Claudel ; il a inspiré d'innombrables tableaux, sculptures, vitraux... Mais curieusement, l'annonce faite par l'ange à Joseph a inspiré des artistes beaucoup moins nombreux.

- Et pourtant, cette acceptation libre d'un homme juste conditionne le début de l'histoire humaine de Jésus. Matthieu y insiste encore : quand l'Ange s'adresse à Joseph, il l'appelle « fils de David » ; les paroles qui suivent montrent bien le mystère de la filiation de Jésus : engendré par l'Esprit-Saint et non par Joseph, il sera cependant reconnu comme son fils : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse » veut dire que Jésus sera introduit dans sa maison ; et d'autre part, c'est Joseph qui donnera à Jésus son nom.

- A propos de ce nom de Jésus, Matthieu en donne le sens, « Jésus veut dire le Seigneur sauve » et il explique « Car c'est lui qui sauvera le peuple de ses péchés ». Précision intéressante : le peuple juif attendait impatiemment le Messie et pas seulement un Messie politique qui le libérerait de l'occupation romaine. Nous avons déjà eu l'occasion de parler de cette attente messianique : on attendait un roi, un leader politique, c'est vrai, de la descendance de David, et c'est lui qui devait restaurer la royauté en Israël, mais on attendait aussi et surtout l'avènement du monde nouveau, de la création nouvelle, dans la justice et la paix pour tous. Il y a tout cela dans le nom de Jésus tel que Matthieu le comprend « c'est lui qui sauvera le peuple de ses péchés ».

- Je reviens sur la phrase « l'enfant qui est engendré en Marie vient de l'Esprit-Saint » : nous possédons deux textes sur la conception virginale de Jésus : ce passage de l'annonce à Joseph dans l'évangile de Matthieu et le parallèle de l'annonce à Marie chez Luc. La tradition de l'Eglise nous enseigne que les Ecritures, y compris le Nouveau Testament, sont inspirées par l'Esprit-Saint. La conception virginale de Jésus est donc un article de foi. Bien évidemment, il ne s'agit pas de prétendre comprendre ni le pourquoi ni le comment de cette volonté souveraine de Dieu ; nous pouvons seulement nous émerveiller de ce plan qui fait de Jésus à la fois un homme, né d'une femme, venu au monde comme tout le monde si j'ose dire... descendant de David par le bon vouloir de Joseph, et en même temps Fils Unique de Dieu, conçu de l'Esprit-Saint.

- Je reprends le texte : Matthieu cite les Ecritures, et justement la promesse du prophète Isaïe à Acaz que nous avons entendue dans la première lecture : « Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils auquel on donnera le nom d'Emmanuel qui signifie Dieu-avec-nous ».

- Deux remarques sur cette citation de l'Ancien Testament par Matthieu : premièrement, le texte hébreu d'Isaïe disait « Voici que la jeune femme est enceinte » (En hébreu « alma » signifie l'épouse royale) et Matthieu, lui, parle d'une vierge (en grec, « parthenos »). En fait, Matthieu cite ici non le texte hébreu d'Isaïe mais la traduction grecque faite à Alexandrie vers 250 av.J.C. ; car déjà à l'époque, on pensait que le Messie naîtrait d'une Vierge.
Deuxième remarque sur le nom de Jésus, cette fois : l'ange dit : tu appelleras ton fils Jésus (c'est-à-dire : « le Seigneur sauve »), car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » et Matthieu commente : Tout cela arriva pour que s'accomplît la parole du Seigneur ... on lui donnera le nom d'Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».

On a presque envie de demander : « finalement, il s'appelle comment ? Jésus ? ou Emmanuel ? Bien évidemment c'est le but de Matthieu ; et la réponse, il nous la donnera à la fin de son évangile. Cet enfant s'est appelé Jésus, nous le savons bien, (et cela veut dire « le Seigneur sauve son peuple de ses péchés ») mais quand il quittera les siens il leur dira « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps », ce qui est la traduction d'Emmanuel. Etre sauvé de ses péchés, c'est tout simplement savoir que Dieu est avec nous, ne plus jamais douter qu'il est avec nous et « vivre en sa présence » comme le disait le prophète Michée. C'est ce qu'a fait Joseph justement.

Dans le récit de la Visitation qui nous est rapporté par l'évangile de Luc, Elisabeth dit à Marie « Bienheureuse celle qui a cru ; ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s'accomplira ». Ici, on est tenté de reprendre ces mêmes mots pour Joseph : « Bienheureux Joseph qui a cru : grâce à lui, Dieu a pu accomplir son dessein de salut ».

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 00:04

Comme souvent, j'ai trouvé l'article de Michel de Poncins (Toqueville Magazine) du 29 novembre 2010 très intéressant. L'auteur sait dénicher, presque partout où ils se cachent, le collectivisme et les catastrophes qu'il engendre inéluctablement. Qui, mieux que lui, a su présenter une analyse libérale de cette information récente relative au classement de la cuisine française par l'UNESCO ?

Pour s'inscrire à la liste de diffusion du Toqueville Magazine, il suffit d'en faire la demande, par courriel (micheldeponcins@orange.fr) à l'auteur.

Vous retrouverez cet article, ainsi que d'autres tout aussi instructifs, sur le site de TOCQUEVILLE MAGAZINE ((www.libeco.net).

 

 

LA CUISINE FRANCAISE AU PATRIMOINE MONDIAL 

 

Un fait stupéfiant vient d'intervenir le 16 novembre 2010 : le classement par l'Unesco au patrimoine mondial du « repas gastronomique des Français », ce classement étant réalisé au titre du patrimoine culturel et immatériel de l'humanité (sic). Les autorités françaises ne se tiennent plus de joie car c'est la fin d'un long processus. Pour arriver à leurs fins les autorités ont déployé les grands moyens. Une foule de démarches diplomatiques pendant quatre ans ont été entreprises pour décrocher cette décoration de pacotille à grand renfort de dépenses publiques, c'est-à-dire d'impôts qui ruinent les restaurateurs petits ou grands ainsi que leurs clients. Une « mission » spéciale fut créée avec à sa tête Jean-Robert Pitte, alors Président de la Sorbonne. Mais la ruine vient aussi de l'existence de ce prétendu patrimoine mondial et de l'Unesco elle-même qui est un échelon avancé du pouvoir totalitaire mondial en accroissement permanent.

C'est l'occasion d'analyser cette gigantesque arnaque internationale.

COMMENT ET POURQUOI LE PATRIMOINE MONDIAL ?

L'origine remonte à 1972 date à laquelle l'ensemble des États ont donné à l'Unesco le droit exorbitant de classer des monuments dans un prétendu patrimoine mondial ; c'était une atteinte grave au droit de propriété déjà très souvent réduit pour les monuments historiques par les interventions abusives des États. L'avidité des « Unescocrates » pour l'extension rémunératrice de leurs pouvoirs voyait un champ illimité s'ouvrir eux.

Après les monuments, vinrent les sites comme les rivages de la Seine ou le val de Loire et puis les « odeurs » : la fameuse place El Djamena à Marrakech fut « distinguée » pour son atmosphère et ses odeurs ; en fait d'ailleurs il y a aujourd'hui beaucoup d'odeurs d'essence sur la fameuse place ! Et maintenant nous voici dans l'immatériel : le flamenco se met sur les rangs avec bien d'autres.

Comme dans toute entreprise publique le miroir aux alouettes est tendu savamment aux futures victimes. Pour les monuments, il est facile de séduire les élus locaux ardents comme toujours pour dépenser de l'argent enlevé par la force à leurs concitoyens : il leur est facile de faire célébrer par la presse subventionnée le supposé « honneur » que la ville recevra et d'annoncer de mensongers bénéfices pour les habitants !

Pour bien montrer l’utilité du classement de la Loire, les fonctionnaires viennent de planter tout au long du fleuve des panneaux dénommés « girouets » (sic). Quant aux propriétaires privés de monuments, il est facile de les allécher par la promesse de grasses subventions.

Du coté des « Unescocrates » pas de problème pour exciter leur enthousiasme. Quoi de plus « grand et délicieux » que de se donner d'une façon illégitime le droit de juger d'un tel classement ? De multiples voyages dans de luxueux hôtels s'imposent pour apprécier de visu la valeur de tel monument ou de tel site. Notons que, dès lors qu'il s'agit de gastronomie, les fourchettes sont en état d'alerte maximum ; la régalade est générale au détriment de tous les affamés de la planète, ceci par une suite de conséquences bien connues des économistes.

LA SUPPOSEE GOUTTE D'EAU

La ruine vient inévitablement et d'abord par la richesse de l'Unesco dont le budget est en accroissement constant. Dans ce budget, les salaires et avantages particuliers des 175 directeurs et 1000 consultants comptent pour une large part comme dans tout dinosaure international conscient de sa dignité. La richesse fait dégouliner les impôts dans le monde entier. L'organisation, seule maitresse de sa communication, montrera facilement que les frais sont minimes par rapport à la population mondiale : c'est le faux raisonnement de la goutte d'eau utilisé sans arrêt par les prédateurs publics, qui omettent de rappeler que des milliards de gouttes d'eau forment le torrent qui engloutit la richesse générale.

Un collectif africain a écrit un memorandum à Frédéric Mayor, directeur général de l'Unesco : « Les structures de cette organisation papivore sont ankylosées et garnies de personnel essentiellement carriériste au sens primaire de la déontologie administrative. Les États se contentent de meubler et de truffer les différents services de l'organisation d'éléments qui n'ont d'autres qualifications que celle des liens de parenté qui les attachent aux dirigeants ou ministres des gouvernements qui les affectent.

L'organisation est, ainsi, gangrenée par une ignorance que nous n'osons pas dire cancéreuse, mais pour correspondre à l'actualité « sidéenne », parce que généralisée et paralysante, toute activité des départements de l'organisation se confinant en gestion administrative et en la reproduction de vieux documents non actualisés, de rejet systématique de tout document nouveau comportant des projets de renouvellement ou d'enrichissement de la réflexion et de la pensé créatrices... . »

S'agissant du prétendu patrimoine mondial il s'ajoute dans les causes de ruine le choix arbitraire des lieux, des odeurs ainsi que de l'immatériel : pourquoi tel monument et pas tel autre ? Pourquoi pas la cuisine chinoise ou indienne ?

Les règlementations sont particulièrement nocives. Derrière le classement se cache une réduction grave du droit de propriété. En France le logement souffre épouvantablement de la règlementation ubuesque qui entoure le permis de construire. Le classement des rives de la Seine et de bien d'autres lieux ajoute une couche de délais et de servitudes propres qui renchérissent le coût des logements.

Pour la cuisine française il convient de s'interroger sur les futures règlementations : le bœuf bourguignon et le gratin dauphinois seront-ils soumis à des normes fixées pour l'éternité avec sanctions à l'appui ? D'autres perspectives ne sont guère encourageantes. La France s'est engagée pour obtenir le classement à « une politique de promotion, de sensibilisation, d'information et de transmission aux plus jeunes ainsi qu'à nos descendants » . Il nous est promis une « cité de la gastronomie » qui sera la source de fromages « succulents » dans tout les sens du terme !

LA DERIVE IDEOLOGIQUE

Quand il s'agit de dinosaures internationaux dans la mouvance de l'ONU, les dérives idéologiques ne sont jamais loin.

En 1984 les USA avaient quitté l’organisation pour deux raisons ; d’abord la gestion était catastrophique avec une foule de malversations à l’appui. En plus l’Unesco était un repère de marxistes et elle l’est restée.

Pour se distraire et illustrer en même temps le propos sur la ruine, voici un scoop. Quand les USA partirent avec fracas, l’Unesco avait de ce fait un gros problème de budget les malheureux contribuables Américains contribuant à hauteur de 22 % au budget du monstre ; il fallait à tout prix revoir les dépenses, d’autant plus que la Grande-Bretagne et Singapour avaient suivi en 1985. Les 175 Directeurs n'étaient pas capables de prendre les décisions d'économie nécessaires sans partir d'urgence en séminaire lointain pour les étudier. Où eut lieu le séminaire ? A Taormines, ce lieu parfaitement magique en Sicile d’où on voit les fumerolles de l’Etna sans risquer d'avoir trop chaud.

La Grande-Bretagne a pour sa part réintégré l’organisation en 1997. Les Américains sont revenus peu après sou le prétexte que depuis la chute du mur de Berlin le marxisme n’était plus dangereux, ce qui est évidemment faux. Quant aux malversations il est des chances qu'elles continuent de plus belle, car elles sont « monnaie courante » si l'on peut dire dans ces organismes où les vrais contrôles n'existent pas.

Au titre des dérives idéologiques l'Unesco a innové d'une façon terrifiante en rendant public le texte des « droits de l’animal » :

« Considérant que la vie est une, tous les êtres vivants ayant une origine commune et s'étant différenciés au cours de l'évolution des espèces. Considérant que tout être vivant possède des droits naturels et que tout animal doté d'un système nerveux possède des droits particuliers »... . » Après avoir dit que l'espèce humaine n'est qu'une espèce animale parmi les autres, elle termine en exigeant que « la défense et la sauvegarde de l’animal aient des représentants au sein des gouvernements et organismes ».

Autre dérive à signaler le panthéisme. Un document de l'Unesco de 1991 condamne « La tradition judéo chrétienne envers l'environnement...Les judéo chrétiens ont soutenu que, selon la genèse, l'Homme est créé à l'image de Dieu qui lui a ordonné d'assujettir la terre. La Genèse confère manifestement à l'homme un droit venu de Dieu d'exploiter la terre sans restrictions morales » Le Secrétaire Général de l'ONU, à l'époque Boutros Ghali, avait fait, à la conférence de Rio, l'apologie du polythéisme : « La nature est la demeure des divinités. Celles-ci ont conféré à la forêt, au désert, à la montagne, une personnalité, qui inspire le respect. La terre a une âme, la ressusciter, telle est l'essence de Rio ». Après les animaux, voici la forêt : pourquoi pas les druides ?

SORTIR DE L'UNESCO ?

Si la France en toute sagesse et logique sortait de l'Unesco les idiots utiles du prétendu patrimoine mondial se déchaineraient. Parmi eux les intérêts conjugués signalés plus haut feraient barrage ; ils ne savent pas qu'en fait les intéressés paient par leurs impôts bien plus que ce qu'ils croient recevoir. Les prétentieux et les cuistres crieraient à l'attentat contre la culture. Il faudrait leur rappeler que la culture ne saurait être imposée par la force et qu'elle n'est valable que si elle s'exerce dans la liberté qu'offre l'économie de marché.

Il est vrai que les Unescocrates ne peuvent comprendre un tel raisonnement. A force de se considérer comme des animaux, ils doivent voir se rétrécir leurs capacités cognitives, ce qui ne les empêchent pas de partager avec leurs frères jumeaux une voracité bien connue.

Michel de Poncins

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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 23:22

marie-nolle-thabut.jpg Je suis, chaque dimanche, impressionné par la qualité des commentaires de Marie-Noëlle Thabut sur les textes que nous propose la liturgie du jour.

 

Ces commentaires, trouvés sur le site "Eglise catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde. Notamment, en

  • donnant des explications historiques ;

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Evangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté, directement ou indirectement)

 

Version audio (le lien sera inopérant dans un premier temps), trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame

 

PREMIERE LECTURE - Isaïe 35 , 1...10

1 - Le désert et la terre de la soif, qu'ils se réjouissent !
2 - Le pays aride, qu'il exulte et fleurisse,
qu'il se couvre de fleurs des champs,
qu'il exulte et crie de joie !
La gloire du Liban lui est donnée,
la splendeur du Carmel et de Sarône.
On verra la gloire du Seigneur,
la splendeur de notre Dieu.
3 - Fortifiez les mains défaillantes,
affermissez les genoux qui fléchissent.
4 - Dites aux gens qui s'affolent :
« Prenez courage, ne craignez pas.
Voici votre Dieu :
c'est la vengeance qui vient,
la revanche de Dieu.
Il vient lui-même
et va vous sauver. »
5 - Alors s'ouvriront les yeux des aveugles
et les oreilles des sourds.
6 - Alors le boiteux bondira comme un cerf
et la bouche du muet criera de joie.

10 - Ils reviendront, les captifs rachetés par le Seigneur,
ils arriveront à Jérusalem dans une clameur de joie,
un bonheur sans fin illuminera leur visage ;
allégresse et joie les rejoindront,
douleur et plainte s'enfuiront.

Je commence tout de suite par le mot difficile de ce texte : au milieu de promesses magnifiques, Isaïe parle de la vengeance de Dieu. Voilà pour nous l'occasion de découvrir une fois pour toutes ce que veut dire ce mot dans la Bible ! Car Isaïe lui-même l'explique très clairement. Il prêche au sixième siècle, au moment de l'Exil à Babylone : à cette époque-là, visiblement, il y a des gens qui s'affolent, puisque le prophète dit : « Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent. Dites aux gens qui s'affolent... » Et c'est pour les rassurer qu'il annonce la vengeance de Dieu : « Voici votre Dieu : c'est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. » Et il en donne aussitôt la définition : « Votre Dieu vient lui-même et va vous sauver. » Il continue : « Alors s'ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds, alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. »

Cela veut dire qu'au moment où ce texte a été écrit, l'expression « vengeance de Dieu » est non un épouvantail mais une promesse de salut. C'est donc un sens extrêmement positif du mot « vengeance » ; dans ce texte, il est bien clair que Dieu ne se venge pas des hommes, il ne prend pas sa revanche contre les hommes, mais contre le mal qui atteint l'homme, qui abîme l'homme ; sa revanche c'est la suppression du mal, c'est comme dit Isaïe « les aveugles qui voient et les sourds qui entendent, les boiteux qui bondissent et les muets qui crient de joie, les captifs qui sont libérés ». Quelle que soit l'humiliation physique ou morale que nous ayons subie, il veut nous libérer, nous relever.

Mais il faut bien dire qu'on n'a pas toujours pensé comme cela ! Le texte d'Isaïe est assez tardif dans l'histoire biblique (6ème siècle) ; il a fallu tout un long chemin de révélation pour en arriver là. Au début de son histoire, le peuple de la Bible imaginait un Dieu à l'image de l'homme, un Dieu qui se venge comme les humains.

