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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 21:24
marie-nolle-thabut.jpgJe suis, chaque dimanche, impressionné par la qualité des commentaires de Marie-Noëlle Thabut sur les textes que nous propose la liturgie du jour.


Ces commentaires, trouvés sur le site "Eglise catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde. Notamment, en

  • donnant des explications historiques ;

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consistera à surligner les passages qui me semblent les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Evangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté).

 

 

PREMIERE LECTURE - Michée 5, 1-4

Parole du Seigneur.
1 Toi, Bethléem Ephrata,
le plus petit des clans de Juda,
c'est de toi que je ferai sortir
celui qui doit gouverner Israël.
Ses origines remontent aux temps anciens,
à l'aube des siècles.
2 Après un temps de délaissement,
viendra un jour où enfantera
celle qui doit enfanter,
et ceux de ses frères qui resteront
rejoindront les enfants d'Israël.
3 Il se dressera et il sera leur berger
par la puissance du Seigneur,
par la majesté du nom de son Dieu.
Ils vivront en sécurité, car désormais sa puissance s'étendra
jusqu'aux extrémités de la terre,
4 et lui-même, il sera la paix !

Nous avons vu déjà souvent que les prophètes emploient deux types de langage : premier langage, les avertissements pour ceux qui se laissent aller, qui oublient l'Alliance avec Dieu et ses exigences : le prophète est là pour les avertir qu'ils sont en train de fabriquer eux-mêmes leur propre malheur... deuxième langage, les encouragements pour ceux qui essaient de rester fidèles mais qui risquent bien de se décourager à la longue. Et c'est aussi difficile d'écouter les encouragements quand on n'en peut plus que d'accepter les reproches quand ils sont mérités. Le texte que nous avons sous les yeux est bien évidemment de la deuxième veine, celle des encouragements. Où trouve-t-on la preuve qu'on est en période difficile et qu'on est bien près de se décourager ? Quand le prophète écrit « Après un temps de délaissement », il est évident qu'il fait allusion à la période qu'on est en train de vivre ; très certainement le peuple se sent délaissé par Dieu. Et il en vient à dire : toutes les belles promesses qu'on nous a répétées depuis des siècles, ce n'étaient que de belles paroles. Le roi idéal qu'on nous a promis, il n'est pas encore né ! Il ne verra jamais le jour.

De quelle période historique s'agit-il ? On ne le sait pas trop : le prophète Michée a vécu au huitième siècle dans la région de Jérusalem, à l'époque où l'empire assyrien était très inquiétant ; et les rois de l'époque ne ressemblaient guère au portrait idéal du roi-Messie qu'on attendait ; on pouvait bien se croire délaissés ; ce texte pourrait donc être de Michée. Mais, pour des quantités de raisons, de langue, de style, de vocabulaire, beaucoup pensent que ce texte, dans sa forme actuelle, est très tardif et qu'il aurait été inséré a posteriori dans le livre de Michée. A ce moment-là, les raisons du découragement seraient dans la disparition de la royauté ; depuis l'exil à Babylone, le trône de Jérusalem n'existe plus, David n'a plus de descendant ; on vit presque sans discontinuer sous domination étrangère. C'est bien à ce moment-là, justement, qu'on a éprouvé le plus urgent besoin de se rappeler les promesses concernant le Messie.

Notre prophète (que ce soit Michée ou un autre ne change pas le sens) répond : vous vous croyez délaissés, mais pourtant, soyez bien certains que le projet de Dieu se réalisera. Le Messie naîtra : « Après un temps de délaissement, viendra un jour où enfantera celle qui doit enfanter ». En français, cette phrase pourrait sembler du fatalisme ; mais c'est tout le contraire : « viendra un jour où enfantera celle qui doit enfanter », cela signifie que cela doit arriver, ce n'est pas une nécessité, c'est une certitude. Simplement parce que Dieu l'a promis. « Celle qui doit enfanter », cela veut dire : celle qui est prévue pour cela dans le plan de Dieu. Et alors, il faut comprendre que le temps de délaissement apparent qu'on est en train de vivre n'est qu'un moment dans le déroulement de l'histoire humaine.

Pourquoi cette insistance sur Bethléem ? « Toi, Bethléem Ephrata, le plus petit des clans de Juda, c'est de toi que je ferai sortir celui qui doit gouverner Israël. » Il y a deux raisons : premièrement, on sait que le Messie doit être de la descendance de David ; or c'est à Bethléem que le prophète Samuel était venu, sur ordre de Dieu, choisir un roi parmi les huit fils de Jessé... Donc, pour des oreilles habituées, le seul nom de Bethléem évoquait la promesse du Messie.

Deuxièmement, le contraste est voulu entre la grande et orgueilleuse Jérusalem et l'humble bourgade de Bethléem : « le plus petit des clans de Juda ». Un prophète ne peut pas manquer d'épingler cela ! C'est dans la petitesse, la faiblesse que la puissance de Dieu se manifeste. Selon sa méthode habituelle, Dieu choisit les petits pour faire de grandes choses. Et ce n'est sûrement pas par hasard que le prophète accole le nom Ephrata à celui de Bethléem : car Ephrata signifie « féconde » ; ce nom était en fait le nom d'un clan seulement parmi tous ceux qui étaient installés dans la région de Bethléem ; mais, désormais, c'est Bethléem tout entière qui sera appelée « féconde ».

Cette prophétie de Michée sur la naissance du Messie à Bethléem était certainement bien connue du peuple juif. La preuve en est que, dans l'épisode des rois Mages (Mt 2, 6), Matthieu nous rapporte que les scribes ont cité au roi Hérode la phrase de Michée pour guider la route des Mages vers Bethléem. Mais qui s'est souvenu ensuite que Jésus était bien né à Bethléem ? Pour beaucoup des contemporains de Jésus, il était le Nazaréen ; pour ceux-là, il était impensable que ce Galiléen soit le Messie. On en a la preuve dans l'évangile de Jean par exemple : quand on a commencé à se poser sérieusement des questions au sujet de Jésus, quand certains ont commencé à dire « il est peut-être le Christ ? », on répondait : « Mais voyons... le Christ ne peut pas venir de Galilée, Michée l'a bien dit... » ; voici ce passage : « Parmi les gens de la foule qui avaient écouté les paroles de Jésus, les uns disaient : Vraiment, voici le Prophète ! D'autres disaient : le Christ, c'est lui. Mais d'autres encore disaient : le Christ pourrait-il venir de Galilée ? L'Ecriture ne dit-elle pas qu'il sera de la lignée de David et qu'il viendra de Bethléem, la petite cité dont David était originaire ? C'est ainsi que la foule se divisa à son sujet. » (Jn 7, 40 - 43).

Revenons aux paroles de Michée ; il reprend les termes de la fameuse promesse, toujours la même, répétée au long des siècles depuis David : un roi naîtra dans la descendance de David ; tel un berger, il fera régner la justice et la paix. Et pas seulement sur Jérusalem : le prophète insiste comme à plaisir sur l'extension de la paix promise : c'est l'humanité tout entière qui est concernée dans l'espace et dans le temps : dans l'espace « Ils vivront en sécurité, car désormais sa puissance s'étendra jusqu'aux extrémités de la terre »... dans le temps puisque « ses origines remontent aux temps anciens, à l'aube des siècles ». Le dessein bienveillant de Dieu est vraiment pour tous les hommes de tous les temps !

***
NB : la note d'universalisme très marquée au verset 3 s'explique mieux si cette prédication (insérée dans le livre de Michée) n'est pas du prophète Michée lui-même (au 8ème siècle av.J.C.), mais d'un disciple postérieur : car l'universalisme du projet de Dieu (tout comme le monothéisme strict dont il est le corollaire) n'a été compris que pendant l'Exil à Babylone probablement

PSAUME 101 ( 102 )

2 Berger d'Israël, écoute,
toi qui conduis ton troupeau, resplendis !
3 Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.

15 Dieu de l'univers, reviens !
Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
16 celle qu'a plantée ta main puissante.

18 Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l'homme qui te doit sa force.
19 Jamais plus nous n'irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !

« Jamais plus nous n'irons loin de toi : fais-nous vivre et invoquer ton nom ! » Cette simple phrase nous dit que nous sommes dans une liturgie pénitentielle. Le « jamais plus » est évidemment une résolution : « Jamais plus nous n'irons loin de toi », cela veut dire que le peuple reconnaît ses infidélités et il considère que ses malheurs présents en sont la conséquence. Le reste du psaume détaillera ces malheurs, mais déjà, sans aller chercher plus loin, nous lisons « Réveille ta vaillance et viens nous sauver », une phrase qu'on ne dirait pas si on n'expérimentait pas cruellement le besoin d'être sauvé.

Dans cette prière, on évoque deux titres de Dieu : il est le berger d'Israël, il en est aussi le vigneron. Deux images de sollicitude, d'attention constante ; deux images évidemment inspirées par la vie quotidienne en Palestine, où, aux temps bibliques, les bergers et les vignerons étaient bien présents dans la vie économique. Faute de temps, je parlerai seulement de l'image de la vigne dans l'Ancien Testament.

« Dieu de l'univers, reviens ! Du haut des cieux, regarde et vois : visite cette vigne, protège-la, celle qu'a plantée ta main puissante. » Le texte le plus évocateur sur ce thème (et visiblement notre psaume s'en est inspiré), c'est le chant de la vigne chez Isaïe : « Que je chante pour mon ami le chant du bien-aimé et de sa vigne : mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau plantureux. Il y retourna la terre, enleva les pierres, et installa un plant de choix. Au milieu, il bâtit une tour et il creusa aussi un pressoir. » (Is 5, 1-2d). (On pense généralement que ce chant de la vigne chez Isaïe s'inspire d'un chant populaire, qu'on chantait dans les mariages comme modèle de sollicitude du jeune marié pour sa bien-aimée.)

