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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 17:56
C'est le titre du chant d'entrée que nous avons repris ce matin à la messe, à Ozoir-la-Ferrière, et dont voici la première strophe :

Dieu, qui nous appelles à vivre
aux combats de la liberté (bis),
Pour briser nos chaînes,
fais en nous ce que tu dis !
Pour briser nos chaînes,
fais jaillir en nous l'Esprit !
 
Plus tard, nous avons acclamé l'Evangile : "Ta parole, Seigneur, nous libère, ..."

Ces chants rejoignent les commentaires de Marie-Noëlle Thabut, dont j'avais déjà parlé dans un précédent article

"Je reviens sur la phrase « Dieu nous a sauvés » : dans la Bible, le mot « sauver » veut toujours dire « libérer » ; il a fallu toute la découverte progressive de cette réalité par le peuple de l’Alliance : Dieu veut l’homme libre et il intervient sans cesse pour nous libérer de toute forme d’esclavage ; des esclavages, l’humanité en subit de toute sorte : esclavages politiques comme la servitude en Egypte, ou l’Exil à Babylone, par exemple, et chaque fois, Israël a reconnu dans sa libération l’oeuvre de Dieu ; esclavages sociaux et la loi comme les prophètes appellent sans cesse à la conversion des coeurs pour que tout homme ait les moyens de subsister dignement et librement ; esclavages religieux, plus pernicieux encore ; la phrase célèbre « Liberté, combien de crimes a-t-on commis en ton nom ! « pourrait se dire encore plus scandaleusement « Religion, combien de crimes a-t-on commis en ton nom ! » ... Et les prophètes sont terribles là-dessus, pour interdire et chasser toutes les formes d’idolâtrie : cela n’a pas d’autre but que de nous libérer.

Le dernier esclavage, enfin, le plus terrible, est celui de la mort. Vous connaissez le psaume 109 / 110 qui annonce le Messie comme un roi victorieux sur tous ses ennemis et Paul l’applique à Jésus en disant sa victoire sur la mort ; le psaume 109 dit : « Le Seigneur a dit à mon seigneur (c’est-à-dire au Messie) Siège à ma droite, que je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds » ; et Paul complète dans la première lettre aux Corinthiens « le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort » (1 Co 15, 25-26)."

"... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris".

Dans les commentaires que fait Marie-Noëlle Thabut des lectures de ce 5e dimanche de Carême, certains complètent, précisent les citations ci-dessus :

"Cette certitude que Dieu n’abandonne jamais l’homme n’est pas née d’un coup ; elle s’est développée au rythme des événements concrets de l’histoire du peuple élu. L’expérience historique de l’Alliance est ce qui nourrit la foi d’Israël. Or l’expérience d’Israël est celle d’un Dieu qui libère l’homme, qui veut l’homme libre de toute servitude, qui intervient sans cesse pour le libérer ; un Dieu fidèle qui ne se reprend jamais. C’est cette foi qui guide toutes les découvertes d’Israël ; elle en est le moteur.

Quelques siècles plus tard (vers 165 av.J.C .), ces deux éléments conjugués, foi en un Dieu qui libère sans cesse l’homme, découverte de la valeur de toute personne humaine, ont abouti à la foi en la résurrection individuelle ; au terme de cette double évolution, il paraîtra évident que Dieu libèrera l’individu de l’esclavage le plus terrible, définitif de la mort. Cette découverte est si tardive dans le peuple juif qu’au temps du Christ, cette foi n’est pas encore partagée par tout le monde puisqu’on désigne les Sadducéens par cette précision « ceux qui ne croient pas à la résurrection »."


"« Près de toi est le pardon pour que l’homme te craigne » : cette formule très ramassée dit quelle doit être l’attitude du croyant face à ce Dieu qui n’est que don et pardon. Nous trouvons là encore une définition de la « crainte de Dieu » : ce n’est pas la crainte du châtiment ; toute la pédagogie de Dieu au long de l’histoire biblique cherche à nous libérer de toute peur ; car la peur n’est pas une attitude d’homme libre et Dieu veut nous libérer totalement ; la « crainte de Dieu » au sens biblique, c’est une adoration pleine d’émerveillement devant la Toute-Puissance de Dieu faite seulement d’amour. « Craindre » le Seigneur, c’est l’adorer et lui faire tellement confiance qu’on fera tout son possible pour obéir à sa loi dans la certitude que cette Loi n’est dictée que par son amour paternel.

Cette certitude du PAR-DON, du DON toujours acquis au-delà de toutes les fautes inspire à Israël une attitude d’espérance extraordinaire. Israël repentant attend son pardon « plus sûrement qu’un veilleur n’attend l’aurore ». « C’est Lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes » : nous rencontrons régulièrement dans les textes bibliques des expressions similaires. Elles annoncent à Israël sa libération définitive, la libération de toutes les fautes de tous les temps."

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6 mars 2008 4 06 /03 /mars /2008 22:46

Je me fais souvent la réflexion qu'une partie non négligeable des articles de mon blog ne fait que reprendre des textes ou des enregistrements trouvés sur d'autres sites, blogs, parfois dans la presse écrite ou audiovisuelle.

C'est qu'on trouve de plus en plus de bonnes choses sur Internet, et il serait possible d'y passer des journées entières sans s'ennuyer. Les libéraux, en particulier, publient de nombreux articles de qualité et c'est le blog de l'un d'entre eux que je trouve particulièrement remarquable et vous invite à visiter aujourd'hui : "Objectif Liberté", de Vincent Bénard.

Ingénieur de formation, celui-ci est membre de l'Institut Turgot. Il a publié récemment un livre intitulé "Logement : crise publique, remèdes privés" qui a fait beaucoup parler de lui. Sur son blog, vous trouverez des articles traitant de sujets variés, pleins de bon sens, présentant des arguments très solides et souvent originaux, écrits dans un français tout à fait correct. Parmi ceux publiés au cours des deux dernières semaines :

- Permis de conduire: et si on supprimait l'examen ?

La semaine dernière a été marquée par une grève des inspecteurs du permis de conduire. En cause, une possible volonté du gouvernement de privatiser l'examen, ce dont les inspecteurs, fonctionnaires, ne veulent évidemment pas entendre parler. Naturellement, le gouvernement a reculé, mais ce n'est pas le sujet du jour. Cette grève a mis en exergue le véritable scandale du permis de conduire aujourd'hui: des coûts croissants de l'apprentissage hors de tout contrôle, des délais d'attente pour s'inscrire à l'examen tout à fait inacceptables, surtout après un premier échec... (lire la suite)

- Ingrid Bétancourt: l'ingérence française dans les affaires colombiennes doit cesser.

Les gesticulations du gouvernement français autour de l'hypothétique libération d'Ingrid Bétancourt, femme politique franco-colombienne sujette de toutes les attentions médiatiques, sont à la fois déplacées et potentiellement dangereuses pour tous les ressortissants français devant se déplacer dans des pays instables. (lire la suite)

- USA: John McCain, un bien meilleur candidat que H.Clinton ou B.Obama

Le Cato Institute a mis en ligne un comparateur des votes de tous les congressmen américains relatif à la question de la liberté du commerce international. L'institut a regardé qui s'était opposé aux subventions aux productions locales, ou aux barrières à l'importation de produits étrangers. (lire la suite)

- M6 lève le voile sur les profiteurs du logement social

M6M6 vient de nous offrir un excellent numéro de son émission vedette, "Capital",dont un des reportages était consacré à la fraude au logement social à Paris. Un grand moment de mise à nu du "modèle social français" et de ceux qui en tirent profit (lire la suite...)

 



- Faut-il laisser aux "riches" la possibilité de se soigner mieux ?ette histoire se passe en Grande Bretagne, j'ignore si elle aurait pu se dérouler aussi en France.