Puis, au fur et à mesure de la Révélation, grâce à la prédication des prophètes, on a commencé à découvrir Dieu tel qu'il est, et non pas tel qu'on l'imaginait ; alors le mot « vengeance » est resté dans le vocabulaire mais son sens a complètement changé ; nous avons déjà vu plusieurs fois dans la Bible ce phénomène de retournement complet du sens d'un mot : c'est le cas pour le sacrifice, par exemple, et aussi pour la crainte de Dieu.
Très concrètement, quand Isaïe écrit le texte de ce dimanche, le salut auquel aspirent ses contemporains, c'est le retour au pays de tous ceux qui sont exilés à Babylone ; ils ont vécu les atrocités du siège de Jérusalem par les armées de Nabuchodonosor ; et maintenant, l'exil n'en finit pas ! Cinquante années, de quoi perdre courage. Ce n'est pas par hasard qu'Isaïe leur dit « Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s'affolent : Prenez courage, ne craignez pas ». Pendant ces cinquante années, on a rêvé de ce retour, sans oser y croire. Et voilà que le prophète dit « c'est pour bientôt » : « Ils reviendront les captifs rachetés par le Seigneur, ils arriveront à Jérusalem dans une clameur de joie ».

Pour rentrer au pays, le chemin le plus direct entre Babylone et Jérusalem traverse le désert d'Arabie ; mais cette traversée du désert, Isaïe la décrit comme une véritable marche triomphale... mieux, une procession grandiose : le désert se réjouira, le pays aride exultera et criera de joie, il « jubilera » dit même le texte hébreu... Le désert sera beau... et alors là on pense à ce qui est le plus beau au monde pour un habitant de la Terre Sainte à l'époque : ce qui est le plus beau au monde, ce sont les montagnes du Liban, les collines du Carmel, la plaine côtière de Sarône ! Alors on dit : le désert sera beau comme cela ! beau comme les montagnes du Liban, beau comme les collines du Carmel, beau comme la plaine côtière de Sarône...

Et tout cela sera l'oeuvre de Dieu : « Il vient lui-même et va vous sauver... » ; c'est cette œuvre de salut que le prophète appelle « la gloire de Dieu ». Il dit : « On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. » Et Isaïe continue : « Ils reviendront les captifs rachetés par le Seigneur » ; et l'on sait que le mot « rachetés », dans la Bible, veut dire « libérés » ; tout comme le mot « rédemption » signifie « libération ».
La Loi juive prévoyait une règle qu'on appelait le « rachat » : lorsqu'un débiteur était obligé de vendre sa maison ou son champ pour payer ses dettes, son plus proche parent payait le créancier à sa place et le débiteur gardait donc sa propriété (Lv 25, 25) ; si le débiteur avait été obligé de se vendre lui-même comme esclave à son créancier parce qu'il ne possédait plus rien, de la même manière son plus proche parent intervenait auprès du créancier pour libérer le débiteur, on disait qu'il le « revendiquait ». Il y avait bien un aspect financier, mais il était secondaire : ce qui comptait avant tout, c'était la libération du débiteur.

Le génie d'Isaïe a été d'appliquer ces mots à Dieu lui-même pour nous faire comprendre deux choses : premièrement, Dieu est notre plus proche parent ; deuxièmement, il veut nous libérer de tout ce qui nous emprisonne. Et c'est pourquoi nous chantons si volontiers « Alleluia » qui veut dire « Dieu nous a amenés de la servitude à la libération ».

***
Compléments
- Le racheteur s'appelait le « Go'el » ; ce mot ne se trouve pas dans les versets lus ce dimanche, mais il apparaît au verset 9 ; (au verset 10, c'est un synonyme). Nous sommes donc bien dans ce cadre-là.

PSAUME 145 ( 146 )

7 - Le Seigneur fait justice aux opprimés, aux affamés, il donne le pain, le Seigneur délie les enchaînés.
8 - Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur aime les justes.
9 - Le Seigneur protège l'étranger. il soutient la veuve et l'orphelin.
10 - Le Seigneur est ton Dieu pour toujours.

Nous n'avons lu ici que quatre versets de ce psaume qui en comporte dix et nous n'avons donc pas entendu les Alleluia du premier et du dernier versets. Pour être ainsi encadré par le mot « Alleluia » qui signifie littéralement « Louez Dieu », ce psaume est tout entier un chant de louange et de reconnaissance. Il a été écrit après le retour de l'Exil à Babylone, peut-être pour la dédicace du Temple restauré.

Le Temple avait été détruit en 587 av.J.C. par les troupes du roi de Babylone, Nabuchodonosor. Cinquante ans plus tard (en 538 av. J.C.), quand Cyrus, roi de Perse, a vaincu Babylone à son tour, il a autorisé les Juifs, qui étaient esclaves à Babylone, à rentrer en Israël et à reconstruire leur Temple. Vous savez que cela n'a pas été sans mal, de graves dissensions étant apparues entre ceux qui rentraient au pays, pleins d'ardeur et ceux qui s'y étaient installés entre temps. Il a fallu l'énergie et l'obstination des prophètes Aggée et Zacharie pour que les travaux soient quand même menés à bien : ils ont duré de 520 à 515 sous le règne de Darius. La dédicace de ce Temple rebâti a été célébrée dans la joie et dans la ferveur. Le livre d'Esdras raconte : « Les fils d'Israël, les prêtres, les lévites et le reste des déportés firent dans la joie la Dédicace de cette Maison de Dieu ». (Esd 6, 16).

Ce psaume est donc tout imprégné de la joie du retour au pays. Une fois de plus, Dieu vient de prouver sa fidélité à son Alliance : déjà au moment de l'Exode et de la sortie d'Egypte, et maintenant, avec la sortie de Babylone, il a relevé son peuple, il l'a « vengé » au sens où l'entend Isaïe (voir la première lecture). Quand Israël relit son histoire, il peut témoigner que Dieu l'a accompagné tout au long de sa lutte pour la liberté : « Le Seigneur fait justice aux opprimés, le Seigneur délie les enchaînés ». Au cours de sa marche au désert, pendant l'Exode, Dieu lui avait envoyé la manne et les cailles pour sa nourriture : « Aux affamés, il donne le pain ». Et c'est ainsi que, peu à peu, on a découvert ce Dieu qui, systématiquement, prend parti pour la libération des enchaînés et pour la guérison des aveugles, pour le relèvement des petits de toute sorte.

Ce n'était pas l'idée que l'on se faisait spontanément du Créateur de l'univers et il a bien fallu toute la révélation biblique pour accepter cette représentation surprenante de Dieu : c'est l'honneur et la fierté du peuple d'Israël d'avoir révélé à l'humanité le Dieu d'amour et de miséricorde ; « miséricorde », cela veut dire « des entrailles qui vibrent à la souffrance ». Vous vous souvenez peut-être de cette phrase superbe que nous avions lue il y a quelques semaines dans le livre du Siracide « Les larmes de la veuve coulent sur les joues de Dieu » (Si 35,18) . Notre psaume ne dit pas autre chose : « Le Seigneur soutient la veuve et l'orphelin ».

A son tour, le peuple était invité à imiter Dieu, à se conduire avec la même miséricorde vis-à-vis de tous les opprimés de toute sorte. Et vous savez bien que, pour être sûr que le peuple se conforme peu à peu à la miséricorde de Dieu, la Loi d'Israël comportait beaucoup de règles de protection des veuves, des orphelins, des étrangers. Quant aux prophètes, c'est sur ces critères-là entre autres qu'ils jugeaient de la fidélité d'Israël à l'Alliance.

A un autre niveau de lecture, au fur et à mesure qu'il vit dans l'Alliance avec Dieu, le peuple croyant découvre peu à peu que Dieu le transforme en profondeur :
« Aux affamés, il donne le pain », le pain matériel, oui... mais il y a au coeur de chacun d'entre nous une faim plus profonde ; à ces affamés-là, Dieu donne le pain de sa parole...
« Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles » ; il y a des aveuglements d'un autre ordre et beaucoup plus graves en définitive ; à ceux-là aussi, Dieu ouvre les yeux.
« Le Seigneur délie les enchaînés », il y a d'autres chaînes que celles des prisons, les chaînes de la haine, de l'orgueil, de la jalousie... et le croyant peut témoigner que Dieu peu à peu, le délivre de son coeur de pierre.

Alors on comprend que ce psaume soit encadré par des Alleluia ; je vous rappelle le sens que la tradition juive attache à ce simple mot « Alleluia » : « Dieu nous a amenés de la servitude à la liberté, de la tristesse à la joie, du deuil au jour de fête, des ténèbres à la brillante lumière, de la servitude à la rédemption. C'est pourquoi, chantons devant lui l'Alleluia ».

Bien sûr, les Chrétiens relisent ce psaume en l'appliquant à Jésus-Christ : non seulement il a nourri ses contemporains en multipliant pour eux les pains ; mais désormais il offre à chaque génération de baptisés le pain de son eucharistie ; c'est lui aussi qui a affirmé « Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie. » (Jn 8, 12). C'est en lui, enfin, que l'humanité peut accéder pleinement à la liberté et à la vie ; sa résurrection est la preuve que la mort biologique n'enchaîne pas les baptisés : « le Seigneur délie les enchaînés. »

Dernière remarque sur ce psaume : la Bible affirme que nous avons été créés à l'image et à la ressemblance de Dieu ; il nous arrive de nous demander en quoi. Nous avons ici au moins une réponse et un encouragement : la réponse, c'est chaque fois que nous intervenons en faveur d'un malheureux, quel qu'il soit, aveugle, sourd ou muet, prisonnier, étranger, nous sommes l'image de Dieu.

L'encouragement c'est : chaque fois que vous avez fait quelque chose pour le plus petit d'entre les miens, vous avez hâté le jour du Règne de Dieu... Vous connaissez l'histoire de cette catéchumène découvrant le récit de la multiplication des pains par Jésus et demandant « pourquoi ne le fait-il pas aujourd'hui pour tous les affamés du monde ? » Après un petit silence, elle avait murmuré : « Il compte peut-être sur nous pour le faire ?... »

DEUXIEME LECTURE - Jacques 5 , 7 - 10

7 - Frères,
en attendant la venue du Seigneur, ayez de la patience.
Voyez le cultivateur : il attend les produits précieux de la terre avec patience,
jusqu'à ce qu'il ait fait la première et la dernière récoltes.
8 - Ayez de la patience vous aussi, et soyez fermes,
car la venue du Seigneur est proche.
9 - Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres,
ainsi vous ne serez pas jugés.
Voyez : le Juge est à notre porte.
10 - Frères, prenez pour modèles d'endurance et de patience
les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur.

Il y avait au moins trois Jacques dans l'entourage proche de Jésus : le premier, c'est Jacques, fils de Zébédée (c'est celui qu'on retrouve avec Jean son frère à la Transfiguration et à Gethsémani) ; Jésus avait surnommé les deux frères « fils du tonnerre », ce qui nous laisse imaginer pour le moins un caractère volcanique !) ; nous, nous l'appelons Jacques le Majeur ; c'est celui qu'on prie à Saint Jacques de Compostelle... le second, c'est Jacques, fils d'Alphée, lui aussi membre du groupe des Douze apôtres et enfin le troisième, c'est Jacques, cousin de Jésus, (on disait frère de Jésus) qui fut l'un des premiers responsables de la communauté de Jérusalem. Généralement c'est à ce dernier qu'on attribue la lettre qu'on appelle de Saint Jacques ; mais on n'est sûr de rien.

En tout cas, on retrouve dans cette lettre un thème qui était habituel pour les premières générations chrétiennes, celui de l'attente : l'horizon, pour lui, la perspective si vous préférez, c'est la venue du Seigneur. Déjà dans les lettres de Saint Paul, nous avons souvent remarqué qu'il avait sans cesse les yeux tournés vers le but à atteindre, l'accomplissement définitif du projet de Dieu.

Je remarque au passage que, paradoxalement, c'est au début de la prédication chrétienne qu'on était le plus impatient de voir la fin du monde... peut-être parce que la vue du Christ ressuscité en avait donné un avant-goût ?
J'ai employé le mot « impatient »... et justement, Jacques recommande la patience : il y insiste quatre fois dans ces quelques lignes ; et si je le comprends bien, patience rime avec espérance : « En attendant la venue du Seigneur, ayez de la patience » : l'espérance, c'est la certitude de la venue du Seigneur, une certitude telle qu'elle nous tient en éveil, tendus vers ce but comme on l'est dans une course selon une comparaison habituelle chez Paul.

Mais cette course est une course de fond, nous dit Jacques, il y faut du souffle : le verbe grec que Jacques emploie ici et qui a été traduit par « ayez de la patience » signifie justement « avoir le souffle long »... Il faut croire que le délai de ce qu'on appelait la parousie, l'avènement définitif du Royaume de Dieu, était vécu comme une épreuve d'endurance... Au tout début, après la Résurrection du Christ et son Ascension, on a cru que son retour glorieux était pour très bientôt ; et puis, les années passant, il a bien fallu s'installer dans la durée. C'est là que l'espérance est devenue une affaire de patience : on pourrait dire peut-être que l'espérance, c'est la foi à l'épreuve du temps... (quand l'attente est devenue une course de fond).

Une course de fond, cela demande du souffle, et le souffle, demandez aux coureurs, aux chanteurs, ou aux flûtistes, il y faut de l'entraînement. Pour leur entraînement, Jacques donne deux modèles à ses chrétiens : la sagesse du cultivateur, le courage du prophète. D'année en année, le cultivateur a appris le retour des saisons : il sait que « Dieu donne en son temps la pluie qu'il faut pour la terre » comme dit le livre du Deutéronome.
Quant aux prophètes, tous ont eu à affronter l'hostilité de ceux à qui ils annonçaient ce qui était pourtant la parole de salut. Ils ont tous dû apprendre la fermeté et la patience pour rester fidèles à leur mission. La communauté chrétienne de Saint Jacques a elle aussi une mission prophétique qui ressemble à une épreuve d'endurance ; il lui faut du souffle, il lui faut aussi un coeur solide ; Jacques répète : « soyez fermes », l'expression exacte, c'est « Affermissez votre coeur ».

Curieusement, dans le verset suivant, que nous n'avons pas entendu aujourd'hui, Jacques cite un modèle d'endurance de l'Ancien Testament ; et qui choisit-il ? Job ; c'est la seule et unique fois où le Nouveau Testament cite le personnage de Job, cela mérite donc d'être souligné. « Voyez : nous félicitons les gens endurants ; vous avez entendu l'histoire de l'endurance de Job... » (Jc 5, 11)... Sous-entendu, si vous êtes aussi patients que lui, et fermes dans votre espérance, vous aussi vous rencontrerez le Seigneur comme Job l'a rencontré.

Concrètement, c'est dans leurs relations mutuelles que les chrétiens ont à remplir une mission prophétique : « C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres que l'on vous reconnaîtra pour mes disciples » avait dit Jésus. Jacques dit quelque chose d'analogue : « Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. » Ce qui, évidemment, nous renvoie à une autre phrase de Jésus : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés » (Mt 7, 1 ; Lc 6, 37) sous-entendu Dieu seul est juge. Et d'ailleurs la traduction plus littérale dit « ne vous posez pas en juges » ce qui montre mieux que juger c'est usurper un droit qui ne nous appartient pas.
Jacques emploie l'expression « Le Juge est à votre porte » : d'abord c'est une image, car effectivement, dans les temps anciens, les juges siégeaient aux portes des villes, ils n'étaient pas dans la ville. Ensuite, cela veut dire deux choses : premièrement, la venue du Seigneur sera l'heure du Jugement, sous-entendu « vivez dans cette perspective » ; et là nous retrouvons bien les thèmes prophétiques, en particulier, la prédication de Jean-Baptiste ; deuxièmement, le Juge, ce n'est pas vous.

Apparemment, ce rappel n'était pas superflu car, dans sa lettre, Jacques y revient plusieurs fois : « Ne médisez pas les uns des autres » ou bien encore « Qui es-tu, toi, pour juger ton prochain ? »
Et Jacques continue « Le Juge (sous-entendu le seul vrai juge) est à notre porte ». Celui qui regarde le coeur et non les apparences, celui qui seul peut sonder les reins et les coeurs... le vrai moissonneur qui ne précipite pas la moisson de peur de déraciner le blé avec l'ivraie (Mt 13, 29)...

La leçon est valable pour nous : d'un côté, nous sommes si bien installés dans la durée que nous manquons peut-être bien du souffle qui fait les prophètes ; mais de l'autre, nous nous posons parfois en juges, ce qui n'est pas notre métier, ou notre vocation, si vous préférez, et nous risquons de confondre l'ivraie et le bon grain.
Décidément, l'histoire de la paille et de la poutre est de tous les temps !

EVANGILE - Matthieu 11, 2 - 11

2 Jean le Baptiste, dans sa prison, avait appris ce que faisait le Christ.
Il lui envoya demander par ses disciples :
3 « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
4 Jésus leur répondit :
« Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez :
5 Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés,
les sourds entendent, les morts ressuscitent,
et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.
6 Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ! »
7 Tandis que les envoyés de Jean se retiraient,
Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean :
« Qu'êtes-vous allés voir au désert ?
Un roseau agité par le vent ?...
8 Alors qu'êtes-vous donc allés voir, un homme aux vêtements luxueux ?
Mais ceux qui portent de tels vêtements
vivent dans les palais des rois.
9 Qu'êtes-vous donc allés voir ?
Un prophète ?
Oui, je vous le dis, et bien plus qu'un prophète.
10 C'est de lui qu'il est écrit :
Voici que j'envoie mon messager en avant de toi,
pour qu'il prépare le chemin devant toi.
11 Amen, je vous le dis :
Parmi les hommes, il n'en a pas existé de plus grand que Jean-Baptiste ;
et cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui. »


Dimanche dernier, l'évangile nous a présenté Jean-Baptiste baptisant dans le Jourdain tous ceux qui venaient à lui. Il disait : « quelqu'un vient après moi ». Et il semble bien que lorsque Jésus lui a demandé le baptême, Jean-Baptiste a reconnu en lui le Messie que tout le monde attendait. Et puis les mois ont passé.

Jean-Baptiste a été mis en prison par Hérode. Les historiens de l'époque situent cet emprisonnement autour de l'année 28 et Saint Matthieu dans son évangile dit que c'est à partir de ce moment-là que Jésus a commencé vraiment sa prédication. Il a quitté la région du Jourdain et est parti vers le Nord en Galilée. C'est là qu'il a commencé sa vie publique. Matthieu nous rapporte toute une série de discours, y compris le fameux discours sur la montagne, les Béatitudes, et puis des actes : des quantités de guérisons d'abord, mais aussi des manières d'être un peu étranges ; par exemple, Jésus s'est entouré de disciples, pas tous très recommandables (il y a un publicain) et plutôt disparates. Sur le plan religieux (comme sur le plan politique) ils ne sont pas tous du même bord, c'est le moins qu'on puisse dire...