En écho, dans des versets que nous ne lisons pas ce dimanche, notre psaume développe la comparaison ; la sollicitude de Dieu pour son peuple y est comparée à celle du vigneron pour sa vigne : « La vigne que tu as prise à l'Egypte, tu la replantes en chassant des nations. Tu déblaies le sol devant elle, tu l'enracines pour qu'elle envahisse le pays. Son ombre couvrait les montagnes, et son feuillage les cèdres géants ; elle étendait ses sarments jusqu'à la mer, et ses rejets jusqu'au Fleuve. » (v. 9-12). On a ici l'évocation des heures de gloire d'Israël : les débuts du peuple, avec la sortie d'Egypte, l'Exode, l'entrée en terre Promise, l'Alliance de Dieu avec les douze tribus, la conquête progressive de la terre... et surtout, l'ascension irrésistible de ce peuple parti de rien ! Et cette aventure extraordinaire, ce peuple sait bien que c'est à son Dieu qu'il la doit, à sa Présence continuelle, à sa sollicitude. C'est lui, réellement, qui a fait naître et grandir son peuple avec un soin jaloux. Et la croissance a été telle qu'on peut réellement parler d'heures de gloire : « Son ombre couvrait les montagnes, et son feuillage les cèdres géants ; elle étendait ses sarments jusqu'à la mer, et ses rejets jusqu'au Fleuve », c'est une évocation des conquêtes de David qui a considérablement repoussé les frontières de son royaume.

Seulement voilà : la lune de miel n'a pas duré ; chez Isaïe, déjà, la chanson racontait un amour heureux au début, mais finalement malheureux : la bien-aimée a été infidèle. Que disait l'amoureux déçu ? Voici la suite du chant de la vigne chez Isaïe : « Il en attendait de beaux raisins, il n'en eut que de mauvais. Et maintenant, habitants de Jérusalem et gens de Juda, soyez donc juges entre moi et ma vigne. Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n'ai fait ? J'en attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle produit de mauvais ? (Is 5, 2 - 4). Et l'on connaît la fin de la chanson, le vigneron en colère abandonne sa vigne : « Je vais vous apprendre ce que je vais faire de ma vigne : enlever sa clôture pour qu'elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu'elle soit piétinée. J'en ferai une pente désolée : elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j'interdirai aux nuages d'y faire tomber la pluie. » (Is 5, 5 - 6).
Dans ce psaume, c'est la même histoire d'un amour trompé ; bien sûr, quand il s'agit d'Israël, ce qu'on appelle ses infidélités, ce sont l'idolâtrie et tous les manquements à la Loi de Dieu. Et, là encore cela n'a pas été sans conséquences : à entendre en entier notre psaume d'aujourd'hui, le malheur est arrivé.

Voici quelques versets : « Pourquoi as-tu percé sa clôture ? Tous les passants y grappillent en chemin ; le sanglier des forêts la ravage et les bêtes des champs la broutent. » (v. 13-14). Et, un peu plus loin : « La voici détruite, incendiée (v. 17), ailleurs encore : « Tu fais de nous la cible des voisins : nos ennemis ont vraiment de quoi rire ! » (v. 7). Traduisez : nous sommes en période d'occupation étrangère, les animaux qui dévastent la vigne (et les sangliers, comme les porcs, étaient des animaux impurs), ce sont les puissances étrangères, les ennemis du moment. De quels ennemis s'agit-il précisément ? L'histoire ne le dit pas. En tout cas, il est clair qu'Israël reconnaît une faute et pense être châtié par Dieu ; le psaume implore son pardon en disant : « Vas-tu longtemps encore opposer ta colère aux prières de ton peuple, le nourrir du pain de ses larmes, l'abreuver de larmes sans mesure ? » (v. 5-6).

Cette image d'un Dieu qui punit nous heurte aujourd'hui, parce que, grâce à la pédagogie patiente de Dieu, nous avons progressé dans la Révélation : alors que ce psaume, évidemment, reflète l'état de la réflexion théologique à l'époque où il a été écrit. A cette époque-là, on considère que tout vient de Dieu, le bonheur comme le malheur. Plus tardivement on découvrira que Dieu respecte tellement la liberté de l'homme qu'il ne tire pas toutes les ficelles de l'histoire.

Quoi qu'il en soit, ce psaume nous donne une magnifique leçon de foi et d'humilité : le peuple reconnaît ses infidélités et prend la ferme résolution de ne pas les répéter : « Jamais plus nous n'irons loin de toi ». En même temps c'est vers Dieu aussi qu'il se tourne pour demander la force de la conversion : « Fais-nous vivre et invoquer ton nom. »

DEUXIEME LECTURE - Hébreux 10, 5-10

Frères,
5 en entrant dans le monde,
le Christ dit, d'après le Psaume :
Tu n'as pas voulu de sacrifices ni d'offrandes,
mais tu m'as fait un corps.
6 Tu n'as pas accepté les holocaustes
ni les expiations pour le péché ;
7 alors je t'ai dit :
Me voici, mon Dieu,
je suis venu pour faire ta volonté,
car c'est bien de moi que parle l'Ecriture.
8 Le Christ commence donc par dire :
Tu n'as pas voulu ni accepté
les sacrifices et les offrandes,
les holocaustes et les expiations pour le péché
que la Loi prescrit d'offrir.
9 Puis il déclare :
Me voici, je suis venu pour faire ta volonté.
Ainsi, il supprime l'ancien culte pour établir le nouveau.
10 Et c'est par cette volonté de Dieu que nous sommes sanctifiés,
grâce à l'offrande que Jésus a faite de son corps,
une fois pour toutes.

Par deux fois, dans ces quelques lignes, nous avons entendu la même phrase : « Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté » ; elle est extraite du psaume 39 (40). Quelques mots, d'abord, sur ce psaume : c'est un psaume d'action de grâces ; il commence par décrire le danger mortel auquel le peuple d'Israël a échappé : « D'un grand espoir j'espérais le Seigneur : il s'est penché vers moi pour entendre mon cri. Il m'a tiré de l'horreur du gouffre, de la vase et de la boue ; il m'a fait reprendre pied sur le roc, il a raffermi mes pas. » Ce dont il est question ici, c'est la sortie d'Egypte ! Et c'est pour cette libération qu'on rend grâce. Le psaume continue : « Dans ma bouche, il a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu. » Et un peu plus loin : « Tu n'as pas voulu de sacrifices ni d'offrandes, mais tu m'as fait un corps. Tu n'as pas accepté les holocaustes ni les expiations pour le péché ; alors je t'ai dit : Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté ». Traduisez : la meilleure manière de rendre grâce à Dieu, ce n'est pas de lui offrir des sacrifices, c'est de nous rendre disponibles pour faire sa volonté.

Car, en définitive, ce « me voici », c'est la seule réponse que Dieu attend du coeur de l'homme ; c'est le fameux « me voici » des grands serviteurs de Dieu ; c'est celui d'Abraham, pour commencer, au moment du sacrifice d'Isaac ; entendant la voix de Dieu qui l'appelait, il a répondu simplement « me voici » ; et cette disponibilité du patriarche a toujours été donnée en exemple aux fils d'Israël : l'épisode que nous appelons le « sacrifice d'Isaac » (Gn 22) est considéré comme un modèle alors qu'on sait bien qu'Isaac n'a pas été immolé ; preuve qu'on a compris depuis longtemps que la disponibilité vaut mieux que tous les sacrifices.

Un autre célèbre « me voici », ce fut celui de Moïse au buisson ardent ; et cette disponibilité a suffi à Dieu pour faire de ce berger qui se disait bègue le grand chef de peuple qu'il est devenu.

Quelques siècles plus tard, au temps des Juges, un autre « Me voici » fut celui du petit Samuel, celui qui devait devenir un grand prophète du peuple d'Israël. Rappelez-vous le récit de sa vocation : il avait été consacré par ses parents au service de Dieu dans le sanctuaire de Silo auprès du prêtre Eli, et il habitait avec le vieux prêtre. Une nuit, il avait entendu à plusieurs reprises une voix qui l'appelait ; ce ne pouvait être que le prêtre, bien sûr ; et par trois fois, l'enfant s'était levé précipitamment pour répondre au prêtre « tu m'as appelé, me voici ». Et celui-ci, chaque fois, répondait « mais non, je ne t'ai pas appelé ». A la troisième fois, le prêtre avait compris que l'enfant ne rêvait pas et lui avait donné ce conseil : « la prochaine fois que la voix t'appellera, tu répondras Parle Seigneur, ton serviteur écoute. » (1 S 3, 1-9). Et Samuel est resté dans la mémoire d'Israël comme un modèle de disponibilité à la volonté de Dieu. C'est lui qui, quelques années après cette nuit mémorable, devenu adulte, a osé dire au premier roi d'Israël (Saül) cette phrase superbe : « Le Seigneur aime-t-il les holocaustes et les sacrifices autant que l'obéissance à la parole du Seigneur ? Non ! L'obéissance est préférable au sacrifice, la docilité à la graisse des béliers. » (1 S 15, 22). L'idéal de Samuel c'était tout simplement d'être un humble serviteur de Dieu, ce qu'il fut pendant de nombreuses années.

Et vous savez bien que le titre de « serviteur » de Dieu est le plus beau compliment que l'on puisse faire à un croyant dans la Bible. Au point que, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, dans les pays de langue grecque, on aimait donner à son enfant le prénom de « Christodule » (christodoulos) qui veut dire « serviteur du Christ » ! (Il y a un monastère de saint Christodule à Patmos, par exemple).

Cette insistance sur la disponibilité nous donne une double leçon à la fois très encourageante et terriblement exigeante : si Dieu ne sollicite que notre disponibilité, cela signifie que chacun, chacune de nous, tels que nous sommes, peut être utile pour le Royaume de Dieu ; voilà qui est encourageant et merveilleux. Mais, deuxième conséquence, cela veut dire également que, lorsqu'un engagement de service nous est demandé, nous ne pourrons plus jamais nous abriter derrière nos arguments habituels : notre ignorance, notre incompétence ou notre indignité !

L'auteur de la Lettre aux Hébreux connaît ce psaume et il sait bien qu'il parle au nom du peuple tout entier ; mais il l'applique à Jésus-Christ, car personne mieux que lui ne peut dire en toute vérité : « Tu n'as pas voulu de sacrifices ni d'offrandes, mais tu m'as fait un corps. Tu n'as pas accepté les holocaustes ni les expiations pour le péché ; alors je t'ai dit : Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté, car c'est bien de moi que parle l'Ecriture. » Notons bien que la disponibilité du Christ à la volonté du Père ne commence pas au soir du Jeudi-Saint. Ce n'est donc pas seulement la mort du Christ qui est la matière de son offrande, mais sa vie tout entière, l'amour donné à tous au jour le jour, depuis le début de sa vie : « En entrant dans le monde, le Christ dit... tu m'as fait un corps... me voici. » (v. 5-7 citant le psaume 39/40).

Désormais, bien sûr, le Corps du Christ, que nous sommes, n'a rien d'autre à faire que de continuer chaque jour à dire « me voici »... (et à agir en conséquence évidemment).

