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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 00:36

Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde, en

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Attention le texte écrit peut différer des versions audio (Radio-Notre-Dame) et vidéo (KTO TV) qui ont été modifiées par Marie-Noëlle Thabut, parfois pour les améliorer, parfois pour s'adapter aux formats imposés par ces chaînes de radio ou de télévision. Dans cette hypothèse, nous mettons en italiques les passages supprimés pour ces médias.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante,c'est que nous ne les avons pas compris."

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame (disponible seulement à compter du 4 mars 2017).

En bas de page, vous avez désormais les versions vidéo des commentaires, trouvées sur KTO TV.

LECTURE DU LIVRE DE LA GENÈSE   2, 7-9 ; 3, 1-7a


2,7         Le SEIGNEUR Dieu modela l’homme
              avec la poussière tirée du sol ;
              il insuffla dans ses narines le souffle de vie,
              et l’homme devint un être vivant.
8            Le SEIGNEUR Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient,
              et y plaça l’homme qu’il avait modelé.
9            Le SEIGNEUR Dieu fit pousser du sol
              toutes sortes d’arbres à l’aspect désirable et aux fruits savoureux ;
              il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin,
              et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.
3,1         Or le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs
              que le SEIGNEUR Dieu avait faits.
              Il dit à la femme :
              « Alors, Dieu vous a vraiment dit :
              ‘Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin’ ? »
2            La femme répondit au serpent :
              « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin.
3            Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin,
              Dieu a dit :
              ‘Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas,
              sinon vous mourrez.’ »
4            Le serpent dit à la femme :
              « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas !
5            Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez,
              vos yeux s’ouvriront,
              et vous serez comme des dieux,
              connaissant le bien et le mal. »
6            La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux,
              qu’il était agréable à regarder
              et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence.
              Elle prit de son fruit, et en mangea.
              Elle en donna aussi à son mari,
              et il en mangea.
7            Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent
              et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus.
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          Avant d’aborder ce texte, il faut se souvenir que son auteur n’a jamais prétendu faire œuvre d’historien ! La Bible n’a été écrite ni par des scientifiques, ni par des historiens ; mais par des croyants pour des croyants. Le théologien qui écrit ces lignes, sans doute au temps de Salomon, au dixième siècle avant J.-C., cherche à répondre aux questions que tout le monde se pose : pourquoi le mal ? Pourquoi la mort ? Pourquoi les mésententes dans les couples humains ? Pourquoi la difficulté de vivre ?  Pourquoi le travail est-il pénible ? La nature parfois hostile ?

          Pour répondre, il s’appuie sur une certitude qui est celle de tout son peuple, c’est la bonté de Dieu : Dieu nous a libérés d’Égypte, Dieu nous veut libres et heureux. Depuis la fameuse sortie d’Égypte, sous la houlette de Moïse, depuis la traversée du désert, où on a expérimenté à chaque nouvelle difficulté la présence et le soutien de Dieu, on ne peut plus en douter. Le récit que nous venons de lire est donc appuyé sur cette certitude de la bienveillance de Dieu et il essaie de répondre à toutes nos questions sur le mal dans le monde. Avec ce Dieu qui est bon et bienveillant, comment se fait-il qu’il y ait du mal ?

          Notre auteur a inventé une fable pour nous éclairer : un jardin de délices (c’est le sens du mot « Éden »), et l’humanité symbolisée par un couple qui a charge de cultiver et garder le jardin. Le jardin est plein d’arbres tous plus attrayants les uns que les autres. Celui du milieu s’appelle « l’arbre de vie » ; on peut en manger comme de tous les autres. Mais il y a aussi, quelque part dans ce jardin, le texte ne précise pas où, un autre arbre, dont le fruit, lui, est interdit. Il s’appelle « l’arbre de la connaissance de ce qui rend heureux ou malheureux ».

          Devant cette interdiction, le couple a deux attitudes possibles : soit faire confiance puisqu’on sait que Dieu n’est que bienveillant ; et se réjouir d’avoir accès à l’arbre de vie : si Dieu nous interdit l’autre arbre, c’est qu’il n’est pas bon pour nous. Soit soupçonner chez Dieu un calcul malveillant : imaginer qu’il veut nous interdire l’accès à la connaissance.

         C’est le discours du serpent : il s’adresse à la femme ; il se fait faussement compréhensif : « Alors ? Dieu vous a dit : vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin ? »1

         La femme répond : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin, mais pour celui qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez ». Vous avez remarqué le déplacement : simplement parce qu’elle a écouté la voix du soupçon, elle ne parle déjà plus que de cet arbre-là et elle dit « l’arbre qui est au milieu du jardin » : désormais, de bonne foi, c’est lui, et non l’arbre de vie, qu’elle voit au milieu du jardin. Son regard est déjà faussé, du seul fait qu’elle a laissé le serpent lui parler ; alors le serpent peut continuer son petit travail de sape : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bonheur et le malheur ». 

         Là encore, la femme écoute trop bien ces belles paroles et le texte suggère que son regard est de plus en plus faussé : « la femme vit que l’arbre était bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance »2. Le serpent a gagné : elle prend le fruit, elle en mange, elle le donne à son mari, il en mange aussi. Et vous avez entendu la fin de l’histoire : « Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus ».

         Le serpent avait bien dit « vos yeux s’ouvriront » ; l’erreur de la femme a été de croire qu’il parlait dans son intérêt, et qu’il dévoilait les mauvaises intentions de Dieu ; ce n’était que mensonge : le regard est changé, c’est vrai, mais il est faussé.

         Ce n’est pas un hasard si le soupçon porté sur Dieu est représenté sous les traits d’un serpent ; Israël au désert avait fait l’expérience des serpents venimeux.  Notre théologien de la cour de Salomon lui rappelle cette cuisante expérience et dit : il y a un poison plus grave que le poison des serpents les plus venimeux ; le soupçon porté sur Dieu est un poison mortel, il empoisonne nos vies.

         L’idée de notre théologien, c’est que tous nos malheurs viennent de ce soupçon qui gangrène l’humanité. Dire que l’arbre de la connaissance du bien et du mal est réservé à Dieu, c’est dire que Dieu seul connaît ce qui fait notre bonheur ou notre malheur ; ce qui, après tout, est logique s’il nous a créés. Vouloir manger à tout prix du fruit de cet arbre interdit, c’est prétendre déterminer nous-mêmes ce qui est bon pour nous : la mise en garde « Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez » indiquait bien qu’il s’agissait là d’une fausse piste.

         Le récit va encore plus loin : au cours du périple dans le désert, Dieu a prescrit la Loi qu’il faudrait appliquer désormais, ce que nous appelons les commandements. On sait que la pratique quotidienne de cette Loi est la condition de la survie et de la croissance harmonieuse de ce peuple ; si on savait suffisamment que Dieu veut uniquement notre vie, notre bonheur, notre liberté, on ferait confiance et c’est de bon cœur qu’on obéirait à la loi. Elle est vraiment « l’arbre de vie » mis à notre disposition par Dieu.

            Je disais en commençant qu’il s’agit d’une fable, mais dont la leçon est valable pour chacun d’entre nous ; depuis que le monde est monde, c’est toujours la même histoire. Saint Paul (que nous lisons ce dimanche en deuxième lecture) poursuit la méditation et dit : seul le Christ a fait confiance à son Père en toutes choses ; il nous montre le chemin de la Vie.

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Complément
 

À noter que cette traduction qui est celle de la TOB (Traduction œcuménique de la Bible) préserve le caractère volontairement ambigu de la question du serpent ; posée ainsi, en effet, la question peut s’entendre « vous ne mangerez pas de tous les fruits » ou « vous ne mangerez d’aucun » ! Or c’est bien ainsi dans le texte hébreu. 
 

2 (Traduction Œcuménique de la Bible).
 

3 Le récit de la Genèse a de multiples résonances dans la méditation du peuple d’Israël. L’une des réflexions suggérées par le texte concerne l’arbre de vie : planté au milieu du jardin d’Éden, il était accessible à l’homme et autorisé à la consommation. On peut penser que son fruit permettait à l’homme de rester en vie, de cette vie spirituelle que Dieu lui a insufflée : « Le SEIGNEUR Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’homme devint un être vivant. » (Gn 2,7). 

Alors les rabbins ont fait le rapprochement avec la Loi donnée par Dieu au Sinaï. Car elle est accueillie par les croyants comme un cadeau de Dieu, un soutien pour la vie quotidienne : « Que ton cœur observe mes préceptes. Ils sont longueur de jours et années de vie et pour toi plus grande paix. » (Pr 3, 2)


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PSAUME 50 (51), 3-4. 5-6. 12.13. 14.17

 

             3         Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,  
                        selon ta grande miséricorde, efface mon péché.      
             4         Lave-moi tout entier de ma faute,    
                        purifie-moi de mon offense.

              5         Oui, je connais mon péché,   
                        ma faute est toujours devant moi.    
             6         Contre toi, et toi seul, j'ai péché,
                        ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait.

              12       Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
                        renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. 
             13       Ne me chasse pas loin de ta face,     
                        ne me reprends pas ton esprit saint.

              14       Rends-moi la joie d'être sauvé ;        
                        que l'esprit généreux me soutienne.  
             17       Seigneur, ouvre mes lèvres,   
                        et ma bouche annoncera ta louange.
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            « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. » Le peuple d’Israël est en pleine célébration pénitentielle au Temple de Jérusalem. Il se reconnaît pécheur, mais il sait aussi l’inépuisable miséricorde de Dieu. Et d’ailleurs, s’il est réuni pour demander pardon, c’est parce qu’il sait d’avance que le pardon est déjà accordé.

            Cela avait été, rappelez-vous, la grande découverte du roi David : David avait fait venir au palais sa jolie voisine, Bethsabée ; (au passage, il ne faut pas oublier de préciser qu’elle était mariée avec un officier, Urie, qui était à ce moment-là en campagne). C’est d’ailleurs bien grâce à son absence que David avait pu convoquer la jeune femme au palais ! Quelques jours plus tard, Bethsabée avait fait dire à David qu’elle attendait un enfant de lui. Et, à ce moment-là, David avait organisé la mort au champ d’honneur du mari trompé pour pouvoir s’approprier définitivement sa femme et l’enfant qu’elle portait.

            Or, et c’est là l’inattendu de Dieu, quand le prophète Natan était allé trouver David, il n’avait pas d’abord cherché à obtenir de lui une parole de repentir, il avait commencé par lui rappeler tous les dons de Dieu et lui annoncer le pardon, avant même que David ait eu le temps de faire le moindre aveu. (2 S 12). Il lui avait dit en substance : « Regarde tout ce que Dieu t’a donné... eh bien, sais-tu, il est prêt à te donner encore tout ce que tu voudras ! »

Et, mille fois au cours de son histoire, Israël a pu vérifier que Dieu est vraiment « le SEIGNEUR miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté » selon la révélation qu’il a accordée à Moïse dans le désert (Ex 34, 6).

Les prophètes, eux aussi, ont répercuté cette annonce et les quelques versets du psaume que nous venons d’entendre sont pleins de ces découvertes d’Isaïe et d’Ézéchiel. Isaïe, par exemple : « Moi, Dieu, je suis tel que j’efface, par égard pour moi, tes révoltes, que je ne garde pas tes fautes en mémoire » (Is 43, 25) ; ou encore « J’ai effacé comme un nuage tes révoltes, comme une nuée tes fautes ; reviens à moi, car je t’ai racheté » (Is 44, 22).

Cette annonce de la gratuité du pardon de Dieu nous surprend parfois : cela paraît trop beau, peut-être ; pour certains, même, cela semble injuste : si tout est pardonnable, à quoi bon faire des efforts ? C’est oublier un peu vite, peut-être, que nous avons tous sans exception besoin de la miséricorde de Dieu ; ne nous en plaignons donc pas ! Et ne nous étonnons pas que Dieu nous surprenne, puisque, comme dit Isaïe, « les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées. » Et justement, Isaïe précise que c’est en matière de pardon que Dieu nous surprend le plus.

Cela nous renvoie à la phrase de Jésus dans la parabole des ouvriers de la onzième heure : « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mon bien ? Ou alors ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? » (Mt 20, 15). On peut penser également à la parabole de l’enfant prodigue (Luc 15) : lorsqu’il revient chez son père, pour des motifs pourtant pas très nobles, Jésus met sur ses lèvres une phrase du psaume 50 : « Contre toi et toi seul j’ai péché », et cette simple phrase renoue le lien que le jeune homme ingrat avait cassé.

Face à cette annonce toujours renouvelée de la miséricorde de Dieu, le peuple d’Israël, parce que c’est lui qui parle ici comme dans tous les psaumes, se reconnaît pécheur : l’aveu n’est pas détaillé, il ne l’est jamais dans les psaumes de pénitence ; mais le plus important est dit dans cette supplication « pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché ... » Et Dieu qui est toute miséricorde, c’est-à-dire comme aimanté par la misère, n’attend rien d’autre que cette simple reconnaissance de notre pauvreté. Vous savez d’ailleurs, que le mot pitié est de la même racine que le mot « aumône » : littéralement, nous sommes des mendiants devant Dieu

Alors il nous reste deux choses à faire : tout d’abord, remercier tout simplement pour ce pardon accordé en permanence ; la louange que le peuple d’Israël adresse à son Dieu, c’est sa reconnaissance pour les bontés de Dieu dont il a été comblé depuis le début de son histoire. Ce qui montre bien que la prière la plus importante dans une célébration pénitentielle, c’est la parole de reconnaissance des dons et pardons de Dieu : il faut commencer par le contempler, lui, et ensuite seulement, cette contemplation nous ayant révélé le décalage entre lui et nous, nous pouvons nous reconnaître pécheurs. Notre rituel de la réconciliation le dit bien dans son introduction : « Nous confessons l’amour de Dieu en même temps que notre péché ».

Et le chant de reconnaissance jaillira tout seul de nos lèvres, il suffit de laisser Dieu nous ouvrir le cœur : « Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange » ; certains ont reconnu ici la première phrase de la Liturgie des Heures, chaque matin ; effectivement, elle est tirée du psaume 50/51. À elle seule, elle est toute une leçon : la louange, la reconnaissance ne peuvent naître en nous que si Dieu ouvre nos cœurs et nos lèvres. Saint Paul le dit autrement : « C’est l’Esprit qui parle à notre esprit et dit en nous Abba, Père... » (Rm 8, 15 ; Ga 4, 6).

 Cela fait irrésistiblement penser à un geste de Jésus, dans l’évangile de Marc : la guérison d’un sourd-muet ; touchant ses oreilles et sa langue, Jésus avait dit « Effétah », ce qui veut dire « Ouvre-toi ». Et alors, spontanément, ceux qui étaient là avaient appliqué à Jésus une phrase que la Bible réservait à Dieu : « Il fait entendre les sourds et parler les muets ». (cf Is 35, 5-6). Encore aujourd’hui, dans certaines célébrations de baptême, le célébrant refait ce geste de Jésus sur les baptisés en disant « Le Seigneur Jésus a fait entendre les sourds et parler les muets ; qu’il vous donne d’écouter sa parole et de proclamer la foi pour la louange et la gloire de Dieu le Père ».

Deuxième chose à faire et que Dieu attend de nous : pardonner à notre tour, sans délai, ni conditions... et c’est tout un programme !
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LECTURE DE LA LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX ROMAINS  5, 12-19

 

12          Nous savons que par un seul homme,
              le péché est entré dans le monde,
              et que par le péché est venue la mort ;
              et ainsi, la mort est passée en tous les hommes,
              étant donné que tous ont péché.
13          Avant la loi de Moïse, le péché était déjà dans le monde,
              mais le péché ne peut être imputé à personne
              tant qu’il n’y a pas de loi.
14          Pourtant, depuis Adam jusqu’à Moïse,
              la mort a établi son règne,
              même sur ceux qui n’avaient pas péché
              par une transgression semblable à celle d’Adam.
              Or, Adam préfigure celui qui devait venir.
15          Mais il n’en va pas du don gratuit comme de la faute.
              En effet, si la mort a frappé la multitude
              par la faute d’un seul,
              combien plus la grâce de Dieu
              s’est-elle répandue en abondance sur la multitude,
              cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ.
16          Le don de Dieu et les conséquences du péché d’un seul
              n’ont pas la même mesure non plus :
              d’une part, en effet, pour la faute d’un seul,
              le jugement a conduit à la condamnation ;
              d’autre part, pour une multitude de fautes,
              le don gratuit de Dieu conduit à la justification.
17          Si, en effet, à cause d’un seul homme,
              par la faute d’un seul,
              la mort a établi son règne,
              combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul,
              régneront-ils dans la vie,
              ceux qui reçoivent en abondance
              le don de la grâce qui les rend justes.
18          Bref, de même que la faute commise par un seul
              a conduit tous les hommes à la condamnation,
              de même l’accomplissement de la justice par un seul
              a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie.
19          En effet, de même que par la désobéissance d’un seul être humain
              la multitude a été rendue pécheresse,
              de même par l’obéissance d’un seul
              la multitude sera-t-elle rendue juste.
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             « Adam préfigurait celui qui devait venir », nous dit Paul ; il parle d’Adam au passé, parce qu’il fait référence au livre de la Genèse, et à l’histoire du fruit défendu, mais pour lui, le drame d’Adam n’est pas une histoire du passé ; cette histoire est la nôtre au quotidien ; nous sommes tous Adam à nos heures ; les rabbins disent : « chacun est Adam pour soi ».

              Et s’il fallait résumer l’histoire du jardin d’Eden (que nous relisons en première lecture ce dimanche), on pourrait dire : en écoutant la voix du serpent, plutôt que l’ordre de Dieu, en laissant le soupçon sur les intentions de Dieu envahir leur coeur, en croyant pouvoir tout se permettre, tout « connaître » comme dit la Bible, l’homme et la femme se rangent eux-mêmes sous la domination de la mort. Et quand on dit : « chacun est Adam pour soi », cela veut dire que chaque fois que nous nous détournons de Dieu, nous laissons les puissances de mort envahir notre vie.

              Saint Paul, dans sa lettre aux Romains, poursuit la même méditation : et il annonce que l’humanité a franchi un pas décisif en Jésus-Christ ; nous sommes tous frères d’Adam ET nous sommes tous frères de Jésus-Christ ; nous sommes frères d’Adam quand nous laissons le poison du soupçon infester notre coeur, quand nous prétendons nous-mêmes faire la loi, en quelque sorte ; nous sommes frères du Christ quand nous faisons assez confiance à Dieu pour le laisser mener nos vies.

              Nous sommes sous l’empire de la mort quand nous nous conduisons à la manière d’Adam, mais quand nous nous conduisons comme Jésus-Christ, quand nous nous faisons comme lui « obéissants », (c’est-à-dire confiants), nous sommes déjà ressuscités avec lui, déjà dans le royaume de la vie. Car la vie dont il est question ici n’est pas la vie biologique : c’est celle dont Jean parle quand il dit « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » ; c’est une vie que la mort biologique n’interrompt pas.

             D’ailleurs, il faut revenir au récit du livre de la Genèse : « Au temps où le Seigneur Dieu fit le ciel et la terre, il modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. » Ce souffle de Dieu qui fait de l’homme un être vivant, comme dit le texte, les animaux ne l’ont pas reçu : ils sont pourtant bien vivants au sens biologique ; on peut en déduire que l’homme jouit d’une vie autre que la vie biologique.

             Je reviens au mot « royaume » : vous avez remarqué que Paul emploie plusieurs fois les mots « règne », « régner »...  Deux royaumes s’affrontent. On peut écrire son texte en deux colonnes : dans une colonne, on peut écrire Adam (c’est-à-dire l’humanité quand elle agit comme Adam), règne du péché, règne de la mort, jugement, condamnation. Dans l’autre colonne, Jésus-Christ (c’est-à-dire avec lui l’humanité nouvelle), règne de la grâce, règne de la vie, don gratuit, justification. Aucun d’entre nous n’est tout entier dans une seule de ces deux colonnes : nous sommes tous des hommes (et des femmes) partagés : Paul lui-même le reconnaît quand il dit « le mal que je ne veux pas, je le fais, le bien que je veux, je ne le fais pas » (Rm 7, 19).