Et puis pour un prophète, il n'est pas très ascète ! Jean-Baptiste en était un, tout le monde admirait ça au moins. Jésus, lui, mange et boit comme tout le monde mais plus grave encore, il s'affiche avec n'importe qui. Le plus décevant encore, dans tout cela, c'est que Jésus lui-même ne revendiquait pas le titre de messie : il ne cherchait pas le pouvoir, d'aucune manière.

Dans sa prison, Jean-Baptiste entendait parler de tout ce qui se passait : il faut savoir que la détention dans les prisons antiques n'était pas nécessairement inhumaine. On a de nombreux exemples de relations des prisonniers avec l'extérieur et dans la prison. On peut donc très bien imaginer que les disciples le tenaient au courant des faits et gestes du Nazaréen. Si bien que Jean-Baptiste se posait des questions.
Et il a fini par se demander : est-ce que je me serais trompé de Messie ? Donc il envoie des disciples à Jésus avec une question : le Messie, c'est toi, oui ou non ?
La question de Jean-Baptiste est réellement cruciale, pour Jean-Baptiste bien sûr puisqu'il la pose, mais aussi pour Jésus. Lui aussi a été obligé de se la poser très certainement et plusieurs fois dans sa vie, il a eu des choix à faire ; (l'épisode des Tentations, par exemple, le dit clairement).

Cette question au fond c'est : le messie, on est tous sûrs qu'il va venir. On sait qu'il apportera à tous le salut : mais comment sera-t-il ?

Il y avait deux sortes de textes dans l'Ecriture pour annoncer le messie : les textes qui parlaient de ses oeuvres, les textes qui parlaient de ses titres. Pour les titres, certains le présentaient comme un roi, d'autres comme un prophète, d'autres comme un prêtre. Jésus ne cite aucun des textes sur les titres du messie, il n'en revendique aucun, une fois encore.

En revanche, il cite bout à bout plusieurs textes qui parlaient des oeuvres du Messie : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. »

Jésus ne répond donc pas par oui ou par non à la question de Jean-Baptiste. Il cite les prophéties que Jean-Baptiste connaissait comme tout le monde et il lui dit : vérifie par toi-même si c'est bien ça que je suis en train de faire. Sous-entendu : oui, je suis bien le Messie, le vrai Fils de Dieu, tu ne t'es pas trompé. Seulement si tu es surpris, choqué par mes manières de faire, c'est qu'il te reste à découvrir le Vrai visage de Dieu... un Dieu avec les hommes au service de l'homme. Ce n'était pas comme cela qu'on l'imaginait.

Enfin, Jésus termine sa phrase par un mot d'admiration et d'encouragement pour le prisonnier « Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ! » Car Jean-Baptiste nous donne un exemple en quelque sorte : Au lieu d'entretenir son doute en ruminant les bribes d'informations qu'il a reçues, au lieu de se faire sa propre opinion sur Jésus, Jean-Baptiste a pris le chemin direct en envoyant à Jésus lui-même quelques-uns de ses disciples... Par cette démarche, Jean-Baptiste manifeste qu'il n'a pas perdu confiance. La foi, il l'a toujours, et il demande à Jésus lui-même de l'éclairer. Bienheureux homme qui reste debout même dans le doute !

Alors Jésus demande à ses auditeurs : en fait, pourquoi êtes-vous allés là-bas, pour faire du tourisme, pour rêver ?

Non, dit-il, sans le savoir peut-être, vous êtes allés vers le plus grand des prophètes, celui qui dit la parole finale de l'Ancien Testament : celui que Dieu envoie comme messager pour ouvrir la voie au Messie. C'est lui que la Bible avait plusieurs fois annoncé et qu'on appelle le précurseur, celui qui court devant pour ouvrir la route. Il est le plus grand des prophètes parce qu'il apporte le message décisif : ça y est, la promesse de Dieu se réalise. Mais Jésus ajoute : « cependant le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que Jean-Baptiste ! »

Parole étrange, mais qui dit bien qu'avec la venue de Jésus, l'histoire humaine vient de basculer : Jean-Baptiste n'est que le porteur d'un message et le contenu de ce message le dépasse infiniment. Ce qu'il ne sait pas et que le plus petit des disciples de Jésus va découvrir, c'est le contenu du message : « Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous ».

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 22:36

marie-nolle-thabut.jpg Je suis, chaque dimanche, impressionné par la qualité des commentaires de Marie-Noëlle Thabut sur les textes que nous propose la liturgie du jour.

 

Ces commentaires, trouvés sur le site "Eglise catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde. Notamment, en

  • donnant des explications historiques ;

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Evangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté, directement ou indirectement)

 

Version audio (le lien sera inopérant dans un premier temps), trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame

 

PREMIERE LECTURE - Isaïe 11 , 1 - 10

Parole du Seigneur Dieu.
1 Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David,
un rejeton jaillira de ses racines.
2 Sur lui reposera l'esprit du Seigneur :
esprit de sagesse et de discernement,
esprit de conseil et de force,
esprit de connaissance et de crainte du Seigneur
qui lui inspirera la crainte du Seigneur.
3 Il ne jugera pas d'après les apparences,
il ne tranchera pas d'après ce qu'il entend dire.
4 Il jugera les petits avec justice,
il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays.
Comme un bâton, sa parole frappera le pays,
le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant.
5 Justice est la ceinture de ses hanches ;
fidélité, le baudrier de ses reins.
6 Le loup habitera avec l'agneau,
le léopard se couchera près du chevreau,
le veau et le lionceau seront nourris ensemble,
un petit garçon les conduira.
7 La vache et l'ourse auront même pâturage,
leurs petits auront même gîte.
Le lion, comme le boeuf, mangera du fourrage.
8 Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra,
sur le trou de la vipère l'enfant étendra la main.
9 Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu
sur ma montagne sainte ;
car la connaissance du Seigneur remplira le pays
comme les eaux recouvrent le fond de la mer.
10 Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David,
sera dressée comme un étendard pour les peuples,
les nations la chercheront,
et la gloire sera sa demeure.


Visiblement, on parlait déjà d'arbres généalogiques à l'époque du prophète Isaïe ! Car c'est bien de cela qu'il s'agit ici : quand Isaïe parle de la racine de Jessé, ou de la souche de Jessé, cela vise évidemment la dynastie du roi David.
Vous connaissez l'histoire : Jessé avait huit fils. Et, parmi les huit, Dieu a envoyé son prophète Samuel choisir un roi ; or, curieusement, sur les conseils de Dieu, Samuel n'a choisi ni le plus âgé, ni le plus grand, ni le plus fort... mais le plus jeune, celui qui était berger, dans les champs, avec les bêtes. Et c'est ce petit David qui est devenu le plus grand roi d'Israël. Et c'est là que Jessé est devenu célèbre : il est le père du roi David ; il est l'ancêtre d'une longue lignée ; cette lignée, on la représente souvent comme un arbre : un arbre promis à un grand avenir, un arbre qui ne devait jamais mourir.

Car un autre prophète, Natan, avait été jusqu'à dire à David : Dieu te promet que tes descendants régneront pour toujours et que le peuple connaîtra enfin l'unité parfaite et la paix.

Pour être francs, les fruits de cet arbre ont été plutôt décevants : aucun roi de la dynastie de David n'a pleinement réalisé ces belles promesses ; mais on a toujours et même de plus en plus, continué d'espérer. Puisque Dieu l'a promis, on peut être certains que cela se réalisera, tôt ou tard. C'est comme cela, d'ailleurs, que le mot « Messie » a changé de sens.

Je m'explique : tous les rois, qu'ils soient bons ou mauvais, méritaient le titre de messie puisque « messie » (en hébreu) veut dire tout simplement « frotté d'huile » ; c'est une allusion à l'onction d'huile que recevait le roi le jour de son sacre. Mais, avec le temps, le mot « messie » a fini par être synonyme de « roi idéal », celui qui apporterait le bonheur et la justice sur la terre.

Je peux reprendre maintenant la première phrase du texte d'Isaïe : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton sortira de ses racines ». Ce qu'il dit à ses contemporains, c'est : pour l'instant , vous avez l'impression que toutes ces belles promesses sont envolées et que l'arbre généalogique de David ne produit rien de bon ! Mais, même d'un arbre mort, d'une souche, vous savez bien, Dieu peut faire ressurgir un rejeton inattendu. Soyez-en sûrs, tôt ou tard, le messie viendra.

Je reprends le texte : un cadre formé par les deux phrases sur l'arbre de Jessé, et à l'intérieur de ce cadre, deux parties ; la première parle de ce roi-messie sur qui reposera l'esprit du Seigneur ; et vous l'avez remarqué, les dons de l'Esprit sont au nombre de 7 parce que, dans la Bible, c'est le chiffre de la plénitude ; vous avez noté aussi l'insistance sur la « crainte du Seigneur » : « Sur lui reposera l'esprit du Seigneur, esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur qui lui inspirera la crainte du Seigneur. » A l'époque d'Isaïe, quand on parle de « crainte de Dieu », cela veut dire une attitude filiale, faite de confiance et de respect. Le roi-messie, quand il viendra, se conduira envers Dieu comme un fils, c'est-à-dire qu'il gouvernera son peuple comme Dieu le veut.

Nous comprenons alors l'insistance du prophète sur la justice : elle sera le mot d'ordre de ce roi idéal : « Justice est la ceinture de ses hanches, fidélité le baudrier de ses reins... Il ne jugera pas d'après les apparences, il ne tranchera pas d'après ce qu'il entend dire. Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture envers les pauvres du pays ». On sait qu'Isaïe avait de gros reproches à faire à ses contemporains sur ce sujet.
Isaïe continue : « Comme un bâton, sa parole frappera le pays, le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant » ; la formule est un peu surprenante pour nous parce que, dans notre langage moderne, le mot « méchant » semble viser des personnes ; en fait il suffit de le remplacer par le mot « méchanceté » ou injustice ; il nous arrive d'employer l'expression « faire la guerre à la guerre », là on pourrait dire : le roi-messie fera la guerre à l'injustice.

- La deuxième partie de ce texte, c'est ce que l'on pourrait appeler la « fable des animaux » : cette merveilleuse image de l'harmonie universelle ; il ne s'agit pas d'un retour au Paradis terrestre, il s'agit au contraire de l'aboutissement final du projet de Dieu : le jour où l'Esprit aura fini de nous mener vers la vérité tout entière, comme dit Jésus ; ce jour où enfin « la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. »

- Enfin, Isaïe rappelle une fois de plus que le projet de Dieu concerne bien l'humanité tout entière : « Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront ». Plus tard, Jésus dira « Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi ».

***
NB . Le texte de Martin Luther King « Je fais le rêve » est directement inspiré de ce passage d'Isaïe 11 ainsi que de Isaïe 2, 1-5.

PSAUME 71 ( 72 ) , 1...17

1 Dieu donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice.
2 Qu'il gouverne ton peuple avec justice, qu'il fasse droit aux malheureux !

7 En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu'à la fin des lunes !
8 Qu'il domine de la mer à la mer, et du fleuve jusqu'au bout de la terre !

12 Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours
13 Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie.

17 Que son nom dure toujours ; sous le soleil, que subsiste son nom ! En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ; que tous les pays le disent bienheureux !

« Dieu donne au roi tes pouvoirs » : c'est une prière ... « Qu'il gouverne ton peuple avec justice », c'est un souhait. Ce sont les mots mêmes que l'on disait lors du sacre d'un nouveau roi... Nous sommes au Temple de Jérusalem... mais curieusement, ce psaume a été composé et chanté après l'Exil à Babylone, (donc entre 500 et 100 av.J.C.) c'est-à-dire à une époque où il n'y avait déjà plus de roi en Israël ; ce qui veut dire que cette prière, ce souhait ne concernent pas un roi en chair et en os... ils concernent le roi qu'on attend, que Dieu a promis, le roi-messie. Et puisqu'il s'agit d'une promesse de Dieu, on est sûr qu'elle se réalisera.

- La Bible tout entière est traversée par cette espérance indestructible : l'histoire humaine a un but, un sens ; et le mot « sens » veut dire deux choses : à la fois « signification » et « direction ». Dieu a un projet. Ce projet inspire toutes les lignes de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments : il porte des noms différents selon les auteurs. Par exemple, c'est le « Jour de Dieu » pour les prophètes, le « Règne des cieux » pour Saint Matthieu, le « dessein bienveillant » pour Saint Paul, mais c'est toujours du même projet qu'il s'agit. Comme un amoureux répète inlassablement des mots d'amour, Dieu propose inlassablement son projet de bonheur à l'humanité. Ce projet sera réalisé par le Messie et c'est ce Messie que les croyants appellent de tous leurs voeux lorsqu'ils chantent ce psaume au Temple de Jérusalem.

- Son projet de bonheur, Dieu l'avait déjà annoncé dès sa première parole à Abraham, au chapitre 12 de la Genèse, alors que celui-ci ne s'appelait encore que Abram ; Dieu lui avait promis : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Gn 12, 3*). Je crois qu'il est très important de ne jamais oublier que dès le début de la révélation biblique, il est clair que l'humanité tout entière est concernée, même si on ne l'a pas compris tout de suite. Le peuple d'Israël a découvert peu à peu qu'il est élu non pas pour garder son beau secret pour lui tout seul, mais pour annoncer au monde le projet de Dieu.

- Notre psaume ne dit pas autre chose : « En lui (sous-entendu le roi-messie) que soient bénies toutes les familles de la terre ; que tous les pays le disent bienheureux ».

- Un autre verset que nous avons lu également reprend une autre promesse de Dieu à Abraham, au chapitre 15 de la Genèse cette fois : « Le Seigneur conclut une Alliance avec Abram en ces termes : C'est à ta descendance que je donne ce pays, du Fleuve d'Egypte au grand fleuve, le fleuve Euphrate ». Et le psaume répond en écho : « Qu'il domine de la mer à la mer et du Fleuve jusqu'au bout de la terre ! » (Gn 15, 18).

- Plus tard, le livre de Ben Sirac (« l'Ecclésiastique ») rapprochera toutes ces promesses faites à Abraham ; on y lit : « Dieu assura par serment à Abraham que les nations seraient bénies en sa descendance, qu'il les multiplierait comme la poussière de la terre, qu'il exalterait sa descendance comme les étoiles et qu'ils recevraient le pays en héritage de la mer jusqu'à la mer et depuis le Fleuve jusqu'aux extrémités de la terre. » (Si 44, 21).

- Nous qui sommes assez chatouilleux sur la démocratie, sommes peut-être un peu surpris qu'on puisse tant rêver d'un roi et d'un roi qui domine sur toute la planète « de la mer à la mer et du Fleuve jusqu'au bout de la terre ! » ; nos empereurs les plus ambitieux n'ont jamais osé rêvé jusque-là. Mais il ne faut pas oublier que, dans la Bible, c'est en définitive le peuple qui est au centre de la promesse : le roi n'est qu'un instrument dans la main de Dieu, un instrument au service du peuple. Et ce peuple aura la dimension de l'humanité.
- Une humanité enfin fraternelle et pacifique où plus personne ne connaîtra l'humiliation : « En ces jours-là fleurira la justice, grande paix jusqu'à la fin des lunes ! ».

- Enfin sera réalisé le rêve de justice et de paix qui hante toute l'humanité depuis les origines : ce n'est pas pour rien que le nom même de « Jérusalem », en hébreu, veut dire « ville de la paix » ; mais Bagdad, aussi veut dire « demeure de la paix », ou Dar-Es-Salam ; parce que tous les peuples en rêvent depuis toujours. Et c'est la force incroyable, l'audace de la Bible d'affirmer contre vents et marées, et contre toutes les apparences contraires, que le jour de la paix viendra. Et comme justice et paix vont ensemble, « justice et paix s'embrassent » dit même un autre psaume, il n'y aura plus de pauvre à la surface de la terre ; alors la terre sera vraiment « sainte » comme elle doit être ; cet idéal-là court lui aussi tout au long de la Bible ; le livre du Deutéronome disait « Il n'y aura pas de pauvre chez toi » (Dt 15, 4). Le psaume s'inscrit dans cette ligne : « Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie. »

- Tout ce psaume rappelle donc la promesse de Dieu et lui demande de hâter ce jour... non pas que Dieu risque d'oublier ses promesses ! Au contraire, si les pèlerins assemblés au temple de Jérusalem redisent ce psaume sur le roi-messie, c'est parce qu'ils savent que Dieu n'oublie pas son projet. Quand nous prions, il ne s'agit pas de rappeler à Dieu quelque chose qu'il risquerait d'ignorer ou d'oublier... Quand nous prions, nous apprenons à regarder le monde avec les yeux de Dieu ; nous nous replaçons devant le projet de Dieu pour raviver notre espérance et pour trouver la force de travailler à l'accomplissement de la promesse. Car la paix, la justice, le salut des pauvres et des malheureux ne viendront pas par un coup de baguette magique : à nous de prier, de faire nôtre le projet de Dieu, et de nous laisser guider par l'Esprit Saint pour nous engager dans ce combat. Avec sa lumière, avec sa force, avec sa grâce, nous y arriverons.

****
* A partir du texte hébreu, ce verset (Gn 12, 3) peut s'entendre de deux manières, et ces deux manières ne s'excluent pas l'une l'autre, au contraire elles s'additionnent : d'abord « Par toi se béniront toutes les familles de la terre » : c'est-à-dire, quand elles se souhaiteront du bien, toutes les familles de la terre feront référence à toi comme un modèle de réussite ; on dira « puisses-tu réussir comme notre père Abraham » ; deuxième traduction : « A travers toi, Abraham, grâce à toi, toutes les familles de la terre seront bénies, c'est-à-dire connaîtront le bonheur. » (à condition qu'elles veuillent bien entrer dans ce projet, bien sûr)

 

DEUXIEME LECTURE - Romains 15 , 4 - 9

Frères,
4 tout ce que les livres saints ont dit avant nous
est écrit pour nous instruire,
afin que nous possédions l'espérance
grâce à la persévérance et au courage que donne l'Ecriture.
5 Que le Dieu de la persévérance et du courage
vous donne d'être d'accord entre vous
selon l'esprit du Christ Jésus.
6 Ainsi d'un même coeur, d'une même voix,
vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ.
7 Accueillez-vous donc les uns les autres
comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu,
vous qui étiez païens.
8 Si le Christ s'est fait le serviteur des Juifs,
c'est en raison de la fidélité de Dieu,
pour garantir les promesses faites à nos pères ;
mais je vous le déclare,
9 c'est en raison de la miséricorde de Dieu
que les nations païennes peuvent lui rendre gloire ;
comme le dit l'Ecriture :
je te louerai parmi les nations,
je chanterai ton nom

Voilà une phrase à écrire en lettres d'or : « Frères, tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire afin que nous possédions l'espérance... »
Etre convaincu que l'Ecriture n'a qu'un but, celui de nous instruire, qu'elle est pour nous source d'espérance, c'est la meilleure clé pour l'aborder. A partir du moment où nous abordons la Bible avec cet a priori positif, les textes s'éclairent. Pour le dire autrement, l'Ecriture est toujours Bonne Nouvelle ; concrètement, cela veut dire que si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c'est que nous ne les avons pas compris. Ce n'est pas un péché de ne pas comprendre, il faut seulement continuer à travailler pour découvrir la Bonne Nouvelle qui est toujours dans l'Ecriture.