***

« La disponibilité vaut mieux que tous les sacrifices » : cette formule hébraïque ne signifie pas que l'on devrait supprimer les sacrifices ; mais que ceux-ci perdent leur sens s'ils ne sont pas accompagnés par une vie de disponibilité et de service de Dieu et des hommes.

Dans un contexte de lutte contre les idoles, on parlait aussi du « sacrifice des lèvres » ; c'est-à-dire une prière et une louange adressées au seul Dieu d'Israël. Parce que cela pouvait bien arriver qu'on offre de coûteux sacrifices au temple de Jérusalem tout en faisant par derrière (si j'ose dire) des prières à d'autres dieux ; si cela ne fait pas de bien, cela ne fait pas de mal, comme on dit ; les prophètes étaient très sévères là-dessus, parce que cela fait du mal justement, contrairement à ce qu'on croit ! Offrir à Dieu le « sacrifice des lèvres » c'était lui appartenir sans partage. Et cela valait mieux, on le savait, que tous les sacrifices d'animaux. Il suffit de lire Osée par exemple : « En guise de taureaux, nous t'offrirons en sacrifice les paroles de nos lèvres. » (Os 14,3). Et en écho le psaume 50 : « Offre à Dieu la louange comme sacrifice et accomplis tes voeux envers le Très-Haut... Qui offre la louange comme sacrifice me glorifie. » (Ps 50, 14. 23).

En matière de disponibilité comme unique condition pour le service de Dieu, on en a un bel exemple avec l'histoire de Jacob : ce n'était pas un « enfant de choeur », et le récit biblique ne fait rien pour atténuer sa malhonnêteté parfois ! Mais il avait une qualité majeure, la soif de Dieu. C'est cela qui lui a permis d'entrer dans la grande chaîne des serviteurs du projet de Dieu. .

EVANGILE - Luc 1, 39-45

39 En ces jours-là,
Marie se mit en route rapidement
vers une ville de la montagne de Judée.
40 Elle entra dans la maison de Zacharie
et salua Elisabeth.
41 Or, quand Elisabeth entendit la salutation de Marie,
l'enfant tressaillit en elle.
Alors Elisabeth fut remplie de l'Esprit Saint,
42 et s'écria d'une voix forte :
« Tu es bénie entre toutes les femmes,
et le fruit de tes entrailles est béni.
43 Comment ai-je ce bonheur
que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ?
44 Car, lorsque j'ai entendu tes paroles de salutation,
l'enfant a tressailli d'allégresse au-dedans de moi.
45 Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles
qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Nous sommes encore au tout début de l'évangile de Luc ; il y a eu, d'abord, les deux récits d'Annonciation : à Zacharie pour la naissance de Jean-Baptiste, puis à Marie pour la naissance de Jésus ; et voici ce récit que nous appelons couramment la « Visitation ». Tout ceci a plutôt les apparences d'un récit de famille, mais il ne faut pas s'y tromper : en fait, Luc écrit une oeuvre éminemment théologique ; il faut certainement donner tout son poids à la phrase centrale de ce texte : « Elisabeth fut remplie de l'Esprit Saint, et s'écria d'une voix forte » ; cela veut dire que c'est l'Esprit Saint en personne qui parle pour annoncer dès le début de l'Evangile ce qui sera la grande nouvelle de l'évangile de Luc tout entier : celui qui vient d'être conçu est le « Seigneur ».

Et quelles sont ces paroles que l'Esprit inspire à Elisabeth ? « Tu es bénie »... « le fruit de tes entrailles est béni » : ce qui veut dire Dieu agit en toi et par toi et Dieu agit en ton fils et par ton fils. Comme toujours l'Esprit Saint est celui qui nous permet de découvrir dans nos vies et celle des autres, tous les autres, la trace de l'oeuvre de Dieu.

Luc n'ignore sûrement pas non plus que la phrase d'Elisabeth « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. » reprend au moins partiellement une phrase de l'Ancien Testament. C'est dans le livre de Judith (Jdt 13,18-19) : quand Judith revient de l'expédition dans le camp ennemi, où elle a décapité le général Holopherne, elle est accueillie dans son camp par Ozias qui lui dit : « tu es bénie entre toutes les femmes et béni est le Seigneur Dieu ». Marie est donc comparée à Judith : et le rapprochement entre ces deux phrases suggère deux choses : la reprise de la formule « tu es bénie entre toutes les femmes » laisse entendre que Marie est la femme victorieuse qui assure à l'humanité la victoire définitive sur le mal ; quant à la finale (pour Judith « béni est le Seigneur Dieu » et pour Marie « le fruit de tes entrailles est béni »), elle annonce que le fruit des entrailles de Marie est le Seigneur lui-même. Décidément, ce récit de Luc n'est pas seulement anecdotique !
Au passage, on ne peut pas s'empêcher de comparer la force de parole d'Elisabeth au mutisme de Zacharie ! Parce qu'elle est remplie de l'Esprit Saint, Elisabeth a la force de parler ; tandis que, vous vous en souvenez, Zacharie ne savait plus parler après le passage de l'ange parce qu'il avait douté des paroles qui lui annonçaient la naissance de Jean-Baptiste.

Quant au futur Jean-Baptiste, lui aussi, il manifeste sa joie : Elisabeth nous dit qu'il « tressaille d'allégresse » dans le sein de sa mère dès qu'il entend la voix de Marie. Il faut dire que lui aussi est rempli de l'Esprit Saint : rappelez-vous les paroles de l'ange à Zacharie : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta prière a été exaucée. Ta femme Elisabeth t'enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jean. Tu en auras joie et allégresse et beaucoup se réjouiront de sa naissance... il sera rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère. »

Je reviens aux paroles d'Elisabeth : « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? » ; elle aussi nous renvoie à un épisode de l'Ancien Testament : l'arrivée de l'arche d'Alliance à Jérusalem (2 Sam 6, 2-11) ; lorsque David se fut installé comme roi à Jérusalem, lorsqu'il eut un palais digne du roi d'Israël, il envisagea de faire monter l'Arche d'Alliance dans cette nouvelle capitale. Mais il était partagé entre la ferveur et la crainte ; il y eut donc une première étape dans l'enthousiasme et la joie : « David réunit toute l'élite d'Israël, trente mille hommes. David se mit en route et partit, lui et tout le peuple qui était avec lui... pour faire monter l'arche de Dieu ... On chargea l'arche de Dieu sur un chariot neuf... David et toute la maison d'Israël s'ébattaient devant le Seigneur au son de tous les instruments... des cithares, des harpes, des tambourins, des sistres et des cymbales... ». Mais là se produisit un incident qui rappela à David qu'on ne met pas impunément la main sur Dieu : un homme qui avait mis la main sur l'arche sans y être habilité mourut aussitôt.

Alors, chez David la crainte l'emporta et il dit « comment l'Arche du Seigneur pourrait-elle venir chez moi ? » Du coup le voyage s'arrêta là : David crut plus prudent de renoncer à son projet et remisa l'Arche dans la maison d'un certain Oved-Edom où elle resta trois mois. Mais là, il se produit du nouveau : la rumeur publique disait que la présence de l'arche apportait le bonheur à cette maison. Voilà David rassuré. Du coup, il se décida à faire venir l'arche à Jérusalem. La Bible raconte : « David et toute la maison d'Israël faisaient monter l'arche du Seigneur parmi les ovations et au son du cor. » Au comble de la joie et de l'émotion, David dansait devant l'arche : on nous dit qu'il « tournoyait de toutes ses forces devant le Seigneur... »
On peut penser que Luc a été heureux d'accumuler dans le récit de la Visitation les détails qui rappellent ce récit de la montée de l'arche à Jérusalem : les deux voyages, celui de l'Arche, celui de Marie se déroulent dans la même région, les collines de Judée ; l'Arche entre dans la maison d'Oved-Edom et elle y apporte le bonheur (2 S 6,12), Marie entre dans la maison de Zacharie et Elisabeth et y apporte le bonheur ; l'Arche reste trois mois dans cette maison d'Oved-Edom, Marie restera trois mois chez Elisabeth ; enfin David dansait devant l'Arche (le texte nous dit qu'il « sautait et tournoyait ») (2 S 6,16), et Luc note que Jean-Baptiste « bondit de joie » devant Marie qui porte l'enfant.

Tout ceci n'est pas fortuit, évidemment. Luc nous donne de contempler en Marie la nouvelle Arche d'Alliance. Or l'Arche d'Alliance était le lieu de la Présence de Dieu. Marie porte donc en elle mystérieusement, cette Présence de Dieu ; désormais Dieu habite notre humanité : « Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous. »

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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 17:56
C'est le titre du chant d'entrée que nous avons repris ce matin à la messe, à Ozoir-la-Ferrière, et dont voici la première strophe :

Dieu, qui nous appelles à vivre
aux combats de la liberté (bis),
Pour briser nos chaînes,
fais en nous ce que tu dis !
Pour briser nos chaînes,
fais jaillir en nous l'Esprit !
 
Plus tard, nous avons acclamé l'Evangile : "Ta parole, Seigneur, nous libère, ..."

Ces chants rejoignent les commentaires de Marie-Noëlle Thabut, dont j'avais déjà parlé dans un précédent article

"Je reviens sur la phrase « Dieu nous a sauvés » : dans la Bible, le mot « sauver » veut toujours dire « libérer » ; il a fallu toute la découverte progressive de cette réalité par le peuple de l’Alliance : Dieu veut l’homme libre et il intervient sans cesse pour nous libérer de toute forme d’esclavage ; des esclavages, l’humanité en subit de toute sorte : esclavages politiques comme la servitude en Egypte, ou l’Exil à Babylone, par exemple, et chaque fois, Israël a reconnu dans sa libération l’oeuvre de Dieu ; esclavages sociaux et la loi comme les prophètes appellent sans cesse à la conversion des coeurs pour que tout homme ait les moyens de subsister dignement et librement ; esclavages religieux, plus pernicieux encore ; la phrase célèbre « Liberté, combien de crimes a-t-on commis en ton nom ! « pourrait se dire encore plus scandaleusement « Religion, combien de crimes a-t-on commis en ton nom ! » ... Et les prophètes sont terribles là-dessus, pour interdire et chasser toutes les formes d’idolâtrie : cela n’a pas d’autre but que de nous libérer.

Le dernier esclavage, enfin, le plus terrible, est celui de la mort. Vous connaissez le psaume 109 / 110 qui annonce le Messie comme un roi victorieux sur tous ses ennemis et Paul l’applique à Jésus en disant sa victoire sur la mort ; le psaume 109 dit : « Le Seigneur a dit à mon seigneur (c’est-à-dire au Messie) Siège à ma droite, que je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds » ; et Paul complète dans la première lettre aux Corinthiens « le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort » (1 Co 15, 25-26)."

"... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris".

Dans les commentaires que fait Marie-Noëlle Thabut des lectures de ce 5e dimanche de Carême, certains complètent, précisent les citations ci-dessus :

"Cette certitude que Dieu n’abandonne jamais l’homme n’est pas née d’un coup ; elle s’est développée au rythme des événements concrets de l’histoire du peuple élu. L’expérience historique de l’Alliance est ce qui nourrit la foi d’Israël. Or l’expérience d’Israël est celle d’un Dieu qui libère l’homme, qui veut l’homme libre de toute servitude, qui intervient sans cesse pour le libérer ; un Dieu fidèle qui ne se reprend jamais. C’est cette foi qui guide toutes les découvertes d’Israël ; elle en est le moteur.

Quelques siècles plus tard (vers 165 av.J.C .), ces deux éléments conjugués, foi en un Dieu qui libère sans cesse l’homme, découverte de la valeur de toute personne humaine, ont abouti à la foi en la résurrection individuelle ; au terme de cette double évolution, il paraîtra évident que Dieu libèrera l’individu de l’esclavage le plus terrible, définitif de la mort. Cette découverte est si tardive dans le peuple juif qu’au temps du Christ, cette foi n’est pas encore partagée par tout le monde puisqu’on désigne les Sadducéens par cette précision « ceux qui ne croient pas à la résurrection »."


"« Près de toi est le pardon pour que l’homme te craigne » : cette formule très ramassée dit quelle doit être l’attitude du croyant face à ce Dieu qui n’est que don et pardon. Nous trouvons là encore une définition de la « crainte de Dieu » : ce n’est pas la crainte du châtiment ; toute la pédagogie de Dieu au long de l’histoire biblique cherche à nous libérer de toute peur ; car la peur n’est pas une attitude d’homme libre et Dieu veut nous libérer totalement ; la « crainte de Dieu » au sens biblique, c’est une adoration pleine d’émerveillement devant la Toute-Puissance de Dieu faite seulement d’amour. « Craindre » le Seigneur, c’est l’adorer et lui faire tellement confiance qu’on fera tout son possible pour obéir à sa loi dans la certitude que cette Loi n’est dictée que par son amour paternel.

Cette certitude du PAR-DON, du DON toujours acquis au-delà de toutes les fautes inspire à Israël une attitude d’espérance extraordinaire. Israël repentant attend son pardon « plus sûrement qu’un veilleur n’attend l’aurore ». « C’est Lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes » : nous rencontrons régulièrement dans les textes bibliques des expressions similaires. Elles annoncent à Israël sa libération définitive, la libération de toutes les fautes de tous les temps."

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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 23:33
Parmi mes amis libéraux, plusieurs m'ont fait part de leur scepticisme quant à la compatibilité entre la doctrine sociale de l'Eglise catholique et la pensée libérale.

Ainsi, Vincent m'écrivait-il : "Vu de l'extérieur (je ne suis pas catholique ni autre religion), à la télé et aux quelques mariages et enterrements auxquels j'ai pu assister, l'Eglise catholique française me donne l'impression d'avoir un discours de misérabilisme, genre, la pauvreté, c'est bien, le dénuement, c'est rejoindre le Christ. Je n'ai pas entendu de choses qui disent 'ta vie, c'est ta responsabilité, bouge toi'. De l'abbé Pierre à soeur Terresa ou l'autre prêtre ouvrier qui était à la mode et qui passait à la télé en blouson en cuir (Vincent pensait probablement au père Guy Gilbert), dans tout ça, j'ai du mal à voir le libéralisme.
En même temps, il m'a semblé que Jean-Paul II ou Benoît XVI, ça semble plus parler d'invididu responsable.
Alors, je me demandais s'il n'y a pas des catholiques étatistes et des catholiques libéraux ? Et comme dans tout le reste, le catholicisme français penche plutôt à gauche."

Christophe, baptisé et ayant fait sa 1ère communion, m'écrit, quant à lui :
"Je suis allé à de nombreux mariages où j'ai entendu des choses incroyables. Du genre: 
- Si X et Y se marient aujourd'hui, ce n'est pas parce qu'ils l'ont décidé mais parce que Dieu l'a décidé
- Quoi que nous fassions, rien n'est de notre fait
- Nous ne sommes que des agneaux irresponsables guidés par Dieu
Avec un tel état d'esprit, on peut se demander comment Dieu pourrait juger les hommes s'ils ne sont responsables de rien." 

J'entends moi aussi, régulièrement, des chrétiens dire les pires âneries. Elles viennent de chrétiens de base, mais aussi de prêtres ou d'évêques. La plupart d'entre eux ont une culture économique consternante, comme la plupart des Français, et ils répètent les sornettes proférées par la classe politico-médiatique ou par les enseigants. Cela donne :
(Un prêtre, durant son homélie) : "Bien sûr, il n'est pas question pour moi de critiquer les décisions du gouvernement. Les lois votées sont sûrement toutes bonnes"
(Un autre prêtre, durant son homélie) : "S'il y a des riches, ils le sont forcément devenus au détriment des pauvres"
Un évêque, alors que je lui demandais "Quelle image du libéralisme les prêtres ont-ils ?" me répondit "Pour la plupart d'entre eux, le libéralisme, c'est le règne du fric, l'argent-roi"

Je constate que certains aspects de la doctrine sociale de l'Eglise (sur la vie économique, le travail humain, les principes fondamentaux, le sous-développement, ..) sont méconnus de l'immense majorité des catholiques, clergé compris.

J'ai découvert, il y a quelques semaines, que les
commentaires de Marie-Noëlle Thabut sur les textes de la liturgie dominicales, que j'écoute parfois sur Radio Notre-Dame, le dimanche de 8 heures à 8 heures 30, sont maintenant disponibles (pendant deux semains environ) sur Internet. Je trouve ces commentaires remarquables, en ce sens qu'ils donnent des explications sur le contexte historique, d'autres sur le sens à donner à certains mots, d'autres enfin sur le sens général des lectures, l'interprétation à leur donner.
Cette femme insiste régulièrement sur le fait que le Dieu des chrétiens est un Dieu qui veut la liberté des hommes. Prenons deux exemples, précédés par un commentaire qui me semble fondamental : celui de la 2e lecture du 2e dimanche de l'Avent - A (Romains 15, 4 - 9).

" Voilà une phrase à écrire en lettres d’or : « Frères, tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire afin que nous possédions l’espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l’Ecriture. »

- Etre convaincu que l’Ecriture n’a qu’un but, celui de nous instruire, qu’elle est pour nous source de persévérance et de courage, c’est la seule clé pour l’aborder. A partir du moment où nous abordons la Bible avec cet a priori positif, les textes s’éclairent. Pour le dire autrement, l’Ecriture est toujours Bonne Nouvelle ; concrètement, cela veut dire que si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c’est que nous ne les avons pas compris. Ce n’est pas un péché de ne pas comprendre, il faut seulement continuer à travailler pour découvrir la Bonne Nouvelle qui est toujours dans l’Ecriture.

- Quand nous acclamons la Parole de Dieu à la Messe, ou bien quand nous disons « Evangile, (c’est-à-dire Bonne Nouvelle) de Jésus-Christ notre Seigneur », ce n’est pas une simple façon de parler. C’est le contenu même de notre foi ; comme dirait La Fontaine « Un trésor est caché dedans » ; à nous de creuser le texte pour le découvrir.

- Pas étonnant que l’Ecriture nourrisse notre espérance puisqu’elle n’a en définitive qu’un seul sujet, l’annonce du fantastique projet de Dieu, ce que Paul appelle le « dessein bienveillant de Dieu », c’est-à-dire la parole d’amour de Dieu à l’humanité.

Exemple 1, au sujet de la première lecture du 3e dimanche de l'avent :
"(...) Et tout cela sera l’oeuvre de Dieu : « Il vient lui-même et va vous sauver... » ; c’est cette œuvre de salut que le prophète appelle « la gloire de Dieu ». Il dit : « On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. » Et Isaïe continue : « Ils reviendront les captifs rachetés par le Seigneur » ; et l’on sait que le mot « rachetés », dans la Bible, veut dire « libérés » ; tout comme le mot « rédemption » signifie « libération ».

La Loi juive prévoyait une règle qu’on appelait le « rachat » : lorsqu’un débiteur était obligé de vendre sa maison ou son champ pour payer ses dettes, son plus proche parent payait le créancier à sa place et le débiteur gardait donc sa propriété (Lv 25, 25) ; si le débiteur avait été obligé de se vendre lui-même comme esclave à son créancier parce qu’il ne possédait plus rien, de la même manière son plus proche parent intervenait auprès du créancier pour libérer le débiteur, on disait qu’il le « revendiquait ». Il y avait bien un aspect financier, mais il était secondaire : ce qui comptait avant tout, c’était la libération du débiteur.

Le génie d’Isaïe a été d’appliquer ces mots à Dieu lui-même pour nous faire comprendre deux choses : premièrement, Dieu est notre plus proche parent ; deuxièmement, il veut nous libérer de tout ce qui nous emprisonne. Et c’est pourquoi nous chantons si volontiers « Alleluia » qui veut dire « Dieu nous a amenés de la servitude à la libération ».

Exemple 2
DEUXIEME DIMANCHE DE CAREME - A
DEUXIEME LECTURE - - Deuxième Lettre à Timothée 1, 8b - 10
 

Fils bien-aimé,


8 avec la force de Dieu, prends ta part de souffrance
pour l'annonce de l'Evangile.
9 Car Dieu nous a sauvés,
et il nous a donné une vocation sainte,
non pas à cause de nos propres actes,
mais à cause de son projet à lui et de sa grâce.
Cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles,
10 et maintenant elle est devenue visible à nos yeux,
car notre Sauveur, le Christ Jésus, s'est manifesté
en détruisant la mort,
et en faisant resplendir la vie et l'immortalité
par l'annonce de l'Evangile.


 © AELF

COMMENTAIRE
 

Paul est en prison à Rome, il sait qu’il sera prochainement exécuté : il donne ici ses dernières recommandations à Timothée ; « Fils bien-aimé, avec la force de Dieu, prends ta part de souffrance pour l’annonce de l’Evangile ». « Prends ta part de souffrance » : cette souffrance, c’est la persécution ; elle est inévitable pour un véritable disciple du Christ. Jésus l’avait dit lui-même « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix et qu’il me suive... Qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Evangile la sauvera. » (Mc 9, 34-45).