             Adam (au sens de l’humanité) est créé pour être roi (pour cultiver et garder le jardin, disait le livre de la Genèse de manière imagée), mais, mal inspiré par le serpent, il veut le devenir tout seul par ses propres forces ; or cette royauté, il ne peut la recevoir que de Dieu ; et donc, en se coupant de Dieu il se coupe de la source ; Jésus-Christ, au contraire, ne « revendique » pas cette royauté, elle lui est donnée. Comme le dit encore Paul dans la lettre aux Philippiens « lui qui était de condition divine n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu, mais il s’est fait obéissant » (Phi 2, 6). Le récit du jardin d’Eden nous dit la même chose en images : avant la faute, l’homme et la femme pouvaient manger du fruit de l’arbre de vie ; après la faute, ils n’y ont plus accès.

             Chacun à leur manière, ces deux textes de la Genèse d’une part, et de la lettre aux Romains d’autre part, nous disent la vérité la plus profonde de notre vie : avec Dieu, tout est grâce, tout est don gratuit ; et Paul, ici, insiste sur l’abondance, la profusion de la grâce, il dit même la « démesure » de la grâce : « le don gratuit de Dieu et la faute n’ont pas la même mesure... combien plus la grâce de Dieu a-t-elle comblé la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus-Christ ». Tout est « cadeau » si vous préférez ; pas étonnant, bien sûr, puisque, comme dit Saint Jean, Dieu est Amour.

             Ce n’est pas une question de bonne conduite du Christ qui recevrait une récompense ou de mauvaise conduite d’Adam qui entraînerait un châtiment ; c’est beaucoup plus profond : le Christ est confiant qu’en Dieu tout lui sera donné... et tout lui est donné dans la Résurrection ; Adam, (c’est-à-dire chacun de nous à certaines heures), veut se saisir de ce qui ne peut qu’être accueilli comme un don ; il se retrouve « nu », c’est-à-dire démuni.

             Je reprends mes deux colonnes : par naissance nous sommes citoyens du règne d’Adam ; par le baptême, nous avons demandé à être naturalisés dans le royaume de Jésus-Christ.

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Compléments

Si nous relisons le récit de la Genèse, nous pouvons noter que, intentionnellement, l’auteur n’avait pas donné de prénoms à l’homme et à la femme ; il disait « le Adam » qui veut dire « le terreux », « le poussiéreux », (fait avec de la poussière) ; en ne leur donnant pas de prénoms, il voulait nous faire comprendre que le drame d’Adam n’est pas l’histoire d’un individu particulier, elle est l’histoire de chaque homme depuis toujours.

Obéissance et Désobéissance au sens de Paul : on pourrait remplacer le mot « obéissance » par confiance et le mot « désobéissance » par méfiance ; comme le dit Kierkegaard : « Le contraire du péché, ce n’est pas la vertu, le contraire du péché, c’est la foi ».

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ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU  4, 1-11

 

              En ce temps-là,
1            Jésus fut conduit au désert par l’Esprit
              pour être tenté par le diable.
2            Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits,
              il eut faim.
3            Le tentateur s’approcha et lui dit :
              « Si tu es Fils de Dieu,
              ordonne que ces pierres deviennent des pains. »
4            Mais Jésus répondit :
              « Il est écrit :
              L’homme ne vit pas seulement de pain,

              mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
5            Alors le diable l’emmène à la Ville sainte,
              le place au sommet du Temple
6            et lui dit :
              « Si tu es Fils de Dieu,
              jette-toi en bas ;
              car il est écrit :
              Il donnera pour toi des ordres à ses anges,
              et :    Ils te porteront sur leurs mains,

              de peur que ton pied ne heurte une pierre. »
7             Jésus lui déclara :
              « Il est encore écrit :
              Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
 8           Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne
              et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire.
 9           Il lui dit :
              « Tout cela, je te le donnerai,
              si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »
10          Alors, Jésus lui dit :
              « Arrière, Satan !
              car il est écrit :
              C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras,

              à lui seul tu rendras un culte. »
11          Alors le diable le quitte.
              Et voici que des anges s’approchèrent,
              et ils le servaient.
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                        Chaque année, le Carême s'ouvre par le récit des tentations de Jésus au désert : il faut croire qu'il s’agit d’un texte vraiment fondamental ! Cette année, nous le lisons chez saint Matthieu. 

                         « Jésus, après son baptême, fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon ». Ce n’est pas le texte exact de l’évangile, mais la traduction employée dans la liturgie nous invite (à juste titre) à faire le lien entre le baptême de Jésus et les tentations : car dans l’évangile lui-même, Matthieu, après avoir rapporté le baptême, continue aussitôt « Alors, Jésus fut conduit par l’Esprit au désert pour y être tenté. » Lui-même nous invite donc à faire un rapprochement entre le baptême de Jésus et les tentations qui le suivent immédiatement. Cet homme s’appelle « Jésus » et Matthieu a dit quelques versets plus haut : « C’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés », c’est le sens même du nom de Jésus.

                        Jésus venait d’être baptisé par Jean-Baptiste dans le Jourdain ; et rappelez-vous, Jean-Baptiste n’était pas d’accord et il l’avait dit : « C’est moi, Jean, qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi, Jésus, qui viens à moi ! » (sous-entendu c’est le monde à l’envers)... Et, là, au cours du Baptême de Jésus, il s’était passé quelque chose : « Dès qu’il fut baptisé, Jésus sortit de l’eau. Voici que les cieux s’ouvrirent et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu’une voix venant des cieux disait « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir ».

                        Cette phrase, à elle seule, annonce publiquement que Jésus est vraiment le Messie : car, l’expression « Fils de Dieu » était synonyme de Roi-Messie et la phrase « mon bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir » était une reprise d’un des chants du Serviteur chez Isaïe. En quelques mots, Matthieu vient donc de nous rappeler tout le mystère de la personne de Jésus ; et c’est lui, précisément, Messie, sauveur, serviteur qui va affronter le Tentateur. Comme son peuple, quelques siècles auparavant, il est emmené au désert ; comme son peuple, il connaît la faim ; comme son peuple, il doit découvrir quelle est la volonté de Dieu sur ses fils ; comme son peuple, il doit choisir devant qui se prosterner.

                        « Si tu es le Fils de Dieu », répète le Tentateur, manifestant par là que c’est bien là le problème ; et Jésus y a été affronté, pas seulement trois fois, mais tout au long de sa vie terrestre ; être le Messie, concrètement, en quoi cela consiste-t-il ? La question prend diverses formes : est-ce résoudre les problèmes des hommes à coup de miracles, comme changer les pierres en pain ? Est-ce provoquer Dieu pour vérifier ses promesses ? ... En se jetant du haut du temple par exemple, car le psaume 90/91 promettait que Dieu secourrait son Messie... Est-ce posséder le monde, dominer, régner, à n’importe quel prix, quitte à adorer n’importe quelle idole ? Quitte même à n’être plus Fils ? Car je remarque que, la troisième fois, le Tentateur ne répète plus « Si tu es Fils de Dieu »...

             Le comble de ces tentations, c’est qu’elles visent des promesses de Dieu : elles ne promettent rien d’autre que ce que Dieu lui-même a promis à son Messie. Et les deux interlocuteurs, le Tentateur comme Jésus lui-même le savent bien. Mais voilà... les promesses de Dieu sont de l’ordre de l’amour ; elles ne peuvent être reçues que comme des cadeaux ; l’amour ne s’exige pas, ne s’accapare pas, il se reçoit à genoux, dans l’action de grâce. Au fond, il se passe la même chose qu’au jardin de la Genèse ; Adam sait, et il a raison, qu’il est créé pour être roi, pour être libre, pour être maître de la création ; mais au lieu d’accueillir les dons comme des dons dans l’action de grâce, dans la reconnaissance, il exige, il revendique, il se pose en égal de Dieu... Il est sorti du registre de l’amour et il ne peut plus recevoir l’amour offert... il se retrouve pauvre et nu.

             Jésus fait le choix inverse : « Arrière Satan ! »  Comme il le dira une fois à Pierre « tes pensées sont des pensées à la manière d’Adam... tes vues ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes » (Mt 16, 23)... D’ailleurs, plusieurs fois dans ce texte, Matthieu a appelé le tentateur du nom de « diable », en grec le « diabolos » ce qui veut dire « celui qui divise ». Est Satan pour chacun de nous comme pour Jésus lui-même celui qui tend à nous séparer de Dieu, à voir les choses à la manière d’Adam et non à la manière de Dieu. Au passage, je remarque que tout est dans le regard : celui d’Adam est faussé ; au contraire, pour garder le regard clair, Jésus scrute la Parole de Dieu : ses trois réponses au tentateur sont des citations du livre du Deutéronome, dans un passage qui est précisément une méditation sur les tentations du peuple d’Israël au désert.

             Alors, précise Matthieu, le diable (le diviseur) le quitte ; il n’a pas réussi à diviser, à détourner le cœur du Fils ; cela fait irrésistiblement penser à la phrase de saint Jean dans le Prologue (Jn 1, 1) : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu (« pros ton Theon » en grec) et le Verbe était Dieu » Le diable n’a pas réussi à détourner le cœur du Fils et celui-ci est alors tout disponible pour accueillir les dons de Dieu : « Voici que des anges s’approchèrent de lui et ils le servaient ».

 

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, année liturgique A, 1er dimanche de Carême (5 mars 2017)

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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 00:08

Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde, en

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Attention le texte écrit peut différer des versions audio (Radio-Notre-Dame) et vidéo (KTO TV) qui ont été modifiées par Marie-Noëlle Thabut, parfois pour les améliorer, parfois pour s'adapter aux formats imposés par ces chaînes de radio ou de télévision. Dans cette hypothèse, nous mettons en italiques les passages supprimés pour ces médias.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante,c'est que nous ne les avons pas compris."

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame (disponible seulement à compter du 25 février 2017).

En bas de page, vous avez désormais les versions vidéo des commentaires, trouvées sur KTO TV.

LECTURE DU LIVRE DU PROPHÈTE ISAÏE    49, 14 - 15

 

14        Jérusalem disait :
            « Le SEIGNEUR m’a abandonnée,
            mon Seigneur m’a oubliée. »
15        Une femme peut-elle oublier son nourrisson,
            ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ?
            Même si elle l’oubliait,
            moi, je ne t’oublierai pas,
            – dit le Seigneur.
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          Le cha­pi­tre 49 du li­vre d’Isaïe est un tex­te pro­di­gieux. Il faut le li­re in­té­gra­le­ment pour dé­cou­vrir com­ment un peu­ple au plus pro­fond de la mis­è­re, re­tro­u­ve l’espérance. Le peu­ple d’Israël est en Exil à Ba­by­lo­ne et le mo­ral est au plus bas : on se ré­pè­te  « Le SEI­GNEUR m’a aban­don­née, mon Dieu m’a ou­bliée. » Tout conduit à confir­mer ce cons­tat : Jé­ru­sa­lem est dé­vas­tée, des étran­gers s’installent dans les dé­com­bres ; si un jour on ren­trait, que re­tro­u­ve­rait-on ? Du peu­ple, il ne res­te pres­que per­son­ne ; la fa­mille roya­le est étein­te ; et les an­nées pas­sant, tous ceux qui sont ar­ri­vés en­co­re va­li­des à Ba­by­lo­ne après l’épreuve de la dé­por­ta­tion meu­rent les uns après les au­tres. Un Exil de cin­quan­te an­nées, c’est très long, c’est plus que la du­rée d’une gé­né­ra­tion. Pi­re, com­ment gar­der la foi par­mi ces étran­gers ido­lâ­tres ? Dans ces condi­tions dé­plo­ra­bles, peut-on en­co­re par­ler d’Alliance avec Dieu ? La ten­ta­tion est gran­de de croi­re que Dieu les a ou­bliés. Et, d’ailleurs, les succès des Babyloniens ne sont-ils pas la preuve que notre Dieu nous a laissés tomber ?

          A­lors le pro­phè­te Isaïe cherche par tous les moyens à convaincre ses compatriotes que rien ne pourra détruire l’Alliance proposée par Dieu à son peuple, tout simplement parce que, même si les hommes sont parfois infidèles, Dieu, lui, reste toujours fidèle.

          Pour rendre son message encore plus percutant, Isaïe fait référence à notre expérience humaine, celle de la tendresse des mamans pour leurs bébés : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Mê­me si el­le pou­vait l’oublier, moi, je ne t’oublierai pas. » Et Isaïe, dans ce cha­pi­tre 49 dé­ve­lop­pe tou­te une sé­rie d’images : Pour Dieu, Is­raël est l’enfant bien-ai­mé, (« Le SEI­GNEUR m’a ap­pe­lé dès le sein ma­ter­nel, dès le ven­tre de ma mè­re il s’est ré­pé­té mon nom. » Is 49, 1), la flè­che la plus pré­cieu­se de son car­quois (« Il m’a dis­po­sé com­me une flè­che acé­rée, dans son car­quois il m’a te­nu ca­ché. » Is 49, 2), le ser­vi­teur qui ré­a­li­se les œuvres de Dieu (« Mon ser­vi­teur, c’est toi, Is­raël, toi par qui je ma­ni­fes­te­rai ma splen­deur. » Is 49, 3), la mar­que d’amour gra­vée sur les mains de Dieu (« Voi­ci que sur mes pau­mes je t’ai gra­vé » Is 49, 16). À la même époque, on peut lire chez Jérémie : « Oui, je suis un pè­re pour Is­raël, Éphraïm est mon fils aî­né. » (Jr 31, 9).

          Tout cela prouve qu’au temps de l’Exil à Babylone, c’est-à-dire au sixième siècle av. J.-C., les prophètes parlaient déjà de Dieu comme d’un Père. On n’a donc pas at­ten­du le Nou­veau Tes­ta­ment pour ap­pe­ler Dieu « Pè­re » ; mais pour être tout à fait hon­nê­te, on n’a pas at­ten­du non plus l’Ancien Tes­ta­ment ni le peu­ple hé­breu ; les au­tres peu­ples aus­si in­vo­quaient leur dieu com­me leur pè­re ; par exem­ple, au quatorzième siè­cle, à Uga­rit  (en Syrie), le dieu su­prê­me s’appelle « El, roi-pè­re » ; mais le ti­tre de pè­re, chez les au­tres peu­ples, a deux si­gni­fi­ca­tions : pre­miè­re­ment un sens d’autorité dou­blée de ten­dres­se ; deuxiè­me­ment un sens de pa­ter­ni­té char­nel­le ; la Bi­ble a gar­dé le pre­mier sens, mais a tou­jours re­fu­sé de consi­dé­rer Dieu com­me un pè­re bio­lo­gi­que à la ma­niè­re hu­mai­ne. Dieu est le Tout-Au­tre, sur ce plan-là aus­si.

          C’est pour cet­te rai­son, d’ailleurs, qu’on ne trou­ve que tar­di­ve­ment, dans l’Ancien Tes­ta­ment, des af­fir­ma­tions pé­remp­toi­res du gen­re « Dieu est vo­tre Pè­re » ; pen­dant trop long­temps, on au­rait ris­qué de se mé­pren­dre et de l’imaginer pè­re à la ma­niè­re hu­mai­ne, com­me les peu­ples voi­sins. Mais, à l’époque de l’Exil, la paternité de Dieu à l’égard de son peuple était acquise.  

          C’est sur cette conviction que le prophète Isaïe veut adosser l’espérance de ses compatriotes exilés : comme un Père vole au secours de ses enfants, Dieu tiendra les promesses de son Alliance et donc il libèrera son peuple de la captivité à Babylone. Le tout petit paragraphe du chapitre 49 d’Isaïe que nous lisons aujourd’hui est entouré de part et d’autre par des promesses de re­tour au pays : dans les versets qui précèdent notre lecture, on peut lire : « De bien loin ils ar­ri­vent, les uns du Nord et de l’Ouest, les au­tres, de la ter­re d’Assouan. » et encore « Le SEI­GNEUR ré­confor­te son peu­ple, et à ces hu­mi­liés il mon­tre sa ten­dres­se. » (Is 49, 12-13). Et, dans les versets qui suivent : « Ils ac­cou­rent tes bâ­tis­seurs, et tes dé­mo­lis­seurs, tes dé­vas­ta­teurs loin de toi s’en vont. Por­te tes re­gards sur les alen­tours et vois : tous ils se ras­sem­blent, ils vien­nent vers toi. Par ma vie, ora­cle du SEI­GNEUR, oui, tu les re­vê­ti­ras tous com­me une pa­ru­re, tel­le une pro­mi­se, tu te fe­ras d’eux une cein­ture. Oui, dé­vas­ta­tion, dé­so­la­tion, ter­re de dé­mo­li­tion que tu es, oui, dés­or­mais tu se­ras trop étroi­te pour l’habitant, tan­dis que pren­dront le lar­ge ceux qui t’engloutissaient. De nou­veau, ils di­ront à tes oreilles, les fils dont tu res­sen­tais la pri­va­tion : L’espace est trop étroit pour moi. Pla­ce pour moi ! Tiens-toi ser­rée que je puis­se ha­bi­ter. » et encore « Tu di­ras dans ton cœur : ‘Moi, j’étais pri­vée d’enfant, sté­ri­le, en dé­por­ta­tion, éli­mi­née ; ceux-là, qui les a fait gran­dir ? Voi­là que je res­tais seu­le ; ceux-là, où donc étaient-ils ?... Ils ra­mè­ne­ront tes fils dans leurs bras, et tes filles se­ront his­sées sur leurs épau­les. » (Is 49, 17-22).

            Il faut quand mê­me de l’audace pour an­non­cer de tel­les pro­mes­ses à un peu­ple en exil. C’est pres­que trop beau pour être vrai, di­rait-on. Mais cet­te au­da­ce est cel­le mê­me de Dieu. Pour bien pré­ci­ser que cet­te pa­ro­le n’est pas la sien­ne, Isaïe prend soin de par­se­mer ce cha­pi­tre de for­mu­les tel­les que « Ora­cle du Sei­gneur », ou « Pa­ro­le du Sei­gneur » ou en­co­re « Ain­si par­le le Sei­gneur ». Gé­né­ra­le­ment, quand les pro­phè­tes in­sis­tent sur ce point, c’est par­ce que les pa­ro­les qu’ils ont à di­re de la part de Dieu sont par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­ci­les à en­ten­dre.

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PSAU­ME 61 (62)

 

2     Je n'ai de re­pos qu'en Dieu seul,                   
       mon sa­lut vient de lui.
3     Lui seul est mon ro­cher, mon sa­lut,              
       ma ci­ta­del­le : je suis in­é­bran­la­ble.

 8     Mon sa­lut et ma gloi­re                      
       se trou­vent près de Dieu.                  
       Chez Dieu, mon re­fu­ge,                    
       mon ro­cher im­pre­na­ble.

 9     Comptez sur lui en tout temps,                     
       vous, le peu­ple.                     
       De­vant lui, épan­chez vo­tre cœur :               
       Dieu est pour nous un re­fu­ge.
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         Clairement, ce psaume est une invitation à la confiance : « Je n'ai de re­pos qu'en Dieu seul, mon sa­lut vient de lui. Lui seul est mon ro­cher, mon sa­lut, ma ci­ta­del­le : je suis in­é­bran­la­ble... Comptez sur lui en tout temps, vous, le peu­ple. » Cette recommandation tombe à point nommé pour le peuple malheureux en Exil à Babylone que nous évoquions à propos de la première lecture.

         Comme très souvent dans les psaumes, c’est l’expérience de l’Exode qui est le meilleur argument de l’espérance. Car, pendant les quarante années de pérégrinations dans le désert du Sinaï, on a eu maintes occasions d’expérimenter la sollicitude de Dieu. Ici, par exemple, nous entendons à deux reprises le mot « rocher » qui fait référence à un événement très précis de l’Exode. Un événement qui a marqué la mémoire du peuple tout entier à tel point qu’il est évoqué à plusieurs reprises dans les textes bibliques.

         D’après le livre de l’Exode, cela se passait à Rephidim dans le sud de la péninsule du Sinaï. De loin, on voyait les palmiers de l’oasis et chacun espérait trouver de quoi étancher sa soif. Mais, ô surprise, l’oued était à sec. La bonne réaction aurait été de faire confiance : Dieu ne nous avait pas amenés aussi loin pour nous laisser mourir de soif. Certainement, il dicterait à Moïse une solution.