Quand nous acclamons la Parole de Dieu à la Messe, ou bien quand nous disons « Evangile, (c'est-à-dire Bonne Nouvelle) de Jésus-Christ notre Seigneur », ce n'est pas une simple façon de parler. C'est le contenu même de notre foi ; comme dirait La Fontaine « Un trésor est caché dedans » ; à nous de creuser le texte pour le découvrir.
Pas étonnant que l'Ecriture nourrisse notre espérance puisqu'elle n'a en définitive qu'un seul sujet, l'annonce du fantastique projet de Dieu, ce que Paul appelle le « dessein bienveillant de Dieu », c'est-à-dire la parole d'amour de Dieu à l'humanité.

Revenons à notre lettre aux Romains : Paul continue par un rappel à l'ordre bien concret adressé aux Chrétiens de Rome : « Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis » ; on peut en déduire aussitôt qu'il y avait un problème. On ne sait pas par qui Paul était informé de ce qui se passait dans cette communauté où il n'était jamais allé...

Mais à lire entre les lignes, on devine qu'il y avait un conflit entre deux camps, les Chrétiens d'origine juive et ceux d'origine païenne : les premiers restaient attachés à l'observance de toutes les pratiques juives, en matière de nourriture notamment, et les seconds trouvaient ces exigences périmées.

Nous connaissons bien ce problème qui a empoisonné très vite la vie des communautés chrétiennes : selon les lieux et les communautés, il pouvait jouer dans les deux sens : soit les Chrétiens d'origine juive voulaient imposer les pratiques juives à ceux qui étaient issus du paganisme ; soit les Chrétiens issus du paganisme se considéraient comme des esprits supérieurs parce qu'ils ne s'astreignaient pas à des pratiques jugées surannées. A Rome il s'agit peut-être de ce second cas. En tout cas il est clair que la discorde et peut-être le mépris s'installait.
Nous-mêmes au vingt-et-unième siècle, ne sommes pas exempts de querelles de ce genre : les camps portent d'autres noms mais à l'intérieur de la seule Eglise catholique, les diversités de sensibilités sont devenues des divergences et de véritables conflits parfois. La différence, c'est qu'aujourd'hui, pour éviter les conflits, chacun choisit sa paroisse ou son groupe, le lieu qui lui convient... Il n'est pas sûr qu'à terme, ce soit la solution la plus pacifique...

A Rome on essayait l'autre solution, celle de la cohabitation. Paul ne leur dit pas : séparez-vous, coupez la communauté en deux, les Chrétiens d'origine juive d'un côté, et ceux d'origine païenne de l'autre ; il leur donne, au contraire, des conseils de cohabitation : « soyez d'accord entre vous selon l'esprit du Christ Jésus. Ainsi d'un même coeur, d'une même voix, vous rendrez gloire à Dieu. »
Dans les versets qui précèdent notre passage d'aujourd'hui, il leur a dit : « Recherchons donc ce qui convient à la paix et à l'édification mutuelle » (14, 19) et « Que chacun de nous cherche à plaire à son prochain en vue du bien, pour édifier » (sous-entendu pour édifier la communauté) (15, 2). « Edifier », c'est un mot du vocabulaire de la construction : Paul veut dire par là que chacune de nos communautés chrétiennes est un édifice à construire au jour le jour ; encore faut-il que nous y mettions un peu du ciment de la patience et de la tolérance.

Comme toujours, la règle de la conduite des Chrétiens doit être d'imiter le Christ lui-même : « Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis ».
Et qu'a fait le Christ ? Paul précise : « le Christ s'est fait le Serviteur des Juifs », ce qui est une allusion au personnage du serviteur décrit par Isaïe. Vous vous souvenez de ces quatre textes des chapitres 42 à 53 du livre d'Isaïe qui décrivent le Serviteur de Dieu : choisi par Dieu, (le texte dit même qu'il est « l'Elu » de Dieu), le Serviteur, instruit chaque matin par la Parole, donne sa vie pour ses frères et grâce au don de sa vie, il sauve ses frères, et mieux encore, le salut de Dieu parvient à toutes les nations.

Manifestement quand Paul écrit aux Romains, il est imprégné de ces quatre textes. Et il relit la vie du Christ à leur lumière. Grâce au don que Jésus a fait de sa vie, tous sont sauvés, les Juifs à cause de l'Alliance avec Israël, les anciens païens par pure grâce. Il n'est donc pas question pour qui que ce soit d'invoquer une quelconque supériorité, tout est l'oeuvre du Christ : « Si le Christ s'est fait le Serviteur des Juifs, c'est en raison de la fidélité de Dieu à ses promesses... mais c'est en raison de la miséricorde de Dieu que les nations païennes peuvent lui rendre gloire ».
Conclusion : accueillez-vous mutuellement, juifs ou païens devenus chrétiens, ne vous occupez plus de votre passé respectif, chantez seulement la gloire de Dieu, sa fidélité pour les uns, sa miséricorde pour les autres.

****
N.B. Voici les références des quatre « Chants du Serviteur » dans le livre d'Isaïe :
Is 42 , 1-7 ; Is 49, 1-6 ; Is 50, 4-7 ; Is 52,13 - 53, 12

 

EVANGILE Matthieu 3 , 1 - 12

1 En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste,
qui proclame dans le désert de Judée :
2 « Convertissez-vous,
car le Royaume des cieux est tout proche ! »
3 Jean est celui que désignait la parole
transmise par le prophète Isaïe :
A travers le désert, une voix crie :
Préparez le chemin du Seigneur,
aplanissez sa route.
4 Jean portait un vêtement de poils de chameau,
et une ceinture de cuir autour des reins ;
il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.
5 Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain
venaient à lui,
6 et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain
en reconnaissant leurs péchés.
7 Voyant des pharisiens et des sadducéens
venir en grand nombre à ce baptême,
il leur dit : « Engeance de vipères !
Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?
8 Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion,
9 et n'allez pas dire en vous-mêmes :
Nous avons Abraham pour père ;
car je vous le dis : avec les pierres que voici,
Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham.
10 Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres :
tout arbre qui ne produit pas de bons fruits
va être coupé et jeté au feu.
11 Moi, je vous baptise dans l'eau,
pour vous amener à la conversion.
Mais celui qui vient derrière moi
est plus fort que moi,
et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales.
Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu ;
12 il tient la pelle à vanner dans sa main,
il va nettoyer son aire à battre le blé,
et il amassera le grain dans son grenier.
Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas. »

Quand Jean-Baptiste commence sa prédication, l'occupation romaine dure depuis 90 ans à peu près : le roi Hérode a été laissé en place par les Romains mais il est unanimement détesté ; les partis religieux sont divisés et on ne sait plus très bien qui croire ; il y a les collaborateurs et les résistants... régulièrement un exalté fait parler de lui, promet le salut, mais cela se termine toujours mal.

C'est dans ce contexte que Jean-Baptiste se met à prêcher ; il vit dans le « désert » de Judée (entre le Jourdain et Jérusalem) ; à vrai dire cette région n'est pas totalement désertique, mais ce qui intéresse Matthieu, ce n'est pas le degré de sécheresse, c'est le sens spirituel du désert : il a en tête toute la résonance de l'expérience d'Israël au désert pendant l'Exode et la méditation des prophètes sur l'Alliance conclue là-bas dans la ferveur de ce que le prophète Osée appelle des fiançailles.

Jean-Baptiste paraît et tout, son vêtement comme sa nourriture, l'apparente aux grands prophètes de l'Ancien Testament. Certains même ont pensé qu'il était peut-être le prophète Elie dont on attendait le retour pour la fin des temps. Par sa prédication aussi, Jean-Baptiste rejoint les prophètes : comme eux, il a un double langage, doux, encourageant pour les humbles, dur, menaçant pour les orgueilleux. Le but, c'est de rassurer les petits, mais de réveiller ceux qui se croient arrivés, comme on dit... ou plus exactement d'attirer leur attention sur leurs comportements. Par exemple, plus qu'une insulte, l'expression « Engeance de vipères » est une mise en garde : cela revient à dire « vous êtes de la même race que le tentateur, le « diviseur » du Paradis terrestre ».

Ses auditeurs, habitués au langage des prophètes, savent bien qu'au fond, ce n'est pas à des personnes ou à des catégories de personnes qu'il s'en prend, mais à des manières d'être. Jean-Baptiste annonce donc le jugement comme un tri qui se fera non pas entre des personnes, mais à l'intérieur de chacun de nous. Pour cela il emploie l'image du feu : nous l'avions rencontrée dans le même sens chez Malachie, il n'y a pas longtemps (Ml 3, 19-20 ; 33ème dimanche de l'année C) : tout ce qui est mort, desséché, (entendons dans nos manières d'être), sera coupé, brûlé... mais on sait bien que si le jardinier fait ce tri, c'est pour permettre aux branches bonnes de se développer.

Le cultivateur fait un tri analogue au moment de la moisson : le grain sera amassé dans le grenier, la paille sera brûlée ; ce qui est bon, en chacun de nous, même si c'est très peu, sera précieusement engrangé.
Cela aussi, c'est une Bonne Nouvelle : il y a en chacun de nous des comportements, des manières d'être, dont nous ne sommes pas très fiers... ceux-là, nous en serons débarrassés. Mais tout ce qui, en chacun de nous, peut être sauvé sera sauvé.

Jean-Baptiste dit bien que c'est Jésus qui fera ce tri : « celui qui vient derrière moi...vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu ; il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas. » Cela revient à dire que Jésus de Nazareth est Dieu. Car dans tout l'Ancien Testament, Dieu a été présenté comme le seul juge, celui qui sonde les reins et les coeurs, celui qui connaît tout homme en vérité.

Jean-Baptiste a encore une autre manière très imagée de nous dire qui est Jésus : « Celui qui vient derrière moi est plus fort que moi » (il faut savoir que dans la Bible, l'adjectif « fort » est habituellement appliqué à Dieu) « et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales ». Il faut imaginer la scène : bien évidemment, pour entrer dans le Jourdain, si on est chaussé, il faut se déchausser ; quand un homme important avait un esclave, c'était l'esclave qui défaisait ses sandales ; mais s'il avait un disciple, le disciple considérait qu'il était au-dessus de l'esclave et il ne s'abaissait pas à défaire les sandales de son maître.

Jean-Baptiste dit : « moi, je ne mérite pas d'être considéré comme un disciple de Jésus ; je ne mérite même pas d'être considéré comme son esclave, je ne suis même pas digne de dénouer ses sandales ». Le plus piquant dans l'histoire, c'est que celui qui jusque-là était en position de maître suivi par des disciples, c'était justement Jean-Baptiste et non Jésus. Pourquoi Jean-Baptiste s'efface-t-il ainsi devant le nouveau venu ? Parce que Jésus est celui qui baptisera, c'est-à-dire qui plongera l'humanité dans le feu de l'Esprit Saint : « Moi, je baptise dans l'eau (sous-entendu parce que je ne suis qu'un homme), lui vous baptisera dans l'Esprit-Saint ». Qui dispose à son gré de l'Esprit de Dieu, sinon Dieu lui-même ? Si le prophète Joël était là, au bord du Jourdain, il pourrait dire : vous voyez, je vous l'avait bien dit, le jour est enfin venu où Dieu répand son esprit sur toute chair.

A nous de nous laisser emporter dans ce feu.

****
Complément
Matthieu a commencé son Evangile par l'arbre généalogique de Jésus, histoire de nous montrer que celui-ci est vraiment le Messie puisqu'il descend directement de David ; puis il a raconté l'annonce à Joseph, la visite des mages, la fuite en Egypte et le massacre des saints innocents, et enfin le retour d'Egypte et l'installation de la Sainte famille à Nazareth. Ce sont ses deux premiers chapitres, une sorte de prologue qui dit déjà tout du mystère de Jésus ; fils de David, fils de Dieu, roi véritable... mais aussi déjà persécuté : l'affrontement final est déjà esquissé dans ces épisodes du début de sa vie terrestre. Dans le texte d'aujourd'hui, Matthieu nous dit de plusieurs manières que Jésus est Dieu.

Nous voilà donc au chapitre 3 qui commence par « En ces jours-là paraît Jean le Baptiste ». Les deux chapitres 3 et 4 sont certainement une charnière dans l'évangile de Matthieu : c'est là, avec Jean-Baptiste, que commence la prédication du Règne des cieux. Et si l'on compare l'entrée en scène, si j'ose dire, de Jean-Baptiste et de Jésus, il est clair que Matthieu a volontairement fait un parallèle entre les deux. Pour n'en donner qu'un exemple, quelques versets plus bas, il emploie pour Jésus la même formule : « Alors paraît Jésus » ...
De Jean-Baptiste lui-même, Matthieu nous dit : « A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route ». C'est une citation d'Isaïe (40, 3).

« Ils se faisaient baptiser » Un rite de baptême, c'est-à-dire de plongée dans l'eau, était donc déjà pratiqué avant Jésus-Christ, il ne l'a pas inventé. Mais il en a changé le sens.
« Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? » Entendons-nous bien, Jean-Baptiste ne dit pas aux sadducéens, ni aux pharisiens, pas plus qu'au petit peuple, que tout est perdu. Il n'a de haine ni pour les uns ni pour les autres. Je crois bien qu'à tous il dit : « de vous tous, de toutes vos souches, comme de la racine de Jessé, un rejeton peut encore sortir ». (cf la première lecture).

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 08:59

Un de mes amis, Xavier Collet, a écrit l'article suivant, auquel je souscris, à propos de l'enseignant suspendu à Manosque. On peut retrouver ici cet article publié sur Le Post.

 

Cet article a été cité par un autre, sur le même sujet, écrit par Tugdual Derville (délégué général de l’Alliance pour les droits de la vie) et que l'on peut trouver sur le site de Liberté Politique.

 

Tous deux pourraient insister davantage, à mon avis, sur le fait que dans une société de liberté, ce n'est pas aux hommes de l'Etat de décider de ce qu'un enseignant peut ou ne peut pas faire dans le cadre de sa mission. C'est aux dirigeants de l'établissement de se mettre d'accord avec les enseignants, dans le cadre du contrat de travail, et en tenant compte des attentes des parents, qui sont les clients de l'établissement. Ceci suppose, bien sûr, que nous sortions du système collectiviste actuel, aussi bien pour le marché de l'enseignement que celui de l'emploi.

C'est cette idée que j'aurais aimé trouver sur le site Internet de mon amie Chantal Brunel, députée de la 8e circonscription de Seine-et-Marne, qui lance un débat "Pour ou contre la suppression des notes à l'école ?"

 

Ainsi parlait Luc Chatel : « J'ai demandé au recteur de l'académie d'Aix-Marseille de suspendre le professeur à titre conservatoire, une procédure disciplinaire va être engagée à son encontre, parce que ce qui s'est passé dans ce lycée de Manosque est absolument inacceptable (…). Ce qui me choque c'est que les professeurs sont tenus à un principe de neutralité, de respect de la personne, et l'enseignant - même si c'est dans le cas d'éducation civique, qui fait l'objet de débats entre les élèves, et entre les élèves et l'enseignant -, l'enseignant doit toujours veiller à ne jamais heurter la sensibilité et les convictions des jeunes."  

 

On ne peut que suivre Luc Chatel dans sa défense de la neutralité de l’éducation nationale tant il doit être rappelé que les professeurs n’ont pas à se substituer à la mission de transmission des valeurs des parents.  

On ne peut qu’être choqué que des professeurs développent à longueur de cours des thématiques violemment anti-capitalistes auprès de leurs élèves, lancent des campagnes destinées à démontrer que le libéralisme serait un danger pour la société, invitent les élèves à venir manifester avec eux et les fassent participer à des activités destinées à soutenir des idéologies de gauche et d’extrême gauche.

On ne peut donc qu’exiger que de tels enseignants soient suspendus puis fassent l’objet de procédures disciplinaires permettant de les exclure à tout jamais de l’école …

 

Mais figurez-vous que ce n’est pas contre des enseignants fanatiques de l’anti-mondialisation, pourfendeurs de l’économie marchande et propagandistes de Besancenot que le recteur est appelé à sanctionner. Non, que de tels enseignants aient été maintes fois signalés par des parents d’élèves aux autorités académiques et au ministère n’y change rien, Luc Chatel ne s’en prend pas à eux. Notre ministre s’empourpre d’indignation vertueusement, certes, mais contre une cible tout à fait improbable. 

 

Les cours sponsorisés Attac,  OCCE, CCFD,  Alternatives Economiques n’ont rien à craindre du ministère. Ils sont dispensés dans toutes les écoles et tous les jours de cours dans la plus parfaite impunité et avec le soutien des « associations complémentaires de l’éducation nationale » financées par le ministère.  Monsieur Luc Chatel le sait, mais que fait Monsieur Chatel contre cet affront au principe de la neutralité de l’éducation ? Rien, il a mieux à faire en servant la soupe aux lobbies de la gauchisation de l’éducation, le ministre « normalise » en s’en prenant à un professeur atypique qui a choisi d’expliquer des réalités habituellement édulcorées.  

 

Mais en quoi consiste le délit pédagogique commis ?  

Tout simplement en un débat organisé par ce professeur d’histoire-géographie du lycée des Iscles de Manosque dans le cadre d’un cours d’éducation civique à des classes de seconde et de première. Le débat aurait été orienté par la projection du documentaire « No need to argue » montrant des fœtus avortés.

Cette video a choqué les élèves, le but était peut-être un peu là puisqu’il s’agissait de révéler la réalité d’une pratique et de faire réagir. Que l’on soit pour ou contre l’avortement, on ne peut remettre là en cause la liberté pédagogique de l’enseignant.

 

Et pourtant cet enseignant devait être politiquement incorrect pour que la meute se jette sur lui et règle ses comptes, le proviseur précise en effet qu’il y aurait eu de petits problèmes avec ce professeur depuis son arrivée dans l’établissement en 2005.