L’expression « l’annonce de l’Evangile » se retrouve à l’identique à la fin de ce passage qui se présente donc comme une inclusion ; et le passage central, encadré par ces deux expressions identiques détaille ce que c’est que cet Evangile ; quand Paul emploie le mot « évangile », il ne pense pas aux quatre livres que nous connaissons aujourd’hui et que nous appelons les quatre évangiles ; il emploie le mot « évangile » dans son sens étymologique de « bonne nouvelle ». Tout comme Jésus lui-même l’employait quand il commençait sa prédication en Galilée en disant « Convertissez-vous, croyez à l’évangile, à la bonne nouvelle. » Et il ne s’agit pas de n’importe quelle bonne nouvelle : ce mot « évangile » était employé pour annoncer la naissance de l’empereur ou sa venue dans une ville. Il est évidemment intéressant d’entendre ce mot ici : cela veut dire que la prédication chrétienne est l’annonce que le royaume de Dieu est enfin inauguré.
En ce qui concerne Paul, c’est donc dans la phrase centrale de notre texte que nous allons découvrir en quoi consiste pour lui l’évangile : il tient finalement en quelques mots : « Dieu nous a sauvés par Jésus-Christ ».

« Dieu nous a sauvés », c’est au passé, c’est acquis, mais en même temps, pour que les hommes entrent dans ce salut, il faut que l’évangile leur soit annoncé ; c’est donc vraiment d’une vocation sainte que nous sommes investis : « Dieu nous a sauvés , et il nous a donné une vocation sainte » : ... « vocation sainte » parce qu’elle est confiée par le Dieu saint, vocation sainte parce qu’il s’agit ni plus ni moins d’annoncer le projet de Dieu, vocation sainte parce que le projet de Dieu a besoin de notre collaboration : chacun doit y prendre sa part, comme dit Paul.

Mais l’expression « vocation sainte » signifie aussi autre chose : le projet de Dieu sur nous, sur l’humanité, est tellement grand qu’il mérite bien cette appellation ; car si j’en crois ce que Paul dit ailleurs du « dessein bienveillant de Dieu », la vocation de toute l’humanité est de ne faire plus qu’un en Jésus-Christ, d’être le Corps dont le Christ est la tête, et d’entrer dans la communion de la Trinité sainte. La vocation particulière des apôtres s’inscrit dans cette vocation universelle de l’humanité.

Je reviens sur la phrase « Dieu nous a sauvés » : dans la Bible, le mot « sauver » veut toujours dire « libérer » ; il a fallu toute la découverte progressive de cette réalité par le peuple de l’Alliance : Dieu veut l’homme libre et il intervient sans cesse pour nous libérer de toute forme d’esclavage ; des esclavages, l’humanité en subit de toute sorte : esclavages politiques comme la servitude en Egypte, ou l’Exil à Babylone, par exemple, et chaque fois, Israël a reconnu dans sa libération l’oeuvre de Dieu ; esclavages sociaux et la loi comme les prophètes appellent sans cesse à la conversion des coeurs pour que tout homme ait les moyens de subsister dignement et librement ; esclavages religieux, plus pernicieux encore ; la phrase célèbre « Liberté, combien de crimes a-t-on commis en ton nom ! « pourrait se dire encore plus scandaleusement « Religion, combien de crimes a-t-on commis en ton nom ! » ... Et les prophètes sont terribles là-dessus, pour interdire et chasser toutes les formes d’idolâtrie : cela n’a pas d’autre but que de nous libérer.

Le dernier esclavage, enfin, le plus terrible, est celui de la mort. Vous connaissez le psaume 109 / 110 qui annonce le Messie comme un roi victorieux sur tous ses ennemis et Paul l’applique à Jésus en disant sa victoire sur la mort ; le psaume 109 dit : « Le Seigneur a dit à mon seigneur (c’est-à-dire au Messie) Siège à ma droite, que je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds » ; et Paul complète dans la première lettre aux Corinthiens « le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort » (1 Co 15, 25-26).

« Notre sauveur, le Christ Jésus s’est manifesté en détruisant la mort et en faisant briller la vie et l’immortalité » ; nous retrouvons ici les oppositions de Paul, mort / vie, ténèbres / lumière ; vous me direz « nous continuons à mourir » ; oui, mais désormais la mort nous apparaît comme le passage au-delà duquel brille la lumière sans déclin. La mort biologique fait partie de notre constitution physique faite de poussière, comme dit le livre de la Genèse, mais elle ne nous sépare pas de Jésus-Christ. En nous, il y a une vie, faite de notre relation à Dieu et que rien, même la mort biologique, ne peut détruire ; c’est ce que Saint Jean appelle « la vie éternelle ».


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15 janvier 2008 2 15 /01 /janvier /2008 23:33
undefinedDimanche 20 janvier 2008, à partir de 14:30, se déroulera la "Marche pour la vie", de la place de la République à la place de l'Opéra. Cette manifestation réunit chaque année, depuis 2005, environ 10 000 personnes qui défendent le droit à la vie pour tous les êtres humains, notamment pour les enfants à naître.
En tant que libéral et catholique, je soutiens cette intiative. Je suis en effet sensible à l'injustice que subissent chaque année, en France, 210 000 enfants à naître empoisonnés ou déchiquetés dans le ventre de leur mère. Je crois que le droit à la vie est un droit naturel de chaque personne humaine.

Vous trouverez sur le site de la Marche pour la vie 7 idées pour préparer la marche 2008, des indications pour vous y rendre, la vidéo des marches 2006 et 2007.

Six évêques (de France !) ont déjà annoncé leur soutien à la Marche pour la Vie. Il s'agit de Mgr Bagnard, de Bellez-Ars, Mgr Cattenoz, d'Avignon, Mgr Centène, de Vannes, Mgr Rey, de Fréjus-Toulon et Mgr Fort, d'Orléans, Mgr Gilbert Aubry, de Saint-Denis de la Réunion.


Unarticle de La Croixparle de la Maison de Tom Pouce, en Seine-et-Marne : depuis 17 ans, elle accueille des femmes enceintes en difficulté.

Un article publié parLiberté Politique, "En Italie, une proposition de moratoire sur l’avortement bouleverse les perspectives", est encourageant, quant aux progrès de la culture de vie.

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12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 22:47

J’ai publié hier, sur mon blog, un long article consacré à « La famille » (dans la doctrine sociale de l’Eglise catholique). J’ai conscience qu’il ne sera lu de bout en bout par (pratiquement) personne : son seul objet est d’offrir à quelques curieux une sorte de résumé du chapitre du compendium de la doctrine sociale de l’Eglise consacré à la famille.

Je souhaite montrer ici que, sur ce sujet  de « la famille », la doctrine sociale de l’Eglise est très libérale.

J'invite les libéraux à lire les articles 214, 240 et 241 du compendium. Ils y verront une grande convergence avec leurs idées : "La priorité de la famille par rapport à la société et à l'État doit être affirmée", "Les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants, mais pas les seuls. (…) Les parents ont le droit de choisir les instruments de formation correspondant à leurs convictions et de chercher les moyens qui peuvent les aider dans leur tâche d'éducateurs (...) Les autorités publiques ont le devoir de garantir ce droit et d'assurer les conditions concrètes qui en permettent l'exercice. Les parents ont le droit de fonder et de soutenir des institutions éducatives. Les autorités publiques doivent faire en sorte que « les subsides publics soient répartis de façon telle que les parents soient véritablement libres d'exercer ce droit sans devoir supporter des charges injustes. Les parents ne doivent pas, directement ou indirectement, subir de charges supplémentaires qui empêchent ou limitent indûment l'exercice de cette liberté ». Il faut considérer comme une injustice le refus de soutien économique public aux écoles privées qui en ont besoin et qui rendent service à la société civile: « Quand l'État revendique le monopole scolaire, il outrepasse ses droits et offense la justice. (...) L'État ne peut sans injustice se contenter de tolérer les écoles dites privées. Celles-ci rendent un service public et ont en conséquence le droit à être économiquement aidées ».

 Je souhaite attirer leur attention, également, sur l'importance qu'accorde la doctrine sociale de l'Eglise aux droits de l'homme et, parmi eux, aux droits de l'enfant : « Le droit à la vie dont fait partie intégrante le droit de grandir dans le sein de sa mère après la conception; puis le droit de vivre dans une famille unie et dans un climat moral favorable au développement de sa personnalité » D'autres précisions sont données aux articles 235 ("...tandis que les droits de l'enfant à naître sont évidents, enfant auquel doivent être garanties des conditions optimales d'existence, grâce à la stabilité de la famille fondée sur le mariage et la complémentarité des deux figures, paternelle et maternelle") et 244 ("Les droits des enfants doivent être protégés par des normes juridiques. (…) Le premier droit de l'enfant est celui de « naître dans une véritable famille »") du compendium.

 Je souhaite enfin m'adresser tout particulièrement aux dirigeants, adhérents et sympathisants d'Alternative Libérale. Le programme de ce parti politique, de mon parti politique, contient ou a contenu des dispositions, relatives à la famille, qui me désolent, et qui, je crois, trahissent la pensée libérale. Je pense au droit à l'avortement, à l'euthanasie, au mariage homosexuel, à l'adoption par les couples homosexuels. Je m'explique sur le premier de ces sujets, le droit à l'avortement (qui semble - je m'en réjouis - avoir disparu du programme).

Une des critiques les plus souvent adressées au libéralisme, c'est de permettre que "le fort écrase le faible" : le libéralisme, ce serait "le renard libre dans le poulailler libre". Les libéraux prétendent que, au contraire, le libéralisme, c'est la protection des plus faibles.
Dans un avortement, il y a au moins 4 protagonistes : la maman, le papa, le médecin avorteur et l'enfant à naître. Qui est le plus faible, le plus petit des quatre, le "sans-voix", sinon l'enfant à naître ? L'Eglise catholique ne conteste pas le droit de la femme à disposer librement de son corps, mais elle défend en priorité le droit à la vie de l'enfant à naître. Défendre le droit à l'avortement, au nom du libéralisme, c'est donner raison à ceux qui travestissent et attaquent le libéralisme. Je me réjouis, à cet égard, qu'un des principaux penseurs libéraux actuels, le Pr Bertrand Lemennicier, (agnostique, donc non suspect, contrairement à moi, d'être "aveuglé" par des principes religieux) arrive à la même conclusion (dans un excellent
chapitre de son non moins excellent livre, "La morale face à l'économie") : l'avortement est le meurtre d'un être humain vivant et n'est donc pas conforme à la morale libérale. Pour terminer sur ce point, j'invite ceux qui en auront le courage à jeter un coup d'oeil aux 5 courtes video ("The silent scream" = "Le cri silencieux", hélas en anglais. Merci de me signaler une éventuelle version en français) du site de l'association "Droit de naître"

 

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15 avril 2007 7 15 /04 /avril /2007 18:27

Il n'est pas rare de lire ou d'entendre des chrétiens déclarer que l'Eglise a toujours condamné le libéralisme. Voyons ce qu'il en est réellement.