         Au lieu de cela, le peuple tout entier, pris de peur, s’est mis à récriminer. Non seulement, Moïse avait été bien imprudent de faire courir de tels risques à son peuple, mais on en vint à le soupçonner d’avoir ainsi manigancé la mort de tous ceux qui l’accompagnaient. Alors, ce fut au tour de Moïse d’être en danger. Si cela continue, ils vont me lapider, pensa-t-il.

         Or, quelle fut la réponse de Dieu à la révolte de son peuple ? Ce fut le don au-de­là de la ré­vol­te, le par­don : Il a dit à Moïse de se munir de son bâton, celui avec lequel il avait frappé le fleuve, la nuit de la sortie d’Égypte, et de frapper le rocher, ce que Moïse a fait bien sûr. Et alors de l’eau a coulé du rocher. « Dieu a fait jaillir l’eau du ro­cher de gra­nit » raconte le livre du Deutéronome (Dt 8, 15). Pour retenir la leçon de ce moment de soupçon de son peuple, Moïse appela ce lieu non plus Rephidim mais Massa et Meriba, ce qui signifie « Épreuve et Querelle » parce qu’on avait querellé Dieu (à travers son envoyé Moïse) et parce qu’on avait exigé de lui un signe.

         Ces mots de Massa et Meriba se retrouvent à plusieurs reprises chez les auteurs bibliques comme une méditation sur la tentation sans cesse renaissante de l’humanité de soupçonner Dieu de ne pas lui vouloir du bien. Voici, par exemple, le rappel du psaume 95/94 : « Puissiez-vous aujourd’hui écouter la voix du SEIGNEUR ! Ne durcissez pas votre cœur comme à Meriba, comme au jour de Massa dans le désert, où vos pères m’ont défié et mis à l’épreuve, alors qu’ils m’avaient vu à l’œuvre. » L’œuvre de Dieu, c’est le miracle de la sortie d’Égypte. Et le livre du Deutéronome dit la même chose à sa manière : « Vous ne mettrez pas à l’épreuve le SEIGNEUR votre Dieu comme vous l’avez fait à Massa. 

         Dés­or­mais, le sim­ple mot « ro­cher » évo­que cet­te fi­dé­li­té de Dieu mal­gré tou­tes les in­fi­dé­li­tés et les ré­vol­tes de son peu­ple. On ne s’étonne donc pas de le rencontrer souvent dans les psaumes, comme une sorte de garde-fou contre le soupçon.

         Le récit de la scène du jardin d’Éden relate de manière imagée ce problème éternel de l’humanité : créé par pur amour, et nanti de tous les pouvoirs sur la création, l’homme ne connaît qu’une limite à sa liberté, l’interdiction de prendre le fruit d’un certain arbre. La désobéissance mettrait l’homme en grand danger, a prévenu Dieu : « Tu pourras manger de tout arbre du jardin, mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance de ce qui rend heureux ou malheureux, car du jour où tu en mangeras, tu devras mourir. » (Gn 2,  16-17). Là encore, c’est une question de confiance qui est posée à l’homme. Le texte suggère que l’homme devrait raisonner de la façon suivante : Dieu a fait preuve de sa bienveillance, pourquoi voudrait-il du mal à sa créature ? De toute évidence la consigne lui est donnée pour son bien ; sans doute le fruit est-il vénéneux. Il vaut donc mieux s’en abstenir comme Dieu l’a ordonné.

         Mais, malheureusement, l’homme se laisse gagner par le soupçon : une petite voix inspire à la femme l’idée que Dieu n’agit que par jalousie. Le mieux serait donc de lui désobéir... et l’on connaît la suite. L’homme et la femme ne meurent pourtant pas tout de suite de mort biologique, mais la relation de confiance est morte et le soupçon se répand comme un poison mortel, un venin qui inocule la mort spirituelle à l’humanité.

          Les psaumes, et tout particulièrement celui de ce dimanche, sont un lieu privilégié de lutte contre ce soupçon qui nous empoisonne. À tel point que le verset « Lui seul est mon ro­cher, mon sa­lut, ma ci­ta­del­le : je suis in­é­bran­la­ble » est dit deux fois, comme une sorte de refrain. Et le prophète Isaïe, en son temps, mettait en garde le jeune roi Achaz contre la tentation du manque de foi : « Si vous ne croyez pas, vous ne tien­drez pas »  (Is 7, 9).

         Saint Paul, à son tour, qui est imprégné des Écritures, poursuit la méditation de l’Ancien Testament sur le soupçon qui habite trop souvent les hommes. Et, à l’attitude d’Adam, le soupçonneux, il aime opposer l’attitude de confiance du Christ, qu’il appelle « le nouvel Adam ».

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LECTURE DE LA PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS  4, 1 - 5

 

            Frères,
1          que l’on nous regarde
            comme des auxiliaires du Christ
            et des intendants des mystères de Dieu.
2          Or, tout ce que l’on demande aux intendants,
            c’est d’être trouvés dignes de confiance.
3          Pour ma part, je me soucie fort peu d’être soumis à votre jugement,
            ou à celui d’une autorité humaine ;
            d’ailleurs, je ne me juge même pas moi-même.
4          Ma conscience ne me reproche rien,
            mais ce n’est pas pour cela que je suis juste :
            celui qui me soumet au jugement,
            c’est le Seigneur.
5          Ainsi, ne portez pas de jugement prématuré,
            mais attendez la venue du Seigneur,
            car il mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres,
            et il rendra manifestes les intentions des cœurs.
            Alors, la louange qui revient à chacun
            lui sera donnée par Dieu.
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         De­puis le dé­but de sa let­tre, Paul se bat contre les que­rel­les de clans qui di­vi­sent la com­mu­nau­té de Co­rin­the : cha­cun ne ju­re plus que par son pré­di­ca­teur pré­fé­ré, Apol­los, ou Pier­re ou Paul lui-mê­me. Les cho­ses vont si loin que les gens en sont ve­nus à adop­ter un lan­ga­ge d’esclaves puis­que les uns et les au­tres dis­ent : « Moi, j’appartiens à Apol­los (ou à Pier­re ou à Paul) » (1 Co 1, 12) ; « ap­par­te­nir à » était l’expression em­ployée dans les cas d’esclavage.

         Les que­rel­les qui di­vi­sent la jeu­ne com­mu­nau­té ré­vè­lent donc un vé­ri­ta­ble pro­blè­me de fond : le Christ est ve­nu pour fai­re de nous des hom­mes li­bres et voi­là les Co­rin­thiens qui s’inventent une nou­vel­le for­me d’esclavage. On sait que dans toutes les communautés où il est passé, Paul a milité pour une véritable liberté : on peut être esclave de certaines manières de penser ou d’agir, de certains conformismes, de certaines modes. Les querelles à propos des habitudes alimentaires, par exemple, ont empoisonné par moments la vie des premières communautés chrétiennes. On en aura l’écho plus loin dans cette même lettre aux Corinthiens. Ici, il s’agit d’un autre esclavage : celui des maîtres à penser.

         Il est ur­gent de re­met­tre les cho­ses à leur pla­ce ; les pré­di­ca­teurs ne sont pas des maî­tres à qui vous de­vriez ap­par­te­nir, ils sont des ser­vi­teurs et rien d’autre : « Il faut que l’on nous re­gar­de seu­le­ment com­me des auxiliaires du Christ et les in­ten­dants des mys­tè­res de Dieu. » « L’Intendant » n’est pas le  « propriétaire » et il peut être destitué s’il outrepasse ses droits. De la même manière, si un pré­di­ca­teur peut de­ve­nir un gou­rou, alors il est un mau­vais pré­di­ca­teur ; il n’est pas un bon ser­vi­teur du Christ puisqu’il n’a ré­us­si qu’à cen­trer ses fi­dè­les sur sa pro­pre per­son­ne au lieu de les tour­ner vers le Christ. Ici, Paul s’interroge lui-mê­me et ce­la expli­que la tri­stes­se du  ton de ce pas­sa­ge : « Ma cons­cien­ce ne me re­pro­che rien, mais ce n’est pas pour ce­la que je suis jus­te ». Ce n’est pas son or­gueil qui est bles­sé : l’enjeu est beau­coup plus gra­ve : puisqu’il y a des gens pour di­re : « Moi, j’appartiens à Paul », ce­la veut-il di­re qu’il au­rait cap­té l’attachement de cer­tains au lieu de les tour­ner vers le Sei­gneur ?

         Deuxiè­me en­jeu de ces at­ta­che­ments ex­ces­sifs à tel ou tel : in­é­vi­ta­ble­ment, on en vient à por­ter des ju­ge­ments : op­ter pour Apol­los ou Pier­re ou Paul, de ma­niè­re ex­clu­si­ve, conduit à dé­ni­grer les au­tres. Or seul le Sei­gneur sait ju­ger les uns et les au­tres : les prophètes l’ont sans cesse répété, Dieu seul est le juste juge. L’argument donné par Paul est très intéressant : seul le maî­tre peut s’autoriser à ju­ger son ser­vi­teur ; aucun ou aucune d’entre nous ne peut se hasarder sans ridicule à juger les services rendus à quelqu’un d’autre. Dans la let­tre aux Ro­mains, Paul le dit très claire­ment : « Qui es-tu pour ju­ger un ser­vi­teur qui ne t’appartient pas ? » (Rm 14, 4). Nous som­mes les in­ten­dants des mys­tè­res de Dieu : com­me leur nom l’indique, ce sont des « mys­tè­res », c’est-à-di­re qu’ils nous échap­pent ; et tant qu’ils nous échap­pent, tout ju­ge­ment est pré­ma­tu­ré ! « Alors, dit Paul, ne por­tez pas de ju­ge­ment pré­ma­tu­ré, mais at­ten­dez la ve­nue du Sei­gneur ». Ce pro­jet de Dieu nous dé­pas­se tel­le­ment que nous som­mes par nous-mê­mes in­ca­pa­bles de dis­cer­ner son état d’avancement et la contri­bu­tion des uns et des au­tres à ce pro­jet. Voi­là qui rend dé­ri­soi­res tou­tes que­rel­les et dis­sen­sions sur la qua­li­té de tel ou tel ser­vi­teur de l’évangile !

          Je reviens à cette expression : « in­ten­dants des mys­tè­res de Dieu ». Voilà le titre magnifique donné par Paul aux baptisés que nous sommes. Quand quelqu’un nous demande quel est notre métier, nous viendrait-il à l’idée de répondre que nous sommes « in­ten­dants des mys­tè­res de Dieu ». C’est pourtant le premier but de nos vies ; l’évangile de ce dimanche le redira fortement !

          Enfin, si on regarde le texte d’un peu plus près, Paul emploie deux mots : celui qui a été traduit par « auxiliaire » (upèretas) désigne un subordonné, un subalterne ; l’autre terme (oikonomos) est quelqu’un d’important, un homme de confiance, ce que notre traduction rend par « intendant ». Les deux mots nous vont bien : « serviteurs quelconques » selon l’expression retenue par Luc ((Lc 17, 10), simples subalternes, nous le sommes, et c’est rassurant. L’œuvre de Dieu ne nous appartient pas. Nous faisons tranquillement notre petit possible au jour le jour, et cela suffit à notre joie intérieure.

          « Intendants », nous le sommes également, fiers de la confiance qui nous est faite. Or l’importance d’un intendant se mesure à la taille de la propriété ou à l’importance de la fortune qu’il doit gérer. Eh bien nous, nous sommes les intendants du Maître du monde et de l’histoire ! « In­ten­dants des mys­tè­res de Dieu », dit Paul. Les deux mots employés par Paul se contrebalancent en quelque sorte : ils nous permettent de pressentir la grandeur de notre mission au cœur même de notre petitesse !

          On comprend alors pourquoi les petites querelles des Corinthiens pouvaient affliger Paul. Elles ne sont pas à la hauteur de l’enjeu véritable de nos vies qui n’est autre que le Jour que nous attendons tous avec ferveur : celui de la venue du Seigneur.

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Complément

On peut rapprocher le souci de Paul d’être tout entier donné à la seule gloire de Jésus-Christ de cette parole du Christ dans l’évangile de Jean : « Qui parle de lui-même cherche sa propre gloire ; seul celui qui cherche la gloire de celui qui l'a envoyé est véridique, et il n'y a pas en lui d'imposture. » (Jn 7, 18).

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ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU  6, 24 - 34

 

                                         En ce temps-là,
            Jésus disait à ses disciples :
24        « Nul ne peut servir deux maîtres :
            ou bien il haïra l’un et aimera l’autre,
            ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre.
            Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent.
25        C’est pourquoi je vous dis :
            Ne vous souciez pas,
            pour votre vie, de ce que vous mangerez,
            ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez.
            La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture,
            et le corps plus que les vêtements ?
26        Regardez les oiseaux du ciel :
            ils ne font ni semailles ni moisson,
            ils n’amassent pas dans des greniers,
            et votre Père céleste les nourrit.
            Vous-mêmes, ne valez-vous pas
            beaucoup plus qu’eux ?
27        Qui d’entre vous, en se faisant du souci,
            peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ?
28        Et au sujet des vêtements,
            pourquoi se faire tant de souci ?
            Observez comment poussent les lis des champs :
            ils ne travaillent pas, ils ne filent pas.
29        Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire,
            n’était pas habillé comme l’un d’entre eux.
30        Si Dieu donne un tel vêtement à l’herbe des champs,
            qui est là aujourd’hui,
            et qui demain sera jetée au feu,
            ne fera-t-il pas bien davantage pour vous,
            hommes de peu de foi ?
31        Ne vous faites donc pas tant de souci ;
            ne dites pas : ‘Qu’allons-nous manger ?’
            ou bien : ‘Qu’allons-nous boire ?’
            ou encore : ‘Avec quoi nous habiller ?’
32        Tout cela, les païens le recherchent.
            Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
33        Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice,
            et tout cela vous sera donné par surcroît.
34        Ne vous faites pas de souci pour demain :
            demain aura souci de lui-même ;
            à chaque jour suffit sa peine. »
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         On ne s’étonne pas que Jésus ait, à plusieurs reprises, abordé les questions d’argent, puisque c’est bien l’une des préoccupations majeures des hommes ; mais il me semble qu’il y a, dans le discours de Jésus, beaucoup plus que des considérations de sagesse. J’y lis au moins trois insistances : un appel à la liberté, une invitation à vérifier nos priorités et enfin une consigne de confiance.

         Un appel à la liberté, d’abord. Celui qui n’avait « pas mê­me une pier­re pour re­po­ser sa tê­te » jouissait d’une liberté totale de mouvement. On sait, à l’inverse, combien certains se voient obligés de consacrer leur temps et leur énergie à gérer leur fortune. Nous désirons la richesse parce que nous y voyons un moyen d’être libres et heureux (et le but est louable, en soi), mais l’inverse peut se produire, quand nous en devenons esclaves. Ce que l’on possède pourrait bien nous posséder, en définitive.

         Parce que ce problème est de tous les temps, de nombreux auteurs bibliques l’ont abordé, chacun dans son style. Je vous lis ce qu’en dit le li­vre du Si­ra­ci­de : « Le sou­ci en­traî­ne une vieilles­se pré­ma­tu­rée » (Si 30, 24) et un peu plus loin « L’insomnie que cau­se la ri­ches­se fi­nit par dé­char­ner quelqu’un, le sou­ci qu’elle ap­por­te éloi­gne le som­meil. » (Si 31, 1). Chez nous, la sa­ges­se po­pu­lai­re, el­le aus­si, dit bien que « L’argent est un bon ser­vi­teur mais un mau­vais maî­tre » ; et c’est ce der­nier ter­me que le tex­te ori­gi­nal de no­tre évan­gi­le em­ploie : l’argent, il le dit Ma­mon, c’était le nom d’une puis­san­ce qui as­ser­vit le mon­de. Nous plier sous sa loi, c’est per­dre no­tre li­ber­té et no­tre joie.

         Deuxièmement, Jésus nous invite à vérifier nos priorités : « Cher­chez d'abord son Royau­me et sa jus­ti­ce ». Le vrai trésor de nos vies, la vraie perle (pour reprendre des expressions de Jésus lui-même, cf Mt 13, 44-46), notre unique raison de vivre et de mourir, c’est le projet de Dieu, qui nous est révélé dans sa Parole. Nous pouvons nous occuper à autre chose, cela nous arrive, mais, tôt ou tard, nous lui revenons, parce que nous savons comme Pierre, que lui seul « a les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68). Dans la première lettre aux Corinthiens (notre deuxième lecture), Paul nous décernait le beau titre « d’intendants des mystères de Dieu ». Ici, Jésus nous invite à rester fidèles à cette vocation et à ne pas nous tromper de métier ou de priorités, si vous préférez. « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur », disait-il. D’ailleurs on peut remarquer ceci : cette partie du discours sur la montagne consacrée à la question de la richesse intervient après l’enseignement du Notre Père : or, dans le Notre Père, justement, les demandes sur la venue du Règne (« Que ton  Nom soit sanctifié, que ton Règne vienne, que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel ») précèdent la demande du pain quotidien.

         Enfin, troisièmement, et c’est la clé de tout, peut-être, Jésus nous invite à la confiance. Si Dieu est Père, comme tout le discours sur la montagne le développe, nous pouvons nous remettre entre ses mains. À cinq reprises, dans ces quelques lignes, il emploie le même verbe en grec que nos traductions rendent par le mot « souci » ou le verbe « se soucier ». Pour illustrer son propos, il nous donne en exemple les oi­seaux du ciel et les lis des champs. Puisqu’ils ont été créés par Dieu, on peut bien penser qu’ils ont leur fonc­tion dans la créa­tion, un rô­le bien­fai­sant à te­nir dans le­quel ils sont in­dis­pen­sa­bles.

         C’est encore plus vrai de l’homme, évidemment. Cha­que hom­me est un col­la­bo­ra­teur de Dieu et son tra­vail consis­te à gé­rer les ri­ches­ses qu’il lui confie : « Em­plis­sez la ter­re et do­mi­nez-la », avait dit le Créa­teur au pre­mier cou­ple hu­main (Gn 1, 28). C’est jus­te­ment par­ce que l’homme est le « lieu-te­nant » de Dieu qu’il peut, en tou­tes cir­con­stan­ces, gar­der la sé­ré­ni­té : « Re­gar­dez les oi­seaux du ciel... vo­tre Pè­re cé­les­te les nour­rit. Ne va­lez-vous pas beau­coup plus qu’eux ?... Obs­er­vez com­ment pous­sent les lis des champs... Si Dieu ha­bille ain­si l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui de­main se­ra je­tée au feu, ne fe­ra-t-il pas bien da­van­tage pour vous, hom­mes de peu de foi ? »

          Je reviens aux demandes du No­tre Pè­re : « Don­ne-nous no­tre pain... Par­don­ne-nous... Dé­li­vre-nous du mal. » Ce sont des pa­ro­les de confian­ce ab­so­lue. Les ver­sets que nous li­sons ici ne font que com­men­ter cet­te confian­ce qui est le tout de la vie du croyant. Une seu­le cho­se comp­te : en­trer dans les vues de Dieu, s’attacher à son pro­jet et tout fai­re pour y cor­res­pon­dre : « Cher­chez d’abord son Royau­me et sa jus­ti­ce, et tout ce­la vous sera don­né par-des­sus le mar­ché. » En d’autres ter­mes, ajus­tez (c’est le sens pro­fond du mot « jus­ti­ce ») vo­tre condui­te à la pen­sée mê­me de Dieu, à son des­sein d’amour, de­ve­nez-en de plus en plus les ar­ti­sans pour la pe­ti­te part qui vous re­vient de cet­te tâ­che. Pour le res­te, ne ces­sez pas de lui fai­re confian­ce,  « vo­tre Pè­re sait ce dont vous avez be­soin avant que vous le lui de­man­diez » (Mt 6, 8).

 

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, année liturgique A, 8e dimanche du temps ordinaire (26 février 2017)

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 23:47

Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde, en

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Attention le texte écrit peut différer des versions audio (Radio-Notre-Dame) et vidéo (KTO TV) qui ont été modifiées par Marie-Noëlle Thabut, parfois pour les améliorer, parfois pour s'adapter aux formats imposés par ces chaînes de radio ou de télévision. Dans cette hypothèse, nous mettons en italiques les passages supprimés pour ces médias.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante,c'est que nous ne les avons pas compris."

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame (disponible seulement à compter du 18 février 2017).

En bas de page, vous avez désormais les versions vidéo des commentaires, trouvées sur KTO TV.