On l’accuse ainsi pêle-mêle d’avoir fait preuve de "prosélytisme religieux constant" et d’avoir critiqué la loi Veil comme je critique la loi Gayssot. La belle affaire que voila !

Car il faut le dire, ne pas être de gauche dans un établissement peut désigner l’enseignant comme la personne à abattre. Nul doute que dans cette affaire une cabale politique soit à l’œuvre.

 

ET LE MINISTRE SUIT, ce qui démontre bien, comme le disait Claude Allègre, que le ministre de l’éducation nationale ne peut décider de rien, il suit ou il est cassé et qui dirige l’éducation nationale sinon les syndicats d’enseignants, FSU en tête ?

 

Mais alors que le ministre ne vienne pas s’exprimer au nom de la neutralité ! Avec ce deux poids deux mesures, il est démontré ici la partialité de l’éducation nationale et le suivisme du ministère qui s’aligne sur les positions gauchistes des syndicats d’enseignants. 

 

Pourtant la neutralité doit bien être restaurée dans l’éducation nationale, mais ces écuries d’Augias ne peuvent être nettoyées qu’en renversant le rapport de force et en informant la population des réalités de l’école. Si l’affaire est sortie c’est déjà positif, mais le journal « La Provence » ne fait filtrer que pour s’acharner, ainsi dans son numéro du 25 novembre 2010, Nadia Thidet écrit : « L'annonce est tombée hier, comme une délivrance pour les parents d'élèves du lycée des Iscles à Manosque: le professeur d'histoire-géographie qui a diffusé des vidéos anti-avortement (La Provence d'hier) a été suspendu. »

D’autres journalistes louent la réponse de l’institution qui a mis en place une cellule d’écoute psychologique pour les élèves ayant visionné la video. Eh oui une cellule d’écoute psychologique, sans rire, la réalité est effectivement difficile à supporter, à quand l’interdiction de Nuit et Brouillard pour la même raison ?

 

Heureusement dans un rapport de force si négatif, la résistance s’organise à travers la parole des parents. Une mère d’élève, très satisfaite de ce bon professeur a mis en place une pétition pour qu’il conserve son poste (je ne parviens pas à ce jour à la trouver). Voulant protéger ceux qui le soutiennent, le professeur a conseillé à ses élèves solidaires de signer d’une croix cette pétition, il sait ce que risquent ceux qui s’opposent à la lie.

 

Lui-même a conscience de ce qui lui arrive et analyse la situation de façon réaliste : « Nous sommes dans un Etat totalitaire, les seules opinions qui peuvent s'exprimer sont celles de l'Etat. Lorsqu'on se pose en faveur de l'avortement, c'est normal, mais si on essaye d'instaurer un vrai débat critique et contradictoire, là, c'est mal ! »

 

Nous exigeons donc que le Ministre prenne conscience de la gravité de cette suspension et du message qu’il envoie à tous les parents. Nous demandons à ce que le professeur d’histoire géographie retourne dans ses classes et nous conseillons à ce professeur de poursuivre tout ceux qui auront mis en cause sa personne et son honneur. Il peut compter sur nous pour que cette affaire n’en reste pas là !

 

Xavier Collet,

professeur à Gien (45)

 

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 23:06

2740-auto-entrepreneur.jpgUne personne de mon entourage m'a transmis aujourdh'hui copie de la lettre suivante, adressée à son député :

 

Monsieur le Député,

M'étant inscrit comme autoentrepreneur pour rendre service à l'IAE Lyon 3 et à l'IUT de Saint-Etienne pour y faire des formations, je me vois contraint aujourd'hui de cesser cette activité qui n'a cessé de m'attirer des ennuis et tracasseries, m'a compliqué la vie.

La dernière (j'ose espérer!) tracasserie datant d'aujourd'hui où je reçois une imposition foncière des entreprises de 479€  pour un chiffre d'affaires total de 442€. (La somme de 479€ étant la cotisation minimum votée dont 317€ pour l'intercommunalité et 38€ pour la région...)

Travailler pour payer plus d'impôts que son chiffre d'affaires!

Vive la France !

Bien cordialement,

Xxxxxxxx Xxxxxx,
99, rue du Yyyyyyyy
69000 LYON
09 99 99 99 99
06 99 99 99 99

PJ: déclaration de ma cessation d'activité.
 

  Un peu plus tard dans la journée, j'ai reçu le commentaire suivant de la part de cette même personne, qui venait de comprendre la cause de cette situation ubuesque :

 

"Quand tu ne coches pas une case dans un formulaire de l'administration, il faut savoir que tu fais des choix par défaut :

Par exemple si tu ne coches pas la case "masculin", tu décides en fait que tu veux être condamné à mort parce que c'est écrit dans la notice à la 42ème page, paragraphe 238, alinéa 57, ligne 6, mot 12 que tous ceux qui ne sont pas masculins sont condamnés à mort de droit.

C'est la nouvelle pratique de l'administration fiscale, te faire faire des choix non consentis par défaut.

Donc je suis condamné à payer 479 € de taxe foncière des entreprises parce que je n'ai pas coché la case : "j'opte pour le versement libératoire de l'impôt sur le revenu calculé en pourcentage du chiffre d'affaires ou des recettes." 

 

Cette histoire a retenu mon attention pour deux raisons :

  • elle est un des exemples de situations ridicules et injustes auxquelles conduisent les mesures étatistes, constructivistes, telles que le statut d'autoentrepreneur, pourtant salué comme un progrès dans la liberté d'entreprendre ;
  • elle met en lumière un point important de la doctrine libérale : pour être en mesure de prendre une décision libre, il faut disposer d'une information vraie. En l'espèce, la personne ne disposait pas d'une information vraie, du fait de l'omission (peut-être involontaire) par l'administration, de données importantes relatives au choix proposé. Dans ce cas, la décision n'ayant pas été prise librement, sur la base d'informations complètes, devrait pouvoir être modifiée.

Complément du 29/11/2010 : une dépêche de l'AFP, trouvée sur le site Internet de Boursorama, donne des explications complémentaires. En voici le début :

 

Une taxe inattendue risque de plomber le statut d'auto-entrepreneur :

 


Le ministre des PME Frédéric Lefebvre, le 17 novembre 2010 à l'Elysée, à Paris
© afp.com  Lionel Bonaventure

De nombreux auto-entrepreneurs vont devoir payer une cotisation au titre de la taxe professionnelle réformée, sans même avoir réalisé de chiffre d'affaires, une mauvaise surprise susceptible de plomber l'engouement pour ce dispositif qui a dopé les créations d'entreprises.

"Que d'énergie dépensée inutilement ! Je termine mes engagements d'ici à la fin décembre et ensuite, je ferme", lâche un auto-entrepreneur sur un forum internet, où les titulaires de ce statut sont nombreux à faire part de leur "écoeurement".

La Fédération des Auto-Entrepreneurs (FEDAE) s'est émue du problème : des milliers d'inscrits ont reçu un avis d'imposition pour régler la Cotisation foncière des Entreprises (CFE), qui remplace la taxe professionnelle.

Cette cotisation, fixée par les communes, est en effet calculée non pas en fonction du chiffre d?affaires déclaré, mais sur la base de la valeur locative du lieu de travail des auto-entrepreneurs, même s'il s'agit, dans la plupart des cas, de leur domicile.

Résultat : ils se retrouvent à payer une taxe, alors même qu'ils n'ont pas réalisé de chiffre d'affaires, souligne Grégoire Leclercq, qui préside la FEDAE. "D'autres doivent payer une cotisation bien trop élevée - jusqu'à 2.000 euros - sans rapport avec leur niveau d'activité", poursuit-il.

 

 

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 07:36

marie-nolle-thabut.jpgJe suis, chaque dimanche, impressionné par la qualité des commentaires de Marie-Noëlle Thabut sur les textes que nous propose la liturgie du jour.

 

Ces commentaires, trouvés sur le site "Eglise catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde. Notamment, en

  • donnant des explications historiques ;

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Evangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté, directement ou indirectement)

 

Version audio (le lien sera inopérant dans un premier temps), trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame

 

PREMIERE LECTURE Isaïe 2 , 1 - 5

1 Le prophète Isaïe a reçu cette révélation au sujet de Juda et de Jérusalem :
2 Il arrivera dans l'avenir que la montagne du temple du Seigneur
sera placée à la tête des montagnes
et dominera les collines.
Toutes les nations afflueront vers elle,
3 des peuples nombreux se mettront en marche,
et ils diront :
« Venez, montons à la montagne du Seigneur,
au temple du Dieu de Jacob.
Il nous enseignera ses chemins
et nous suivrons ses sentiers.
Car c'est de Sion que vient la Loi,
de Jérusalem la parole du Seigneur. »
4 Il sera le juge des nations,
l'arbitre de la multitude des peuples.
De leurs épées ils forgeront des socs de charrue,
et de leurs lances, des faucilles.
On ne lèvera plus l'épée nation contre nation,
on ne s'entraînera plus pour la guerre.
5 Venez, famille de Jacob, marchons à la lumière du Seigneur.

On sait que les auteurs bibliques aiment les images ! En voici deux, superbes, dans cette prédication d'Isaïe : d'abord celle d'une foule immense en marche ; ensuite celle de toutes les armées du monde qui décident de transformer tous leurs engins de mort en outils agricoles. Je reprends ces deux images l'une après l'autre.

La foule en marche gravit une montagne : au bout du chemin, il y a Jérusalem et le Temple. Le prophète Isaïe, lui, est déjà dans Jérusalem et il voit cette foule, cette véritable marée humaine arriver. C'est une image, bien sûr, une anticipation. On peut penser qu'elle lui a été suggérée par l'affluence des grands jours de pèlerinage des Israélites à Jérusalem.

Car, chaque année, il était témoin de cette extraordinaire semaine d'automne, qu'on appelle la fête des Tentes. On vit sous des cabanes, même en ville, pendant huit jours, en souvenir des cabanes du séjour dans le désert du Sinaï pendant l'Exode ; à cette occasion, Jérusalem grouille de monde, on vient de partout, il y a même des étrangers ; le livre du Deutéronome, parlant de cette fête, disait « Tu seras dans la joie de ta fête avec ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, le lévite, l'émigré, l'orphelin et la veuve qui sont dans tes villes . Sept jours durant, tu feras un pèlerinage pour le Seigneur ton Dieu... et tu ne seras que joie « (Dt 16 , 14 - 15).
Devant ce spectacle, Isaïe a eu l'intuition que ce grand rassemblement annuel, plein de joie et de ferveur, en préfigurait un autre : alors, inspiré par l'Esprit-Saint, il a pu annoncer avec certitude : oui, un jour viendra où ce pèlerinage, pratiqué jusqu'ici uniquement par le peuple d'Israël, rassemblera tous les peuples, toutes les nations. Le Temple ne sera plus uniquement le sanctuaire des tribus israélites : désormais, il sera le lieu de rassemblement de toutes les nations. Parce que toute l'humanité enfin aura entendu la bonne nouvelle de l'amour de Dieu.

Pour bien montrer à quel point le destin d'Israël et celui des nations sont mêlés, le texte est construit de manière à imbriquer les évocations ; il ne parle jamais d'Israël sans les nations et inversement. Il commence par Israël : « Le prophète Isaïe a reçu cette révélation au sujet de Juda et de Jérusalem. Il arrivera dans l'avenir que la montagne du temple du Seigneur sera placée à la tête des montagnes et dominera les collines. » Je vous signale au passage que cette manière de parler est déjà symbolique : la colline du temple n'est pas la plus élevée de Jérusalem et cela reste de toute façon bien modeste par rapport aux grandes montagnes de la planète ! Mais c'est d'une autre élévation qu'il s'agit, on l'a bien compris.

Ensuite le texte évoque ceux qu'il appelle « les nations », c'est-à-dire tous les autres peuples : « Toutes les nations afflueront vers elle, des peuples nombreux se mettront en marche, et ils diront : Venez, montons à la montagne du Seigneur, au temple du Dieu de Jacob. Il nous enseignera ses chemins et nous suivrons ses sentiers. » Cette dernière phrase est une formule typique de l'Alliance : c'est donc l'annonce de l'entrée des autres peuples dans l'Alliance jusqu'ici réservée à Israël. Le texte continue : « Car c'est de Sion que vient la Loi, de Jérusalem la parole du Seigneur. » Cela veut dire l'élection (le choix que Dieu a fait) d'Israël, mais cela dit tout autant la responsabilité du peuple élu ; son élection fait de lui le collaborateur de Dieu pour intégrer les nations dans l'Alliance.

Dans ces quelques lignes on a très nettement cette double dimension de l'Alliance de Dieu avec l'humanité : d'une part, Dieu a choisi librement ce peuple précis pour faire Alliance avec lui (c'est ce qu'on appelle l'élection d'Israël) et en même temps ce projet de Dieu concerne l'humanité tout entière, il est universel. Pour l'instant, dit Isaïe, seul le peuple élu reconnaît le vrai Dieu, mais viendra le jour où ce sera l'humanité tout entière.

Je note, au passage, que cette entrée dans le Temple de Jérusalem n'évoque pas la célébration d'un sacrifice, comme il en est question si souvent à propos du temple ; les nations se réunissent pour écouter la Parole de Dieu et apprendre à vivre selon sa Loi. Nous le savons bien que notre fidélité au Seigneur se vérifie dans notre vie quotidienne, mais il me semble que le prophète Isaïe le dit déjà ici très fortement : « Des peuples nombreux se mettront en marche, et ils diront : Venez, montons à la montagne du Seigneur, au temple du Dieu de Jacob. Il nous enseignera ses chemins et nous suivrons ses sentiers. »
La deuxième image découle de la première : si les nations toutes ensemble écoutent la parole de Dieu au beau sens du mot « écouter » dans la Bible, c'est-à-dire décident d'y conformer leur vie, alors elles entreront dans le projet de Dieu qui est un projet de paix. Elles le choisiront comme juge, comme arbitre, dit Isaïe : « Dieu sera le juge des nations, l'arbitre de la multitude des peuples ».

Dans un conflit, l'arbitre est celui qui arrive à mettre les deux parties d'accord, pour enfin faire taire les armes... au moins pour un temps, jusqu'au prochain conflit. On sait bien que certaines paix ne sont pas durables, parce que l'accord conclu n'était pas juste ; dans ce cas, le conflit n'est pas vraiment résolu, il est seulement masqué ; et alors, un jour ou l'autre, le conflit renaît. Mais si l'arbitre des peuples est Dieu lui-même, c'est une paix durable qui s'établira. On n'aura plus jamais besoin de préparer la guerre. Tout le matériel de guerre pourra être reconverti...

Et cela nous vaut cette expression superbe de la paix future : « De leurs épées, ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances des faucilles. On ne lèvera plus l'épée nation contre nation, on ne s'entraînera plus pour la guerre ».

La dernière phrase conclut le texte par une invitation concrète : « Venez, famille de Jacob, marchons à la lumière du Seigneur. » Sous-entendu « pour l'instant, toi, peuple d'Israël, remplis ta vocation propre » ; et elle est double : « monter au Temple du Seigneur », d'une part, c'est-à-dire célébrer l'Alliance, et d'autre part « marcher à la lumière du Seigneur », c'est-à-dire se conformer à la Loi de l'Alliance.

*********
Compléments
Chose curieuse, ces quelques versets que nous venons d'entendre se retrouvent exactement dans les mêmes termes chez un autre prophète... Aujourd'hui nous les avons lus sous la plume d'Isaïe qui est un prophète du huitième siècle avant J.C. à Jérusalem ; mais nous aurions tout aussi bien pu les lire dans le livre de Michée qui est son contemporain dans la même région. Lequel des deux a copié sur l'autre ? Ou bien se sont-ils tous les deux inspirés à la même source ? Personne n'en sait rien ; en tout cas, il faut croire que Jérusalem avait bien besoin d'entendre ces paroles pour se rappeler le projet de Dieu !
Isaïe nous projette dans l'avenir... et il faudrait écrire avenir en deux mots : « A-Venir ». Entre parenthèses, pendant tout le temps de l'Avent, nous entendrons des lectures qui nous projettent dans l'avenir : l'Avent tout entier est une mise en perspective de ce qui nous attend. Le texte d'aujourd'hui, d'ailleurs, commence par « Il arrivera dans l'avenir » : et cette phrase-là n'est pas une prédiction, c'est une promesse de Dieu. Les prophètes ne sont pas des voyants, des devins, pour la simple bonne raison que la divination est strictement interdite en Israël ! Par conséquent leur mission n'est pas de prédire l'avenir ; ils sont, comme on dit, la « bouche de Dieu », ils parlent de la part de Dieu. Et donc, finalement, ils ne peuvent pas dire autre chose que le projet de Dieu. C'est très exactement ce que fait Isaïe ici .

PSAUME 121 (122)

1 Quelle joie quand on m'a dit : « Nous irons à la maison du Seigneur ! »
2 Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem !
3 Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu'un.
4 C'est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur. C'est là qu'Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur.
5 C'est là le siège du droit, le siège de la maison de David.
6 Appelez le bonheur sur Jérusalem : « Paix à ceux qui t'aiment !
7 Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais ! »
8 A cause de mes frères et de mes proches, je dirai : « Paix sur toi ! »
9 A cause de la maison du Seigneur notre Dieu, je désire ton bien.

- Nous avons là la meilleure traduction possible du mot « Shalom » : « Paix à ceux qui t'aiment ! Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais... » Quand on salue quelqu'un par ce mot « Shalom », on lui souhaite tout cela!

- Ici, ce souhait est adressé à la ville de Jérusalem : « Appelez le bonheur sur Jérusalem... A cause de mes frères et de mes proches, je dirai : Paix sur toi! A cause de la maison du Seigneur notre Dieu, je désire ton bien ». Dans le nom même de « Jérusalem » il y a le mot « shalom » ; elle est, elle devrait être, elle sera la ville de la paix.

- Ce souhait de paix, de bonheur adressé à Jérusalem est encore bien loin d'être réalisé ! L'a-t-il jamais été ? Vous connaissez l'histoire plutôt mouvementée de cette ville : vers l'an 1000 av.J.C. c'était une bourgade sans importance, qui s'appelait Jébus et ses habitants les Jébusites ; c'est elle que David a choisie pour y installer la capitale de son royaume ; dimanche dernier, nous avions vu que la première capitale de David a été Hébron tant qu'il n'était roi que de la seule tribu de Juda ; mais un beau jour, et c'était notre lecture de dimanche dernier, les onze autres tribus se sont ralliées ; alors, très sagement, il a choisi une nouvelle capitale dont aucune tribu ne pouvait se réclamer. C'est donc Jébus devenue Jérusalem ; désormais on l'appellera la « ville de David » (2 S 6, 12) ; il y transporte l'Arche d'Alliance, puis, sur l'ordre de Dieu, il achète un champ à Arauna le Jébusite avec l'intention d'y installer l'Arche d'Alliance ; ce champ, c'est Dieu lui-même qui en a choisi l'emplacement : Jérusalem est donc aux yeux de tous la Ville Sainte, le lieu que Dieu a choisi pour y planter sa tente.