Ma référence préférée, vous le savez, c'est le récent compendium de la doctrine sociale de l'Eglise. Qu'y trouve-t-on à propose de libéralisme ? Ce terme y est cité 2 fois.
- A l'article 91, à propos de l'encyclique "Quadragesimo anno" (1931), qui énonce pour la première fois le principe de subsidiarité, le compendium dit : "L'Encyclique réfute le libéralisme compris comme concurrence illimitée des forces économiques, mais confirme de nouveau la valeur de la propriété privée, rappelant sa fonction sociale." Ceci amène deux observations de ma part. La première est que l'acception, présentée ici, du libéralisme, ne correspond pas à la réalité de la philosophie libérale. Celle-ci soutient, comme l'Eglise, que chaque être humain a un droit naturel à la liberté. La philosophie libérale affirme, tout comme l'Eglise, que la libre concurrence est un droit et un bienfait pour l'homme, mais ne se prononce pas sur le degré de concurrence qu'il faudrait imposer, puisqu'elle postule que chaque homme est libre ! Ma seconde remarque est que cette conception de la concurrence, de la part de Pie XI, est assez curieuse : il me semble qu'il la considère comme une agression, par un fournisseur, contre ses concurrents. La concurrence serait alors une guerre menée par un fournisseur contre d'autres fournisseurs, pour les faire disparaître. Dans la réalité, la concurrence consiste essentiellement à améliorer la qualité du service que l'on rend à ses clients et à diminuer le prix de ce service. Qui s'en plaindrait ? Faudrait-il reprocher au bon serviteur, dans la parabole des talents, de faire une concurrence illimitée à l'encontre du mauvais serviteur, celui qui enterre le talent que son maître lui a confié ? Faut-il condamner le bénévolat, qui est le degré supérieur de la concurrence ?
- A l'article 103, à propos de l'encyclique "Centesimus annus" (1991) de Jean-Paul II : "L'analyse articulée et approfondie des « res novae » et, en particulier, du grand tournant de 1989 avec l'effondrement du système soviétique, contient une appréciation de la démocratie et de l'économie libérale, dans le cadre d'une solidarité indispensable". Vous avez dit "condamnation" ?

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7 avril 2007 6 07 /04 /avril /2007 06:45

Peut-on être à la fois chrétien et libéral ? Ce blog a pour principale ambition de convaincre le visiteur que la réponse est OUI ! Je crois que christianisme et libéralisme sont compatibles.

Le présent blog comporte un certain nombre d'articles, regroupés en catégories :
- des catégories liées à des concepts, à de la théorie ("Doctrine sociale de l'Eglise", "Libéralisme", "Chrétien et libéral").
- des catégories liées à l'actualité, qui permettent de commenter celle-ci à la lumière des idées développées dans les catégories "conceptuelles".

Parmi les catégories "conceptuelles",
- celle intitulée "Libéralisme" comporte peu d'articles, car elle renvoie, directement ou non, à de multiples autres sites Internet ou à des livres, présentant de manière très développée la pensée libérale ;
- les autres sont plus riches en articles, car elles tentent, très modestement, de combler un grand vide : il y a très peu de livres, de revues, de sites Internet, d'organisations qui parlent de la doctrine sociale de l'Eglise, ou qui mettent en évidence le fait que la Révélation biblique, le message évangélique, la doctrine sociale de l'Eglise affirment le droit à la liberté de chaque personne humaine. Citons :
- le site Internet  de l'Acton Institute, en plusieurs langues, dont le français ; la mission de cet Institut est de "promouvoir une société libre et vertueuse caractérisée par la liberté individuelle et soutenue par des principes religieux".
- le livre "Peut-on être catholique et libéral", de Patrick Simon, et celui de Charles Gave intitulé "Un libéral nommé Jésus".
- la revue "Point de rencontre - Libéral et croyant", à laquelle on peut s'abonner en contactant l'ALEPS, à moins qu'elle ne soit remplacée par un blog.
- le Jonoblog.

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25 juin 201 4 25 /06 /juin /201 06:09
  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c'est que nous ne les avons pas compris."

 

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame.

Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde

PREMIÈRE LECTURE – Actes des Apôtres 12, 1 – 11

 

1 A cette époque,
le roi Hérode Agrippa
se mit à maltraiter certains membres de l’Eglise.
2 Il supprima Jacques, frère de Jean,
en le faisant décapiter.
3 Voyant que cette mesure était bien vue des Juifs,
il décida une nouvelle arrestation,
celle de Pierre.
On était dans la semaine de la Pâque.
4 Il le fit saisir, emprisonner,
et placer sous la garde de quatre escouades de quatre soldats ;
il avait l’intention de le faire comparaître en présence du peuple
après la fête.
5 Tandis que Pierre était ainsi détenu,
l’Eglise priait pour lui devant Dieu avec insistance.
6 Hérode allait le faire comparaître ;
la nuit précédente, Pierre dormait entre deux soldats,
il était attaché avec deux chaînes
et, devant sa porte,
des sentinelles montaient la garde.
7 Tout à coup surgit l’Ange du Seigneur,
et une lumière brilla dans la cellule.
L’Ange secoua Pierre, le réveilla
et lui dit : « Lève-toi vite. »
Les chaînes tombèrent de ses mains.
8 Alors l’Ange lui dit :
« Mets ta ceinture et tes sandales. »
Pierre obéit, et l’Ange ajouta :
« Mets ton manteau et suis-moi. »
9 Il sortit derrière lui,
mais ce qui lui arrivait grâce à l’Ange,
il ne se rendait pas compte que c’était vrai,
il s’imaginait que c’était une vision.
10 Passant devant un premier poste de garde
puis devant un second,
ils arrivèrent à la porte en fer donnant sur la ville.
Elle s’ouvrit toute seule devant eux.
Une fois dehors, ils marchèrent dans une rue,
puis, brusquement, l’Ange le quitta.
11 Alors Pierre revint à lui, et il dit :
« Maintenant je me rends compte que c’est vrai :
Le Seigneur a envoyé son Ange,
et il m’a arraché aux mains d’Hérode
et au sort que me souhaitait le peuple juif. »


Le caractère miraculeux de la délivrance de Pierre ne doit pas faire oublier dans quelle ambiance vit la très jeune Eglise chrétienne : Jésus a été exécuté probablement en avril 30. Au début, ses disciples étaient fort peu nombreux et n’inquiétaient personne ; les choses se sont gâtées pour eux quand ils ont opéré quelques guérisons un peu trop spectaculaires ; c’est ainsi que Pierre a déjà été mis en prison deux fois par les autorités religieuses ; la première fois, avec Jean, s’est soldée par une comparution au tribunal et des menaces ; la deuxième fois, il était avec d’autres apôtres que Luc ne nomme pas, et ils ont été libérés déjà de manière miraculeuse : « Le Grand Prêtre et tout son entourage furent remplis de fureur ; ils firent appréhender les apôtres et les jetèrent publiquement en prison. Mais, pendant la nuit, l’Ange du Seigneur ouvrit les portes de la prison, les fit sortir et leur dit : Allez, tenez-vous dans le Temple, et là, annoncez au peuple toutes ces paroles de vie ! » (Ac 5, 17-20).

Puis, quelques mois ou quelques années plus tard, les mêmes autorités religieuses interviennent une nouvelle fois contre les Chrétiens, exécutent Etienne et déclenchent une véritable persécution qui pousse les plus menacés d’entre eux (ceux qu’on appelle les « Hellénistes ») à quitter Jérusalem pour la Samarie et la côte méditerranéenne. Jacques, Pierre et Jean (comme l’ensemble des douze) sont restés à Jérusalem.

Dans l’épisode qui nous est raconté ici, c’est le pouvoir politique qui s’en prend à eux ; cela se passe sous Hérode Agrippa : or celui-ci n’a régné que de 41 à 44 ap. J.C. L’emprisonnement de Pierre date donc des années 41 à 44. (Pour une fois, nous pouvons situer historiquement un épisode du Nouveau Testament avec une relative précision).

Hérode Agrippa, est le petit-fils d’Hérode le Grand, celui qui régnait au moment de la naissance de Jésus. Il est soucieux de ménager la chèvre et le chou, c’est-à-dire le pouvoir Romain d’un côté, les Juifs de l’autre, à tel point qu’on dit de lui qu’il est Romain à Césarée et Juif à Jérusalem. De toutes manières, donc, qu’il cherche à plaire aux Juifs ou qu’il cherche à plaire aux Romains, il ne peut qu’être ennemi des Chrétiens. C’est dans ce cadre-là que, pour se faire bien voir des Juifs, il fait exécuter Jacques (fils de Zébédée) et emprisonne Pierre.

Cette fois encore, Pierre va en réchapper miraculeusement ; mais ce qui intéresse Luc, ici, beaucoup plus que le sort personnel de Pierre, c’est la mission d’évangélisation ; c’était bien le sens des paroles de l’Ange la première fois « Allez, tenez-vous dans le Temple, et là, annoncez au peuple toutes ces paroles de vie ! » Si les Apôtres sont libérés, c’est parce que le monde a besoin d’eux. Dans cette tâche, Dieu ne les abandonnera pas, il ne permettra pas qu’une domination aveugle entrave l’annonce de la parole de Vie.

Vieille histoire : chaque année, dans la célébration de la Pâque le peuple juif fait mémoire de la libération d’Egypte ; les Hébreux réduits en esclavage et menacés d’un véritable génocide ont été miraculeusement libérés. Relisant leur histoire, de siècle en siècle, d’année en année, ils affirment et ils annoncent au monde que cette libération est l’œuvre de Dieu.

Malheureusement, par un mystérieux retournement, il peut arriver que ceux qui sont chargés d’annoncer au monde et d’accomplir eux-mêmes, au service des hommes, l’œuvre libératrice de leur Dieu, se fassent à leur tour complices d’une nouvelle forme de domination. Aucune Eglise n’est à l’abri de ce piège-là.