C'est l'histoire d'une dame anglaise (ne riez pas, ça commence comme une blague, la suite est moins drôle. Il n'y a que Desproges à pouvoir faire rire avec des trucs pareils), Mme Debbie Hirst, qui a un cancer du sein, lequel a commencé à Métastaser dans les poumons (lire la suite...) 

- Les délocalisations : une chance à saisir pour nos économies !

Il y a quelques jours, j'exposai le mécanisme vertueux selon lequel les délocalisations permettaient de dégager des marges financières qui à leur tour rendaient possible la création d'emplois à haute valeur ajoutée chez nous, dans un long article qui me valut quelques mels désobligeants, m'interpelant en substance ainsi :  "Comment osez vous dire que les délocalisations sont positives" ? L'idée selon laquelle la perte d'emplois de cols bleus est une blessure irréparable pour nos économies est solidement ancrée dans les esprits (lire la suite)  

- Réchauffement climatique : le GIEC, un organisme corrompu ?

Selon Vincent Grey, qui est un des membres du panel de relecteurs des travaux du GIEC (IPCC en anglais) depuis les débuts de cette institution, dont je rappelle qu'elle est à l'origine de toutes les décisions politiques prises "pour lutter contre le réchauffement climatique", le processus de sélection des données et des résultats de recherche qui alimentent les rapports du GIEC ne répondent pas aux normes de qualité d'un travail scientifique digne de ce nom, et le GIEC est une institution au fonctionnement, je cite, "corrompu" (lire la suite)

 

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27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 08:32

"Libéral et croyant", tel est le titre du site Internet développé par Arnaud Pellissier-Tanon. Celui-ci était rédacteur-en-chef de la revue "Point de rencontre Libéral et Croyant", et je crois qu'il est passé du papier à Internet pour réduire les coûts et augmenter la diffusion de textes souvent remarquables.

J'invite mes lecteurs à se précipiter sur ce site où les documents sont encore peu nombreux, mais d'une qualité exceptionnelle. Par exemple :
- un article récent de Philippe Nemo intitulé : "
L'infirmité de la paix de Babylone", d'accès un peu difficile, il faut le reconnaître (mais l'effort d'attention est bien récompensé !) ;
- un article plus ancien de Arnaud Pellissier-Tanon lui-même sur "
La subsidiarité, ce qu'elle n'est pas, ce qu'elle devrait-être", qui éclaire sur le très libéral principe de subsidiarité, principe fondamental de la doctrine sociale de l'Eglise catholique ;
- "
L'héritage culturel et spirituel de l'inflation forcée", de J.G. Hülsmann ;
- "
Des temps féodaux au Royaume normand de Sicile", florilège de passages marquants de "Droit et révolution", d'Harold Berman.

 

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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 13:19
Le père Jean de Montalembert est également l'auteur d'un livre intitulé "L'aventure du christianisme" (avec des dessins de Brunor), publié au Cerf en Janvier 2008. Cet ouvrage ressemble à "Il est intelligent de croire", quant au contenu. Il s'adresse aux adolescents, à leurs parents et à leurs enseignants. J'ai compris qu'il était né d'une demande d'un groupe d'adolescents en contact avec l'auteur, en Argentine, et désireux de savoir comment argumenter pour défendre leur foi auprès d'un professeur de philosophie plutôt hostile.

J'ai parcouru cet ouvrage, qui m'a paru aussi intéressant que le précédent et que je me suis promis de lire dès que possible. En attendant, je vous en livre un extrait (page 183 et suivantes) qui devrait plaire à mes amis libéraux, croyants ou non, notamment ceux qui se battent pour la liberté de travailler le dimanche.

Jésus, homme libre.

(considérations de l'auteur sur la culture, qui façonne chaque homme et l'emprisonne un peu)

"Est-il permis, un jour de sabbat, de sauver une vie ou de la perdre ?"

Jésus était, comme tout le monde, façonné par sa culture qui était la culture juive de son époque, très marquée par la forte et originale pensée biblique. On sait par ailleurs que Jésus avait reçu une formation importante. Il savait lire et écrire, ce qui était rare en son temps. On l'appelait rabbi, ce qui veut dire maître en sagesse et en capacité d'interpréter les Ecritures sacrées d'Israël. Eh bien ! Jésus va montrer une extraordinaire liberté par rapport à sa propre culture, qui étonnera ses disciples et aussi son auditoire. L'évangile de saint Marc notera plusieurs fois que les gens qui entendaient son enseignement étaient frappés par l'autorité avec laquelle il parlait. Un bon exemple de la liberté de Jésus était son attitude par rapport au sabbat. Nous avons déjà parlé du commandement de la Loi qui oblige le peuple d'Israël à respecter le repos du sabbat. C'était un des fameux dix commandements reçus par Moïse au moment de l'alliance avec Dieu. C'était donc une loi très forte en Israël qui, avec le temps, s'était durcie au point qu'un jour de sabbat on n'avait strictement le droit de ne rien faire qui ressemble à du travail. Transgresser cette loi était une faute très grave. Jésus va faire exprès de guérir des gens le jour du sabbat et parfois dans une synagogue, là où les gens se rassemblaient pour honorer Dieu, écouter la Parole de Dieu en lisant des passages de la Bible. En faisant cela, il choquera beaucoup les gens très pieux de son peuple car il donnera l'impression de transgresser un commandement de Dieu. Mais lui dénoncera l'attitude trompeuse de ceux qui suivent scrupuleusement la loi de Moïse sans en chercher l'esprit. "Je vous demande s'il est permis le jour du sabbat de faire le bien ou le mal, de sauver une vie ou de la perdre" (Lc 6,9). Lors d'une dispute avec les autorités juives, Jésus dira même : "Le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat, de sorte que le Fils de l'homme est maître même du sabbat." Ce qui était une affirmation proprement incroyable à prononcer.

"Il vous a été dit..., eh bien, moi je vous dis..."

Dans un très beau discours, rapporté par saint Matthieu, et que nous appelons le Sermon sur la montagne, Jésus se présentera comme le véritable interprète de la loi de Dieu, comme si lui, Jésus, connaissait réellement les intentions de Dieu. Ce sermon est prononcé sur la montagne, allusion claire à la montagne de Dieu où Israël a reçu sa charte fondamentale : les dix commandements et la loi de Moïse. Tout au long des paroles rassemblées dans ce "sermon", Jésus fera référence à cette charte fondamentale d'Israël : "Il vous a été dit..., mais moi je vous dis..." Jésus se présente comme l'interprète original et décisif de la loi de Moïse. Il fallait beaucoup d'autorité et de réflexion pour oser proposer une telle interprétation de l'antique loi d'Israël. Prenons quelques exemples :

Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre1 ; celui qui commettra un meurtre en répondra au tribunal. Et moi je vous dis : quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal... Vous avez appris qu'il a été dit : Tu ne commettras pas d'adultère2. Et moi je vous dis : quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà dans son coeur commis l'adultère avec elle... Vous avez appris qu'il a été dit : Oeil pour oeil, dent pour dent. Et moi je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu'un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre3...

A première vue, on pourrait croire à une interprétation encore plus radicale de la loi de Moïse de la part d'un penseur extrémiste. En fait non, Jésus le dit lui-même, il est venu accomplir la loi de Moïse. Il ne s'agit pas de nouveaux règlements plus difficiles encore à suivre que les précédents, mais de les comprendre comme principes de vie, car venant de Dieu. A la source de l'homicide, qu'y a-t-il ? La colère. Alors essaie de bannir la colère de ton coeur et tu ne te trouveras pas sur le chemin du meurtre. Au point de départ d'une histoire d'adultère, qui est une irruption violente dans une alliance, il y a le regard de convoitise qui attise les sens. Comme le dit le language populaire : celle-là, celui-ci, je veux le posséder. Alors l'adultère commence déjà par le regard. Purifie donc ton regard, rend-le chaste et aimant. La loi du talion4 était déjà une régulation de la violence : ne fais pas plus de mal, en te vengeant, que celui que tu as subi. Mais on reste toutefois dans le registre de la violence. Alors, toi, bascule du côté de Dieu : "Si on te frappe sur une joue, tends l'autre." C'est une façon de dire : pouce ! je n'entre pas dans ton jeu de violence.
Cette autorité de Jésus, la liberté avec laquelle il interprète la Loi, la sûreté et la profondeur de son enseignement mettront ainsi les disciples sur la voie de la découverte de l'identité exceptionnelle de Jésus. Il donne l'impression d'avoir plus d'autorité que Moïse lui-même, celui qui avait donné à Israël la loi de Dieu et qui avait été son instrument pour la libération de l'esclavage en Egypte.