- « Ville sainte », comme « terre sainte » ne veut pas dire « ville magique » ou « terre magique » ; elle est sainte parce qu'elle appartient à Dieu. Elle est, ou elle devrait être, elle sera la ville où l'on vit à la manière de Dieu, comme la « terre sainte » est la terre qui appartient à Dieu et où l'on doit vivre à la manière de Dieu.

- Avec David, puis avec Salomon, Jérusalem connaît ses plus belles heures, mais elle est encore d'étendue modeste ; aujourd'hui elle couvre toutes les collines, mais au début elle n'occupait qu'un tout petit éperon rocheux. David y a construit son palais, puis tout naturellement il a voulu construire un Temple pour que Dieu ait lui aussi son palais.

- Mais Dieu avait d'autres projets : le prophète Natan a été chargé de calmer les élans de David et de lui annoncer que Dieu s'intéressait à son peuple beaucoup plus qu'à un Temple, si beau soit-il. Vous connaissez le fameux jeu de mots de Natan : « tu veux construire une maison (traduisez un temple) à Dieu, mais c'est Dieu qui te construira une maison (au sens de descendance) ». On retrouve ce jeu de mots dans notre psaume : « C'est là le siège du droit, le siège de la maison de David... (et un peu plus loin) A cause de la maison du Seigneur notre Dieu, je désire ton bien. » La maison de David, c'est la dynastie royale ; la maison du Seigneur notre Dieu, c'est le Temple. Et parce que Dieu a promis de prolonger pour toujours la dynastie de David, on attend un descendant de David qui instaurera le royaume de Dieu sur la terre et son trône sera à Jérusalem.

- Vous vous rappelez que ce n'est pas David qui y a construit le Temple finalement ; c'est Salomon et désormais Jérusalem est devenue le centre de la vie cultuelle : trois fois par an les Juifs pieux montaient en pèlerinage à Jérusalem et, en particulier, pour la fête des Tentes à l'automne.

- Vous connaissez la suite : les horreurs commises par les troupes de Nabuchodonosor, en 587 av. J. C., la destruction du Temple, et de la ville... l'Exil à Babylone, puis le retour autorisé en 538 par le nouveau maître du Moyen-Orient, Cyrus. Jérusalem a été reconstruite et c'est pour cela que notre pèlerin du psaume 121 s'écrie « Jérusalem, te voici dans tes murs, ville où tout ensemble ne fait qu'un ! »

- Mais surtout, le Temple de Salomon a été reconstruit, et Jérusalem a retrouvé son rôle de centre religieux : sa grandeur, sa sainteté lui viennent de ce qu'elle est comme un écrin pour la chose la plus précieuse du monde pour un croyant : le Temple qui est le signe visible de la Présence du Dieu invisible.
Vous avez remarqué la construction de ce psaume : comme bien souvent il y a une inclusion : le premier et le dernier versets se répondent et cette insistance est volontaire. Je vous les redis : premier verset « Nous irons à la maison du Seigneur » ; dernier verset « A cause de la maison du Seigneur notre Dieu, je désire ton bien ».

- Cette Maison du Seigneur, ce temple, a connu bien d'autres malheurs : la fameuse persécution d'Antiochus Epiphane l'avait transformé en temple païen (en 167 av.J.C.) et il avait fallu se battre les armes à la main pour le récupérer et y restaurer le culte ; puis il a été détruit une deuxième fois en 70 ap. J.C., date à laquelle les Romains l'ont incendié ; jusqu'à présent le Temple n'a jamais été reconstruit, mais Jérusalem reste la Ville Sainte, et l'on attend sa restauration en même temps que la venue du Messie.

- Le plus étonnant est la force de cette espérance qui s'est maintenue malgré toutes les vicissitudes de l'histoire ! Aujourd'hui encore, il est demandé à chaque Juif, où qu'il soit dans le monde, de laisser près de l'entrée de sa maison, une pièce non aménagée, ou au moins un pan de mur non peint, en souvenir de Jérusalem non encore reconstruite. Ou bien encore, où qu'ils soient, les Juifs se tournent vers Jérusalem pour la prière, et tous les jours, dans la prière, on dit « Si je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite dépérisse ».

- On ne peut pas oublier Jérusalem, parce qu'on sait que Dieu lui-même ne peut pas oublier la promesse faite à David : les prophètes, en particulier Isaïe et Michée, nous l'avons lu dans la première lecture, ont annoncé que Jérusalem serait le lieu du rassemblement de toute l'humanité ; puisque c'est la Parole de Dieu, cette révélation est toujours valable ! Aujourd'hui encore, le peuple élu reste le peuple élu. Dieu ne peut être infidèle à ses promesses ; comme dit Saint Paul, « Dieu ne peut pas se renier lui-même ».

DEUXIEME LECTURE Romains 13, 11 - 14

Frères,
11 vous le savez : c'est le moment,
l'heure est venue de sortir de votre sommeil.
Car le salut est plus près de nous maintenant
qu'à l'époque où nous sommes devenus croyants.
12 La nuit est bientôt finie,
le jour est tout proche.
Rejetons les activités des ténèbres,
revêtons-nous pour le combat de la lumière.
13 Conduisons-nous honnêtement,
comme on le fait en plein jour,
sans ripailles ni beuveries,
sans orgies ni débauches,
sans dispute ni jalousie,
14 mais revêtez le Seigneur Jésus Christ.

- « Le salut est plus près de nous maintenant qu'à l'époque où nous sommes devenus croyants » ... Cette phrase de Saint Paul est toujours vraie ! L'un des articles de notre foi, c'est que l'histoire n'est pas un perpétuel recommencement, mais au contraire que le projet de Dieu avance irrésistiblement. Chaque jour, nous pouvons dire que le dessein bienveillant de Dieu est plus avancé qu'hier : il est en train de s'accomplir, il progresse... lentement mais sûrement. Oublier d'annoncer cela, c'est oublier un article essentiel de la foi chrétienne. Les chrétiens n'ont pas le droit d'être moroses, parce que chaque jour, « le salut est plus près de nous », comme dit Paul.

- Or ce dessein bienveillant a besoin de nous : ce n'est donc pas le moment de dormir : nous qui avons la chance de connaître le projet de Dieu, nous ne pouvons pas courir le risque de le retarder ; je pense ici à la deuxième lettre de Pierre : « Non, le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, (alors que certains prétendent qu'il a du retard), mais il fait preuve de patience envers vous, ne voulant pas que quelques-uns périssent, mais que tous parviennent à la conversion ». (2 Pi 3, 9). Ce qui veut dire que notre inaction, notre « sommeil » comme dit Saint Paul a des conséquences sur l'avancement du projet de Dieu : laisser nos capacités, nos possibilités en sommeil, c'est compromettre ou au moins retarder le projet de Dieu.

- C'est ce qui fait la gravité de ce que nous appelons les péchés par omission : le dessein bienveillant de Dieu n'attend pas. Comme dit Saint Paul, la nuit est bientôt finie, le jour est tout proche ; ailleurs, dans la première lettre aux Corinthiens, Paul dit « Le temps est écourté » et il emploie un terme technique de la navigation « le temps a cargué ses voiles » comme fait le bateau quand il approche du port. (1 Co 7 , 26 . 29).

- Vous allez me dire que c'est un peu prétentieux de nous donner tant d'importance : comme si notre conduite influait sur le projet de Dieu... et pourtant, je n'invente rien : c'est ce qui fait la grandeur, j'aurais envie de dire la gravité de nos vies : si j'en crois Saint Paul, notre conduite quotidienne est de la plus haute importance ; je reprends le texte : « Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans ripailles ni beuveries, ni orgies ni débauches, sans dispute ni jalousie ... ». Ces choses-là, ce sont des « activités de ténèbres », comme il dit.

- Il y a des manières chrétiennes de se comporter et des manières qui ne méritent pas le nom de chrétiennes. Il y a des activités de ténèbres et des activités de lumière ; ce qui ne veut pas dire que nous chrétiens avons toujours des comportements dignes de notre baptême et que les non-chrétiens n'auraient pas des comportements dignes de l'évangile... on peut fort bien être chrétien, c'est-à-dire baptisé, et se comporter de manière non-conforme à l'évangile... comme on peut fort bien ne pas être baptisé et se comporter de manière évangélique.

- Mais en fait, et c'est sûrement important, Paul ne dit pas « Rejetons les activités des ténèbres et choisissons les activités de lumière » comme s'il suffisait à chaque instant d'exercer notre liberté de choix ; il dit « Rejetons les activités des ténèbres, revêtons-nous pour le combat de la lumière ». Il me semble que cela veut dire deux choses :

- Première chose, bien sûr, c'est ce choix que nous devons refaire chaque jour, un choix qui peut parfois prendre l'allure d'un vrai combat ; actuellement, nous ne manquons pas d'exemples : devant les questions de société, entre autres, le choix d'un comportement évangélique peut nous placer complètement à contre-courant de notre entourage, parfois très proche. Le choix du pardon, aussi, nous le savons bien, peut être dans certains cas un véritable combat intérieur... Le refus des compromissions, des privilèges, des commissions, du « piston » comme on dit, autant de combats contre nous-mêmes et contre les habitudes faciles de notre société ... : « enfants de Dieu sans tache, au milieu d'une génération dévoyée (c'est-à-dire qui a perdu son chemin) et pervertie, vous apparaissez comme des sources de lumière dans le monde, vous qui portez la parole de vie »... (Phi 2 , 12).

- Deuxième chose : dans cette phrase « revêtons-nous pour le combat de la lumière », il y a aussi l'image du vêtement de combat, et ce n'est pas la première fois que Paul l'emploie : aux Corinthiens, par exemple, il a parlé des « armes de la justice » (2 Co 6 , 7) et aux Thessaloniciens, il écrivait « nous qui sommes du jour, soyons sobres, revêtus de la cuirasse de la foi et de l'amour, avec le casque de l'espérance du salut ». (1 Thess 5 , 8). C'est donc tout un équipement militaire qu'il nous propose...(c'est une image évidemment)

- Ici il parle d'un vêtement de lumière et ce vêtement de lumière n'est autre que Jésus-Christ lui-même dont la lumière nous enveloppe comme un manteau ; puisque, après avoir dit « revêtons-nous pour le combat de la lumière », il ajoute « revêtez le Seigneur Jésus-Christ ».

- Au fond, cette phrase « Rejetons les activités des ténèbres, revêtons-nous pour le combat de la lumière » est certainement une allusion à la célébration du Baptême : vous savez que le Baptême était donné par immersion ; pour être plongé dans le baptistère, le baptisé rejetait d'abord ses vêtements pour être revêtu ensuite de l'aube blanche, signe que le baptisé était désormais un être nouveau en Jésus-Christ. Vous connaissez la phrase de la lettre aux Galates « Vous tous qui avez été baptisés en Christ , vous avez revêtu le Christ ».

- Ce qui veut dire que ce combat du comportement chrétien, qui dépasse nos forces, il faut bien le reconnaître, ce combat n'est pas notre combat, mais celui du Christ en nous. Alors nous nous souvenons de cette phrase de Jésus lui-même : « Quand on vous persécutera, mettez-vous dans la tête que vous n'avez pas à préparer votre défense. Car moi, je vous donnerai un langage et une sagesse que ne pourront contrarier, ni contredire aucun de ceux qui seront contre vous ».

- Dans le langage courant, il nous arrive bien de parler d'un « habit de lumière », mais c'est à propos du toréador ; Saint Paul nous dit que nous pourrions tout aussi bien l'employer pour les baptisés.

EVANGILE Matthieu 24, 37 - 44

Jésus parlait à ses disciples de sa venue :
37 « L'avènement du Fils de l'homme ressemblera
à ce qui s'est passé à l'époque de Noé.
38 A cette époque, avant le déluge,
on mangeait, on buvait, on se mariait,
jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche.
39 Les gens ne se sont doutés de rien,
jusqu'au déluge qui les a tous engloutis :
tel sera aussi l'avènement du Fils de l'homme.
40 Deux hommes seront aux champs :
l'un est pris, l'autre laissé.
41 Deux femmes seront au moulin :
l'une est prise, l'autre laissée.
42 Veillez donc,
car vous ne connaissez pas le jour
où votre Seigneur viendra.
43 Vous le savez bien :
si le maître de maison
avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait,
il aurait veillé
et n'aurait pas laissé percer le mur de sa maison.
44 Tenez-vous donc prêts, vous aussi :
c'est à l'heure où vous n'y penserez pas,
que le Fils de l'homme viendra. »

- Une chose est sûre, ce texte n'a pas été écrit pour nous faire peur, mais pour nous éclairer : on dit de ce genre d'écrits qu'ils sont « apocalyptiques » : ce qui veut dire littéralement qu'ils « lèvent un coin du voile », ils dévoilent la réalité. Et la réalité, la seule qui compte, c'est la venue du Christ : vous avez certainement remarqué le vocabulaire : venir, venue, avènement, toujours à propos de Jésus ; « Jésus parlait à ses disciples de sa venue... L'avènement du Fils de l'Homme ressemblera à ce qui s'est passé à l'époque de Noé... Tel sera l'avènement du Fils de l'Homme... Vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra... C'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'Homme viendra ». Ce qui veut bien dire que le centre de ce passage, c'est l'annonce que Jésus-Christ « viendra ».

- Chose curieuse, c'est au futur que Jésus parle de sa venue... « Le Fils de l'Homme viendra » ... on comprendrait mieux qu'il parle au passé ! S'il parle, c'est qu'il est déjà là, il est déjà venu...
A moins que le mot « venue », ici, ne soit pas synonyme de naissance ; la suite du texte nous en dira plus.

- Pour l'instant, je voudrais m'arrêter sur ce qui, d'habitude, nous dérange dans cet évangile ; c'est la comparaison avec le déluge, au temps de Noé et la mise en garde qui va avec : « Deux hommes seront aux champs, l'un est pris, l'autre laissé. Deux femmes seront au moulin : l'une est prise, l'autre laissée ». Comment faire pour entendre là un évangile, au vrai sens du terme, c'est-à-dire une Bonne Nouvelle ?

- Comme toujours, il faut faire un acte de foi préalable : ou bien nous lisons ces lignes à la manière du serpent de la Genèse, c'est-à-dire avec soupçon... ou bien nous choisissons la confiance : quand Jésus nous dit quelque chose, c'est toujours pour nous révéler le dessein bienveillant de Dieu, ce ne peut pas être pour nous effrayer.

- En fait, c'est un conseil que Jésus nous donne ; il prend l'exemple de Noé : à l'époque de Noé, personne ne s'est douté de rien ; et ce qu'il faut retenir, c'est que Noé qui a été trouvé juste a été sauvé ; tout ce qui sera trouvé juste sera sauvé.

- Et là, on retrouve un thème habituel, celui du jugement (du tri si vous préférez), entre les bons et les mauvais, entre le bon grain et l'ivraie : « Deux hommes seront aux champs, l'un est pris, l'autre laissé. Deux femmes seront au moulin : l'une est prise, l'autre laissée »... Cela revient à dire que l'un était bon et l'autre mauvais. Evidemment, parler des bons et des mauvais comme de deux catégories distinctes de l'humanité, c'est une manière de parler : du bon et du mauvais, du bon grain et de l'ivraie, il y en a en chacun de nous : c'est donc au coeur de chacun de nous que le bon sera préservé et le mal extirpé.

- Je remarque autre chose, c'est que Jésus s'attribue le titre de Fils de l'Homme : trois fois dans ces quelques lignes. C'est une expression que ses interlocuteurs connaissaient bien, mais Jésus est le seul à l'employer, et il le fait souvent : 30 fois dans l'évangile de Matthieu. Si vous vous souvenez, c'est le prophète Daniel, au deuxième siècle avant Jésus-Christ, qui disait : « Je regardais dans les visions de la nuit, et voici qu'avec les nuées du ciel, venait comme un fils d'homme ; il arriva jusqu'au Vieillard, et on le fit approcher en sa présence. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient ; sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas, et sa royauté une royauté qui ne sera pas détruite. » (Daniel 7, 13-14). En hébreu, l'expression « fils d'homme » veut dire tout simplement « homme » : cet être dont le prophète Daniel parle est donc bien un homme, et en même temps il vient sur les nuées du ciel, ce qui en langage biblique, signifie qu'il appartient au monde de Dieu, et enfin il est consacré roi de l'univers et pour toujours.

- Mais ce qui est le plus curieux dans le récit de Daniel, c'est que l'expression « Fils d'homme » a un sens collectif, elle représente ce que Daniel appelle « le peuple des Saints du Très-Haut » c'est-à-dire que le fils de l'homme est un être collectif ; il dit par exemple, « La royauté, la souveraineté et la grandeur de tous les royaumes qu'il y a sous tous les cieux ont été données au peuple des Saints du Très-Haut : sa royauté est une royauté éternelle ... » (Dn 7, 27) ou encore : « Les Saints du Très-Haut recevront la royauté et ils possèderont la royauté pour toujours et à jamais » (7, 18).

- Quand Jésus parle de lui en disant « le Fils de l'Homme », il ne parle donc pas de lui tout seul. il annonce son rôle de Sauveur, de porteur du destin de toute l'humanité. Saint Paul exprime autrement ce même mystère quand il dit que le Christ est la tête d'un Corps dont nous sommes les membres.
Saint Augustin, lui, parle du Christ total, Tête et Corps, et il dit « notre Tête est déjà dans les cieux, les membres sont encore sur la terre ».

- Si bien que, en fait, quand nous disons « Nous attendons le bonheur que tu promets qui est l'avènement de Jésus-Christ notre Seigneur »... c'est du Christ total que nous parlons. Et alors nous comprenons que Jésus puisse parler de sa venue au futur : l'homme Jésus est déjà venu mais le Christ total (au sens de Saint Augustin) est en train de naître. Et là, je relis encore Saint Paul :
« La création tout entière gémit dans les douleurs d'un enfantement qui dure encore » ou bien le Père Teilhard de Chardin : « Dès l'origine des Choses un Avent de recueillement et de labeur a commencé... Et depuis que Jésus est né, qu'Il a fini de grandir, qu'Il est mort, tout a continué de se mouvoir, parce que le Christ n'a pas achevé de se former. Il n'a pas ramené à Lui les derniers plis de la Robe de chair et d'amour que lui forment ses fidèles ... »

****
Il nous revient de veiller, comme dit Jésus, c'est-à-dire de nous trouver prêts pour le jour où « le Fils de l'Homme viendra ».