Jésus est mort de cette perversion du pouvoir religieux de son temps ; et Luc, dans son récit de la mort et de la Résurrection du Christ, a bien mis en valeur ce paradoxe : c’est dans le cadre de la Pâque juive, mémorial du Dieu libérateur, que le Fils de Dieu lui-même a été supprimé par les défenseurs de Dieu. Mais ce sont l’amour et le pardon du Dieu « doux et humble de coeur » qui ont eu le dernier mot : Jésus est ressuscité.

Voici à son tour la jeune Eglise affrontée à la domination aveugle des pouvoirs religieux et politique, tout comme Jésus une dizaine ou une quinzaine d’années plus tôt ; et cette fois encore, c’est dans le cadre de la Pâque juive, à Jérusalem. (La fête juive de la Pâque dure une semaine qui commence avec le repas pascal et se continue par la semaine des Azymes ; c’est dans le courant de cette semaine que Pierre est arrêté).
L’Ange ne dit que quelques mots à Pierre, mais ils ressemblent étrangement aux ordres qui avaient été donnés au peuple, la nuit de la sortie d’Egypte : « Ayez la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez à la hâte » (Ex 12, 11) ; Pierre s’entend dire « Lève-toi vite ! Mets ta ceinture, lace tes sandales… » Luc veut certainement faire comprendre à ses lecteurs que Dieu poursuit son œuvre de libération. Puis, tout le récit de la libération miraculeuse de Pierre est écrit sur le modèle et avec le vocabulaire de la Passion et de la Résurrection du Christ. Les décors sont semblables, évidemment : c’est la nuit, la prison, les soldats, le « rouleau compresseur », disait un jour un prisonnier politique. Pierre dort, il est passif ; Jésus, lui, dort du sommeil de la mort. Pour eux deux, la lumière se lève dans la nuit, c’est Dieu qui agit.

Jésus l’avait bien dit à Pierre : « les forces de la mort, entendez de la haine, ne l’emporteront pas. »
—————-
Note
1 – L’emprisonnement de Pierre est rapporté dans les Actes des Apôtres (chapitre 12) et la Passion du Christ, dans l’évangile de Luc (chapitres 22 à 24).


PSAUME – 33 (34), 2 – 9

 

2 Je bénirai le SEIGNEUR en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
3 Je me glorifierai dans le SEIGNEUR :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

4 Magnifiez avec moi le SEIGNEUR,
exaltons tous ensemble son nom.
5 Je cherche le SEIGNEUR, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

6 Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
7 Un pauvre crie ; le SEIGNEUR entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

8 L’ange du SEIGNEUR campe alentour,
pour libérer ceux qui le craignent.
9 Goûtez et voyez : le SEIGNEUR est bon !
Heureux qui trouve en lui son refuge !


« L’ange du SEIGNEUR campe à l’entour, pour libérer ceux qui le craignent. » Evidemment, on ne s’étonne pas de chanter ce psaume après avoir entendu le récit de la délivrance miraculeuse de Pierre de la prison de Jérusalem. Le livre des Actes nous dit que tout l’entourage de Pierre, toute la jeune Eglise était en prière : « Tandis que Pierre était détenu, l’Eglise priait pour lui devant Dieu avec insistance. »

« Un pauvre crie ; le SEIGNEUR entend… » La foi, c’est cela : oser crier vers Dieu et savoir en toutes circonstances qu’il entend notre cri. Le Seigneur a bien entendu le cri de la communauté et Pierre a été délivré.
Mais, sans faire de mauvais esprit, il faut bien reconnaître que Jésus sur la croix n’a pas échappé à la mort et que Pierre lui-même, sera quelques années plus tard emprisonné à Rome et exécuté. Alors est-ce que le Seigneur n’entendait plus ?

C’est une question qui revient souvent dans nos vies : où est Dieu quand nous souffrons ? A quoi sert de prier ? Si nous ne sommes pas exaucés comme nous voudrions, est-ce parce que nous aurions mal prié ? Ou pas assez ? Et il se trouve malheureusement toujours des voisins pour nous dire que si nous prions bien, tout va s’arranger… Or il faut bien reconnaître que ce n’est pas toujours le cas. Combien de croyants ont prié, fait des neuvaines, des pèlerinages pour obtenir une guérison, par exemple, et la guérison n’est pas venue.

Il me semble que la réponse à nos questions sur la prière tient en trois points : premièrement, oui, Dieu entend nos cris ; deuxièmement, il nous répond en nous donnant son Esprit ; troisièmement, il suscite auprès de nous des frères.

Premièrement, Dieu entend nos cris : rappelez-vous l’épisode du buisson ardent au chapitre 3 du livre de l’Exode : « Dieu dit à Moïse : Oui, vraiment, j’ai vu la misère de mon peuple en Egypte, et je l’ai entendu crier sous les coups de ses gardes-chiourme. Oui, je connais ses souffrances. » Le croyant, c’est celui, justement, qui sait à tout instant que le Seigneur est proche de nous, dans la souffrance, qu’il est « de notre côté » : ce que dit notre psaume 33/34 à sa manière : « Je cherche le SEIGNEUR, il me répond… il me délivre. Il entend, il sauve, son ange campe alentour, il libère ceux qui le craignent, il est un refuge. »

Deuxièmement, Dieu nous répond en nous donnant son Esprit : c’est le sens du fameux passage de Saint Luc « frappez, on vous ouvrira »… Nous ne le lisons pas toujours jusqu’au bout et nous sommes tentés d’en déduire que tout devrait s’arranger si nous priions comme il faut ; mais ce n’est pas cela que Jésus promet : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe, on ouvrira. Quel père, parmi vous, si son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu de poisson ? Ou encore, s’il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui lui demandent. » (Lc 11, 9-13).

Quand nous prions, nous dit Luc, Dieu ne fait pas disparaître tout souci comme par un coup de baguette magique, mais il nous remplit de son Esprit, et alors, avec l’Esprit de Dieu, nous pouvons affronter les épreuves de notre vie. Toute prière nous ouvre à l’action transformante de l’Esprit ; la réponse de Dieu à notre cri, c’est de susciter en nous la force nécessaire pour modifier la situation, pour nous aider à passer le cap. Nous ne sommes plus seuls, et nous sommes réellement délivrés de nos angoisses. « Un pauvre crie ; le SEIGNEUR entend : il le sauve de toutes ses angoisses… Je cherche le SEIGNEUR, il me répond : de toutes mes frayeurs, il me délivre. » Quels que soient les coups, le croyant sait que le Seigneur l’entend crier… et son angoisse peut disparaître.

Troisièmement, Dieu suscite auprès de nous des frères. C’est la deuxième leçon du buisson ardent : quand Dieu dit à Moïse « Oui, vraiment, j’ai vu la misère de mon peuple en Egypte, et je l’ai entendu crier sous les coups… Oui, je connais ses souffrances… », il suscite en même temps chez Moïse l’élan nécessaire pour entreprendre la libération du peuple.

« Et maintenant, puisque le cri des fils d’Israël est venu jusqu’à moi, puisque j’ai vu le poids que les Egyptiens font peser sur eux, va, maintenant ; je t’envoie vers Pharaon, fais sortir d’Egypte mon peuple, les fils d’Israël. » (Ex 3, 9-10).

Le peuple d’Israël, et c’est lui, d’abord, comme toujours, qui parle dans ce psaume, a vécu de nombreuses fois cette expérience : de la souffrance, du cri, de la prière ; et chaque fois, il peut en témoigner, Dieu a suscité les prophètes, les chefs dont il avait besoin pour prendre son destin en main. Et c’est bien l’expérience historique d’Israël qui est dite ici.

La foi apparaît alors comme un double cri de l’homme : l’homme crie sa détresse vers Dieu, comme Job… Dieu l’entend, le libère de son angoisse… et l’homme reprend la parole, cette fois pour rendre grâce. La vocation d’Israël, tout au long des siècles, a été de faire retentir ce cri, cette polyphonie, pourrait-on dire, mêlée de souffrance, de louange et d’espoir. A travers les vicissitudes de son histoire, rien n’a pu faire taire l’espoir d’Israël. C’est cela justement qui caractérise le croyant.

« Je bénirai le SEIGNEUR en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres. Je me glorifierai dans le SEIGNEUR : que les pauvres m’entendent et soient en fête ! »


DEUXIÈME LECTURE – 2 Timothée 4, 6 – 8 . 17 – 18

 

6 Me voici déjà offert en sacrifice,
le moment de mon départ est venu.
7 Je me suis bien battu,
j’ai tenu jusqu’au bout de la course,
je suis resté fidèle.
8 Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne du vainqueur :
dans sa justice, le Seigneur, le juge impartial,
me la remettra en ce jour-là,
comme à tous ceux qui auront désiré avec amour
sa manifestation dans la gloire.
16 Tout le monde m’a abandonné ;
17 le Seigneur, lui, m’a assisté.
Il m’a rempli de force
pour que je puisse jusqu’au bout annoncer l’Evangile
et le faire entendre à toutes les nations païennes.
J’ai échappé à la gueule du lion ;
18 le Seigneur me fera encore échapper
à tout ce qu’on fait pour me nuire.
Il me sauvera et me fera entrer au ciel, dans son Royaume.
A lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.


Vous savez qu’on n’est pas tout à fait certains que les lettres à Timothée soient réellement de Paul, mais peut-être d’un disciple quelques années plus tard ; en revanche, les lignes que nous lisons aujourd’hui, tout le monde s’accorde à reconnaître qu’elles sont de lui, et même qu’elles sont le testament de Paul, son dernier adieu à Timothée.

Paul est dans sa prison à Rome, il sait maintenant, très certainement, qu’il n’en sortira que pour être exécuté ; le moment du grand départ est arrivé ; ce départ, il le dit par le mot (αναλυσις) qu’on emploie en grec pour dire qu’on largue les amarres, qu’on lève l’ancre.

Il sait qu’il va paraître devant Dieu, et il fait son bilan : se retournant en arrière, (au cinéma on dirait qu’il fait un flashback), il reprend une comparaison qui lui est très habituelle, celle du sport : imaginez un coureur de fond au moment de franchir le premier la ligne d’arrivée : il a tenu jusqu’au bout de la course, il n’a pas déclaré forfait, il n’a plus qu’à recevoir la coupe ou la médaille ; Paul voit sa vie et celle de tous les apôtres comme une course de fond ; lui aussi, parvenu enfin à la ligne d’arrivée, il n’attend plus que la récompense : « Le moment de mon départ est venu. Je me suis bien battu, j’ai tenu jusqu’au bout de la course, je suis resté fidèle. Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne du vainqueur … » (à Rome, à l’époque de Paul, la récompense du vainqueur n’était pas une coupe, mais une couronne de lauriers).