1. Il s'agit du cinquième des 10 commandements ; voir Exode 20,13
2. Le sixième commandement ; voir Ex 20,14
3. Mt 5, 21 s.
4. On trouve cette loi dans le livre de l'Exode 21, 23 ou Lévitique 24, 19-20 qui est résumée par l'expression devenue populaire : Oeil pour oeil, dent pour dent. "S'il arrive un malheur, tu paieras vie pour vie, oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, plaie pour plaie". La loi de Moïse cherchait, par cette règle, à contrôler les vendettas entre clans et familles, si chargées de violence. Au moins, qu'on ne fasse pas plus de violence qu'on en a subi. Le déchainement mimétique des vengeances pouvait mettre en péril toute la société.

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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 09:25
"Il est plutôt intelligent de croire". C'est le titre d'un exposé fait dimanche dernier 17 février 2008, dans la salle paroissiale de l'église "Les pélerins d'Emmaüs", à Pontault-Combault, par le père Jean de Montalembert.
C'est également le titre d'un
ouvrage qu'il a publié en 2003 aux éditions Desclée de Brouwer. L'objet de ce livre est exposé sur le quatrième de couverture :
"Comme prêtre, curé de paroisse, je côtoie et reçois beaucoup de monde, en toutes sortes d'occasions. Il y a naturellement les personnes qui viennent demander un service religieux : baptême d'un enfant, mariage, célébration d'obsèques. C'est à chaque fois l'occasion d'un dialogue sur le sens de leur demande. Il y a aussi les relations avec les parents d'enfants inscrits au catéchisme, ou dans des mouvements d'Eglise. Il y a tous les liens d'amitié et de voisinage qui se tissent naturellement quand on habite un même quartier, un même village. Et les contacts fréquents avec les élus locaux. Dans ces contacts multiformes, j'ai souvent été interloqué par la méconnaissance de beaucoup sur la religion chrétienne, sur la nature de la foi, sur le rôle de l'Eglise dans l'histoire de notre pays. Il y a beaucoup de clichés, de propos convenus ou embarrassés, sur le fait de croire ou non, sur les propos du pape, sur le fonctionnement de l'Eglise ou sur le mariage des prêtres. Mon ambition est d'essayer d'expliquer de la façon la plus claire possible ce qu'est la foi chrétienne et à quoi elle sert, et donc aussi à quoi sert l'Eglise. J'aimerais faire comprendre qu'il est plutôt intelligent de croire et donc qu'il ne faut pas négliger la réflexion et la recherche dans ce domaine. Je m'adresse donc à tous ceux qui voudraient en savoir un peu plus... "

Jean de Montalembert, ancien aumônier national de l'ACI et de la JICF, a été responsable de la formation des laïcs du diocèse de Meaux, puis curé du Val d'Europe, à Disneyland Paris. Il est, depuis 2001, aumônier de la communauté francophone d'Argentine. Il a publié, avec Robert Pousseur, Le cri de l'Apocalypse (Centurion) et L'Eglise et les Barbares du XXIe siècle (L'Atelier).

J'ai été frappé par la clarté de l'exposé et par le sourire permanent qui éclaire le visage de Jean de Montalembert ("Un diamant dans la poitrine brille sur le visage" dit, paraît-il un dicton exotique).

L'intervenant nous apprit que la moyenne d'âge de ses paroissiens (expatriés, pour la plupart), à Buenos Aires, était de 30 ans environ, si l'on exclut les enfants, et de moins de 20 ans, si on les inclut. Soit beaucoup moins que la moyenne d'âge dans les paroisses qu'il a pu fréquenter en France. Il expliqua que cette différence était principalement la conséquence, selon lui, de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat (1905) et du fait que l'enseignement religieux avait alors disparu de notre système éducatif public. Il se réjouissait que l'étude des principales religions soit à nouveau inscrite au programme d'histoire, et que cet enseignement soit réalisé dans des conditions tout à fait acceptables, même s'il est fréquent que des élèves en sachent plus que les professeurs sur ce sujet. Il rapporta l'anecdote suivante. Un élève, entendant son professeur parler du péché originel en disant que "Eve avait croqué la pomme" réagit en expliquant que la Bible ne parlait pas de pomme mais de fruit. L'enseignant contesta, si bien que l'élève lui apporta un exemplaire de la bible pour prouver ses dires. L'enseignant reconnut alors son erreur et déclara que c'était la première fois de sa vie qu'il ouvrait une bible !

Jean de Montalembert nous indiqua également qu'il croyait que la relation au corps avait changé au milieu du siècle dernier selon lui. Depuis la découverte des sulfamides et des antibiotiques, notamment, le corps n'est plus vécu comme une source de souffrance, mais de plaisir, de bien-être.

J'ai noté, également, comment il observait la France depuis l'Argentine : "Nous sommes recroquevillés sur nous-mêmes et notre confort. Nous passons notre temps à protéger nos acquis. Nous fermons nos frontières, car nous refusons que les pays moins développés que nous nous rattrapent". Il illustra cette opinion par deux faits significatifs récents : "Lorsque j'ai débarqué à l'aéroport, les chauffeurs de taxi étaient en grève. En Argentine, 60% des cultures sont OGM" Je buvais du petit lait en l'écoutant. Je pensais en moi-même : "La grande majorité de la quarantaine de personnes assistant à l'exposé est probablement solidaire des chauffeurs de taxi et des faucheurs de plants OGM"

(à suivre...)

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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 23:33
Parmi mes amis libéraux, plusieurs m'ont fait part de leur scepticisme quant à la compatibilité entre la doctrine sociale de l'Eglise catholique et la pensée libérale.

Ainsi, Vincent m'écrivait-il : "Vu de l'extérieur (je ne suis pas catholique ni autre religion), à la télé et aux quelques mariages et enterrements auxquels j'ai pu assister, l'Eglise catholique française me donne l'impression d'avoir un discours de misérabilisme, genre, la pauvreté, c'est bien, le dénuement, c'est rejoindre le Christ. Je n'ai pas entendu de choses qui disent 'ta vie, c'est ta responsabilité, bouge toi'. De l'abbé Pierre à soeur Terresa ou l'autre prêtre ouvrier qui était à la mode et qui passait à la télé en blouson en cuir (Vincent pensait probablement au père Guy Gilbert), dans tout ça, j'ai du mal à voir le libéralisme.
En même temps, il m'a semblé que Jean-Paul II ou Benoît XVI, ça semble plus parler d'invididu responsable.
Alors, je me demandais s'il n'y a pas des catholiques étatistes et des catholiques libéraux ? Et comme dans tout le reste, le catholicisme français penche plutôt à gauche."

Christophe, baptisé et ayant fait sa 1ère communion, m'écrit, quant à lui :
"Je suis allé à de nombreux mariages où j'ai entendu des choses incroyables. Du genre: 
- Si X et Y se marient aujourd'hui, ce n'est pas parce qu'ils l'ont décidé mais parce que Dieu l'a décidé
- Quoi que nous fassions, rien n'est de notre fait
- Nous ne sommes que des agneaux irresponsables guidés par Dieu
Avec un tel état d'esprit, on peut se demander comment Dieu pourrait juger les hommes s'ils ne sont responsables de rien." 