LECTURE DU LIVRE DES LÉVITES  19, 1-2 , 17-18

 

1     Le SEIGNEUR parla à Moïse et dit :
2     « Parle à toute l’assemblée des fils d’Israël.
       Tu leur diras :
       Soyez saints,
       car moi, le SEIGNEUR votre Dieu, je suis saint.

17   Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur.
       Mais tu devras réprimander ton compatriote,
       et tu ne toléreras pas la faute qui est en lui.
18   Tu ne te vengeras pas.
       Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple.
       Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
       Je suis le SEIGNEUR. »
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          Être « com­me des dieux » : on en a tous rê­vé un jour ou l’au­tre... et le li­vre de la Ge­nè­se, ra­con­tant la fau­te d’Adam et Ève, dit que c’est bien là no­tre pro­blè­me ! « Vous se­rez com­me des dieux » avait pro­mis le ser­pent, avait men­ti le ser­pent, de­vrait-on di­re, et cet­te per­spec­ti­ve les a per­dus.

          Mais voi­là que c’est Dieu lui-mê­me qui  nous dit : « Soyez saints COM­ME moi »... « Soyez saints, car moi, le SEIGNEUR votre Dieu, je suis saint ». C’est un or­dre, mieux, c’est un ap­pel, c’est no­tre vo­ca­tion. Donc, nous ne nous trom­pons pas quand nous rê­vons d’être com­me des dieux ! C’est le psau­me 8 qui dit : « Tu  as vou­lu l’hom­me à pei­ne moin­dre qu’un dieu, le cou­ron­nant de gloi­re et d’hon­neur ». Seulement voilà : pour ressembler vraiment à Dieu, encore faudrait-il avoir une juste idée de Dieu

          Les pre­miers cha­pi­tres de la Bible disaient déjà que l’homme est fait pour ressembler à Dieu. Encore faut-il savoir en quoi consiste la ressemblance : « Fai­sons l’hom­me à no­tre ima­ge, se­lon no­tre res­sem­blan­ce, et qu’il sou­met­te les pois­sons de la mer, les oi­seaux du ciel, les bes­tiaux, tou­te la ter­re et tou­tes les pe­ti­tes bê­tes qui re­muent sur la ter­re ! » (Gn 1, 26). La for­mu­le « Fai­sons l’hom­me à no­tre ima­ge, se­lon no­tre res­sem­blan­ce, et qu’il sou­met­te... » don­ne à pen­ser que cet­te res­sem­blan­ce se­rait  de l’or­dre de la royau­té, de la sou­mis­sion... Ré­el­le­ment, l’hom­me est créé pour être le roi de la créa­tion. Mais, le vocabulaire employé par l’auteur suggère que la  royau­té à la­quel­le l’hom­me est ap­pe­lé est une autorité d’amour et non une do­mi­na­tion.

          Un peu plus loin, le mê­me li­vre de la Ge­nè­se em­ploie de nou­veau deux fois la mê­me for­mu­le : une fois à l’iden­ti­que : « Le jour où Dieu créa l’hom­me, il le fit à la res­sem­blan­ce de Dieu », mais la se­con­de fois il s’agit des en­fants d’Adam : « Adam en­gen­dra un fils à sa res­sem­blan­ce et à son ima­ge » : cet­te fois on a bien l’im­pres­sion que les mots ima­ge et res­sem­blan­ce ont le sens qu’on leur don­ne d’ha­bi­tu­de quand on dit qu’un fils res­sem­ble à son pè­re. « Tel pè­re tel fils », dit-on. 

          En­fin, cet­te phra­se que nous connais­sons bien, « Dieu créa l’hom­me à son ima­ge, à l’ima­ge de Dieu il le créa ; mâ­le et fe­mel­le il les créa » (Gn 1, 27), nous dit que le cou­ple créé pour l’amour et pour le dia­lo­gue est l’ima­ge du Dieu d’amour.

          Il a fal­lu des siè­cles pour que le peu­ple com­pren­ne que les mots « Sain­te­té «  et « Amour » sont sy­no­ny­mes. « Saint », on s’en souvient, c’est le mot de la vo­ca­tion d’Isaïe : au cha­pi­tre 6, il nous ra­con­te la vision dont il a bénéficié ; com­ment, alors qu’il était dans le tem­ple de Jé­ru­sa­lem, ébloui, il entendait les chérubins ré­pé­ter « Saint, Saint, Saint est le SEI­GNEUR de l’univers ». Ce mot « saint »  si­gni­fie que Dieu est le Tout-Au­tre, qu’un abî­me nous sé­pa­re de lui. En mê­me temps Isaïe a eu une ré­vé­la­tion  : cet abî­me, c’est Dieu lui-même qui le fran­chit : et donc, quand il nous in­vi­te à lui res­sem­bler, c’est que nous en som­mes ca­pa­bles... grâ­ce à lui, bien sûr, ou dans sa grâ­ce, si vous pré­fé­rez.

          Les deux der­niers ver­sets du pas­sa­ge d’aujourd’hui ne sont que l’ap­pli­ca­tion de cet­te phra­se « Soyez saints com­me je suis saint, moi le SEI­GNEUR vo­tre Dieu ». Concrè­te­ment, ce­la veut di­re « Tu n’au­ras au­cu­ne pen­sée de hai­ne... Tu ne te ven­ge­ras pas. Tu ne gar­de­ras pas de ran­cu­ne. Tu ai­me­ras... » C’est cela être à la res­sem­blan­ce de Dieu : Lui ne connaît ni hai­ne, ni ven­gean­ce, ni ran­cu­ne. C’est jus­te­ment par­ce qu’il n’est qu’amour  qu’il est le Tout-Au­tre. Et c’est seu­le­ment pe­tit à pe­tit que les pro­phè­tes comprendront eux-mêmes et fe­ront com­pren­dre au peu­ple que res­sem­bler au Dieu saint, c’est tout sim­ple­ment dé­ve­lop­per ses ca­pa­ci­tés d’amour.

          Ce­la ne veut pas di­re qu’on perd tou­te ca­pa­ci­té de ju­ge­ment sur ce qui est bon ou mau­vais : « Tu n’au­ras au­cu­ne pen­sée de hai­ne, mais tu n’hé­si­te­ras pas à fai­re des ré­pri­man­des... » : ré­pri­man­der à bon es­cient, voi­là un art bien dif­fi­ci­le ! Et pour­tant cela aus­si, c’est de l’amour. Parmi nous, les parents ou les éducateurs le savent bien : c’est vou­loir le bien de l’au­tre, c’est parfois ar­rê­ter l’au­tre au bord du gouf­fre. La cri­ti­que po­si­ti­ve par amour fait gran­dir.

          Mais Dieu est pa­tient envers nous : ce n’est pas en un jour que no­tre at­ti­tu­de peut de­ve­nir sem­bla­ble à la sien­ne ! Si j’en crois les nou­vel­les qui nous par­vien­nent tous les jours, il fau­dra en­co­re beau­coup de temps ! Et Dieu dé­ploie avec son peu­ple une pé­da­go­gie très pro­gres­si­ve : quand ce tex­te est écrit, il ne par­le pas en­co­re d’amour uni­ver­sel, il se conten­te de di­re : « Tu n’au­ras au­cu­ne pen­sée de hai­ne contre ton frè­re », « Tu ne gar­de­ras pas de ran­cu­ne contre les fils de ton peu­ple »... « Tu ai­me­ras ton pro­chain com­me toi-mê­me. »

          C’est dé­jà une pre­miè­re éta­pe dans la pé­da­go­gie bi­bli­que... Des siè­cles plus tard, Jé­sus, dans la pa­ra­bo­le du Bon Sa­ma­ri­tain (Lc 10, 29-37), élar­gi­ra à l’in­fi­ni le cer­cle du pro­chain.

          Voi­là donc la royau­té à la­quel­le nous som­mes in­vi­tés : quand nous rê­vons d’être com­me des dieux, nous pen­sons spon­ta­né­ment do­mi­na­tion, puis­san­ce, et sur­tout la puis­san­ce né­ces­sai­re pour vain­cre la mala­die et la mort. Tan­dis que quand Dieu nous in­vi­te à lui res­sem­bler, il nous ap­pel­le à la sain­te­té, à sa sain­te­té qui n’a rien à voir avec une quel­con­que do­mi­na­tion ! Une sain­te­té qui n’est qu’amour et dou­ceur. Ce­la nous pa­raît bien dif­fi­ci­le ; mais là en­co­re, peut-être som­mes-nous trop sou­vent des « hom­mes de peu de foi ».

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PSAUME  102 (103 ) - 1-2,  3-4,  8-10,  12-13

 

1          Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme,
            bénis son nom très saint, tout mon être !
2          Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme,
            n'oublie aucun de ses bienfaits !

3          Car il pardonne toutes tes offenses
            et te guérit de toute maladie ;
4          il réclame ta vie à la tombe
            et te couronne d'amour et de tendresse ;

8          Le SEIGNEUR est tendresse et pitié,
            lent à la colère et plein d'amour ;
10        il n'agit pas envers nous selon nos fautes,
            ne nous rend pas selon nos offenses.

12        aussi loin qu'est l'orient de l'occident,
            il met loin de nous nos péchés ;
13        comme la tendresse du père pour ses fils,
            la tendresse du SEIGNEUR pour qui le craint !
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            La li­tur­gie de ce di­man­che ne nous pro­po­se que huit ver­sets d'un psau­me qui en com­por­te vingt-deux ! Or l'al­pha­bet hébreu com­por­te vingt-deux let­tres donc on dit de ce psau­me qu’il est « al­pha­bé­ti­sant » ; et quand un psau­me est al­pha­bé­ti­sant, on sait d’avan­ce qu’il s’agit d’un psau­me d’ac­tion de grâ­ce pour l’Al­lian­ce. Et ef­fec­ti­ve­ment, An­dré Chou­ra­qui disait que ce psaume est le « Te Deum » de la Bi­ble, un chant de recon­nais­san­ce pour tou­tes les bé­né­dic­tions dont le com­po­si­teur (en­ten­dez) le peu­ple d’Is­raël a été com­blé par Dieu.

          Deuxiè­me ca­rac­té­ris­ti­que de ce psau­me, le « pa­ral­lé­lis­me » : cha­que ver­set  se com­po­se de deux li­gnes qui se ré­pon­dent com­me en écho ; l’idéal pour  le chan­ter  se­rait d’al­ter­ner li­gne par li­gne ; il a peut-être, d’ailleurs, été com­po­sé pour être chan­té par deux chœurs al­ter­nés. Ce paral­lé­lis­me, ce « ba­lan­ce­ment » est très fré­quent dans la Bi­ble, dans les tex­tes poé­ti­ques, mais aus­si dans de nom­breux pas­sa­ges en pro­se ; pro­cé­dé de ré­pé­ti­tion uti­le à la mé­moi­re, bien sûr, dans une ci­vi­li­sa­tion ora­le, mais sur­tout très sug­ges­tif ; si on soi­gne la lec­ture en fai­sant res­sor­tir le fa­ce à fa­ce des deux li­gnes à l’in­té­rieur de cha­que ver­set, la poé­sie prend un re­lief ex­traor­di­nai­re.           

          D’au­tre part, cet­te ré­pé­ti­tion d’une mê­me idée, suc­ces­si­ve­ment sous deux for­mes dif­fé­ren­tes, per­met évi­dem­ment de préciser la pen­sée, et donc pour nous de mieux com­pren­dre cer­tains ter­mes bi­bli­ques. Par exem­ple, le pre­mier ver­set nous propo­se deux paral­lè­les in­té­res­sants : « Bé­nis le SEI­GNEUR, ô mon âme, Bé­nis son Nom très saint, tout mon être » :

          Pre­mier pa­ral­lè­le : « Bé­nis le SEI­GNEUR »... « Bé­nis son Nom très saint » : la deuxiè­me fois, au lieu de di­re « le SEIGNEUR », on dit « le NOM » : u­ne fois de plus, nous voyons que le NOM, dans la Bi­ble, c’est la per­son­ne. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles les juifs ne s’au­to­ri­sent ja­mais à pro­non­cer le NOM de Dieu.1

          Deuxiè­me pa­ral­lè­le dans ce pre­mier ver­set : « Ô mon âme… tout mon être » : on voit bien que le mot âme n’a pas ici le sens que nous lui don­nons spon­ta­né­ment À la sui­te des pen­seurs grecs, nous avons ten­dan­ce à nous re­pré­sen­ter l’hom­me com­me l’ad­di­tion de deux com­po­sants dif­fé­rents, étran­gers l’un à l’au­tre, l’âme et le corps. Mais les pro­grès des scien­ces humaines, au cours des siècles, ont confir­mé que ce dua­lis­me ne ren­dait pas comp­te de la ré­a­li­té. Or, déjà, la men­ta­li­té bi­bli­que, avait une concep­tion beau­coup plus uni­fiée et, dans l’Ancien Testament, quand on dit « l’âme », il s’agit de l’être tout en­tier. « Bénis le Sei­gneur, ô mon âme, Bé­nis son Nom très saint, tout mon être ».

          Un au­tre exem­ple de paral­lé­lis­me, un peu plus loin dans ce psau­me nous per­met de mieux com­pren­dre une ex­pres­sion un peu dif­fi­ci­le pour nous,  la « crain­te de Dieu » : nous ren­con­trons as­sez sou­vent ce mot de « crain­te » dans la Bi­ble et il ne nous est pas for­cé­ment très sym­pa­thi­que a prio­ri. Or nous le trou­vons ici dans un pa­ral­lè­le très in­té­res­sant : « Com­me la ten­dres­se du pè­re pour ses fils, ain­si est la ten­dres­se du SEI­GNEUR pour qui le craint » : ce qui  veut bien di­re que la crain­te de Dieu est tout sauf de la peur, el­le est une at­ti­tu­de fi­lia­le.

          Je par­le sou­vent de la pé­da­go­gie de Dieu à l’égard de son peu­ple : eh bien, là aus­si, la pé­da­go­gie de Dieu s’est dé­ployée len­te­ment, pa­tiem­ment, pour conver­tir la peur spontanée de l’homme envers Dieu en es­prit fi­lial ; je veux di­re par là que, mis en pré­sen­ce de Dieu, du sa­cré, l’hom­me éprou­ve spon­ta­né­ment de la peur ; et il faut tou­te une conver­sion des croyants pour que, sans rien per­dre de no­tre res­pect pour Ce­lui qui est le Tout-Au­tre, nous ap­pre­nions à son égard une at­ti­tu­de fi­lia­le. La crain­te de Dieu, au sens bi­bli­que, c’est vrai­ment la peur conver­tie en es­prit fi­lial : cet­te pé­da­go­gie n’est pas en­co­re ter­mi­née, bien sûr ; notre at­ti­tu­de devant Dieu, no­tre re­la­tion à lui a sans ces­se en­co­re be­soin d’être conver­tie. C’est peut-être ce­la « re­de­ve­nir comme des pe­tits en­fants »... des pe­tits en­fants qui sa­vent que leur pè­re n’est que ten­dres­se. Cet­te « crain­te » com­por­te donc à la fois ten­dres­se en re­tour, re­con­nais­san­ce et sou­ci d’obéir au pè­re par­ce que le fils sait bien que les com­man­de­ments du pè­re ne sont gui­dés que par l’amour : com­me un pe­tit s’éloi­gne du feu par­ce que son pè­re le pré­vient qu’il ris­que de se brû­ler.

          Ce n’est donc pas un ha­sard si ce psau­me qui par­le de crain­te de Dieu ci­te jus­te­ment la fa­meu­se phra­se du li­vre de l’Exo­de (Ex 34, 6) : « Le Sei­gneur est ten­dres­se et pi­tié, lent à la co­lè­re et plein d’amour » ; cet­te phra­se est très cé­lè­bre dans la Bi­ble, car c’est la dé­fi­ni­tion que Dieu a don­née de lui-mê­me à Moï­se au Si­naï. El­le est très sou­vent ci­tée, en par­ti­cu­lier dans les psaumes ; el­le est à la fois la défi­ni­tion de Dieu et, in­sé­pa­ra­ble­ment, un rap­pel de l’Al­lian­ce. Tous les psau­mes, et plus particulière­ment les psau­mes d’ac­tion de grâ­ce sont, avant tout, émer­veille­ment de­vant l’Al­lian­ce.

          Les ver­sets re­te­nus aujourd’hui in­sis­tent sur une des ma­ni­fes­ta­tions de cet­te ten­dres­se de Dieu, le par­don. Un Dieu lent à la co­lè­re, Is­raël l’a ex­pé­ri­men­té tout au long de son his­toi­re : de­puis la tra­ver­sée du Si­naï, dont Moï­se a pu dire au peu­ple « Depuis que je vous connais, vous n’avez ja­mais ces­sé de vous ré­vol­ter contre Dieu » (Dt 9, 7), la lon­gue his­toi­re de l’Al­lian­ce a été le théâ­tre du par­don de Dieu ac­cor­dé à cha­que ré­gres­sion de son  peu­ple. « Dieu par­don­ne tou­tes tes of­fen­ses et te gué­rit de tou­te mal­a­die ; il n’agit pas en­vers nous se­lon nos fau­tes, ne nous rend pas se­lon nos of­fen­ses. Aus­si loin qu’est l’Orient de l’Oc­ci­dent, il met loin de nous nos pé­chés... »

          La vraie ten­dres­se, cel­le dont nous avons be­soin pour re­par­tir, c’est cel­le jus­te­ment qui ou­blie nos pé­chés, nos aban­dons ; Jé­sus ne fe­ra que la met­tre en ima­ges dans la pa­ra­bo­le du pè­re et de l’en­fant pro­di­gue.

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Note

1 - Le NOM : les fa­meu­ses qua­tre let­tres, YHVH, (le « té­tra­gram­me »). Le pro­non­cer, ce se­rait pré­ten­dre connaî­tre Dieu. Seul, le grand-prê­tre, une fois par an, au jour du Kip­pour, pro­non­çait le NOM très saint, dans le Tem­ple de Jé­ru­sa­lem. En­co­re aujourd’hui, les Bi­bles écri­tes en hé­breu ne trans­cri­vent pas les voyel­les qui per­met­traient de pro­non­cer le NOM. Il est donc trans­crit uniquement avec les qua­tre conson­nes YHVH. Et quand le lec­teur voit ce mot, aus­si­tôt il le rem­pla­ce par un au­tre (Ado­naï) qui signi­fie « le Sei­gneur » mais qui ne pré­tend pas dé­fi­nir Dieu.

Depuis le Synode des Évêques sur la Parole de Dieu, en octobre 2008, il est demandé à tous les catholiques de ne plus prononcer le NOM de Dieu (que nous disions Yahvé), et de le remplacer systématiquement par « SEIGNEUR » et ce pour plusieurs raisons :
          - Tout d’abord, personne ne sait dire quelles voyelles portaient les consonnes du NOM de Dieu, YHVH. La forme « Yahvé » est certainement erronée.
          - Ensuite, c’est une marque de respect pour nos frères juifs qui s’interdisent, eux, de prononcer le            Nom divin.
         - Enfin, et surtout, il nous est bon d’apprendre à respecter la transcendance de Dieu         
       - Une quatrième raison nous vient de notre propre tradition chrétienne : les premiers traducteurs de           l’Ancien Testament en latin, et, en particulier Saint Jérôme, ont traduit le Tétragramme par           « Dominus », c’est-à-dire « SEIGNEUR »

Com­plé­ment

« Aus­si loin qu’est l’Orient de l’Oc­ci­dent, il met loin de nous nos pé­chés » : dans la li­tur­gie du Bap­tê­me des pre­miers siè­cles, les bap­ti­sés se tour­naient vers l’Oc­ci­dent pour re­non­cer au mal, puis fai­saient demi-tour sur pla­ce et se tour­naient vers l’Orient pour pro­non­cer leur pro­fes­sion de foi avant d’en­trer dans le bap­tis­tè­re.
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LECTURE DE LA PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS  3, 16 -23

 

         Frères,
16     ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu,
         et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?
17     Si quelqu’un détruit le sanctuaire de Dieu,
         cet homme, Dieu le détruira,
         car le sanctuaire de Dieu est saint,
         et ce sanctuaire, c’est vous.
18     Que personne ne s’y trompe :
         si quelqu’un parmi vous
         pense être un sage à la manière d’ici-bas,
         qu’il devienne fou pour devenir sage.
19     Car la sagesse de ce monde
         est folie devant Dieu.
         Il est écrit en effet :
         C’est lui qui prend les sages
 au piège de leur propre habileté.
20     Il est écrit encore :

         Le Seigneur le sait :
 les raisonnements des sages n’ont aucune valeur !
21     Ainsi, il ne faut pas mettre sa fierté

         en tel ou tel homme.
         Car tout vous appartient,
22     que ce soit Paul, Apollos, Pierre,
         le monde, la vie, la mort,
         le présent, l’avenir :
         tout est à vous,
23     mais vous, vous êtes au Christ,
         et le Christ est à Dieu.
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          Si vous êtes dé­jà al­lés au Pe­tit Tri­a­non, à Ver­sailles, vous con­nais­sez le ha­meau de Ma­rie-An­toi­net­te et le Tem­ple de l’Amour : eh bien, si j’en crois saint Paul, cha­cun de nous est un tem­ple de l’amour... « N’ou­bliez pas que vous êtes le tem­ple de Dieu et que l’Es­prit de Dieu ha­bi­te en vous ». Or Dieu est Amour et l’Es­prit est l’Es­prit d’Amour. Donc nous som­mes, cha­cun de nous, et l’Égli­se tout en­tiè­re, le Tem­ple de l’Amour. Malheureusement, pour être honnêtes, nous devons reconnaître que ce n’est pas encore vrai­ment la ré­a­li­té, et que nous fai­sons men­tir saint Paul tous les jours ! Il le sait bien, mais jus­te­ment, il nous rap­pel­le no­tre vo­ca­tion et s’il dit « N’ou­bliez pas », c’est parce que les Co­rin­thiens, tout comme nous, avaient par­fois ten­dan­ce à l’ou­blier.