Quand Paul dit, « Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne du vainqueur … », ne croyez pas qu’il se vante, comme s’il se croyait meilleur que tout le monde : car la course des apôtres est tout à fait particulière : dans cette course-là, tous les coureurs, entendez tous les apôtres, ont droit à la couronne ; il précise : « Dans sa justice, le Seigneur, le juge impartial, me remettra la couronne en ce jour-là, comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans la gloire ». Le juge impartial, celui qui sait voir les dispositions du coeur, sait que Paul et tant d’autres ont désiré avec amour l’avènement du Christ. Tous, ils recevront la couronne de gloire. Ce n’est donc pas de la prétention de la part de Paul, c’est simplement une confiance inébranlable en la bonté de Dieu.

Il ne voit pas pourquoi il se vanterait d’ailleurs, car la force de courir elle-même, il ne l’a pas trouvée en lui, c’est le Christ qui la lui a donnée : « Le Seigneur m’a rempli de force pour que je puisse jusqu’au bout annoncer l’Evangile et le faire entendre à toutes les nations païennes. »

Au fond, semble-t-il, il suffit d’attendre tout de Dieu : c’est lui qui donne la force de courir (pour reprendre l’image de Paul), et c’est lui aussi qui donne la récompense à tous les coureurs à la fin de la course ; car cette course n’est pas une compétition ; chacun à notre place, à notre rythme, il nous suffit de désirer avec amour l’avènement du Christ ; dans sa lettre à Tite, Paul définissait ainsi les Chrétiens : « Nous attendons la bienheureuse espérance et la manifestation de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ » ; vous avez reconnu là une phrase que nous redisons à chaque Messe : « Nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus-Christ notre Sauveur », et l’on sait bien le sens de ce ET : « Nous espérons le bonheur que tu promets QUI EST l’avènement de Jésus-Christ notre Sauveur ».

Au passage, on lit, encore une fois sous la plume de Paul, le mot « manifestation » du Christ ; c’est un mot qu’il emploie souvent : la manifestation totale et définitive du Christ a vraiment été l’horizon sur lequel il a toujours fixé les yeux, vers lequel il a couru toute sa vie.

Paul attendait donc tout de Dieu, et apparemment, il ne pouvait plus attendre grand chose des hommes : nous avons lu ici : « Tous m’ont abandonné », mais le verset n’est pas complet ; le voici en entier : « La première fois que j’ai présenté ma défense, dit-il, personne ne m’a soutenu : tous m’ont abandonné. Que Dieu ne leur en tienne pas rigueur » (2 Tm 4, 16). Comme le Christ sur la croix, comme Etienne, lors de son exécution à laquelle il assistait, Paul pardonne. Mais c’est dans cet abandon même, par les hommes, qu’il a expérimenté la présence, la force de son Seigneur.

Les deux dernières phrases du texte sont surprenantes : il est clair que Paul ne se fait aucune illusion sur son sort, il sait que le grand départ approche… et pourtant il dit « J’ai échappé à la gueule du lion ; le Seigneur me fera encore échapper à tout ce qu’on fait pour me nuire. » Ce n’est donc certainement pas de la mort physique qu’il parle, puisqu’il attend son exécution d’un jour à l’autre. Il sait très bien qu’il n’y échappera pas ; il parle d’un autre danger, beaucoup plus grave à ses yeux, celui dont il remercie le Seigneur de l’avoir préservé : « Je me suis bien battu, j’ai tenu jusqu’au bout de la course, je suis resté fidèle »… et encore : « Le Seigneur m’a rempli de force pour que je puisse jusqu’au bout annoncer l’Evangile et le faire entendre à toutes les nations païennes. » Déclarer forfait, abandonner la course, c’était le plus grand danger et là encore, il ne voit pas de raison de se vanter, puisque sa fidélité il la doit, non pas à ses propres forces, mais à la force que le Seigneur lui a donnée.

Il sait ce qui l’attend, oui, mais ce n’est peut-être pas ce que nous croyons : il va mourir, c’est certain, mais il sait que cette mort n’est que biologique ; elle n’est qu’une traversée pour entrer dans la gloire. « Il me sauvera et me fera entrer au ciel, dans son Royaume »… et déjà, Paul entonne le cantique de la gloire qu’il chantera en naissant à la vraie vie : « A lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen. »


ÉVANGILE – Matthieu 16, 13 – 19

 

13 Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe,
et il demandait à ses disciples :
« Le Fils de l’homme, qui est-il,
d’après ce que disent les hommes ? »
14 Ils répondirent :
« Pour les uns, il est Jean-Baptiste ;
pour d’autres, Elie ;
pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
15 Jésus leur dit :
« Et vous, que dites-vous ?
Pour vous, qui suis-je ? »
16 Prenant la parole, Simon-Pierre déclara :
« Tu es le Messie,
le Fils du Dieu vivant ! »
17 Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara :
« Heureux es-tu, Simon fils de Yonas :
ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela,
mais mon Père qui est aux cieux.
18 Et moi, je te le déclare :
Tu es Pierre,
et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ;
et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
19 Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux :
tout ce que tu auras lié sur la terre
sera lié dans les cieux,
et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »


Très certainement, aux yeux de Matthieu, cet épisode de Césarée constitue un tournant dans la vie de Jésus ; car c’est juste après ce récit qu’il ajoute « A partir de ce moment, Jésus Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des Anciens, des Grands Prêtres et des scribes, être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter. » L’expression « A partir de ce moment » veut bien dire qu’une étape est franchie.

Une étape est franchie, certainement, mais en même temps, et c’est ce qui est le plus surprenant dans ce passage, rien n’est dit de neuf ! Jésus s’attribue le titre de Fils de l’homme, ce qu’il a déjà fait neuf fois dans l’évangile de Matthieu ; et Pierre lui attribue celui de Fils de Dieu, et il n’est pas non plus le premier à le faire !

Premier titre, le « Fils de l’homme » : une expression sortie tout droit du livre de Daniel, au chapitre 7 ; « Je regardais dans les visions de la nuit, et voici que sur les nuées du ciel venait comme un Fils d’homme ; il arriva jusqu’au Vieillard, et on le fit approcher en sa présence. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient. Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite. » (Dn 7, 13 – 14). Quelques versets plus loin, Daniel précise que ce Fils d’homme n’est pas un individu solitaire, mais un peuple : « Les Saints du Très-Haut recevront la royauté, et ils possèderont la royauté pour toujours et à tout jamais… La royauté, la souveraineté et la grandeur de tous les royaumes qu’il y a sous tous les cieux, elles ont été données au peuple des Saints du Très-Haut : sa royauté est une royauté éternelle ; toutes les souverainetés le serviront et lui obéiront. » (Dn 7, 18. 27). Quand Jésus s’applique à lui-même ce titre de Fils de l’homme, il se présente donc comme celui qui prend la tête du peuple de Dieu.

Le deuxième titre qui lui est donné ici, c’est celui de « Fils de Dieu ». Ce n’est pas la première fois non plus. Dès le début de l’évangile, par exemple, au chapitre 4, c’est le diable qui tente Jésus au désert, en employant ce titre « Si tu es le Fils de Dieu ». Il a raison d’employer le titre, mais il se trompe sur son contenu. Il ne peut qu’imaginer un Fils de Dieu puissant et invulnérable, exploitant sa puissance à son propre profit. Pour Jésus, être fils de Dieu, c’est faire totalement confiance à son Père et se nourrir de sa Parole.

Une autre fois, après avoir vu Jésus marcher sur les eaux, les disciples s’étaient prosternés devant Jésus qui remontait dans la barque et lui avaient dit : « Vraiment, tu es Fils de Dieu. » C’est la puissance de Jésus sur la mer qui les avait impressionnés. Il restait toute une étape à franchir pour découvrir qui est réellement Jésus.

A Césarée, ce qui est nouveau, c’est que Pierre ne dit pas cela devant une manifestation de puissance de Jésus. Cela veut dire qu’une étape est franchie : il n’y a plus d’ambiguïté sur le titre de Fils de Dieu. Pierre est en marche vers la foi. « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. »

Ce qui est nouveau aussi, à Césarée, ce n’est pas l’usage de l’un ou l’autre des deux titres de Jésus, c’est leur jonction. « Qui est le fils de l’homme ? » demande Jésus et Pierre répond « Il est le Fils de Dieu ». Jésus fera le même rapprochement au moment de son interrogatoire par le Grand Prêtre : celui-ci lui demande « Je t’adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es toi, le Messie, le Fils de Dieu. » et Jésus répond « Tu le dis. Seulement, je vous le déclare, désormais vous verrez le Fils de l’homme siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel. » (Mt 26, 63). Là non plus, bien sûr, on ne peut plus se tromper : Dieu se révèle non comme un Dieu de puissance et de majesté, mais comme l’amour livré aux mains des hommes.

Dès que Pierre a découvert qui est Jésus, celui-ci aussitôt l’envoie pour l’Eglise : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise » ; on l’a vu tout à l’heure, le Fils de l’homme n’est pas un individu isolé, c’est un peuple. Et sur quoi le Christ construit-il son Eglise ? Sur la personne d’un homme dont la seule vertu est d’avoir écouté ce que le Père lui a révélé. Cela veut bien dire que le seul pilier de l’Eglise, c’est la foi en Jésus-Christ. Et Jésus ajoute : « Ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux » : cela ne veut pas dire que Pierre et ses successeurs sont désormais tout-puissants ! Cela veut dire que Dieu promet de s’engager auprès d’eux. Pour nous, il nous faut et il nous suffit d’être en communion avec notre Eglise pour être en communion avec Dieu.

Dernier motif pour nous rassurer : Jésus dit « JE bâtirai mon Eglise » : c’est lui, Jésus, qui bâtit son Eglise. Nous ne sommes pas chargés de bâtir son Eglise, mais simplement, d’écouter ce que le Dieu vivant veut bien nous révéler. Et parce que c’est le Christ ressuscité, Fils du Dieu vivant, qui bâtit, nous pouvons en être certains, « La puissance de la mort ne l’emportera pas ».

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, année liturgique A, Saint Pierre et saint Paul, Apôtres  (29 juin 2014)

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