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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 09:00

marie-nolle-thabut.jpg Je suis, chaque dimanche, impressionné par la qualité des commentaires de Marie-Noëlle Thabut sur les textes que nous propose la liturgie du jour.

 

Ces commentaires, trouvés sur le site "Eglise catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde. Notamment, en

  • donnant des explications historiques ;

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Evangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté, directement ou indirectement)

 

Version audio (le lien sera inopérant dans un premier temps), trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame

 

PREMIERE LECTURE - 2 Samuel 5 , 1 - 3

1 Toutes les tribus d'Israël vinrent trouver David à Hébron
et lui dirent :
« Nous sommes du même sang que toi !
2 Dans le passé, déjà, quand Saül était notre roi,
tu dirigeais les mouvements de l'armée d'Israël,
et le Seigneur t'a dit :
Tu seras le pasteur d'Israël mon peuple,
tu seras le chef d'Israël. »
3 C'est ainsi que tous les anciens d'Israël
vinrent trouver le roi à Hébron.
Le roi David fit alliance avec eux, à Hébron, devant le Seigneur.
Ils donnèrent l'onction à David
pour le faire roi sur Israël.

Un mot sur la ville d'Hébron d'abord : on l'appelle aussi Qiryat-Arba ; c'est une ville des montagnes de Judée ; elle se trouve à 1000 m d'altitude, à environ quarante kilomètres au Sud de Jérusalem. Elle est très importante encore aujourd'hui pour les croyants des trois religions parce que c'est là qu'Abraham a acheté un tombeau pour Sara, à la caverne de Makpéla. Et donc c'est là, à Hébron, que reposent plusieurs des patriarches (des ancêtres du peuple élu, si vous préférez) : Abraham et Sara, Isaac et Rébecca, Jacob et sa première femme, Léa et enfin Joseph, dont le corps a été ramené d'Egypte jusque-là.

Un peu d'histoire maintenant, pour comprendre le texte d'aujourd'hui : le texte est un peu compliqué à première vue parce que David est appelé roi et en même temps on voit les anciens d'Israël qui viennent le trouver à Hébron pour leur demander de devenir leur roi : en fait, David est déjà reconnu comme roi par une partie du peuple, mais une partie seulement. Et ce jour-là, à Hébron, il est devenu le roi de l'ensemble des douze tribus.
Alors, comment en est-on arrivés là ? Vous savez que les fils d'Israël sont entrés en Palestine vers 1200 av. J.C., après la mort de Moïse. Pendant un peu plus d'un siècle, les douze tribus ont vécu indépendantes ; pas complètement tout de même parce qu'elles gardaient entre elles un lien très fort : celui de leur histoire commune, et surtout la reconnaissance du même Dieu qui les avait fait « monter d'Egypte », comme on disait. Pendant la période qu'on appelle des « Juges », quand un danger menaçait une tribu, un chef temporaire, qu'on appelait un « juge », prenait la direction des opérations jusqu'à ce que le danger soit écarté. Les « juges » en question assuraient les fonctions de gouverneur, parfois même de prophète ; c'était le cas de Samuel justement, celui dont le livre que nous lisons aujourd'hui porte le nom.

Mais il n'était pas question d'avoir un roi, les tribus n'étaient pas assez unies pour cela et puis Dieu seul était le roi d'Israël. Mais peu à peu, une idée de fédération est née et l'envie les a pris d'avoir un roi, comme tous les autres peuples. Au moment où il a fallu songer à assurer la succession de Samuel lui-même qui semble avoir acquis une très large autorité, la question s'est reposée et ils ont demandé à Samuel de choisir un roi pour lui succéder. Samuel a très mal pris la chose parce qu'il y voyait un acte d'insoumission envers Dieu, mais rien n'y a fait.

Samuel a tout fait pour les dissuader (relisez le chapitre 8 du livre de Samuel), mais il a eu beau parler, il a bien fallu en arriver là. Ce premier roi d'Israël fut Saül. Il a régné une vingtaine d'années, environ de 1030 à 1010 av. J. C. Après un début glorieux, la fin de son règne est triste, il perd peu à peu la raison, il désobéit aux ordres du prophète Samuel : de son vivant il est désavoué et Samuel, sur ordre de Dieu, choisit déjà David, le petit berger de Bethléem pour être son successeur. David a donc reçu l'onction d'huile une première fois de la main de Samuel, à Bethléem ; mais il n'est pas roi pour autant : dans un premier temps, c'est encore Saül le roi en titre. On connaît la suite : David, dont on sait les talents de musicien, est appelé au service de Saül pour le distraire ; puis, peu à peu, ses attributions augmentent quand on découvre ses talents de chef de guerre. De plus, il conquiert l'affection de tous et, en particulier, noue une grande amitié avec Jonathan, le fils de Saül.

Le roi décline, un jeune à qui tout réussit est entré à la cour : cela ne peut que mal tourner ; Saül devient mortellement jaloux et cherche à plusieurs reprises à se débarrasser de ce rival : David, lui, reste toujours d'une parfaite loyauté à son roi, parce qu'il respecte en lui le roi choisi par Dieu.

Après la mort de Saül, il y a une querelle de succession : le pays se divise en deux : David est reconnu comme roi, mais seulement par une partie du peuple, la tribu de Juda, dans le Sud, dont il est originaire. Il règne à Hébron. Au Nord, en revanche, c'est encore un fils de Saül qui règnera quelque temps, sept ans et demi, nous dit la Bible : après des quantités d'intrigues, de complots, de meurtres dans le royaume du Nord, le fils de Saül est assassiné et c'est à ce moment-là que les tribus du Nord, privées de roi se tournent vers David. Avec le texte d'aujourd'hui, nous assistons donc à la scène du ralliement des tribus du Nord : « Toutes les tribus d'Israël vinrent trouver David à Hébron et lui dirent : Nous sommes du même sang que toi ! Dans le passé, déjà, quand Saül était notre roi, tu dirigeais les mouvements de notre armée... Et le Seigneur t'a dit : Tu seras le pasteur d'Israël mon peuple... Le roi David fit alliance avec les Anciens d'Israël, à Hébron devant le Seigneur et eux donnèrent l'onction à David pour le faire roi ».

Voilà donc les douze tribus enfin réunies sous la houlette d'un unique pasteur, à la fois choisi par Dieu et reconnu par ses frères comme un des leurs. Sa désignation par Dieu est manifestée par l'onction qui lui est faite avec l'huile sainte et désormais il porte le titre de « Messie » qui veut dire justement le « frotté d'huile ». Cette onction d'huile est le signe que Dieu l'a choisi et que l'Esprit de Dieu est avec lui ; et c'est Dieu qui lui a fixé sa tâche : être un pasteur, un berger pour son peuple. Bel idéal pour un roi !

On sait bien ce qu'il en est ! Cet idéal d'un roi, à la fois issu de son peuple et choisi par Dieu, qui soit un pasteur c'est-à-dire uniquement préoccupé d'offrir à son troupeau l'unité et la sécurité, restera malheureusement tout au long de l'histoire d'Israël un rêve. Mais la foi dans les promesses de Dieu l'emportera toujours sur les déceptions de l'histoire : on continuera d'attendre celui qui porterait dignement le nom de Messie. En grec, la traduction du mot « Messie », c'est le mot « Christos », Christ... Mille ans après David, un de ses lointains descendants qu'on appellera souvent « Fils de David » inaugurera enfin ce règne définitif : il dira de lui-même « Je suis le bon pasteur »... Dans l'Eucharistie de chaque dimanche, c'est lui qui nous dit « Vous êtes du même sang que moi ».

PSAUME 121 ( 122 ) , 1... 7

1 Quelle joie quand on m'a dit :
« Nous irons à la maison du Seigneur ! »
2 Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem !

3 Jérusalem, te voici dans tes murs ! Ville où tout ensemble ne fait qu'un !
4 C'est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur, là qu'Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur.

5 C'est là le siège du droit, le siège de la maison de David.
6 Appelez le bonheur sur Jérusalem :
7 « Que la paix règne dans tes murs ! »

« Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem ! » C'est un pèlerin qui parle : son groupe vient d'arriver aux portes de la ville sainte, enfin ! Nous sommes après l'Exil à Babylone : le Temple détruit, dévasté, profané par les troupes de Nabuchodonosor, a été reconstruit vers 515 av.J.C. La ville aussi a été rebâtie : notre pèlerin constate avec joie : « Jérusalem, te voici dans tes murs ! » Et il continue « ville où tout ensemble ne fait qu'un » ; il parle de l'assemblage des constructions, bien sûr ; mais aussi de l'unité du peuple autour de cette ville où l'on s'assemble pour renouveler l'Alliance avec Dieu. Une promesse commune, un destin commun maintiennent ce peuple dans l'unité.

Et si Dieu a ordonné de venir régulièrement en pèlerinage à Jérusalem, c'est pour maintenir justement l'unité du peuple dans la ferveur et la joie de l'Alliance. Car ce pèlerinage, comme tous les autres, obéit à un ordre de Dieu : « C'est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur, c'est là qu'Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur ». Le mot « tribus » est un rappel de l'Exode ; le mot « monter » également : Jérusalem est située sur la hauteur, il faut y monter, c'est vrai ; mais le mot « monter » est aussi une allusion à la libération d'Egypte : quand on parle de cette libération, on dit « Dieu nous a fait monter du pays d'Egypte ».

Désormais on monte à Jérusalem en pèlerinage : et on « monte » vraiment : le pèlerinage se fait à pied, parfois de très loin, dans la fatigue, la chaleur, la soif, mais aussi la ferveur du coude à coude et des difficultés surmontées ensemble ; (nos parcours en autocar, de Jéricho à Jérusalem, par exemple, ne peuvent pas assurer, de la même manière cette cohésion du groupe et cette ferveur commune). Quand le pèlerin de notre psaume s'exclame « Maintenant, notre marche prend fin ! », il exprime tout à la fois l'émerveillement devant le spectacle de la ville et le soulagement d'être arrivés, enfin!... Donc, on monte à Jérusalem, comme les tribus sont montées du pays d'Egypte, sous la conduite de Moïse, puis de Josué, grâce à la protection du Dieu libérateur. Dans le verset : « c'est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur », l'expression « tribus du Seigneur », elle aussi, est un rappel de l'Alliance, au moins pour deux raisons : d'abord l'emploi du nom « Seigneur » : c'est le fameux Nom révélé à Moïse dans le buisson ardent ; quant à la préposition « du » (« les tribus du Seigneur »), elle dit l'appartenance qui est justement caractéristique de l'Alliance : l'une des formules de l'Alliance, on pourrait dire presque dire sa devise, était « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu ».

Et si l'on monte à Jérusalem, chaque année pour la fête des tentes, c'est pour se retremper dans la ferveur de l'Alliance au cours des multiples célébrations qui en déploieront tous les aspects. Mais le point commun de toutes ces célébrations, ce sera l'action de grâce au Dieu d'Israël pour son Alliance et sa fidélité. « C'est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur, c'est là qu'Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur. » « Rendre grâce au nom du Seigneur » c'est précisément la vocation d'Israël ; tant que l'humanité tout entière n'aura pas reconnu son Seigneur, c'est le rôle d'Israël au milieu des nations d'être le peuple de l'action de grâce. En même temps, on donne l'exemple, en quelque sorte, en attendant le jour béni où toutes les nations seront ici rassemblées. Il faut relire le magnifique texte d'Isaïe où Israël et les nations sont évoqués tour à tour : manière de montrer à quel point le destin d'Israël et celui des nations sont imbriqués ; si Israël a été choisi, ce n'est pas pour son bénéfice propre, c'est pour être au milieu du monde le témoin de Dieu : « Il arrivera dans l'avenir que la montagne de la Maison du Seigneur sera établie au sommet des montagnes et dominera sur les collines. Toutes les nations y afflueront. Des peuples nombreux se mettront en marche et diront : Venez à la montagne du Seigneur, à la Maison du Dieu de Jacob. Il nous montrera ses chemins et nous marcherons sur ses routes. Oui, c'est de Sion que vient l'instruction, et de Jérusalem la parole du Seigneur. » (Is 2, 2-3).

« C'est là le siège du droit, le siège de la maison de David » : là, c'est toute l'espérance attachée à la famille de David qui est redite ; on se souvient de la promesse faite à David par le prophète Natan : « Lorsque tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j'élèverai ta descendance après toi, celui qui sera issu de toi-même et j'établirai fermement sa royauté... » (2 S 7, 16). Depuis cette promesse, on attend le roi idéal qui gouvernera selon le coeur de Dieu, c'est-à-dire selon le droit et la justice. Quand ce psaume est chanté après l'exil à Babylone, il n'y a plus de roi sur le trône de David, mais la promesse demeure car Dieu ne peut se renier lui-même, comme dira Saint Paul ; et si on rappelle solennellement cette promesse dans les célébrations, c'est pour raviver l'espérance : le jour de Dieu viendra ; ce jour-là, il y aura de nouveau un roi sur le trône de David, un roi juste...

Un roi qui permettra enfin à Jérusalem d'accomplir sa vocation : « ville de la paix ». Car le souhait adressé à Jérusalem « Que la paix règne dans tes murs ! » n'est pas seulement un voeu pieux, une phrase gentille comme on peut s'en dire en se retrouvant. C'est le cri du coeur : le peuple d'Israël sait qu'il a vocation à être déjà sur cette terre le témoin de la paix que seul Dieu peut donner. Des siècles plus tard, nous fêtons celui qui a inauguré le règne tant espéré par des générations de pèlerins de la ville sainte : « règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d'amour et de paix », comme le dit la superbe préface de la fête du Christ-Roi. C'est déjà cette espérance qui soulève les pèlerins, dès le début du pèlerinage : « Quelle joie quand on m'a dit : Nous irons à la maison du Seigneur ».

DEUXIEME LECTURE - Colossiens 1 , 12 - 20

Frères,
12 rendez grâce à Dieu le Père
qui vous a rendus capables
d'avoir part, dans la lumière,
à l'héritage du peuple saint.
13 Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres,
il nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé,
14 par qui nous sommes rachetés
et par qui nos péchés sont pardonnés.
15 Lui, le Fils, il est l'image du Dieu invisible,
le premier-né par rapport à toute créature,
16 car c'est en lui que tout a été créé
dans les cieux et sur la terre,
les êtres visibles
et les puissances invisibles :
tout est créé par lui et pour lui.
17 Il est avant tous les êtres,
et tout subsiste en lui.
18 Il est aussi la tête du corps,
c'est-à-dire de l'Eglise.
Il est le commencement,
le premier-né d'entre les morts,
puisqu'il devait avoir en tout la primauté.
19 Car Dieu a voulu que dans le Christ,
toute chose ait son accomplissement total.
20 Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui,
sur la terre et dans les cieux,
en faisant la paix par le sang de sa croix.

Ce texte est à la fois magnifique et terriblement difficile ; mais nous pressentons bien qu'il va très loin dans la contemplation du mystère de notre foi : il résonne comme un credo, une synthèse du mystère du Christ tel que Paul et ses disciples* ont pu le découvrir. On a là une grande fresque du projet de Dieu et l'affirmation que cette oeuvre de Dieu est accomplie en Jésus-Christ. Tout a été créé en lui ET tout a été recréé, réconcilié en lui. Jésus-Christ est vraiment le centre du monde et de l'histoire.

D'abord une remarque, tout ce qui est dit du projet de Dieu est dit au passé : « Il vous a rendus capables... Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres... Il nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé »... et à la fin du texte : « Dieu a voulu que dans le Christ, toute chose ait son accomplissement total...Dieu a voulu tout réconcilier par lui et pour lui... » Manière de dire que ce projet de Dieu est conçu de toute éternité.
En revanche, tout ce qui concerne le Christ est dit au présent : « En lui nous sommes rachetés, en lui nous sommes pardonnés... Il est l'image du Dieu invisible, Il est avant tous les êtres... Il est la tête du corps qui est l'Eglise... Il est le commencement, le premier-né d'entre les morts »... Ce mystère du Christ se déploie en chacun de nous tout au long de notre histoire humaine.

« Il est l'image du Dieu invisible » : c'est peut-être la clé de la pensée de Paul : à la première création, Dieu a fait l'homme à son image et à sa ressemblance ; la vocation de tout homme, c'est d'être l'image de Dieu. Or le Christ est l'exemplaire parfait, si l'on ose dire, il est véritablement l'homme à l'image de Dieu : en contemplant le Christ, nous contemplons l'homme, tel que Dieu l'a voulu. « Voici l'homme » (Ecce homo) dit Pilate à la foule, sans se douter de la profondeur de cette déclaration !

Mais, en Jésus, nous contemplons également Dieu lui-même : dans l'expression « image du Dieu invisible » appliquée à Jésus-Christ, il ne faudrait pas minimiser le mot « image » : il faut l'entendre au sens fort ; en Jésus-Christ, Dieu se donne à voir ; ou pour le dire autrement, Jésus est la visibilité du Père : « Qui m'a vu a vu le Père » dira-t-il lui-même à Philippe (dans l'évangile de Jean : Jn 14, 9). Un peu plus bas dans cette même lettre, Paul dit encore : « En Christ habite toute la plénitude de la divinité » (Col 2 , 9). Il réunit donc en lui la plénitude de la créature et la plénitude de Dieu : il est à la fois homme et Dieu. En contemplant le Christ, nous contemplons l'homme... en contemplant le Christ, nous contemplons Dieu.

Reste à savoir pourquoi le sang de la croix du Christ, comme dit Saint Paul, nous réconcilie avec Dieu. Et là, le problème, semble-t-il, c'est que ce texte peut être lu de deux manières : première manière, mais qui donne de Dieu une idée complètement fausse : Dieu aurait voulu que Jésus souffre beaucoup pour mériter l'effacement de nos péchés... Mais il faut tourner résolument le dos à des explications de ce genre ; on sait bien qu'il ne s'agit pas de payer une dette à Dieu. Deuxième manière de comprendre ce texte, et c'est celle que je vous propose : c'est la haine des hommes qui tue le Christ, mais, par un mystérieux retournement, cette haine est transformée par Dieu en un instrument de réconciliation, de pacification.