          Je re­mar­que au pas­sa­ge cet­te ex­pres­sion « N’ou­bliez pas » : dans la Bi­ble, dès l’An­cien Tes­ta­ment, el­le signa­le tou­jours quel­que cho­se de fon­da­men­tal, de vi­tal : « Gar­de-toi bien d’ou­blier » ré­pè­te sou­vent le li­vre du Deuté­ro­no­me. La foi, c’est la mémoi­re de l’œu­vre de Dieu : si le peu­ple d’Is­raël ou­blie son Dieu, il se per­dra à la sui­te de faus­ses ido­les : « Gar­de-toi bien d’oublier les cho­ses que tu as vues de tes yeux ; tous les jours de ta vie, qu’elles ne sor­tent pas de ton cœur » (Dt 4 , 9) ; « Gardez-vous bien d’ou­blier l’Al­lian­ce que le Sei­gneur vo­tre Dieu a conclue avec vous et de vous fai­re une ido­le... » (Dt 4, 23). Tou­jours, quand la Bi­ble dit « N’ou­blie pas », c’est pour met­tre en gar­de contre ce qui se­rait une faus­se pis­te, un che­min de mort. La Mé­moi­re, c’est la sé­cu­ri­té du croyant.

          Pour­quoi est-ce si im­por­tant de ne pas ou­blier que nous som­mes ap­pe­lés à être des tem­ples de l’amour ? Par­ce que le pro­jet de Dieu, son pro­jet d’amour ne peut se ré­a­li­ser qu’avec nous. Nous n’avons pas d’au­tre rai­son d’être. Ce­la peut pa­raî­tre pré­ten­tieux d’oser di­re une cho­se pa­reille, mais pour­tant c’est vrai. Quand Jé­sus dit à ses apô­tres : « Don­nez-leur vous-mê­mes à man­ger », c’est bien ce­la qu’il veut di­re ! Nous som­mes les tem­ples de l’amour cons­truits sur tou­te la sur­fa­ce de la ter­re, pour que l’amour de Dieu soit ma­ni­fes­té par­tout.

          Ce­la me fait pen­ser qu’au ha­meau de Ma­rie-An­toi­net­te, ce tem­ple de l’amour n’est pas re­fer­mé sur lui-même, il est au contrai­re com­plè­te­ment ou­vert sur l’ex­té­rieur, sim­ple­ment sou­te­nu par des co­lon­nes ; évidemment ce se­rait un non-sens de s’appeler tem­ple de l’amour et d’être re­plié sur soi-mê­me ! On peut certainement en di­re autant de cha­cun de nous et de l’Égli­se tout en­tiè­re. Une fois en­co­re, chez Saint Paul, je retro­u­ve un écho de la pré­di­ca­tion des pro­phè­tes : leur gran­de in­sis­tan­ce toujours sur l’amour des au­tres... Un amour en ac­tes et pas seule­ment en pa­ro­les, bien sûr.

          Il se­rait in­té­res­sant également de se de­man­der, cha­cun pour soi, et aus­si en Égli­se, quel­les sont les colonnes qui soutiennent le temple que nous sommes ? Certaine­ment pas la rai­son rai­son­nan­te, d’après saint Paul ! « La sa­ges­se de ce monde est fo­lie de­vant Dieu (nous dit-il)... Le Sei­gneur connaît les rai­son­ne­ments des sa­ges, ce n’est que du vent ! » 

          En re­van­che, ceux qui nous ont trans­mis la foi, sont bien des co­lon­nes ; Paul, Apol­los ou Pier­re pour les Corin­thiens, d’autres pour nous. Ils ne sont pas le centre pour autant : dès le dé­but de sa let­tre, Paul avait très fermement re­mis les cho­ses en pla­ce : l’apô­tre, si grand soit-il, n’est qu’un jar­di­nier ; quand nous ap­plau­dis­sons le pré­di­ca­teur qui nous a fait vi­brer et par­fois mê­me nous a conver­ti, les ap­plau­dis­se­ments ne vont pas à lui mais à Ce­lui seul qui connaît le fond de no­tre cœur. Res­te que ceux à qui nous de­vons la foi, nos pa­rents, nos pro­ches ou une com­mu­nau­té, de­meu­rent pour nous des ap­puis dont nous ne pou­vons pas nous pas­ser ; on n’est pas Chré­tien tout seul.

          Les vé­ri­ta­bles  apô­tres sont ceux qui ne nous re­tien­nent pas, ne nous cap­tent pas, mais nous gui­dent vers Jé­sus-Christ. « Tout vous ap­par­tient, que ce soit Paul, Apol­los, Pier­re, le mon­de, la vie, la mort, le pré­sent, l’ave­nir : tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu ». On a bien là l’ima­ge d’une cons­truc­tion ; et il me sem­ble que, là en­co­re et tou­jours, Paul an­non­ce le des­sein bien­veillant de Dieu : nous som­mes au Christ, c’est-à-di­re nous lui ap­par­te­nons, nous som­mes gref­fés sur lui et lui est à Dieu. Tout est re­pris dans ce grand dessein : « le mon­de et la vie et la mort, le pré­sent et l’ave­nir »... Dans la let­tre aux Éphésiens, Paul dit : le grand pro­jet de Dieu c’est de ré­u­nir l’uni­vers en­tier, tout ce qui est dans les cieux et  ce qui est sur la ter­re en Jé­sus Christ.

          Nous som­mes bien loin de nos rai­son­ne­ments hu­mains ! Et pour­tant Paul nous dit « c’est la seu­le sagesse » : « Que person­ne ne s’y trom­pe : si quelqu’un par­mi vous pen­se être un sa­ge à la ma­niè­re d’ici-bas, qu’il de­vien­ne fou pour de­ve­nir sage ». Nous re­tro­u­vons cet­te in­sis­tan­ce de Paul sur l’abî­me qui sé­pa­re la lo­gi­que de Dieu de nos lo­gi­ques hu­mai­nes. « Vos pensées ne sont pas mes pen­sées, mes che­mins ne sont pas vos chemins », com­me dit Isaïe (Is 55, 8).

          Et l’abî­me qui sé­pa­re nos pensées de celles de Dieu est tel que si nous nous lais­sons ga­gner par les raisonne­ments hu­mains, ce­la ris­que de nous ébran­ler et de dé­trui­re le tem­ple que nous som­mes ; rap­pe­lez-vous la phra­se de tout à l’heu­re : « Le Sei­gneur connaît les rai­son­ne­ments des sa­ges, ce n’est que du vent ! » Du vent, non seu­le­ment ce­la ne fait pas une co­lon­ne soli­de, mais mê­me, s’il se trans­for­me en bour­ras­que, il peut dé­ra­ci­ner des co­lon­nes pour­tant sta­bles.

          En re­li­sant en­co­re une fois ce tex­te, on comprend pourquoi la liturgie prévoit l’en­cen­se­ment des fi­dè­les à la Mes­se. Chaque fois qu’on nous en­cen­se, nous les bap­ti­sés, c’est pour nous di­re : « N’ou­bliez pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu et que l’Es­prit de Dieu ha­bi­te en vous ».

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ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU  5, 38-48

 

              En ce temps-là,
              Jésus disait à ses disciples :
38          « Vous avez appris qu’il a été dit :
              Œil pour œil, et dent pour dent.
39          Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ;

              mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite,
              tends-lui encore l’autre.
40          Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice
              et prendre ta tunique,
              laisse-lui encore ton manteau.
41          Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas,
              fais-en deux mille avec lui.
42          À qui te demande, donne ;
              à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos !
43          Vous avez appris qu’il a été dit :
              Tu aimeras ton prochain
              et tu haïras ton ennemi.

44          Eh bien ! moi, je vous dis :
              Aimez vos ennemis,
              et priez pour ceux qui vous persécutent,
45          afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ;
              car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons,
              il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
46          En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment,
              quelle récompense méritez-vous ?
              Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
 47         Et si vous ne saluez que vos frères,
              que faites-vous d’extraordinaire ?
              Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
 48         Vous donc, vous serez parfaits
              comme votre Père céleste est parfait. »
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          Une précision de vocabulaire pour commencer : Jésus dit : « Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. » En réalité, vous ne trouverez nulle part dans l’Ancien Testament le commandement de haïr nos ennemis et Jésus le sait mieux que nous. Mais c’est une manière de parler en araméen ; cela veut dire : commence déjà par aimer ton prochain. L’ambition reste modeste, mais c’est un premier pas. Dans le texte d’aujourd’hui, justement, il nous invite à franchir une deuxième étape. L’amour du prochain doit être acquis, il invite à aimer désormais également nos ennemis.

          Une autre maxime nous choque dans l’évangile d’aujourd’hui : Jésus dit : « Vous avez ap­pris qu’il a été dit  ‘Œil pour œil, dent pour dent’ » (ce que nous appelons la loi du ta­lion) : ef­fec­ti­ve­ment, cette ma­xi­me est dans l’Ancien Tes­ta­ment (qui ne l’a pas inventée, d’ailleurs : on la trouvait déjà dans le code d’Hammourabi en 1750 av. J.-C. en Mésopotamie) ; elle nous pa­raît cruel­le ; mais il ne faut pas ou­blier dans quel contex­te el­le est née : el­le re­pré­sen­tait alors un pro­grès consi­dé­ra­ble ! Rap­pe­lez-vous d’où on ve­nait : Caïn, qui se ven­geait sept fois et, cinq gé­né­ra­tions plus tard, son des­cen­dant La­mek se fai­sait une gloi­re de se venger soixante dix-sept fois ;  vous  connais­sez la chan­son de La­mek à ses deux fem­mes, A­da et Cilla  :  « Ada et Cilla, écou­tez ma voix ! Fem­mes de La­mek, ten­dez l’oreille à mon di­re ! Oui, j’ai tué un hom­me pour une bles­su­re, un en­fant pour une meurtrissu­re. Oui, Caïn se­ra ven­gé sept fois, mais La­mek soixante dix-sept fois ».

          En Israël, la loi du talion apparaît dans le li­vre de l’Exo­de pour im­po­ser une ré­gle­men­ta­tion de la ven­gean­ce : dés­or­mais le châ­ti­ment est li­mi­té, il doit res­ter pro­por­tion­nel à l’of­fen­se« Si mal­heur ar­ri­ve, tu paie­ras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour  pied, brû­lu­re pour brû­lu­re, bles­su­re pour bles­su­re, meur­tris­su­re pour meur­tris­su­re. » (Ex 21, 23-25). C’est dé­jà un pro­grès, ce ne sont plus la hai­ne et l’in­stinct seuls qui dé­ter­mi­nent la hau­teur de la ven­gean­ce, c’est un prin­ci­pe ju­ri­di­que qui s’im­po­se à la vo­lon­té in­di­vi­duel­le. Ce ne sont plus sept vies pour  u­ne vie ou soixante dix-sept vies pour une vie.  La pé­da­go­gie de Dieu est à l’œu­vre pour li­bé­rer l’hu­ma­ni­té de la haine ; évi­dem­ment, pour res­sem­bler vrai­ment à Dieu, il y a en­co­re du che­min à fai­re, mais c’est dé­jà une éta­pe. Jé­sus, dans le ser­mon sur la mon­ta­gne, pro­po­se de fran­chir la der­niè­re éta­pe : res­sem­bler à no­tre Pè­re des cieux, c’est s’in­ter­di­re tou­te ri­pos­te, tou­te gi­fle, c’est ten­dre l’au­tre joue. « Vous avez ap­pris qu’il a été dit ‘Œil pour œil, dent pour dent’, eh bien moi, je vous dis de ne pas ri­pos­ter au mé­chant, mais si quelqu’un te gi­fle sur la joue droi­te, tends-lui en­co­re l’au­tre ». Pour­quoi s’in­ter­di­re dés­or­mais tou­te ven­gean­ce, tou­te hai­ne ? Sim­ple­ment pour de­ve­nir vrai­ment ce que nous som­mes : les fils de no­tre Pè­re qui est dans les cieux.

          Car, en fait, si on y re­gar­de bien, ce tex­te est une le­çon sur Dieu avant d’être une le­çon pour nous : Jé­sus nous ré­vè­le qui est vrai­ment Dieu ; l’An­cien Tes­ta­ment avait dé­jà dit que Dieu est Père, qu’il est ten­dres­se et pi­tié, lent à la co­lè­re et plein d’amour (Ex 34, 6) et que nos lar­mes cou­lent sur sa joue, car il est tout pro­che ; cet­te dernière phra­se est de Ben Si­rac, vous vous sou­ve­nez (Si 35, 18). Tout cela, l’An­cien Tes­ta­ment l’avait dé­jà dit ; mais nous avons la tê­te du­re... et grand mal à croi­re à un Dieu qui ne soit qu’amour. Jé­sus le re­dit de ma­niè­re imagée : « Dieu fait le­ver son so­leil sur les mé­chants et sur les bons, il fait tom­ber la pluie sur les jus­tes et sur les in­jus­tes. » Cet­te ima­ge, bien sûr, était plus par­lan­te du temps de Jé­sus, dans une civilisation agrai­re où so­leil et pluie sont tous deux ac­cueillis com­me des bé­né­dic­tions. Mais l’ima­ge res­te bel­le et, si je com­prends bien, ce n’est pas une le­çon de mo­ra­le qui nous est don­née là : c’est beau­coup plus pro­fond que ce­la. Dieu nous char­ge d’une mission, cel­le d’ê­tre ses re­flets dans le mon­de : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

          Si je comprends bien, croire que Dieu est amour n’est pas un chemin de facilité : cela va devenir au jour le jour extrêmement exigeant pour nous dans le registre du don et du pardon !

          « Don­ne à qui te de­man­de, ne te dé­tour­ne pas de ce­lui qui veut t’em­prun­ter » : jus­que-là, l’An­cien Tes­ta­ment avait cher­ché à dé­ve­lop­per l’amour du pro­chain, du frè­re de ra­ce et de re­li­gion, et mê­me de l’im­mi­gré qui partageait le mê­me toit. Cet­te fois Jésus abo­lit tou­tes les fron­tiè­res : le sens de la phra­se, c’est « Don­ne à quiconque te de­man­de, ne te dé­tour­ne pas de ce­lui qui veut t’em­prun­ter » (sous-en­ten­du quel qu’il soit). Nous retro­u­ve­rons cet­te exi­gen­ce dans la pa­ra­bo­le du Bon Sa­ma­ri­tain (Lc 10, 29-37).

          Tout ce­la nous pa­raît fou, déraisonnable, dé­me­su­ré ; et pour­tant c’est exac­te­ment com­me cela que Dieu agit avec cha­cun de nous cha­que jour, com­me il n’a pas ces­sé de le fai­re pour son peu­ple.

          Cela nous renvoie à tout ce que nous avons lu ces derniers dimanches dans la pre­miè­re let­tre aux Corinthiens : Paul opposait nos rai­son­ne­ments hu­mains à la sa­ges­se de Dieu : la rai­son rai­son­nan­te (et quel­ques amis bien in­ten­tion­nés) nous pous­sent à ne pas nous « fai­re avoir » com­me on dit. Jé­sus est dans une tou­t au­tre lo­gi­que, cel­le de l’Es­prit d’amour et de douceur. El­le seu­le peut hâ­ter la ve­nue du Royau­me... à condi­tion que nous n’ou­bliions pas ce que nous som­mes : com­me le dit Paul « Ne savez-vous pas que vous êtes le tem­ple de Dieu et que l’Es­prit de Dieu ha­bi­te en vous ? »

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, année liturgique A, 7e dimanche du temps ordinaire (19 février 2017)

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 20:57

Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde, en

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Attention le texte écrit peut différer des versions audio (Radio-Notre-Dame) et vidéo (KTO TV) qui ont été modifiées par Marie-Noëlle Thabut, parfois pour les améliorer, parfois pour s'adapter aux formats imposés par ces chaînes de radio ou de télévision. Dans cette hypothèse, nous mettons en italiques les passages supprimés pour ces médias.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante,c'est que nous ne les avons pas compris."

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame (disponible seulement à compter du 11 février 2017).

En bas de page, vous avez désormais les versions vidéo des commentaires, trouvées sur KTO TV.

LECTURE DU LIVRE DE BEN SIRA LE SAGE   15, 15-20

 

15          Si tu le veux, tu peux obs­er­ver les com­man­de­ments,                
              il dé­pend de ton choix de res­ter fi­dè­le.
16          Le Sei­gneur a mis de­vant toi l'eau et le feu :                 
              étends la main vers ce que tu pré­fè­res.
17          La vie et la mort sont pro­po­sées aux hom­mes,  
              l'une ou l'autre leur est don­née se­lon leur choix.
18          Car la sa­ges­se du Sei­gneur est gran­de,              
              fort est son pouvoir, et il voit tout.
19          Ses re­gards sont tour­nés vers ceux qui le crai­gnent,                 
              il connaît tou­tes les ac­tions des hom­mes.
20          Il n'a com­man­dé à per­son­ne d'être im­pie,                     
              il n'a donné à per­son­ne la per­mission de pé­cher.

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                Ben Si­ra le Sa­ge nous pro­po­se ici une ré­flexion sur la li­ber­té de l’homme ; el­le tient en trois points : premiè­re­ment, le mal est ex­té­rieur à l’homme ; deuxiè­me­ment l’homme est li­bre, li­bre de choi­sir de fai­re le mal ou le bien ; troi­siè­me­ment, choi­sir le bien, c’est aus­si choi­sir le bon­heur.

            Pre­miè­re­ment, le mal est ex­té­rieur à l’homme ; ce­la re­vient à di­re que le mal ne fait pas par­tie de no­tre na­ture, ce qui est dé­jà une gran­de nou­vel­le ; car si le mal fai­sait par­tie de no­tre na­ture, il n’y au­rait au­cun es­poir de sa­lut, nous ne pour­rions ja­mais nous en dé­bar­ras­ser. C’était la concep­tion des Ba­by­lo­niens par exem­ple ; au contrai­re la Bi­ble est beau­coup plus op­ti­mis­te, el­le af­fir­me que le mal est ex­té­rieur à l’homme ; Dieu n’a pas fait le mal et ce n’est pas lui qui nous y pous­se. Il n’est donc pas res­pon­sa­ble du mal que nous com­met­tons ; c’est le sens du der­nier ver­set que nous ve­nons d’entendre : « Dieu n’a com­man­dé à per­son­ne d’être im­pie, il n’a per­mis à per­son­ne de pé­cher ». Et quel­ques ver­sets avant ceux d’aujourd’hui, Ben Si­ra é­crit : « Ne dis pas, c’est à cau­se du Sei­gneur que je me suis écar­té... Ne dis pas le Sei­gneur m’a éga­ré ».