J'entends moi aussi, régulièrement, des chrétiens dire les pires âneries. Elles viennent de chrétiens de base, mais aussi de prêtres ou d'évêques. La plupart d'entre eux ont une culture économique consternante, comme la plupart des Français, et ils répètent les sornettes proférées par la classe politico-médiatique ou par les enseigants. Cela donne :
(Un prêtre, durant son homélie) : "Bien sûr, il n'est pas question pour moi de critiquer les décisions du gouvernement. Les lois votées sont sûrement toutes bonnes"
(Un autre prêtre, durant son homélie) : "S'il y a des riches, ils le sont forcément devenus au détriment des pauvres"
Un évêque, alors que je lui demandais "Quelle image du libéralisme les prêtres ont-ils ?" me répondit "Pour la plupart d'entre eux, le libéralisme, c'est le règne du fric, l'argent-roi"

Je constate que certains aspects de la doctrine sociale de l'Eglise (sur la vie économique, le travail humain, les principes fondamentaux, le sous-développement, ..) sont méconnus de l'immense majorité des catholiques, clergé compris.

J'ai découvert, il y a quelques semaines, que les
commentaires de Marie-Noëlle Thabut sur les textes de la liturgie dominicales, que j'écoute parfois sur Radio Notre-Dame, le dimanche de 8 heures à 8 heures 30, sont maintenant disponibles (pendant deux semains environ) sur Internet. Je trouve ces commentaires remarquables, en ce sens qu'ils donnent des explications sur le contexte historique, d'autres sur le sens à donner à certains mots, d'autres enfin sur le sens général des lectures, l'interprétation à leur donner.
Cette femme insiste régulièrement sur le fait que le Dieu des chrétiens est un Dieu qui veut la liberté des hommes. Prenons deux exemples, précédés par un commentaire qui me semble fondamental : celui de la 2e lecture du 2e dimanche de l'Avent - A (Romains 15, 4 - 9).

" Voilà une phrase à écrire en lettres d’or : « Frères, tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire afin que nous possédions l’espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l’Ecriture. »

- Etre convaincu que l’Ecriture n’a qu’un but, celui de nous instruire, qu’elle est pour nous source de persévérance et de courage, c’est la seule clé pour l’aborder. A partir du moment où nous abordons la Bible avec cet a priori positif, les textes s’éclairent. Pour le dire autrement, l’Ecriture est toujours Bonne Nouvelle ; concrètement, cela veut dire que si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. Ce n’est pas un péché de ne pas comprendre, il faut seulement continuer à travailler pour découvrir la Bonne Nouvelle qui est toujours dans l’Ecriture.

- Quand nous acclamons la Parole de Dieu à la Messe, ou bien quand nous disons « Evangile, (c’est-à-dire Bonne Nouvelle) de Jésus-Christ notre Seigneur », ce n’est pas une simple façon de parler. C’est le contenu même de notre foi ; comme dirait La Fontaine « Un trésor est caché dedans » ; à nous de creuser le texte pour le découvrir.

- Pas étonnant que l’Ecriture nourrisse notre espérance puisqu’elle n’a en définitive qu’un seul sujet, l’annonce du fantastique projet de Dieu, ce que Paul appelle le « dessein bienveillant de Dieu », c’est-à-dire la parole d’amour de Dieu à l’humanité.

Exemple 1, au sujet de la première lecture du 3e dimanche de l'avent :
"(...) Et tout cela sera l’oeuvre de Dieu : « Il vient lui-même et va vous sauver... » ; c’est cette œuvre de salut que le prophète appelle « la gloire de Dieu ». Il dit : « On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. » Et Isaïe continue : « Ils reviendront les captifs rachetés par le Seigneur » ; et l’on sait que le mot « rachetés », dans la Bible, veut dire « libérés » ; tout comme le mot « rédemption » signifie « libération ».

La Loi juive prévoyait une règle qu’on appelait le « rachat » : lorsqu’un débiteur était obligé de vendre sa maison ou son champ pour payer ses dettes, son plus proche parent payait le créancier à sa place et le débiteur gardait donc sa propriété (Lv 25, 25) ; si le débiteur avait été obligé de se vendre lui-même comme esclave à son créancier parce qu’il ne possédait plus rien, de la même manière son plus proche parent intervenait auprès du créancier pour libérer le débiteur, on disait qu’il le « revendiquait ». Il y avait bien un aspect financier, mais il était secondaire : ce qui comptait avant tout, c’était la libération du débiteur.

Le génie d’Isaïe a été d’appliquer ces mots à Dieu lui-même pour nous faire comprendre deux choses : premièrement, Dieu est notre plus proche parent ; deuxièmement, il veut nous libérer de tout ce qui nous emprisonne. Et c’est pourquoi nous chantons si volontiers « Alleluia » qui veut dire « Dieu nous a amenés de la servitude à la libération ».

Exemple 2
DEUXIEME DIMANCHE DE CAREME - A
DEUXIEME LECTURE - - Deuxième Lettre à Timothée 1, 8b - 10
 

Fils bien-aimé,


8 avec la force de Dieu, prends ta part de souffrance
pour l'annonce de l'Evangile.
9 Car Dieu nous a sauvés,
et il nous a donné une vocation sainte,
non pas à cause de nos propres actes,
mais à cause de son projet à lui et de sa grâce.
Cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles,
10 et maintenant elle est devenue visible à nos yeux,
car notre Sauveur, le Christ Jésus, s'est manifesté
en détruisant la mort,
et en faisant resplendir la vie et l'immortalité
par l'annonce de l'Evangile.


 © AELF

COMMENTAIRE
 

Paul est en prison à Rome, il sait qu’il sera prochainement exécuté : il donne ici ses dernières recommandations à Timothée ; « Fils bien-aimé, avec la force de Dieu, prends ta part de souffrance pour l’annonce de l’Evangile ». « Prends ta part de souffrance » : cette souffrance, c’est la persécution ; elle est inévitable pour un véritable disciple du Christ. Jésus l’avait dit lui-même « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix et qu’il me suive... Qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Evangile la sauvera. » (Mc 9, 34-45).

L’expression « l’annonce de l’Evangile » se retrouve à l’identique à la fin de ce passage qui se présente donc comme une inclusion ; et le passage central, encadré par ces deux expressions identiques détaille ce que c’est que cet Evangile ; quand Paul emploie le mot « évangile », il ne pense pas aux quatre livres que nous connaissons aujourd’hui et que nous appelons les quatre évangiles ; il emploie le mot « évangile » dans son sens étymologique de « bonne nouvelle ». Tout comme Jésus lui-même l’employait quand il commençait sa prédication en Galilée en disant « Convertissez-vous, croyez à l’évangile, à la bonne nouvelle. » Et il ne s’agit pas de n’importe quelle bonne nouvelle : ce mot « évangile » était employé pour annoncer la naissance de l’empereur ou sa venue dans une ville. Il est évidemment intéressant d’entendre ce mot ici : cela veut dire que la prédication chrétienne est l’annonce que le royaume de Dieu est enfin inauguré.
En ce qui concerne Paul, c’est donc dans la phrase centrale de notre texte que nous allons découvrir en quoi consiste pour lui l’évangile : il tient finalement en quelques mots : « Dieu nous a sauvés par Jésus-Christ ».

« Dieu nous a sauvés », c’est au passé, c’est acquis, mais en même temps, pour que les hommes entrent dans ce salut, il faut que l’évangile leur soit annoncé ; c’est donc vraiment d’une vocation sainte que nous sommes investis : « Dieu nous a sauvés , et il nous a donné une vocation sainte » : ... « vocation sainte » parce qu’elle est confiée par le Dieu saint, vocation sainte parce qu’il s’agit ni plus ni moins d’annoncer le projet de Dieu, vocation sainte parce que le projet de Dieu a besoin de notre collaboration : chacun doit y prendre sa part, comme dit Paul.