A l'échelle humaine, nous avons parfois des exemples de cet ordre : je pense à des hommes comme Itzak Rabin, Martin Luther King, Gandhi, Sadate... Ils ont prêché la paix, l'égalité entre les hommes, et cela leur a coûté la vie ; ils ont été victimes de la haine des hommes ; mais, paradoxalement, leur mort a inauguré un progrès de la paix et de la réconciliation. Un témoignage d'amour et de pardon, qui va parfois jusqu'au sacrifice de sa vie, est un ferment de paix. Parce qu'il nous montre le chemin, il attendrit notre coeur, si nous voulons bien.

Mais cela ne suffit pas à réconcilier l'humanité tout entière avec Dieu car ils ne sont que des hommes. Jésus, lui, est l'homme - Dieu : il est à la fois le Dieu qui pardonne et l'humanité qui est pardonnée ; ce qui nous réconcilie, c'est que le pardon accordé par le Christ à ses bourreaux, est le pardon même de Dieu. C'est Dieu qui pardonne... par pure miséricorde de sa part. Désormais, nous savons, parce que nous l'avons vu de nos yeux, jusqu'où va l'amour et le pardon de Dieu. C'est pour cela que nous avons des crucifix dans nos maisons. Ajoutons que seul Jésus, parce qu'il est Dieu, peut nous transmettre l'Esprit de Dieu pour que nous devenions capables de pardonner à notre tour.

Comme dit Saint Paul, il a plu à Dieu de nous pardonner à travers Jésus-Christ : « Il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute plénitude et de tout réconcilier par lui et pour lui et sur la terre et dans les cieux en faisant la paix par le sang de sa croix ». Au jour du Vendredi-Saint sur le Calvaire, celui que nous appelons « le bon larron » fut le premier bénéficiaire de cette réconciliation (c'est l'évangile de cette fête du Christ-Roi).

Ce n'est pas magique pour autant, on ne le sait que trop : cette Nouvelle Alliance inaugurée en Jésus-Christ est offerte mais nous demeurons libres de ne pas y adhérer ; pour nous, baptisés, elle devrait être un sujet sans cesse renouvelé d'émerveillement et d'action de grâce ; c'est pourquoi Paul commençait sa contemplation par : « Rendez grâce à Dieu le Père qui vous a rendus capables d'avoir part, dans la lumière, à l'héritage du peuple saint ». Il s'adressait à ceux qu'il appelle « les saints », c'est-à-dire les baptisés. L'Eglise, par vocation, c'est le lieu où l'on rend grâce à Dieu. Ne nous étonnons pas que notre réunion hebdomadaire s'appelle « Eucharistie » (littéralement en grec « action de grâce »).

****
* Personne, aujourd'hui, ne sait dire avec certitude si cette lettre émane de Paul ou d'un de ses très proches disciples.

EVANGILE - Luc 23 , 35 - 43

On venait de crucifier Jésus,
35 et le peuple restait là à regarder.
Les chefs ricanaient en disant :
« Il en a sauvé d'autres :
qu'il se sauve lui-même,
s'il est le Messie de Dieu, l'Elu ! »
36 Les soldats aussi se moquaient de lui.
S'approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée,
37 ils lui disaient :
« Si tu es le roi des Juifs,
sauve-toi toi-même ! »
38 Une inscription était placée au-dessus de sa tête :
« Celui-ci est le roi des Juifs. »
39 L'un des malfaiteurs suspendus à la croix
l'injuriait :
« N'es-tu pas le Messie ?
Sauve-toi toi-même, et nous avec ! »
40 Mais l'autre lui fit de vifs reproches :
« Tu n'as donc aucune crainte de Dieu !
Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
41 Et puis, pour nous, c'est juste :
après ce que nous avons fait,
nous avons ce que nous méritons.
Mais lui, il n'a rien fait de mal. »
42 Et il disait :
« Jésus, souviens-toi de moi
quand tu viendras inaugurer ton Règne. »
43 Jésus lui répondit :
« Amen, je te le déclare :
aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »



Trois fois retentit la même interpellation à Jésus crucifié : « Si tu es... » ; « Si tu es le Messie » ricanent les chefs... « Si tu es le roi des Juifs », se moquent les soldats romains ... « Si tu es le Messie » injurie l'un des deux malfaiteurs crucifiés en même temps que lui. Au passage, on note que chacun interpelle Jésus à partir de sa situation personnelle : les chefs religieux du peuple juif attendent le Messie, l'Elu de Dieu... et à leurs yeux, il en a bien peu l'air. Les soldats romains, membres de l'armée d'occupation ricanent sur ce prétendu roi, si mal défendu... Quant au malfaiteur, il attend quelqu'un qui le sauve de la mort : lui aussi en appelle au Messie.
Ces trois interpellations ressemblent étrangement au récit des Tentations dans le désert, au début de la vie publique de Jésus (Luc 4) : trois interpellations, là aussi... par le diable cette fois : « Si tu es le Fils de Dieu... » : « Si tu es le Fils de Dieu, change donc ces pierres en pain »... « Si tu es le Fils de Dieu... jette-toi en bas, Dieu donnera ordre à ses anges de te garder »... et la troisième tentation concerne justement le titre de roi : « Je te donnerai toute la gloire des royaumes de la terre, si tu te prosternes devant moi ».

Dans ces deux étapes de la vie du Christ (telle qu'elle est rapportée par saint Luc), la question est au fond la même : quel est le rôle du Messie ? Est-ce un chef politique ou religieux ? Quelqu'un qui a tout pouvoir pour tout arranger ? Un roi tout-puissant ? Si c'est cela, Jésus ne répond évidemment pas à ce schéma : ce condamné, crucifié comme un malfaiteur n'a pas grand chose apparemment d'un roi de l'univers. Il ne répond rien d'ailleurs à ces mises en demeure de montrer enfin son pouvoir. Dans l'épisode des Tentations, à chacune des provocations du diable, Jésus avait répondu par une phrase de l'Ecriture. « Il est écrit : l'homme ne se nourrit pas seulement de pain »... « Il est écrit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu »... « Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, c'est à lui seul que tu rendras un culte ». L'Ecriture était sa référence pour résister ; et on peut bien penser que, tout au long de sa vie terrestre, chaque fois qu'il a affronté des tentations concernant sa mission de Messie, c'est la référence à l'Ecriture qui lui a permis de tenir le cap.

Sur la croix, au contraire, Jésus ne répond pas, il ne dit rien tout au long de cette scène de provocations. Et pourtant l'interpellation est de taille : Messie, il l'est et il le sait ; or le Messie est celui qui sauvera le monde : il devrait donc bien se sauver lui-même ! Cela, c'est notre logique humaine, c'est la logique de ses interlocuteurs. Et c'est de cela qu'il meurt : il meurt de n'avoir pas été conforme à leur logique, à leur idée du Messie. Mais Jésus sait, lui, que Dieu seul sauve ; il attend son propre salut de Dieu seul. D'ailleurs son nom le dit bien : « Jésus » cela veut dire « C'est Dieu qui sauve ». Il n'a donc rien à ajouter, rien à répondre ; il attend dans la confiance ; il sait que Dieu ne l'abandonnera pas à la mort. Les Tentations sont une fois pour toutes surmontées : il est resté fidèle à sa mission, il ne s'est pas dérobé aux conséquences. Le voilà livré totalement aux mains des hommes : que pourrait-il répondre de plus à ses adversaires ?

En revanche, cet épisode des injures est encadré dans l'évangile de Luc par deux paroles de Jésus, deux paroles de pardon : la deuxième, nous venons de l'entendre, c'est la phrase adressée à celui que nous appelons « le bon larron » ; la première est rapportée par Luc juste avant le passage d'aujourd'hui : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font ». Parole humaine et divine à la fois ; puisqu'il est l'homme-Dieu : le pardon accordé par le Christ à ses bourreaux est le pardon même de Dieu. En Jésus, homme et Dieu, c'est Dieu qui pardonne... nous sommes réconciliés, il nous suffit d'accueillir cette réconciliation. C'est très exactement ce que fait celui qui nous est donné en exemple, le « bon larron » : il reconnaît Jésus comme le Messie, il l'appelle au secours... prière d'humilité et de confiance... Il lui dit « Souviens-toi », ce sont les mots habituels de la prière que l'on adresse à Dieu : à travers Jésus, c'est donc au Père qu'il s'adresse : « Jésus, souviens-toi de moi, quand tu viendras inaugurer ton règne » ; on a envie de dire « Il a tout compris ». Et Jésus lui répond : « Amen, je te le déclare : aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ». « Aujourd'hui » : l'attitude de vérité et d'humilité de cet homme qui n'était sûrement pas un enfant de choeur (comme on dit) est la seule condition pour que ce jour soit l'aujourd'hui du salut pour lui.

Au-delà même des Tentations au désert, on se souvient d'un autre homme (Adam), dans un autre jardin, qu'on appelait Eden, le lieu du bonheur, le lieu de délices ; il avait été créé pour être le roi de la création : « Dominez la terre et soumettez-la » ; il était libre mais il n'était pas tout-puissant : il dépendait de Dieu. Mais il a voulu être « comme un dieu ».
« Si tu es le Fils de Dieu » : au fond c'est toujours la même histoire ; Adam s'est trompé : il a cru qu'être fils de Dieu, on le décidait soi-même... il a cru le diable qui disait « vous serez comme des dieux » et il a été chassé du Paradis ; Jésus, au contraire, dont le nom veut dire « C'est Dieu qui sauve », Jésus a attendu le salut de Dieu seul... il nous ouvre les portes du Paradis.

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 22:40

Au cours des 15 derniers jours, 3 articles m'ont appris des tas de choses sur le fameux Tea Party. Je les présente ici dans l'orde où je les ai lus.

 

Le premier provient du remarquable blog de Francis Richard, un Français vivant en Suisse. Il fait le lien entre le Tea Party d'origine et celui d'aujourd'hui.

 

 

Jeudi 28 octobre 2010 4 28 /10 /2010 23:10

9-12 in WashingtonL'amateur d'infusion de feuilles de théier que je suis ne peut que s'affliger que 45 tonnes de thé de Chine aient été jetées dans le port de Boston le 16 décembre 1773. Certes cela remonte à 237 ans, mais, tout de même, quel gâchis !

 

Pourtant ce geste indélicat était une manière de s'opposer au gouvernement britannique de l'époque qui avait pris deux décisions successives, fautives à la fois sur le plan économique et sur le plan du droit.

 

Pour renflouer sa trésorerie, sans que les colonies américaines n'aient leur mot à dire, puisqu'elles n'étaient pas représentées du tout au Parlement de la métropole, il avait fortement augmenté les taxes et plus particulièrement la taxe sur le thé.

 

N'arrivant pas à écouler ses stocks pléthoriques de thé, la Compagnie anglaise des Indes orientales avait obtenu l'exorbitant privilège d'être exemptée de cette taxe, ce qui lui permettait d'être moins chère que les petits marchands et, même, que les contrebandiers. Du coup un boycott avait été organisé contre elle par les habitants des colonies américaines, avec pour conséquence de l'empêcher de débarquer du thé dans les ports américains.

 

A Boston la Compagnie essaya donc de passer en force avec l'appui du gouverneur et de l'armée. Un commando de 60 habitants de la ville, déguisés en redoutables amérindiens, monta à bord des trois navires de la Compagnie avant qu'elle ne débarque sa marchandise et répandit dans le port le thé contenu dans 342 caisses avant de les remettre en place, vides. C'était la première Tea Party de l'histoire.

 

A l'origine, la Tea Party, celle de Boston, est donc une manifestation de la société civile contre une fiscalité confiscatoire et ruineuse, décidée par l'Etat, sans son consentement, et contre des passe-droits accordés par l'Etat à certains au détriment des autres.

 

A la suite du ruineux plan de relance de 789 milliards de dollars adopté par le Congrès américain en janvier 2009, le Président Barack Obama annonce le 18 février 2010 qu'une aide de 75 milliards de dollars supplémentaires sera accordée aux propriétaires de maisons risquant d'être saisis en raison de leur insolvabilité. (lire la suite)

 

J'ai lu le second dans l'hebdomadaire "Valeurs actuelles". Comme son titre l'indique, il parle du premier Tea Party de l'histoire et de son coup d'éclat de 1773.

 

1773. L'acte fondateur de la Révolution américaine.

La première Tea Party

Tea PartyC’est à Boston que la révolution américaine a commencé. Par une rébellion fiscale. L’actuel mouvement du Tea Party s’y réfère explicitement. Voici ce qui la provoqua.

La Boston Tea Party du 16 décembre 1773 est à peu près, pour la révolution américaine, ce que la prise de la Bastille est pour la française. L’événement premier. Et le symbole dont les citoyens ne cesseront désormais de se réclamer. Seule différence : la bonne humeur y est de mise. D’où, d’ailleurs, le nom qui lui est resté : en anglais, party signifie à la fois un groupe de personnes, un parti politique et une fête. Le sang n’y a pas coulé. Et l’on n’y a pas promené de têtes au bout d’une pique.

Fondée en 1630, Boston est un siècle plus tard, dans les années 1730-1760, la capitale du Massachusetts et le port principal de la Nouvelle-Angleterre. Exploitant le bois de l’arrière-pays, les charpentiers locaux construisent en série les meilleurs bateaux de commerce de l’Empire britannique : pas moins de trois cent cinquante unités par an. Les menuisiers, pour leur part, taillent des poutres, des madriers, des planches. Les charrons façonnent des roues, des charrettes, des voitures. Les tonneliers, des tonneaux, des barriques, des baquets et des seaux.

Ces objets sont exportés aux Antilles anglaises, françaises, néerlandaises, espagnoles, qui sont alors, grâce à leurs plantations de cannes à sucre, au coeur du commerce mondial. Ils sont négociés contre la mélasse, le résidu brut de la canne après l’extraction du sucre et surtout le rhum, qui sert, dans un troisième temps, à acheter des esclaves en Afrique.

Un cycle “vertueux”, qui enrichit presque tout le monde, et dont on veut croire qu’il assure même, à terme, le bonheur des Noirs asservis, puisque le maître chrétien qui les acquiert ne peut être aussi mauvais que le maître païen qui les vend…

Cette activité incessante fait du port de Boston une forêt de mâts, de ses quais une suite d’entrepôts, de ses rues un dédale d’ateliers, de ses financiers les correspondants de ceux de Londres. La ville compte 16 000 habitants. Ses familles les plus anciennes et les plus riches sont éduquées dans d’excellents collèges locaux, Harvard ou la Boston Latin School, calqués sur ceux d’Oxford et de Cambridge. Certains de ses enfants sont célèbres en Europe, comme Benjamin Franklin, l’inventeur du paratonnerre. (Lire la suite).

 

Enfin, le troisième, écrit par philosophe Henri Hude, est publié par le site Liberté Politique. Il nous parle de l'actuel mouvement Tea Party. C'est surtout la première partie que j'ai appréciée, mais rien ne vous interdit d'aller jusqu'au bout.

 

Quand la presse française prend le Tea-Party pour de la camomille

12 Novembre 2010 | Henri Hude*

Lire ce qu’écrit la grande presse nationale française depuis les USA sur le mouvement Tea-Party vous donne l’impression de dormir debout : l'impression d’être en présence d’une Idée philosophique, et non face à une réalité politique complexe ; l'impression, aussi, que ce mouvement serait une frange, extrémiste et marginale, du Parti républicain. Voici une contribution à cette réduction du déficit d'analyse et de quantification de ce phénomène.

1/ Analyse d’une réalité politique complexe

Ce qu’on appelle « Tea-Party movement » est un ensemble qui comporte deux sous-ensembles.

Le premier, c’est le mouvement Tea Party Express. Le second sous-ensemble, c’est le mouvement Freedom works.

L’ensemble formé par ces deux sous-ensembles porte dans le langage courant le nom d’un des deux sous-ensembles. Il faut donc distinguer le Tea-Party au sens large, et le Tea-Party Express au sens strict. Le vocabulaire ne facilite pas une claire analyse du phénomène. N'importe qui peut aller sur leurs sites et se faire personnellement une idée de ce qu'ils sont. Il existe de bons articles, notamment au sujet de Freedom Works (comme celui de notre ami Damien Theillier, surtout sur les blogs. L'essentiel peut se résumer en peu de mots.

Réseaux sociaux, renouveau de la démocratie et puissance d’Internet

Ces deux organisations sont deux réseaux sociaux, qui semblent être nés à peu près ensemble, indépendamment, mais sous la pression des mêmes besoins impérieux, dans une situation devenue intolérable, inspirés par les mêmes idéaux, réglés par les mêmes principes.

Ils ont des structures voisines, très décentralisées, et néanmoins une doctrine commune, renfermée en particulier dans un livre intitulé Give Us Liberty. A Tea-Party Manifesto.

Ces organisations aux structures légères sont animées par un élan puissant, qui s’est révélé irrésistible dans le dernier affrontement électoral. Ce sont des soulèvements populaires, enracinés dans la classe moyenne, composés de gens très remontés mais pacifiques et sûrs de leur bon droit, extraordinairement sûrs d’aller au succès et de remettre leur pays sur les rails. Si l'on veut avoir une idée précise de ce qu'est une révolution, il faut prêter attention à ce phénomène. Ce n'est pas un mouvement politique. C'est une révolution.

Non pas un mouvement, mais une révolution

Ce mouvement est une vraie révolution, en ce sens qu’il est né, à l’évidence, spontanément, au sens où il est un élan qui se dote d'une organisation et non une organisation qui fabrique un mouvement. Son ampleur phénoménale s'explique par la rencontre entre

1/ la mentalité traditionnelle fondatrice de l’Amérique, qui s’y réaffirme avec puissance,
2/ une situation jugée absolument intolérable et
3/ l'innovation technologique de l'Internet.

L’Internet et les blogs ont peu à peu réduit à néant dans le peuple l'autorité intellectuelle et morale des médias libéraux (au sens américain du mot). La culture authentique, recouverte par l'idéologie, a resurgi. Le réel, dissimulé par l'apparence infosphérique, s'est réimposé. Le sens commun est revenu. La crise a joué le rôle de déclencheur. Et maintenant, rien ne va plus et ça ne fait que commencer et je suis prêt à parier que rien ne sera plus comme avant. Ce qui est la vraie définition d'une révolution.

Sans leur action, pensent les militants Tea-Party, les USA vont à la perte de leur identité, à la faillite et au déclassement. Les citoyens ont pris conscience avec effarement de l’énormité de l’endettement du pays, au moment même où le président Obama portait les déficits à des niveaux sans précédent.(Lire la suite).

 

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