            Si Dieu avait fait d’Adam un être mé­lan­gé, en par­tie bon en par­tie mau­vais, com­me l’imaginaient les Babylo­niens, le mal fe­rait par­tie de no­tre na­ture. Mais Dieu n’est qu’amour, et le mal lui est to­ta­le­ment étran­ger. Et le ré­cit de la chu­te d’Adam et Eve, au li­vre de la Ge­nè­se, a été écrit jus­te­ment pour fai­re com­pren­dre que le mal est ex­té­rieur à l’homme puisqu’il est in­tro­duit par le ser­pent ; et il se ré­pand dans le mon­de à par­tir du mo­ment où l’homme a com­men­cé à se mé­fier de Dieu.

            On re­tro­u­ve la mê­me af­fir­ma­tion dans la let­tre de saint Jac­ques : « Que nul, quand il est ten­té, ne dise ‘Ma ten­ta­tion vient de Dieu’. Car Dieu ne peut être ten­té de fai­re le mal et il ne ten­te per­son­ne. » Au­tre­ment dit, le mal est to­ta­le­ment étran­ger à Dieu, il ne peut pous­ser à le com­met­tre. Et saint Jac­ques conti­nue : « Cha­cun est ten­té par sa pro­pre convoi­ti­se, qui l’entraîne et le sé­duit. » (Jc 1, 13-17).

            Deuxiè­me af­fir­ma­tion de ce tex­te : l’homme est li­bre, li­bre de choi­sir le mal ou le bien : cet­te certitude n’a été ac­qui­se que len­te­ment par le peu­ple d’Israël, et pour­tant, là en­co­re, la Bi­ble est for­mel­le. Dieu a fait l’homme libre. Pour que cet­te cer­ti­tu­de se dé­ve­lop­pe en Is­raël, il a fal­lu que le peu­ple ex­pé­ri­men­te l’action li­bé­ra­tri­ce de Dieu à cha­que éta­pe de son his­toi­re, à com­men­cer par l’expérience de la li­bé­ra­tion d’Égypte. Tou­te la foi d’Israël est née de son ex­pé­rien­ce his­to­ri­que : Dieu est son li­bé­ra­teur ; et pe­tit à pe­tit on a com­pris que ce qui est vrai aujourd’hui l’était dé­jà lors de la créa­tion, donc on en a dé­duit que Dieu a créé l’homme libre.

            Et il fau­dra bien que nous ap­pre­nions à conci­lier ces deux cer­ti­tu­des bi­bli­ques : à sa­voir que Dieu est tout-puis­sant et que, pour­tant, fa­ce à lui l’homme est li­bre. Et c’est par­ce que l’homme est li­bre de choi­sir, qu’on peut par­ler de pé­ché : la no­tion mê­me de pé­ché sup­po­se la li­ber­té ; si nous n’étions pas li­bres, nos er­reurs ne pour­raient pas s’appeler des pé­chés.

            Peut-être, pour pé­né­trer un peu dans ce mys­tè­re, faut-il nous rap­pe­ler que la tou­te-puis­san­ce de Dieu est cel­le de l’amour : nous le sa­vons bien, seul l’amour vrai veut l’autre li­bre.

          Pour gui­der l’homme dans ses choix, Dieu lui a don­né sa Loi ; ce­la de­vrait donc être sim­ple. Et le li­vre du Deu­té­ro­no­me y in­sis­te : « Oui, ce com­man­de­ment que je te don­ne aujourd’hui n’est pas trop dif­fi­ci­le pour toi, il n’est pas hors d’atteinte. Il n’est pas au ciel : on di­rait alors ‘Qui va, pour nous, mon­ter au ciel nous le cher­cher, et nous le fai­re en­ten­dre pour que nous le met­tions en pra­ti­que ?’ Il n’est pas non plus au-de­là des mers ; on di­rait alors : ‘Qui va, pour nous, pas­ser ou­tre-mer nous le cher­cher, et nous le fai­re en­ten­dre pour que nous le met­tions en pra­ti­que ?’ Oui, la pa­ro­le est tou­te pro­che de toi, el­le est dans ta bou­che et dans ton cœur, pour que tu la met­tes en pra­ti­que. » (Dt 30, 11-14).

          Troi­siè­me affirmation de Ben Si­ra aujourd’hui : choi­sir le bien, c’est choi­sir le bon­heur. Je re­prends le tex­te : « La vie et la mort sont pro­po­sées aux hom­mes, l’une ou l’autre leur est don­née se­lon leur choix... Le Sei­gneur a mis de­vant toi l’eau et le feu, étends la main vers ce que tu pré­fè­res ». Pour le di­re au­tre­ment, c’est dans la fi­dé­li­té à Dieu que l’homme trou­ve le vrai bon­heur. S’éloigner de lui, c’est, tôt ou tard, fai­re no­tre pro­pre mal­heur. On dit de ma­niè­re ima­gée que l’homme se trou­ve en per­ma­nen­ce à un car­re­four : deux che­mins s’ouvrent de­vant lui (dans la Bi­ble, on dit deux « voies »). Une voie mè­ne à la lu­miè­re, à la joie, à la vie ; bien­heu­reux ceux qui l’empruntent. L’autre est une voie de nuit, de té­nè­bres et, en dé­fi­ni­ti­ve n’apporte que tri­stes­se et mort. Bien mal­heu­reux sont ceux qui s’y four­voient. Là en­co­re on ne peut pas s’empêcher de pen­ser au ré­cit de la chu­te d’Adam et Eve. Leur mau­vais choix les a en­traî­nés sur la mau­vai­se voie.

          Ce thè­me des deux voies est très sou­vent dé­ve­lop­pé dans la Bi­ble : dans le li­vre du Deu­té­ro­no­me, particuliè­re­ment ; « Vois, je mets aujourd’hui de­vant toi la vie et le bon­heur, la mort et le mal­heur, moi qui te com­man­de aujourd’hui d’aimer le SEIGNEUR ton Dieu, de sui­vre ses che­mins, de gar­der ses com­man­de­ments, ses Lois et ses cou­tu­mes... Tu choi­si­ras la vie pour que tu vi­ves, toi et ta des­cen­dan­ce, en ai­mant le SEIGNEUR ton Dieu, en écou­tant sa voix et en t’attachant à lui. » (Dt 30, 15...20).

           D’après le thème des deux voies, nous ne som­mes ja­mais dé­fi­ni­ti­ve­ment pri­son­niers, mê­me après des mau­vais choix, puisqu’il est toujours possible de rebrousser chemin. Par le Bap­tê­me, nous avons été gref­fés sur Jé­sus-Christ, qui, à cha­que in­stant, nous don­ne la for­ce de choi­sir à nou­veau la bon­ne voie : c’est bien pour ce­la qu’on l’appelle le Ré­demp­teur, ce qui veut di­re le « Li­bé­ra­teur ». Ben Sira dis­ait « Il dé­pend de ton choix de res­ter fi­dè­le ». Bap­ti­sés, nous pouvons ajou­ter « avec la for­ce de Jé­sus-Christ ».

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PSAU­ME  118 (119)

 

1          Heu­reux les  hommes in­tè­gres dans leurs voies       
         qui mar­chent sui­vant la Loi du SEI­GNEUR !
2       Heu­reux ceux qui gar­dent ses exi­gen­ces,     
         ils le cher­chent de tout cœur !

 4       Toi, tu pro­mul­gues des pré­cep­tes     
         à obs­er­ver en­tiè­re­ment.
5       Puis­sent mes voies s'affermir
         à obs­er­ver tes com­man­de­ments !

17     Sois bon pour ton ser­vi­teur, et je vi­vrai,       
         j'observerai ta pa­ro­le.
18     Ouvre mes yeux        
         que je contem­ple les mer­veilles de ta Loi.

33     Enseigne-moi, SEI­GNEUR, le che­min de tes or­dres :        
         à les gar­der, j'aurai ma ré­com­pen­se.
34     Montre-moi com­ment gar­der ta Loi,
         que je l'observe de tout cœur.

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               Ce psau­me fait par­fai­te­ment écho à la pre­miè­re lec­ture ti­rée de Ben Si­ra : c’est la mê­me mé­di­ta­tion qui conti­nue ; l’idée qui est dé­ve­lop­pée (de fa­çon dif­fé­ren­te, bien sûr, mais très co­hé­ren­te), dans ces deux tex­tes, c’est que l’humanité ne trou­ve son bon­heur que dans la confian­ce en Dieu et l’obéissance à ses com­man­de­ments. Le mal­heur et la mort com­men­cent pour l’homme dès qu’il s’écarte de la voie de la confian­ce tran­quille. Lais­ser en­trer en nous le soupçon sur Dieu et sur ses com­man­de­ments et du coup n’en fai­re qu’à sa tê­te, si j’ose di­re, c’est s’engager sur un mau­vais che­min, une voie sans is­sue. C’est tout le problème d’Adam et Ève dans le récit de la chu­te au Pa­ra­dis ter­res­tre.

               Et nous re­trou­vons bien i­ci en fi­li­gra­ne le thè­me des deux voies dont nous avions par­lé au su­jet de la pre­miè­re lec­ture : si on en croit Ben Sira, nous som­mes de per­pé­tuels voya­geurs obli­gés de vé­ri­fier no­tre che­min... Bien­heu­reux par­mi nous ceux qui ont trou­vé la bon­ne rou­te ! Car des deux voies, des deux rou­tes qui s’ouvrent en per­ma­nen­ce de­vant nous, l’une mè­ne au bon­heur, l’autre mè­ne au mal­heur.

               Et le bon­heur, d’après ce psau­me, c’est tout sim­ple ; la bon­ne rou­te, pour un croyant, c’est tout sim­ple­ment de sui­vre la Loi de Dieu : « Heu­reux les hom­mes in­tè­gres en leurs voies qui mar­chent sui­vant la Loi du SEIGNEUR ! » Le croyant con­naît la dou­ceur de vi­vre dans la fi­dé­li­té aux com­man­de­ments de Dieu, voi­là ce que veut nous di­re ce psau­me.

               Il est le plus long du psau­tier et les quel­ques ver­sets re­te­nus aujourd’hui, n’en sont qu’une tou­te pe­ti­te par­tie, l’équivalent d’une seu­le strophe. En ré­a­li­té, il com­por­te cent soixante-seize ver­sets, c’est-à-di­re vingt-deux strophes de huit ver­sets. Vingt-deux... huit... ces chif­fres ne sont pas dus au ha­sard.

               Pour­quoi vingt-deux strophes ? Par­ce qu’il y a vingt-deux let­tres dans l’alphabet hé­breu : cha­que ver­set de cha­que strophe com­men­ce par une mê­me let­tre et les strophes se sui­vent dans l’ordre de l’alphabet : en littérature, on par­le « d’acrostiche », mais ici, il ne s’agit pas d’une prou­es­se lit­té­rai­re, d’une per­for­man­ce ! Il s’agit d’une vé­ri­ta­ble pro­fes­sion de foi : ce psau­me est un poè­me en l’honneur de la Loi, une mé­di­ta­tion sur ce don de Dieu qu’est la Loi, les com­man­de­ments, si vous pré­fé­rez. D’ailleurs, plus que de psau­me, on fe­rait mieux de par­ler de li­ta­nie ! Une li­ta­nie en l’honneur de la Loi ! Voi­là qui nous est pas­sa­ble­ment étran­ger.

            Car une des ca­rac­té­ris­ti­ques de la Bi­ble, un peu éton­nan­te pour nous, c’est le ré­el amour de la Loi qui habite le croyant bi­bli­que. Les com­man­de­ments ne sont pas su­bis com­me une do­mi­na­tion que Dieu exer­ce­rait sur nous, mais comme des conseils, les seuls conseils va­la­bles pour me­ner une vie heu­reu­se.1 « Heu­reux les hommes in­tè­gres en leurs voies qui mar­chent sui­vant la Loi du SEI­GNEUR ! » Quand l’homme bi­bli­que dit cet­te phra­se, il la pen­se de tout son cœur.

            Ce n’est pas ma­gi­que, évi­dem­ment : des hom­mes fi­dè­les à la Loi peu­vent ren­con­trer tou­te sor­te de malheurs au cours de leur vie, mais, dans ces cas tra­gi­ques, le croyant sait que, seul le che­min de la confian­ce en Dieu peut lui don­ner la paix de l’âme.

            Et, non seu­le­ment la Loi n’est pas sub­ie com­me une do­mi­na­tion, mais elle est reçue com­me un ca­deau que Dieu fait à son peu­ple, le met­tant en gar­de contre tou­tes les faus­ses rou­tes ; el­le est l’expression de la sollicitu­de du Pè­re pour ses en­fants ; tout com­me nous, par­fois, nous met­tons en gar­de un en­fant, un ami contre ce qui nous pa­raît être dan­ge­reux pour lui. On dit que Dieu « don­ne » sa Loi et el­le est bien consi­dé­rée com­me un « cadeau ». Car Dieu ne s’est pas conten­té de li­bé­rer son peu­ple de la ser­vi­tu­de en Égyp­te ; lais­sé à lui-mê­me, Israël ris­quait de re­tom­ber dans d’autres esclavages pi­res en­co­re, peut-être. En don­nant sa Loi, Dieu don­nait en quel­que sor­te le mo­de d’emploi de la li­ber­té. La Loi est donc l’expression de l’amour de Dieu pour son peu­ple.

            Il faut di­re qu’on n’a pas at­ten­du le Nou­veau Tes­ta­ment pour dé­cou­vrir que Dieu est Amour et que finalement la Loi n’a pas d’autre but que de nous me­ner sur le che­min de l’amour. Tou­te la Bi­ble est l’histoire de l’apprentissage du peu­ple élu à l’école de l’amour et de la vie fra­ter­nel­le. Le li­vre du Deutéro­no­me dis­ait : « Écou­te Is­raël, le SEI­GNEUR ton Dieu est le SEI­GNEUR UN ; tu ai­me­ras le SEI­GNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de tou­te ta for­ce ». (Dt 6, 4). Et le li­vre du Lé­vi­ti­que enchaînait : « Tu ai­me­ras ton pro­chain com­me toi-même » (Lv 19, 18). Et, un peu plus tard, Jé­sus rap­pro­chant ces deux com­man­de­ments, a pu di­re qu’ils étaient le ré­su­mé de la Loi jui­ve.

            Je re­viens à cet­te cu­rieu­se « Béa­ti­tu­de » du pre­mier ver­set de ce psau­me : « Heu­reux l’homme qui suit la Loi du SEIGNEUR » : le mot « heu­reux », nous avons dé­jà ap­pris à le tra­dui­re par l’expression « En mar­che » ; on pour­rait par exem­ple tra­dui­re ce pre­mier ver­set : « Mar­che avec confian­ce, toi, l’homme qui obs­er­ves la Loi du SEIGNEUR ». Et l’homme bi­bli­que est tel­le­ment per­sua­dé qu’il y va de sa vie et de son bon­heur que cet­te li­ta­nie dont je par­lais tout à l’heure est en fait une priè­re. Après les trois pre­miers ver­sets qui sont des af­fir­ma­tions sur le bon­heur des hom­mes fi­dè­les à la Loi, les cent soixante-treize au­tres ver­sets s’adressent di­rec­te­ment à Dieu dans un sty­le tan­tôt con­tem­pla­tif, tan­tôt sup­pliant du gen­re : « Ou­vre mes yeux, que je contem­ple les mer­veilles de ta Loi. » Et la li­ta­nie conti­nue, ré­pé­tant sans ar­rêt les mê­mes for­mu­les ou pres­que : par exem­ple, en hé­breu, dans cha­que strophe, re­vien­nent huit mots tou­jours les mê­mes pour dé­cri­re la Loi. Seuls les amou­reux osent ain­si se répé­ter sans ris­quer de se las­ser.

            Huit mots tou­jours les mê­mes et aus­si huit ver­sets dans cha­cu­ne des vingt-deux strophes : le chif­fre huit, dans la Bi­ble, est le chif­fre de la nou­vel­le Créa­tion2 : la pre­miè­re Créa­tion a été fai­te par Dieu en sept jours, donc le hui­tiè­me jour se­ra ce­lui de la Créa­tion re­nou­ve­lée, des « cieux nou­veaux et de la ter­re nou­vel­le », se­lon une autre ex­pres­sion bi­bli­que. Cel­le-ci pour­ra sur­gir en­fin quand tou­te l’humanité vi­vra se­lon la Loi de Dieu, c’est-à-di­re dans l’amour puis­que c’est la mê­me cho­se !

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Note

1 – En hébreu, le mot traduit ici par « enseigner » est de la même racine que le mot « Loi »
2 – Voici d’autres éléments de la symbolique du chiffre huit :
          - il y avait qua­tre cou­ples hu­mains (8 per­son­nes) dans l’Arche de Noé
         - la Ré­sur­rec­tion du Christ s’est produite le di­man­che qui était à la fois le premier et le hui­tiè­me jour de la semaine.
   C’est pour cette raison que les bap­tis­tè­res des pre­miers siè­cles étaient sou­vent oc­to­go­naux ; en­co­re aujourd’hui nos rencontrons de nombreux clo­chers oc­to­go­naux.

Complément

- Voici les huit mots du vocabulaire de la Loi ; ils sont considérés comme sy­no­ny­mes : com­man­de­ments, Loi, Promes­se, Pa­ro­le, Ju­ge­ments, Dé­crets, Pré­cep­tes, Té­moi­gna­ges. Ils disent les fa­cet­tes de l’amour de Dieu qui se don­ne dans sa Loi                            
   « com­man­de­ments » : ordonner, com­man­der                      

   « Loi » : vient d’une ra­ci­ne qui ne veut pas di­re « pres­cri­re », mais « en­sei­gner » : el­le en­sei­gne la voie pour al­ler à Dieu. C’est une pé­da­go­gie, un ac­com­pa­gne­ment que Dieu nous pro­po­se, c’est un ca­deau.         
   « Pa­ro­le » : la Pa­ro­le de Dieu est tou­jours créa­tri­ce, pa­ro­le d’amour : « Il dit et ce­la fut » (Ge­nè­se 1). Nous savons bien que « je t’aime » est une pa­ro­le créa­tri­ce !                   
   « Pro­mes­se » : La Pa­ro­le de Dieu est tou­jours pro­mes­se, fi­dé­li­té               
   « Ju­ger » : trai­ter avec jus­ti­ce           
   « Dé­crets » : du ver­be « gra­ver » : les pa­ro­les gra­vées dans la pier­re (Ta­bles de la Loi)    
   « Pré­cep­tes » : ce que tu nous as confié                   
   « Té­moi­gna­ges » : de la fi­dé­li­té de Dieu.

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LECTURE DE LA PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS  2, 6 - 10

À cause du format plus réduit de l’émission sur KTO, j’ai été obligée de modifier sensiblement mon commentaire.
Ci-dessous, j’ai reproduit  le nouveau commentaire  (KTO) et laissé l’ancien commentaire à la suite


      

         Frères,
6       c’est bien de sagesse que nous parlons
         devant ceux qui sont adultes dans la foi,
         mais ce n’est pas la sagesse de ce monde,
         la sagesse de ceux qui dirigent ce monde
         et qui vont à leur destruction.
7       Au contraire, ce dont nous parlons,
         c’est de la sagesse du mystère de Dieu,
         sagesse tenue cachée,
         établie par lui dès avant les siècles,
         pour nous donner la gloire.
8       Aucun de ceux qui dirigent ce monde ne l’a connue,
         car, s’ils l’avaient connue,
         ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire.
9       Mais ce que nous proclamons, c’est, comme dit l’Écriture :
         « ce que l’œil n’a pas vu,
 ce que l’oreille n’a pas entendu,

         ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme,

         ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. »
10     Et c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, en a fait la révélation.
         Car l’Esprit scrute le fond de toutes choses,
         même les profondeurs de Dieu.

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Nouveau commentaire

L’in­sis­tan­ce de Paul sur le mot « sa­ges­se » nous sur­prend peut-être, mais n’oublions pas qu’il s’adresse aux Corinthiens, c’est-à-di­re à des Grecs pour qui la sa­ges­se est la ver­tu la plus pré­cieu­se.