Mais l’expression « vocation sainte » signifie aussi autre chose : le projet de Dieu sur nous, sur l’humanité, est tellement grand qu’il mérite bien cette appellation ; car si j’en crois ce que Paul dit ailleurs du « dessein bienveillant de Dieu », la vocation de toute l’humanité est de ne faire plus qu’un en Jésus-Christ, d’être le Corps dont le Christ est la tête, et d’entrer dans la communion de la Trinité sainte. La vocation particulière des apôtres s’inscrit dans cette vocation universelle de l’humanité.

Je reviens sur la phrase « Dieu nous a sauvés » : dans la Bible, le mot « sauver » veut toujours dire « libérer » ; il a fallu toute la découverte progressive de cette réalité par le peuple de l’Alliance : Dieu veut l’homme libre et il intervient sans cesse pour nous libérer de toute forme d’esclavage ; des esclavages, l’humanité en subit de toute sorte : esclavages politiques comme la servitude en Egypte, ou l’Exil à Babylone, par exemple, et chaque fois, Israël a reconnu dans sa libération l’oeuvre de Dieu ; esclavages sociaux et la loi comme les prophètes appellent sans cesse à la conversion des coeurs pour que tout homme ait les moyens de subsister dignement et librement ; esclavages religieux, plus pernicieux encore ; la phrase célèbre « Liberté, combien de crimes a-t-on commis en ton nom ! « pourrait se dire encore plus scandaleusement « Religion, combien de crimes a-t-on commis en ton nom ! » ... Et les prophètes sont terribles là-dessus, pour interdire et chasser toutes les formes d’idolâtrie : cela n’a pas d’autre but que de nous libérer.

Le dernier esclavage, enfin, le plus terrible, est celui de la mort. Vous connaissez le psaume 109 / 110 qui annonce le Messie comme un roi victorieux sur tous ses ennemis et Paul l’applique à Jésus en disant sa victoire sur la mort ; le psaume 109 dit : « Le Seigneur a dit à mon seigneur (c’est-à-dire au Messie) Siège à ma droite, que je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds » ; et Paul complète dans la première lettre aux Corinthiens « le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort » (1 Co 15, 25-26).

« Notre sauveur, le Christ Jésus s’est manifesté en détruisant la mort et en faisant briller la vie et l’immortalité » ; nous retrouvons ici les oppositions de Paul, mort / vie, ténèbres / lumière ; vous me direz « nous continuons à mourir » ; oui, mais désormais la mort nous apparaît comme le passage au-delà duquel brille la lumière sans déclin. La mort biologique fait partie de notre constitution physique faite de poussière, comme dit le livre de la Genèse, mais elle ne nous sépare pas de Jésus-Christ. En nous, il y a une vie, faite de notre relation à Dieu et que rien, même la mort biologique, ne peut détruire ; c’est ce que Saint Jean appelle « la vie éternelle ».


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15 février 2008 5 15 /02 /février /2008 09:24
La remarquable association Sauvegarde Retraites mène actuellement une campagne qui mérite, à mon goût, d'être soutenue. Voici le texte du billet que viens de recevoir de sa part.

****************************************
LE BILLET DE SAUVEGARDE RETRAITES
****************************************

Vous êtes retraité et, cette année, votre pension n'est revalorisée que de 1,1 % ?
Vous êtes toujours en activité, et votre retraite, vous n'osez pas trop y compter ?

Et bien, comprenez que les fonctionnaires en retraite dans les îles d'Outre-mer s'en contrefichent littéralement.

Pour eux, le moins que l'on puisse dire, c'est que ça baigne !

+ 75 % de majoration de pension pour ceux qui s'installent en Polynésie (Tahiti, Bora-Bora...), en Nouvelle-Calédonie ou à Wallis-et-Futuna...

Le tout agrémenté d'une fiscalité très exotique : exonération de CSG-CRDS, réduction d'impôts...

Le système de retraite français a beau s'effondrer, les fonctionnaires sont de plus en plus nombreux, sans scrupules, à aller se prélasser sous les cocotiers.

Jugez plutôt :

 

OUVRIR LE DIAPORAMA
.

 

Si vous ne parvenez pas à lire ce diaporama, nous vous invitons à télécharger la visionneuse powerpoint de Microsoft en cliquant ici (ce téléchargement ne prendra que deux à trois minutes).

 
  Marie-Laure Dufrêche
  Déléguée Générale

__________________________________________________
Sauvegarde Retraites, association Loi 1901 indépendante de toute
formation politique, syndicale ou professionnelle, rassemble
plus de 75 000 personnes qui veulent obtenir un système de retraite
plus efficace, plus juste et plus responsable.
L'association se refuse statutairement de recevoir des subventions.
Elle ne vit que des dons de ses membres donateurs.

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12 février 2008 2 12 /02 /février /2008 16:24
Le présent article fait partie d'une série exposant les grandes lignes de la doctrine sociale de l'Eglise catholique et montrant, notamment, la promotion que fait celle-ci de la liberté de chaque personne humaine. Cette série s'appuie sur le compendium  de la doctrine sociale de l'Eglise, dont il reprend différents passages (en rouge, ceux qui parlent plus particulièrement de liberté). Le thème "Sauvegarder l'environnement" fait l'objet du chapitre X du compendium (articles 451 à 487). En mauve, figurent des passages qui, de mon point de vue et pour des raisons que j'expliquerai, prêtent à contestation.

451 L'expérience vive de la présence divine dans l'histoire est le fondement de la foi du peuple de Dieu (...)
La foi d'Israël vit dans le temps et dans l'espace de ce monde, perçu non pas comme un milieu hostile ou comme un mal dont il faut se libérer, mais plutôt comme le don même de Dieu, le lieu et le projet qu'il confie à la conduite responsable et au travail de l'homme. La nature, œuvre de l'action créatrice divine, n'est pas une concurrente dangereuse. Dieu, qui a fait toutes choses, pour chacune d'elle « vit que cela était bon » (Gn 1, 4.10.12.18. 21.25). Au sommet de sa création, comme quelque chose de « très bon » (Gn 1, 31), le Créateur place l'homme. Seuls l'homme et la femme, parmi toutes les créatures, ont été voulus par Dieu « à son image » (Gn 1, 27): c'est à eux que le Seigneur confie la responsabilité de toute la création, la tâche de prendre soin de son harmonie et de son développement (cf. Gn 1, 26-30). Le lien spécial du couple humain avec Dieu explique sa position privilégiée dans l'ordre de la création.

453 Le salut définitif, que Dieu offre à toute l'humanité par son propre Fils, ne s'accomplit pas en dehors de ce monde. Bien que blessé par le péché, il est destiné à connaître une purification radicale (cf. 2 P 3, 10) dont il sortira renouvelé (cf. Is 65, 17; 66, 22; Ap 21, 1), en devenant finalement le lieu où « la justice habitera » (cf. 2 P 3, 13).
Dans son ministère public, Jésus met en valeur les éléments naturels. Il est non seulement un savant interprète de la nature à travers les images qu'il aime en offrir et les paraboles, mais il est aussi celui qui la domine (cf. l'épisode de la tempête apaisée en Mt 14, 22-33; Mc 6, 45-52; Lc 8, 22- 25; Jn 6, 16-21): le Seigneur la met au service de son dessein rédempteur. Il demande à ses disciples de considérer les choses, les saisons et les hommes avec la confiance des fils qui savent ne pas pouvoir être abandonnés par un Père prévoyant (cf. Lc 11, 11-13). Loin de se faire esclave des choses, le disciple du Christ doit savoir s'en servir pour créer le partage et la fraternité (cf. Lc 16, 9-13).

456 La vision biblique inspire les comportements des chrétiens en ce qui concerne l'utilisation de la terre, ainsi que le développement de la science et de la technique.

463
Une conception correcte de l'environnement ne peut pas, d'une part, réduire de manière utilitariste la nature à un simple objet de manipulation et d'exploitation, et elle ne doit pas, d'autre part, l'absolutiser et la faire prévaloir sur la personne humaine au plan de la dignité.

465
Le Magistère souligne la responsabilité qui incombe à l'homme de préserver un environnement intègre et sain pour tous..

466
La protection de l'environnement constitue un défi pour l'humanité tout entière: il s'agit du devoir, commun et universel, de respecter un bien collectif..

467 La responsabilité à l'égard de l'environnement, patrimoine commun du genre humain, s'étend non seulement aux exigences du présent, mais aussi à celles du futur: (...)
Il s'agit d'une responsabilité que les générations présentes ont envers les générations à venir.

474 Les biotechnologies modernes ont un fort impact social, économique et politique, au plan local, national et international. Elles doivent être évaluées selon les critères éthiques qui doivent toujours orienter les activités et les rapports humains dans le domaine socio-économique et politique. Il faut avoir présent à l'esprit surtout les critères de justice et de solidarité, ..

475 Dans un esprit de solidarité internationale, différentes mesures peuvent être mises en œuvre quant à l'usage des nouvelles biotechnologies. Il faut faciliter, en premier lieu, des échanges commerciaux équitables, libres de contraintes injustes.

470 La programmation du développement économique doit considérer attentivement « la nécessité de respecter l'intégrité et les rythmes de la nature », car les ressources naturelles sont limitées et certaines ne sont pas renouvelables. (...) Toute activité économique qui se prévaut des ressources naturelles doit aussi se soucier de la sauvegarde de l'environnement et en prévoir les coûts, (...)
Une économie respectueuse de l'environnement ne poursuivra pas seulement l'objectif de la maximalisation du profit, car la protection de l'environnement ne peut pas être assurée uniquement en fonction du calcul financier des coûts et des bénéfices.
L'environnement fait partie de ces biens que les mécanismes du marché ne sont pas en mesure de défendre ou de promouvoir de façon adéquate.

473 La vision chrétienne de la création comporte un jugement positif sur la licéité des interventions de l'homme sur la nature, y compris aussi sur les autres êtres vivants, et, en même temps, un fort rappel au sens des responsabilités.

476 La solidarité comporte aussi un rappel à la responsabilité qu'ont les pays en voie de développement et, en particulier, leurs responsables politiques, de promouvoir une politique commerciale favorable à leurs peuples et les échanges de technologies capables d'améliorer leurs conditions alimentaires et sanitaires.

485
L'eau, de par sa nature même, ne peut pas être traitée comme une simple marchandise parmi tant d'autres et son usage doit être rationnel et solidaire.

487 L'attitude qui doit caractériser l'homme face à la création est essentiellement celle de la gratitude et de la reconnaissance: le monde, en effet, renvoie au mystère de Dieu qui l'a créé et le soutient. (...). Le monde s'offre au regard de l'homme comme trace de Dieu,
lieu où se révèle sa puissance créatrice, providentielle et rédemptrice. 

On trouve dans le remarquable livre du Professeur Pascal Salin, "Libéralisme", notamment au chapitre 16 ("La défense de l'environnement : bien public ou bien privé ?", une argumentation qui va à l'encontre des passages en mauve (articles 470 et 485, entre autres). J'invite mes lecteurs à lire ce livre, très clair, d'une logique irréfutable. Pascal Salin y développe l'idée que ce qui est "propriété collective" (dans le sens "propriété publique" est considéré par les individus comme n'appartenant à personne et personne ne voit donc son intérêt personnel à en prendre soin, au contraire de ce qui est propriété privée. Il explique pourquoi la protection des éléphants d'Afrique, des tortues de mer, des rhinocéros, de la forêt amazonienne, par exemple, passent par leur privatisation. Voici trois extraits du chapitre précité.

"Les tortues marines n'ont pas eu la même chance que les éléphants. En effet, il existait, il y a quelques années, deux fermes à tortues, l'une aux îles Caïmans, l'autre à Tahiti. L'intérêt de leurs propriétaires était évidemment de tout faire pour perpétuer l'espèce, en particulier en protégeant les oeufs contre les rapaces - qui suppriment environ 90% de la ponte - ou contre les humains, et en assurant le développement régulier et le renouvellement des tortues. Mais, hélas, les écologistes sont passés par là et ils ont fait interdire le commerce de l'écaille de tortue. Les fermes à tortues ont donc dû fermer, faute de débouchés. Mais cela n'empêche évidemment pas la capture illégale des rares spécimens qui subsistent. Il est maintenant presque certain, grâce à la réglementation internationale sur la protection des tortues, que celles-ci vont disparaître.
On peut multiplier les exemples, ils aboutissent tous à la même conclusion : seules l'instauration du capitalisme, c'est à dire d'un régime de droits de propriété privés, et la suppression du collectivisme permettent de défendre les espèces animales menacées et l'environnement. Et ce que l'on constate pour les espèces animales est également vrai, bien évidemment, pour les espèces végétales."

"Ainsi, il est constant de dénoncer la destruction des forêts tropicales par les grandes sociétés multinationales, symboles d'un capitalisme apatride et destructeur. Uniquement mues par le souci de maximiser leurs propres profits, elles coupent des arbres centenaires, pratiquent de larges saignées dans les forêts et, ce faisant, portent atteinte à ce "poumon de l'humanité" que seraient les forêts tropicales, en particulier la forêt amazonienne. Dans la description de ce carnage, on oublie cependant de préciser une chose, à savoir que ces grandes sociétés ne sont pas propriétaires de la forêt, mais qu'elles bénéficient seulement d'une concession accordée par le véritable propriétaire, l'Etat. De là vient tout le mal. En effet, un régime de concession n'accorde au bénéficiaire que deux attributs du droit de propriété, l'usus et le fructus, mais pas l'élément essentiel, l'abusus, qui reste aux mains de l'Etat.
Si des entreprises privées, véritablement capitalistes, pouvaient se porter acquéreurs de droits de propriété intégraux sur les forêts tropicales, les conséquences en seraient considérables. Elles seraient incitées à reconstituer et même à développer les plantations car la valeur de leurs terrains dépendrait évidemment de la valeur des arbres susceptibles d'y être coupés dans le futur."

"Quand on regarde une carte de l'évolution des forêts au cours des décennies récentes, il est frappant de constater que leur superficie a augmenté de manière significative dans certaines zones du monde et diminué fortement dans d'autres. Or cette évolution est fortement corrélée au régime juridique : la forêt a progressé là où elle est majoritairement privée, par exemple en Europe ; elle a diminué là où elle fait l'objet d'une propriété étatique, par exemple en Afrique ou en Asie"

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7 février 2008 4 07 /02 /février /2008 15:21

Je souhaite relancer un projet dont l'idée qui m'était venue à la fin du siècle dernier et que j'avais laissé de côté car me sentant trop seul pour le mettre en oeuvre.

Il s'agit de créer une organisation syndicale regroupant des personnes soucieuses de l'intérêt réel des salariés. Je parle d'intérêt réel par opposition à l'intérêt apparent, tel qu'il est défendu, en France, par les organisations syndicales dites "représentatives". Celles-ci prônent, pêle-mêle, la quasi-interdiction de licencier, la hausse continue des salaires, la limitation et la diminution du temps de travail, l'interdiction faite à ceux qui le souhaitent de travailler le dimanche, la multiplication des contraintes imposées aux employeurs, etc..