Et il oppose la sa­ges­se du mon­de, l’esprit du mon­de, et la sa­ges­se de Dieu. Et, d’après lui, les deux sont totalement contra­dic­toi­res ! À nous de choi­sir, donc : vi­vre no­tre vie se­lon la sa­ges­se du mon­de, l’esprit du mon­de, ou se­lon la sa­ges­se de Dieu. Nous re­tro­u­vons là le thè­me des deux voies : l’homme est pla­cé au car­re­four de deux rou­tes et il est li­bre de choi­sir son che­min ; une voie mè­ne à la vie, à la lu­miè­re, au bon­heur ; l’autre s’enfonce dans la nuit, la mort, et n’offre en dé­fi­ni­ti­ve que de faus­ses joies. Précisons tout de suite que, lorsque Paul parle de vie et de mort, il ne parle pas de la vie biologique mais de la vie spirituelle.

Mais la voie qui mène au bonheur, nous ne pouvons pas la trouver tout seuls. C’est pour cela que Paul parle de « Sa­ges­se te­nue ca­chée ».

Voi­ci ce que dit le li­vre du Deu­té­ro­no­me : « Au SEI­GNEUR no­tre Dieu sont les cho­ses ca­chées, mais les cho­ses ré­vé­lées sont pour nous et nos fils à ja­mais, afin que nous mettions en pra­ti­que tou­tes les pa­ro­les de cet­te Loi. » (Dt 29,28). Ce qui veut di­re : Dieu connaît tou­tes cho­ses, mais nous, nous ne connais­sons que ce qu’il a bien vou­lu nous ré­vé­ler, à com­men­cer par la Loi qui est la clé de tout le res­te.

Ce­la nous ren­voie en­co­re une fois au ré­cit du pa­ra­dis ter­res­tre : le li­vre de la Ge­nè­se ra­con­te que dans le jar­din d’Éden, il y avait tou­te sor­te d’arbres, et, parmi eux, deux ar­bres par­ti­cu­liers : l’un, situé au mi­lieu du jar­din était l’arbre de vie ; et l’autre à un en­droit non pré­ci­sé s’appelait l’arbre de la connais­san­ce de ce qui rend heureux ou malheureux. Adam avait le droit de pren­dre du fruit de l’arbre de vie, seul le fruit de l’arbre de la connais­san­ce était in­ter­dit. Ma­niè­re ima­gée de di­re que l’homme ne peut pas tout connaî­tre et qu’il doit ac­cep­ter cet­te li­mi­te : « Au SEI­GNEUR no­tre Dieu (sous-en­ten­du et à lui seul) sont les cho­ses ca­chées » dit le Deu­té­ro­no­me. En re­van­che, la To­rah, la Loi, qui est l’arbre de vie, est confiée à l’homme : pra­ti­quer la Loi, c’est se nour­rir jour après jour de ce qui nous fe­ra vi­vre.

Je reviens sur cette formule : « Sa­ges­se te­nue ca­chée, pré­vue par lui dès avant les siè­cles... ». Paul in­sis­te plusieurs fois dans ses let­tres sur le fait que le projet de Dieu est pré­vu de tou­te éter­ni­té : il n’y a pas eu de change­ment de pro­gram­me, si j’ose di­re. Par­fois nous nous re­pré­sen­tons le dé­rou­le­ment du pro­jet de Dieu com­me s’il avait dû chan­ger d’avis en fonc­tion de la condui­te de l’humanité. Par exem­ple, nous ima­gi­nons que, dans un pre­mier temps, ac­te 1 si vous vou­lez, Dieu a créé le mon­de et que tout était par­fait jusqu’au jour où, ac­te 2, Adam a com­mis la fau­te : et alors pour ré­pa­rer, ac­te 3, Dieu au­rait ima­gi­né d’envoyer son Fils. Contre cet­te concep­tion, Paul dé­ve­lop­pe dans plu­sieurs de ses let­tres cet­te idée que le rô­le de Jé­sus-Christ est pré­vu de tou­te éter­ni­té et que le des­sein de Dieu pré­cè­de tou­te l’histoire hu­mai­ne.

Et ce dessein de Dieu est magnifique : « Ce dont nous parlons, c’est de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. »

« Pour nous don­ner la gloi­re » : la gloi­re, nor­ma­le­ment, c’est un at­tri­but de Dieu et de lui seul.  No­tre vo­ca­tion ultime, c’est donc de par­ti­ci­per à la gloi­re de Dieu. Le pro­jet de Dieu, c’est de nous ré­u­nir tous en­sem­ble en Jé­sus Christ et de nous fai­re par­ti­ci­per à la gloi­re de la Tri­ni­té.

« Ce que nous pro­cla­mons, c’est, comme dit l’Écriture, « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. »

L’expression « comme dit l’Écriture » renvoie à une phra­se du prop­hè­te Isaïe : « Ja­mais on n’a en­ten­du, ja­mais on n’a ouï-di­re, nul œil n’a jamais vu un autre dieu que toi agir ainsi pour celui qui l’attend. » (Is 64, 3). El­le dit l’émerveillement du croyant bi­bli­que gra­ti­fié de la Ré­vé­la­tion des mys­tè­res de Dieu.

Res­te la fin de la phra­se « Ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé » : y aurait-il donc des privilégiés et des exclus ? Y aurait-il des gens pour qui cela n’était pas pré­pa­ré ? Bien sûr que non : le pro­jet de Dieu, son dessein bien­veillant est évi­dem­ment pour tous ; mais ne peu­vent y par­ti­ci­per que ceux qui ont le cœur ou­vert. Et de no­tre cœur, nous som­mes seuls maî­tres. D’une cer­tai­ne ma­niè­re, c’est le saut dans la foi qui est dit là. Le mystè­re du des­sein de Dieu ne s’ouvre que pour les pe­tits. Comme le disait Jésus, « Dieu l’a ca­ché aux sa­ges et aux sa­vants, et il l’a ré­vé­lé aux tout-pe­tits ». Nous voi­là tout-à-fait ras­su­rés : tout-pe­tits, nous le som­mes, il suf­fit de le re­con­naî­tre.

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Ancien commentaire

Di­man­che der­nier, la let­tre de Paul op­po­sait dé­jà sa­ges­se hu­mai­ne et sa­ges­se de Dieu : « Vo­tre foi, disait-il, ne repo­se pas sur la sa­ges­se des hom­mes mais sur la puis­san­ce de Dieu. » Et il in­sis­tait pour di­re que le mys­tè­re du Christ n’a rien à voir avec nos rai­son­ne­ments hu­mains : aux yeux des hom­mes, l’évangile ne peut que pas­ser pour une fo­lie : et sont considérés comme insensés ceux qui mis­ent leur vie des­sus. Soit dit en pas­sant, cet­te in­sis­tan­ce sur le mot « sa­ges­se » nous sur­prend peut-être, mais Paul s’adresse aux Co­rin­thiens, c’est-à-di­re à des Grecs pour qui la sa­ges­se est la ver­tu la plus pré­cieu­se.

Aujourd’hui, Paul pour­suit dans la mê­me li­gne : oui, la pro­cla­ma­tion du mys­tè­re de Dieu est peut-être une fo­lie aux yeux du mon­de, mais il s’agit d’une sa­ges­se com­bien plus hau­te, la sa­ges­se de Dieu. « C’est bien une sa­ges­se que nous pro­cla­mons de­vant ceux qui sont adul­tes dans la foi mais ce n’est pas la sa­ges­se de ce mon­de... Au  contrai­re, nous pro­cla­mons la sa­ges­se du mys­tè­re de Dieu... »

À nous de choi­sir, donc : vi­vre no­tre vie se­lon la sa­ges­se du mon­de, l’esprit du mon­de, ou se­lon la sa­ges­se de Dieu. Les deux ont bien l’air to­ta­le­ment contra­dic­toi­res ! Nous re­tro­u­vons là le thè­me des au­tres lec­tures de ce diman­che : la pre­miè­re lec­ture ti­rée du livre de Ben Sira et le psaume 118/119 dé­ve­lop­paient tous les deux, cha­cun à sa ma­niè­re, ce qu’on ap­pel­le le thè­me des deux voies : l’homme est pla­cé au car­re­four de deux rou­tes et il est libre de choi­sir son che­min ; une voie mè­ne à la vie, à la lu­miè­re, au bon­heur ; l’autre s’enfonce dans la nuit, la mort, et n’offre en dé­fi­ni­ti­ve que de faus­ses joies.

« Sa­ges­se te­nue ca­chée » : une des gran­des af­fir­ma­tions de la Bi­ble est que l’homme ne peut pas tout comprendre du mys­tè­re de la vie et de la Créa­tion, et en­co­re moins du mys­tè­re de Dieu lui-mê­me. Cet­te li­mi­te fait par­tie de no­tre être mê­me.

Voi­ci ce que dit le li­vre du Deu­té­ro­no­me : « Au SEI­GNEUR no­tre Dieu sont les cho­ses ca­chées, et les cho­ses ré­vé­lées sont pour nous et nos fils à ja­mais, pour que soient mis­es en pra­ti­que tou­tes les pa­ro­les de cet­te Loi. » (Dt 29, 28). Ce qui veut di­re : Dieu connaît tou­tes cho­ses, mais nous, nous ne connais­sons que ce qu’il a bien vou­lu nous ré­vé­ler, à com­men­cer par la Loi qui est la clé de tout le res­te.

Ce­la nous ren­voie en­co­re une fois au ré­cit du pa­ra­dis ter­res­tre : le li­vre de la Ge­nè­se ra­con­te que dans le jar­din d’Éden, il y avait tou­te sor­te d’arbres « d’aspect at­trayant et bon à man­ger ; et il y avait aus­si deux ar­bres particuliers : l’un, situé au mi­lieu du jar­din était l’arbre de vie ; et l’autre à un en­droit non pré­ci­sé s’appelait l’arbre de la connais­san­ce de ce qui rend heureux ou malheureux. Adam avait le droit de pren­dre du fruit de l’arbre de vie, c’était mê­me re­com­man­dé puis­que Dieu avait dit « Tu pour­ras man­ger de tout ar­bre du jar­din... sauf un ». Seul le fruit de l’arbre de la connais­san­ce était in­ter­dit. Ma­niè­re ima­gée de di­re que l’homme ne peut pas tout connaî­tre et qu’il doit ac­cep­ter cet­te li­mi­te : « Au SEI­GNEUR no­tre Dieu (sous-en­ten­du et à lui seul) sont les cho­ses ca­chées » dit le Deu­té­ro­no­me. En re­van­che, la To­rah, la Loi, qui est l’arbre de vie, est confiée à l’homme : pra­ti­quer la Loi, c’est se nour­rir jour après jour de ce qui nous fe­ra vi­vre.

Je reviens sur cette formule : « Sa­ges­se te­nue ca­chée, pré­vue par lui dès avant les siè­cles... ». Paul in­sis­te plusieurs fois dans ses let­tres sur le fait que le projet de Dieu est pré­vu de tou­te éter­ni­té : il n’y a pas eu de change­ment de pro­gram­me, si j’ose di­re. Par­fois nous nous re­pré­sen­tons le dé­rou­le­ment du pro­jet de Dieu com­me s’il avait dû chan­ger d’avis en fonc­tion de la condui­te de l’humanité. Par exem­ple, nous ima­gi­nons que, dans un pre­mier temps, ac­te 1 si vous vou­lez, Dieu a créé le mon­de et que tout était par­fait jusqu’au jour où, ac­te 2, Adam a com­mis la fau­te : et alors pour ré­pa­rer, ac­te 3, Dieu au­rait ima­gi­né d’envoyer son Fils. Contre cet­te concep­tion, Paul dé­ve­lop­pe dans plu­sieurs de ses let­tres cet­te idée que le rô­le de Jé­sus-Christ est pré­vu de tou­te éter­ni­té et que le des­sein de Dieu pré­cè­de tou­te l’histoire hu­mai­ne.

Par exem­ple, je vous rap­pel­le la très belle phra­se de la let­tre aux Éphésiens : « Dieu nous a fait connaî­tre le mystè­re de sa vo­lon­té, le des­sein bienveillant qu’il a d’avance ar­rê­té en lui-mê­me pour me­ner les temps à leur accom­plis­se­ment, ré­u­nir l’univers en­tier sous un seul chef (une seu­le tê­te), le Christ. » (Ep 1, 9-10). Ou bien, dans la let­tre aux Ro­mains, Paul dit « J’annonce l’évangile en prê­chant Jé­sus-Christ, se­lon la Ré­vé­la­tion d’un mys­tè­re gar­dé dans le si­len­ce du­rant des temps éter­nels, mais main­te­nant ma­ni­fes­té et por­té à la connais­san­ce de tous les peu­ples païens... » (Rm 16, 25-26).

« Pour nous don­ner la gloi­re » : la gloi­re, nor­ma­le­ment, c’est un at­tri­but de Dieu et de lui seul.  No­tre vo­ca­tion ultime, c’est donc de par­ti­ci­per à la gloi­re de Dieu. Cet­te ex­pres­sion est, pour Paul, une au­tre ma­niè­re de nous di­re le des­sein bienveillant : le pro­jet de Dieu, c’est de nous ré­u­nir tous en­sem­ble en Jé­sus-Christ et de nous fai­re partici­per à la gloi­re de la Tri­ni­té.

« Ce que nous pro­cla­mons, c’est, com­me dit l’Écriture, ce que per­son­ne n’avait vu de ses yeux, ni en­ten­du de ses oreilles, ce que le cœur de l’homme n’avait pas ima­gi­né, ce qui avait été pré­pa­ré pour ceux qui ai­ment Dieu ». L’expression « com­me dit l’Écriture » ren­voie à une phra­se du prop­hè­te Isaïe : « Ja­mais on n’a en­ten­du, ja­mais on n’a ouï-di­re, ja­mais l’œil n’a vu qu’un dieu, toi ex­cep­té, ait agi pour qui comp­tait sur lui. » (Is 64, 3). El­le dit l’émerveillement du croyant bi­bli­que gra­ti­fié de la Ré­vé­la­tion des mys­tè­res de Dieu.

Res­te la fin de la phra­se « Ce qui avait été pré­pa­ré pour ceux qui ai­ment Dieu » : y aurait-il donc des privilégiés et des exclus ? Y aurait-il des gens pour qui cela n’était pas pré­pa­ré ? Bien sûr que non : le pro­jet de Dieu, son dessein bien­veillant est évi­dem­ment pour tous ; mais ne peu­vent y par­ti­ci­per que ceux qui ont le cœur ou­vert. Et de no­tre cœur, nous som­mes seuls maî­tres. D’une cer­tai­ne ma­niè­re, c’est le saut dans la foi qui est dit là. Le mystè­re du des­sein de Dieu ne s’ouvre que pour les pe­tits. Com­me le disait Jé­sus, « Dieu l’a ca­ché aux sa­ges et aux sa­vants, et il l’a ré­vé­lé aux tout-pe­tits ». Nous voi­là tout-à-fait ras­su­rés : tout-pe­tits, nous le som­mes, il suf­fit de le re­con­naî­tre.

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ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU   5, 17-37

 

       En ce temps-là,
       Jésus disait à ses disciples 
17   « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes :
       je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
18   Amen, je vous le dis :
       Avant que le ciel et la terre disparaissent,
       pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi
       jusqu’à ce que tout se réalise.
19   Donc, celui qui rejettera
       un seul de ces plus petits commandements,
       et qui enseignera aux hommes à faire ainsi,
       sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux.
       Mais celui qui les observera et les enseignera,
       celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux.
20   Je vous le dis en effet :
       Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens,
       vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.
21   Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens :
       Tu ne commettras pas de meurtre,
       et si quelqu’un commet un meurtre,

       il devra passer en jugement.
22   Eh bien ! moi, je vous dis :
       Tout homme qui se met en colère contre son frère
       devra passer en jugement.
       Si quelqu’un insulte son frère,
       il devra passer devant le tribunal.
       Si quelqu’un le traite de fou,
       il sera passible de la géhenne de feu.
23   Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel,
       si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
24   laisse ton offrande, là, devant l’autel,
       va d’abord te réconcilier avec ton frère,
       et ensuite viens présenter ton offrande.
25   Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire
       pendant que tu es en chemin avec lui,
       pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge,
       le juge au garde,
       et qu’on ne te jette en prison.
26   Amen, je te le dis :
       tu n’en sortiras pas
       avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.
27   Vous avez appris qu’il a été dit :
       Tu ne commettras pas d’adultère.
28   Eh bien ! moi, je vous dis :

       Tout homme qui regarde une femme avec convoitise
       a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.
29   Si ton œil droit entraîne ta chute,
       arrache-le et jette-le loin de toi,
       car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres
       que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne.
30   Et si ta main droite entraîne ta chute,
       coupe-la et jette-la loin de toi,
       car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres
       que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne.
31   Il a été dit également :
       Si quelqu’un renvoie sa femme,
       qu’il lui donne un acte de répudiation.

32   Eh bien ! moi, je vous dis :

       Tout homme qui renvoie sa femme,
       sauf en cas d’union illégitime,
       la pousse à l’adultère ;
       et si quelqu’un épouse une femme renvoyée,
       il est adultère.
33   Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens :
       Tu ne manqueras pas à tes serments,

       mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.

34   Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout,

       ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu,
35   ni par la terre, car elle est son marchepied,
       ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi.
36   Et ne jure pas non plus sur ta tête,
       parce que tu ne peux pas
       rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.
37   Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’,
       ‘non’, si c’est ‘non’.
       Ce qui est en plus
       vient du Mauvais. »

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     Nous avons en­ten­du là un des maî­tres mots de saint Mat­thieu : le mot « ac­com­plir ». Il vi­se ce grand pro­jet que Paul ap­pel­le « le des­sein bien­veillant de Dieu » ; et si le mot est de saint Paul, l’idée re­mon­te beau­coup plus Loin que lui ; de­puis Abra­ham, tou­te la Bi­ble est ten­due vers cet ac­com­plis­se­ment. Le Chré­tien, nor­ma­le­ment, n’est pas tour­né vers le pas­sé, c’est quelqu’un qui est ten­du vers l’avenir. Et il ju­ge tou­tes les cho­ses de ce mon­de en fonction de l’avancement des tra­vaux, en­ten­dez l’avancement du Royau­me ». Quelqu’un dis­ait : « La Mes­se du dimanche, c’est la ré­u­ni­on du chan­tier du Royau­me » : le lieu où on fait le point sur l’avancement de la construction.

          Et ré­el­le­ment, le Royau­me avan­ce, len­te­ment mais sûre­ment : c’est le cœur de no­tre foi. Bien sûr, ce­la ne se ju­ge pas sur quel­ques di­zai­nes d’années : il faut re­gar­der sur la lon­gue du­rée ; Dieu a choi­si un peu­ple com­me tous les au­tres : il s’est peu à peu ré­vé­lé à lui et après coup, on est bien obli­gé de re­con­naî­tre qu’un énor­me chemin a été par­cou­ru. Dans la dé­cou­ver­te de Dieu, d’abord, mais aus­si dans la re­la­tion aux au­tres hom­mes ; les idéaux de jus­ti­ce, de li­ber­té, de fra­ter­ni­té rem­pla­cent peu à peu la loi du plus fort et l’instinct de ven­gean­ce.

            Ce lent tra­vail de conver­sion du cœur de l’homme a été l’œuvre de la Loi don­née par Dieu à Moï­se : les pre­miers com­man­de­ments étaient de sim­ples ba­li­ses qui dis­aient le minimum vi­tal en quel­que sor­te, pour que la vie en so­cié­té soit sim­ple­ment pos­si­ble : ne pas tuer, ne pas vo­ler, ne pas trom­per... Et puis, au long des siè­cles on avait af­fi­né la Loi, on l’avait pré­ci­sée, au fur et à me­su­re que les exi­gen­ces mo­ra­les pro­gres­saient.

          Jé­sus s’inscrit dans cet­te pro­gres­sion : il ne sup­pri­me pas les ac­quis pré­cé­dents, il les af­fi­ne en­co­re : « On vous a dit... moi je vous dis... » Pas ques­tion de gommer les éta­pes pré­cé­den­tes, il s’agit d’en fran­chir une au­tre : « Je ne suis pas ve­nu abo­lir, mais accomplir ». Pre­miè­re éta­pe, tu ne tue­ras pas, deuxiè­me éta­pe, tu t’interdiras mê­me la co­lè­re et tu iras jusqu’au par­don. Dans un au­tre do­mai­ne, pre­miè­re éta­pe, tu ne commettras pas l’adultère en ac­te, deuxiè­me éta­pe, tu t’interdiras mê­me d’y pen­ser, et tu é­du­que­ras ton re­gard à la pu­re­té. En­fin, en ma­tiè­re de pro­mes­ses, pre­miè­re éta­pe, pas de faux ser­ments, deuxiè­me éta­pe, pas de ser­ments du tout, que tou­te pa­ro­le de ta bou­che soit vraie.