Parmi les idées de base de cette nouvelle organisation :
- salariés et employeurs ont des intérêts convergents. Ils ont besoin les uns des autres, ils souhaitent être attractifs les uns pour les autres. Entraver leur libre collaboration est immoral, cela ne respecte pas les droits naturels de chaque personne humaine. L'atteinte au "principe de subsidiarité" que constitue cette entrave est injuste et trouble de manière très dommageable l'ordre social.
- la seule véritable sécurité de l'emploi, pour les salariés, c'est celle qui résulterait d'une situation de plein emploi, d'une part, et du respect du droit de propriété des fruits de leur travail, d'autre part.
- le plein emploi ne peut-être obtenu que par le libre marché du travail, où ni l'Etat, ni les syndicats n'interviendraient de manière contraignante, au mépris de la liberté des salariés et/ou des employeurs.
- le droit de propriété des salariés sur le fruit de leur travail, en France, est piétiné : l'Etat y dépense plus de 53% de la richesse produite par les Français et les prélèvements obligatoires y représentent plus de 44% de ladite richesse.

Parmi les thèmes à développer, je suggère :
- le salaire complet (c'est ce que coûte un salarié à son employeur) doit être intégralement versé au salarié, charge à celui-ci de choisir l'assurance sociale qui lui convient ;
- mise en place du "bulletin de paie vérité" dans les entreprise, pour que les salariés prennent conscience du racket dont ils sont victimes ;
- le libre contrat de travail (le code du travail et les conventions collectives cesseraient d'être impératifs et deviendraient supplétifs) ;
- libre concurrence intégrale sur le marché du travail, celui des assurances sociales et de la plupart de ce qui est financé actuellement par l'impôt (dont l'éducation, la santé, ....) ;
- la sensibilisation des chômeurs au fait qu'il leur est interdit de faire librement concurrence aux salariés en poste, dans le secteur public, bien entendu, mais aussi dans le secteur privé (la "sécurité de l'emploi" des uns a pour contrepartie le maintien dans le chômage pour les autres) ;
- la "sécurité de l'emploi" à la française génère un chômage massif, ce qui interdit à la plupart des bénéficiaires de ladite sécurité de changer volontairement d'employeur (quel qu'en soit le motif : souhait de diversifier son expérience, de fuir un patron caractériel, de se rapprocher de son domicile ou d'un être cher..) ;
- fin de l'esclavage des employeurs (actuellement, agents, non rémunérés, du fisc, de l'Insee, de la Banque de France, de la Sécu, .. - passibles de sanctions s'ils s'exécutent mal ou trop lentement) ;
- lutte contre le racket fiscal, qui prive les salariés d'une bonne partie de la propriété du fruit de leur travail ;
- lutte pour le droit des salariés et des employeurs de faire de la discrimination à l'occasion d'une signature de contrat de travail ;
- lutte pour l'abolition des privilèges syndicaux ;
- sensibilisation aux nuisances écologiques entraînées par l'absence de libre marché du travail et par les délocalisations d'usines qui s'ensuivent.

Les moyens financiers de cette organisation proviendraient
- des cotisations des adhérents (minimum très bas) ;
- des dons des particuliers et des entreprises ;
- de la vente de prestations aux salariés et aux entreprises.
Cette organisation refuserait, bien entendu, tout financement public.

 L'idée de cette création est d'investir les lieux de travail pour y faire contrepoids à tous les adversaires de la liberté et autres partisans des privilèges.
Une organisation syndicale a pour cela, outre l'avantage d'avoir droit de cité dans les entreprises, celui de pouvoir être financée par les entreprises, contrairement aux partis politiques (le marché politique est, lui aussi, tout sauf libre : les partis au pouvoir ont compris qu'ils seraient rapidement balayés s'ils ne se finançaient pas avec de l'argent public, fruit de leur racket, et s'ils autorisaient les entreprises à financer des partis concurrents). Cela facilite l'emploi de permanents salariés, ce qui me semble être une nécessité pour mener de façon professionnelle un tel projet.

Je lance un appel à tous ceux qui pourraient m'aider, d'une manière ou d'une autre, à réaliser ce projet. Les besoins sont nombreux, en termes d'idées, de mises en contact, d'actions, ..
Les domaines de compétence concernés le sont aussi : juridique, RH, finances, organisation, marketing, commercial, NTIC, développement, formation, ..

Par avance, merci à ceux qui répondront à cet appel.

 

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4 février 2008 1 04 /02 /février /2008 11:08
Voici un témoignage bouleversant publié initialement sur le site Ladiesroom. Ce texte et les commentaires qui l'accompagnent montrent qu'à l'occasion d'un avortement, si la liberté des enfants à naître n'est JAMAIS respectée, celle de la maman ou du papa ne l'est pas toujours.

Et bien oui, cela parle de l’avortement, et à plus de deux mois de grossesse. J’ai longtemps hésité à poster ça, et puis je me suis dis que peu importe, les gens pourront dire ce qu’ils veulent, parce que personne ne pourra jamais porter un jugement sur moi qui sera pire que le mien. Et si tu veux lire quand même, ça va être long, tu seras prévenue.

Je venais d’avoir dix-sept ans, et mon bac. Et je venais aussi de découvrir que j’étais enceinte. Je ne pouvais pas avoir de bébé, mais je crois qui si mon copain avait dit “Oui” je l’aurais gardé. Mais il a dit “Non”. Je ne voulais pas prévenir mes parents, lui ne voulait pas prévenir les siens. Alors c’est sa marraine qui nous a aidés. Rendez-vous avec la psy du planning familial pour qu’elle donne son accord. Puis j’ai couru chercher mes résultats du bac. C’était le même jour. L’hopital, j’en ai toujours eu peur, et une fois là-bas, comme pour me persuader que je suis vraiment trop jeune pour être mère, tout le monde m’appelle “la gamine”. Mais la gamine elle serre les dents pour ne pas courir vers la sortie. La gamine elle pense à sa mère qui va sûrement la mettre dehors, et son copain la quitter, si elle court vraiment vers la sortie. Deux heures plus tard, c’est fini. Je me sens vide, je me sens horrible.

Ca pourrait être la fin, j’aurais vraiment aimé que ce soit la fin, mais non. Pendant 3 mois tout allait bien, j’avais arrêté de pleurer quand je voyais un bébé, j’étais en grandes vacances, je m’amusais, je mangeais des churros tous le temps, sûrement la cause de mes 3 kilos en plus. Et puis un jour, je n’ai pas eu mes règles. Panique. Non, je ne voulais pas être enceinte à nouveau, et de toute façon, je n’ai jamais oublié ma pilule. C’est juste un retard. Deux jours plus tard, j’ai une montée de lait. J’ai peur, je vais voir sur Internet. Ils disent que peut-être il me reste un bout de placenta qui libère encore des hormones. J’ai peur. Je prends rendez-vous chez la gynéco. Qui pousse un grand cri “Oulala je sais pas de combien, mais c’est 100% sûr, t’es enceinte toi”. Je ne sais pas pourquoi je n’ai plus peur. Je souris. C’est mon bébé, je ne l’ai pas tué, je suis enceinte de 5 mois et maintenant c’est fini, je ne peux plus avorter, personne ne va me dire de tuer mon bébé. Et puis tout retombe d’un coup, parce que chéri, en moins de trois secondes, est sur Internet, pour voir quels pays pratiquent l’avortement à plus de cinq mois. Je le déteste. Nouvel espoir, il n’a trouvé que la Chine. Je me dis que je vais quand même prendre rendez-vous avec la gynéco qui m’avait fait l’avortement, pour voir ce qu’elle a à dire. Je prends mes dernières échos avec moi, c’est un garçon. Elle s’écroule sur son bureau, me plaint, me dit que de toute façon, quoi qu’il se passe je souffrirai beaucoup maintenant. Et là, elle me file la doc sur une clinique espagnole, qui fait jusqu’à 5 mois et demi. “Dépêchez vous” qu’elle me dit. Mais j’ai pas envie de me dépêcher moi, tout ça va trop vite, ça ne fait même pas une semaine. Et puis maintenant je le sens bouger mon bébé, mon fils. Il était beau à l’échographie, pourquoi elle me dit ca?

Et là j’ai compris je crois, à ce moment-là, que ce ne serait pas moi qui prendrait la décision finale. Ce serait les autres, tous les autres, parce que moi, je suis incapable de la prendre. Un bébé à 17 ans, moi qui ai toujours eu de grandes ambitions pour mes études? Ou avorter alors que c’est mon bébé, que je l’aime. Je me dis que de toute façon, ma mère devra le savoir. Alors je lui en parle, un soir, dehors. La première fois que j’ai allumé une cigarette devant ma mère aussi. Et même deux. Elle était sur le point de partir, et la seule phrase que j’entends de sa bouche c’est “Soit, tu vas aller en Espagne”. J’attendais, vous savez, comme dans les films “C’est ta décision et je te soutiendrai”. Mais non, elle est partie déjà. Et moi je n’arrive même pas à pleurer. Parce que les autres ont décidé pour moi. Le lendemain matin quand je me réveille, elle a déjà appelé la clinique. Mes échos sont sur la table, elle leur a donné toutes les mensurations qu’ils demandaient. Elle me dit qu’il ne faudra pas parler de la seconde écho que j’ai eu, celle où ils estiment ma grossesse à deux semaines de plus que la première. Elle a prévenu la mère de mon copain, et elle prend un avion demain depuis les USA, où elle vit. On est samedi. Et je me sens perdue. On est samedi, et je vois aussi sur la table des billets de train pour lundi matin, pour Barcelone. Le rendez-vous, c’est pour mardi qu’elle l’a pris.

Lundi, ça ne va pas bien. Je vois cette ville, et je me dis que c’est donc là que tout va finir. On a deux chambres à l’hôtel. Je suis censée dormir avec ma mère, mon copain avec la sienne. Mais je ne peux pas. Moi je veux dormir avec lui, partager cette nuit avec lui. Pour pouvoir pleurer autant que je veux. Ma mère le prend mal, on vient me dire qu’elle pleure dans “notre” chambre en disant qu’elle n’est pas un monstre quand même, pourquoi je ne veux pas dormir avec elle. C’est trop, je cours. Je ne sais pas où. Et je reviens dans l’hôtel, je me cache dans un des salons. Je vois tout le monde courir en bas pour me chercher dans la rue. Mon copain me trouve, il me gueule dessus. Qu’est-ce que je peux être gamine parfois qu’il me dit. J’ai dormi avec lui ce soir-là, et avec sa mère aussi, parce qu’elle ne connaît pas la mienne et veut rester avec son fils. Si seulement elles avaient su, toutes les deux, à quel point cette nuit-là j’aurais voulu pouvoir pleurer librement. Alors je pleure quand même, mais en silence, la main sur mon ventre, en chuchotant à mon bébé que tout ira bien.

Le lendemain, c’est à la clinique que je dois aller. Ils ne trouvent pas mon nom sur la liste des avortements du jour. Je souris, espoir. Vite mort, ils ont finalement trouvé mon nom. Echographie, pour vérifier le stade de la grossesse. On m’aura au moins épargné l’écran, c’est ma mère qui le voit. Dans la salle d’attente, je crois que 80% des gens sont français, et que 80% sont avec leurs parents aussi, jeunes aussi. Moi, ça ne se voit pas encore, mais certaines ont un gros ventre, j’ai envie de pleurer. Parce que je me rends compte que c’est dans la clinique de la mort que je me trouve. Où on ne tue pas que des bébés, mais aussi le dernier soupçon de bonheur que peuvent avoir toutes ces filles de mon âge. Qui pleurent elles aussi, avec une cigarette dans la main elles aussi, avec leurs parents stoïques à côté elles aussi. On me donne des cachets pour provoquer des contractions, je ne les prends pas. Je les recrache discrètement. Si je dois tuer mon bébé pour eux, au moins je ne les y aiderai pas.

A ce qu’il paraît, la loi c’est que l’on doit vérifier que la fille qui se fait avorter est consciente de son choix, et que c’est le sien. Je me dis que je vais crier au monde que merde, il y a une semaine je ne savais même pas que j’étais enceinte, alors comment je pourrais être consciente de ce qu’il se passe. Mais en fait, les parents assistent aux rendez-vous, qui n’en est pas vraiment un. “Vous êtes sûre que c’est ce que vous voulez ?”. Silence. Je ne veux pas répondre. Regard glacé de ma mère. “Oui”. Et voilà, le rendez-vous avec la psy est fini. Maintenant on me change, ça parle espagnol de partout. Je panique. Je demande à ressortir, pour aller voir ma mère. On me dit que je peux, mais vite alors. Je cours dehors, je pleure, je supplie, je ne peux pas faire ça. Je le sens bouger, je veux rentrer à la maison, je trouverai un moyen. “C’est rater ta vie que tu veux ? Tu retournes là-bas et plus vite que ça”, qu’elle me dit. Je vois trouble, j’ai trop pleuré. Je regarde autour de moi. Personne ne me regarde, tout le monde pleure ici de toute façon. Alors j’y retoune, en tremblant, en serrant mon ventre aussi. On me fait me lever, on m’emmène au bloc. On me dit d’écarter les jambes, de compter jusqu’à trois.

Je me réveille. Je regarde mon ventre. Où est-ce qu’ils ont mis mon bébé? Il est où? On me lève, je suis encore dans le même bloc. Je finirai mon réveil dans ma “chambre”, qui est en fait un lit dans le couloir. Parce qu’ici c’est à la chaîne, il n’y a pas de salle de réveil. On me met un genre de couche, on me dit d’appuyer pour que le sang sorte. Et mon bébé il est où? Je suis assez réveillée pour tenir debout maintenant, mais pas pour marcher. Qu’à cela ne tienne, on me portera. Mon copain et sa mère sont arrivés à la clinique maintenant. Il me prend par les bras, m’aide à marcher, m’emmène dehors. Vers la gare, parce que le retour c’est dans trois heures. Et il est où mon bébé? Je connais la réponse, mais elle ne me convient pas. Alors je me tais, je ne pleure pas, l’ansthésie aidant surûement, et je monte dans le train. Lorsque les derniers effets de l’anesthésie s’estompent, je suis déjà en France. On me propose de jouer à la belote pendant le reste du voyage, ils me prennent pour une conne ou quoi ? Mais je joue quand même à la belote. La mère de mon copain m’emmène dans un wagon, elle me parle comme elle peut, dans son français plutot mauvais. C’est la première personne qui m’écoute vraiment, qui me parle vraiment, depuis une semaine. Elle me dit qu’elle m’a acheté du fer, parce que je vais perdre beaucoup de sang, et que le fer c’est bon pour moi. Elle me regarde et je vois dans ses yeux qu’elle, elle comprend.

De retour dans mon appart avec mon copain et sa mère. Elle prend soin de moi. Elle me fait à manger. Elle me laisse pleurer. Elle a compris que je ne veux pas sortir, non, je ne pourrais pas voir un bébé ou une femme enceinte, ce serait au-dessus de mes forces. Ma mère elle est rentrée chez elle, elle n’a pas appelé. La vie reprend son cours, mais pas pour moi. Pourquoi ils font des pubs avec des bébés à la télé? Est-ce qu’ils se rendent comptent que pour moi, c’est cruel ? Que j’ai envie d’aller aux toilettes juste après, comme par hasard. Que je saigne toujours, littéralement.

Mais je crois que le pire ce fût deux semaines plus tard, chez ma mère, dans la voiture. Qui me dit “Hier au marché, j’ai vu un nouveau-né. Et tu sais, même pour moi c’est dur de ne pas y penser”. Elle n’aurait pas été ma mère, je l’aurais tuée.

Trois ans plus tard, elle ne pleure plus. Mais moi, je ne peux toujours pas voir un nouveau-né sans penser au mien, qui ne naîtra jamais.

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