            Al­ler plus loin, tou­jours plus loin dans l’amour, voi­là la vraie sa­ges­se ! Mais l’humanité a bien du mal à pren­dre ce che­min-là ! Pi­re en­co­re, el­le re­fu­se bien sou­vent les va­leurs de l’évangile et se croit sa­ge en bâ­tis­sant sa vie sur de tout au­tres va­leurs. Paul fus­ti­ge sou­vent cet­te pré­ten­due sa­ges­se qui fait le mal­heur des hom­mes : « La sages­se de ceux qui do­mi­nent le mon­de et qui dé­jà se dé­trui­sent », li­sions-nous dans la deuxiè­me lec­ture.

                  Dans cha­cun de ces do­mai­nes, Jé­sus nous in­vi­te à fran­chir une éta­pe pour que le Royau­me vien­ne. Cu­rieu­se­ment, mais c’est bien confor­me à tou­te la tra­di­tion bi­bli­que, ces com­man­de­ments re­nou­ve­lés de Jé­sus visent tous les re­la­tions avec les au­tres. Si on y ré­flé­chit, ce n’est pas éton­nant : si le des­sein bien­veillant de Dieu, com­me dit saint Paul, c’est de nous ré­u­nir tous en Jé­sus-Christ, tout ef­fort que nous ten­tons vers l’unité fra­ter­nel­le contri­bue à l’accomplissement du pro­jet de Dieu, c’est-à-di­re à la ve­nue de son Rè­gne. Il ne suf­fit pas de di­re « Que ton Rè­gne vien­ne », Jé­sus vient de nous di­re com­ment, pe­ti­te­ment, mais sûre­ment, on peut y contri­buer.

 

Intégrale (28' 41")

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, année liturgique A, 6e dimanche du temps ordinaire (12 février 2017)

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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 22:44

Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde, en

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Attention le texte écrit peut différer des versions audio (Radio-Notre-Dame) et vidéo (KTO TV) qui ont été modifiées par Marie-Noëlle Thabut, parfois pour les améliorer, parfois pour s'adapter aux formats imposés par ces chaînes de radio ou de télévision. Dans cette hypothèse, nous mettons en italiques les passages supprimés pour ces médias.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante,c'est que nous ne les avons pas compris."

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame (disponible seulement à compter du 4 février 2017).

En bas de page, vous avez désormais les versions vidéo des commentaires, trouvées sur KTO TV.

LECTURE DU LIVRE DU PROPHÈTE ISAÏE   58, 7 - 10

 

                                 Ainsi parle le SEIGNEUR :
7            Partage ton pain avec celui qui a faim,
              accueille chez toi les pauvres sans abri,
              couvre celui que tu verras sans vêtement,
              ne te dérobe pas à ton semblable.
8            Alors ta lumière jaillira comme l’aurore,
              et tes forces reviendront vite.
              Devant toi marchera ta justice,
              et la gloire du SEIGNEUR fermera la marche.
9            Alors, si tu appelles, le SEIGNEUR répondra ;
              si tu cries, il dira : « Me voici. »
              Si tu fais disparaître de chez toi
              le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante,
10          si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires,
              et si tu combles les désirs du malheureux,
              ta lumière se lèvera dans les ténèbres
              et ton obscurité sera lumière de midi.

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À première vue, on pourrait prendre ce texte pour une belle leçon de morale et ce ne serait déjà pas si mal ! Mais, en fait, il s’agit de bien autre chose : je vous rappelle le contexte ; nous sommes à la fin du sixième siècle avant J.-C. ; le retour d’Exil est chose faite, mais il reste encore bien des séquelles de cette période terrible ; puisque, un peu plus bas, le même prophète parle des « dévastations du passé » et des ruines à relever.

              La pratique religieuse s’est remise en place à Jérusalem et, de bonne foi, on s’efforce de plaire à Dieu. Mais notre prophète est ici chargé de délivrer un message un peu délicat : oui, vous voulez plaire à Dieu, c’est une affaire entendue, seulement voilà : le culte qui plaît à Dieu n’est pas ce que vous croyez ; et le prophète leur adresse de lourds reproches : vous cherchez à vous faire bien voir de Dieu par des jeûnes spectaculaires parce que vous voulez vous attirer ses bonnes grâces, mais pendant ce temps vous n’êtes que disputes, querelles, brutalités, appât du gain.

              Voici ce que dit Isaïe, quelques lignes avant notre texte d’aujourd’hui : « Le jour de votre jeûne, vous savez (quand même) tomber sur une bonne affaire, et tous vos gens de peine, vous les brutalisez ! Vous jeûnez tout en cherchant querelle et dispute, et en frappant du poing méchamment ! Vous ne jeûnez pas comme il convient en un jour où vous voulez faire entendre là-haut votre voix. Doit-il être comme cela le jeûne que je préfère, le jour où l’homme s’humilie ? S’agit-il de courber la tête comme un jonc, d’étaler en litière sac et cendre ? Est-ce pour cela que tu proclames un jeûne ? » (58, 4-5).

              Cela nous vaut l’un des textes les plus percutants de l’Ancien Testament ! Dommage que nous ne le lisions pas plus souvent ! Car il bouscule nos idées sur Dieu et sur la religion : nous avons là la réponse à l’une de nos grandes questions : « Qu’est-ce que Dieu attend de nous ? » Et, en fait de réponse, on ne peut pas être plus clair !

              En quelques lignes, tout est dit ; mais comme toujours, quand un texte est très dense, on peut se dire qu’il a été longuement travaillé : c’est bien le cas ici, pour ce passage d’Isaïe. Car ces quelques lignes sont l’aboutissement de toute l’œuvre des prophètes. Depuis des siècles, en Israël, et pas seulement depuis l’Exil, depuis Abraham, c’est-à-dire à peu près 1850 ans av. J.-C., on cherche à faire ce qui plaît à Dieu. On a tout essayé : les sacrifices humains, d’abord, mais Dieu a tout de suite fait savoir qu’avec lui, le Dieu des vivants, il ne pouvait pas en être question ; alors on a continué à offrir des sacrifices, mais d’animaux seulement ; et puis il y a eu, comme dans toutes les religions, des jeûnes, des offrandes de toute sorte, des prières.

              Tout au long de ce lent développement de la foi d’Israël, les prophètes appelaient le peuple à ne pas se contenter du culte mais à vivre l’Alliance au quotidien. Et c’est bien le sens de ce passage. Le prophète commence par dire (juste avant notre texte de ce dimanche) : « Le jeûne que je préfère, n’est-ce pas ceci : dénouer les liens provenant de la méchanceté, détacher les courroies du joug, renvoyer libres ceux qui ployaient, bref que vous mettiez en pièces tous les jougs ! » Si je comprends bien, aux yeux de Dieu, tout geste qui vise à libérer nos frères vaut mieux que le jeûne le plus courageux.

         Puis vient le passage que nous avons entendu tout à l’heure qui nous propose des gestes de partage : nourrir l’affamé, et désaltérer l’assoiffé, recueillir le malheureux sans abri, vêtir celui qui a froid, combler le désir des malheureux... en un mot secourir toutes les souffrances que nous rencontrons.

         Je vous propose trois remarques : premièrement, les gestes de libération, les gestes de partage qu’Isaïe nous recommande sont tout simplement l’imitation de l’œuvre de Dieu lui-même ; Israël a expérimenté bien souvent l’action du Dieu libérateur et la compassion du Dieu miséricordieux ; et ce qui lui est demandé, c’est de faire les mêmes gestes à son tour. Décidément, l’homme est vraiment fait pour être l’image de Dieu ! Et si l’on en croit les prophètes, notre attitude envers les autres est le meilleur thermomètre de notre attitude envers Dieu

         Deuxièmement, alors on ne s’étonne pas qu’Isaïe puisse promettre : « Si tu combles les désirs du malheureux, la gloire du SEIGNEUR t’accompagnera » (« la gloire du SEIGNEUR », c’est-à-dire le rayonnement de sa présence) ; ce n’est pas une récompense ! C’est beaucoup mieux que cela : c’est une réalité... car, réellement, quand nous agissons à la manière de Dieu par des actes qui libèrent, qui rassurent, qui encouragent, qui adoucissent les épreuves de toute sorte, alors il nous est donné de refléter un peu pour eux la lumière de Dieu. Et vous avez remarqué l’insistance d’Isaïe sur la lumière : « Alors ta lumière jaillira comme l’aurore... ta lumière se lèvera dans les ténèbres, ton obscurité sera comme la lumière de midi ». Bien sûr, puisqu’il s’agit de la lumière même de Dieu. Pour le dire autrement, Isaïe nous dit « Quand tu donnes, tu reflètes la présence de Dieu. » Une fois de plus on peut rappeler cette superbe phrase de la tradition chrétienne « Là où il y a de l’amour, là est Dieu ».

         Troisièmement, tout acte de justice, de libération, de partage est un pas vers le Royaume de Dieu : puisque, justement, ce Royaume que tout l’Ancien Testament attend est le lieu de la justice et de l’amour ; c’est bien le sens de l’évangile de dimanche dernier, celui des Béatitudes, dans lequel Jésus nous dit que le Royaume est construit au jour le jour par les doux, les purs, les pacifiques, les assoiffés de justice et de miséricorde.

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PSAUME  111 (112)


 

4            Lumière des cœurs droits, il s’est levé dans les ténèbres,
              homme de justice, de tendresse et de pitié.
5            L’homme de bien a pitié, il partage ;
              il mène ses affaires avec droiture.

 

6            Cet homme jamais ne tombera ;
              toujours on fera mémoire du juste.
7            Il ne craint pas l’annonce d’un malheur :
              le cœur ferme, il s’appuie sur le Seigneur.
 

8            Son cœur est confiant, il ne craint pas.
9            À pleines mains, il donne au pauvre ;
              à jamais se maintiendra sa justice,
              sa puissance grandira, et sa gloire !

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Chaque année, au cours de la fête des Tentes, cette fête qui dure, encore aujourd’hui, une semaine à l’automne, le peuple entier faisait ce qu’on pourrait appeler sa « profession de foi » : il renouvelait l’Alliance avec Dieu et s’engageait de nouveau à respecter la Loi. Le psaume 111/112 était certainement chanté à cette occasion.

         L’ensemble de ce psaume est à lui seul un petit traité de la vie dans l’Alliance : pour mieux le comprendre, il faut le lire depuis le début. Je vous lis le premier verset : « Alléluia !  Heureux qui craint le SEIGNEUR, qui aime entièrement sa volonté ! »

Tout d’abord, donc, il commence par le mot Alléluia, littéralement « Louez Dieu » qui est le maître-mot des croyants : quand l’homme de la Bible nous invite à louer Dieu, c’est pour le don de l’Alliance précisément. Ensuite, ce psaume se présente comme un psaume alphabétique : c’est-à-dire qu’il comporte vingt-deux lignes, autant qu’il y a de lettres dans l’alphabet hébreu ; le premier mot de chaque ligne commence par une lettre de l’alphabet dans l’ordre alphabétique ; manière d’affirmer que l’Alliance avec Dieu concerne toute la vie de l’homme et que la Loi de Dieu est le seul chemin du bonheur pour la totalité de la vie, de A à Z. Enfin, le premier verset commence par le mot « heureux » adressé à l’homme qui sait se maintenir sur le chemin de l’Alliance.

         Cela fait immédiatement penser à l’évangile des Béatitudes qui résonne de ce même mot « heureux » : Jésus employait là un mot très habituel dans la Bible mais que malheureusement notre traduction française ne peut pas rendre complètement ; dans son commentaire des psaumes, André Chouraqui faisait remarquer que la racine hébraïque de ce mot « a pour sens fondamental la marche, le pas de l’homme sur la route sans obstacle qui conduit vers le Seigneur. » Il s’agit donc « moins du bonheur que de la démarche qui y conduit. » C’est pour cela que le même Chouraqui traduisait le mot « Heureux » par « En Marche », sous-entendu, vous êtes sur la bonne voie, continuez ».

         Généralement, dans la Bible, le mot « heureux » ne va pas tout seul, il est opposé à son contraire « malheureux » : l’idée générale étant qu’il y a dans la vie des fausses pistes à éviter ; certains chemins (traduisez choix, comportements) vont dans le bon sens et d’autres, opposés, ne sèmeront que du malheur. Et si on lit ce psaume en entier dans la Bible, on s’aperçoit qu’il est construit de cette manière ; le psaume 1 qui est plus connu est, lui aussi, construit exactement de la même façon : il commence par détailler longuement quels sont les bons choix, ce qui est chemin de bonheur pour tous et, beaucoup plus brièvement, parce que cela ne vaut pas la peine d’en parler, les mauvais choix.     

         Ici, le bon choix est précisé dès le premier verset : « Heureux l’homme qui craint le SEIGNEUR ! » Nous retrouvons cette expression si fréquente dans l’Ancien Testament : « la crainte de Dieu » ; malheureusement, la lecture liturgique est coupée ici et ne nous fait pas entendre la seconde ligne de ce premier verset ; je vous le lis en entier : « Heureux l’homme qui craint le SEIGNEUR, qui aime entièrement sa volonté. » Voilà donc une définition de la « crainte de Dieu » : c’est l’amour de sa volonté. Parce qu’on est en confiance, tout simplement. La crainte du Seigneur, on le sait bien, n’est pas de l’ordre de la peur : d’ailleurs, un peu plus bas, un autre verset le précise bien : « L’homme de bien... s’appuie sur le SEIGNEUR ; son cœur est confiant... »

          La « crainte de Dieu » au sens biblique, c’est à la fois la conscience de la Sainteté de Dieu, la reconnaissance de tout ce qu’il fait pour l’homme, et, puisqu’il est notre Créateur, le souci de lui obéir ; car, s’il est notre Créateur, lui seul sait ce qui est bon pour nous. C’est une attitude filiale de respect et d’obéissance confiante. La double découverte d’Israël c’est à la fois que Dieu est le Tout-Autre ET qu’il se fait le Tout-Proche. Il est infiniment puissant, oui, mais cette toute-puissance est celle de l’amour. Nous n’avons donc rien à craindre puisqu’il peut et veut notre bonheur ! Vous connaissez ce verset du psaume 102/103 : « Comme la tendresse du père pour ses fils, ainsi est la tendresse du SEIGNEUR pour qui le craint ». Craindre le Seigneur, c’est bien avoir à son égard une attitude de fils à la fois respectueux et confiant. C’est aussi « s’appuyer sur lui » : « L’homme de bien... s’appuie sur le SEIGNEUR ; son cœur est confiant ».

         Voici donc la juste attitude envers Dieu, celle qui met l’homme sur la bonne voie : « Heureux l’homme qui craint le SEIGNEUR ! » Voici maintenant la juste attitude envers les autres : « L’homme de bien a pitié, il partage ; homme de justice, de tendresse et de pitié... À pleines mains, il donne au pauvre. »        La formule « homme de justice, de tendresse et de pitié » fait irrésistiblement penser à la définition que Dieu a donnée de lui-même à Moïse : « Le SEIGNEUR, Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté ... » (Ex 34, 6). Et d’ailleurs, le psaume précédent (110/111) qui ressemble beaucoup à celui-ci emploie exactement les mêmes mots « justice, tendresse et pitié » pour Dieu et pour l’homme. Manière de dire que l’observation quotidienne de la Loi, dans toute notre vie, de A à Z, comme le symbolise l’alphabétisme de ce psaume, finit par nous modeler à l’image et à la ressemblance de Dieu.

         J’ai bien dit ressemblance : le psalmiste n’oublie pas que le Seigneur est le Tout-Autre : les formules ne sont donc pas exactement les mêmes : pour Dieu on dit qu’Il  « EST » justice, tendresse et pitié... alors que pour l’homme, le psalmiste dit « il est homme DE justice, DE tendresse, DE pitié », ce qui veut dire que ce sont des vertus qu’il pratique, ce n’est pas son être même. Ces vertus, il les tient de Dieu, il les reflète en quelque sorte.

         Et alors parce que son action est à l’image de celle de Dieu, l’homme de bien est une lumière pour les autres : « Lumière des cœurs droits, il s’est levé dans les ténèbres ». Là encore, il y a un écho à la lecture d’Isaïe « Partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement... alors ta lumière jaillira comme l’aurore ». C’est quand nous donnons et partageons, que nous sommes le plus à l’image de Dieu, lui qui n’est que don. Alors, à notre petite mesure, nous reflétons sa lumière.

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LECTURE DE LA PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS  2, 1- 5

 

1             Frères,  
              quand je suis venu chez vous,           
              je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu         
              avec le prestige du langage ou de la sagesse.
2            Parmi vous, je n'ai rien voulu connaître d'autre que Jésus Christ
              ce Messie crucifié.
3            Et c'est dans la faiblesse,      
              craintif et tout tremblant,      
              que je me suis présenté à vous.
4            Mon langage, ma proclamation de l’Évangile,         
              n'avaient rien d’un langage   
              de sagesse qui veut convaincre ;       
              mais c'est l'Esprit et sa puissance qui se manifestaient,
5            pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes,       
              mais sur la puissance de Dieu.

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          Saint Paul, comme souvent, procède par contrastes : première opposition, le mystère de Dieu est tout différent de la sagesse des hommes ; deuxième opposition, le langage de l’apôtre qui annonce le mystère est tout différent du beau langage humain, de l’éloquence. Je reprends ces deux oppositions : mystère de Dieu / sagesse humaine ; langage du prédicateur / éloquence, (ou art oratoire, si vous préférez).

          Et, tout d’abord l’opposition mystère de Dieu ou sagesse humaine : Paul dit qu’il est venu « annoncer le mystère de Dieu » ; il faut entendre par là le « dessein bienveillant » de Dieu que la lettre aux Éphésiens développera plus tard : ce dessein bienveillant, c’est de faire de l’humanité une communion parfaite d’amour autour de Jésus-Christ : il est donc fondé sur les valeurs de l’amour, du service mutuel, du don, du pardon ; et on voit bien que Jésus le met en œuvre déjà tout au long de sa vie terrestre. On est donc très loin  d’un Dieu de puissance au sens militaire du terme que certains imaginent.

          Ce mystère de Dieu s’accomplit par un « Messie crucifié » : c’est tout à fait contraire à notre logique humaine ; c’est même presque un paradoxe ;  Paul l’affirme, Jésus de Nazareth est bien le Messie ; mais pas comme on l’attendait. On ne l’attendait pas crucifié ; et même, selon notre logique humaine, le fait qu’il soit crucifié tendait à prouver qu’il n’était pas le Messie : tout le monde avait en tête une célèbre phrase du Deutéronome : d’après laquelle un homme qui avait été condamné à mort au nom de la Loi, et exécuté, était maudit de Dieu. (Dt 21, 22-23).

          Et pourtant, ce dessein du Dieu tout-puissant, ce n’est « rien d’autre que Jésus-Christ » comme dit Paul... Quand il témoigne de sa foi, il n’a rien d’autre à dire que Jésus-Christ ; pour lui, Jésus-Christ est vraiment le centre de l’histoire humaine, le centre du projet de Dieu, le centre de sa foi. Il ne veut rien connaître d’autre : « Je n’ai rien voulu connaître d’autre » ; derrière cette phrase, on perçoit les difficultés de ne pas céder aux pressions de toute sorte, aux injures, à la persécution déjà.

        Ce Messie crucifié nous fait connaître ce qu’est la véritable sagesse, la sagesse de Dieu : c’est-à-dire don et pardon, refus de la violence... C’est bien le message de l’évangile des Béatitudes. 

          Face à cette sagesse divine, la sagesse humaine est raison raisonnante, persuasion, force, puissance ; cette sagesse-là ne peut même pas entendre le message de l’évangile ; et, d’ailleurs, Paul a  essuyé un échec à Athènes, le haut lieu de la philosophie.

          Deuxième opposition dans ce texte : langage de prédicateur, ou art oratoire. Paul n’a aucune prétention du côté de l’éloquence : voilà déjà de quoi nous rassurer, si nous n’avons pas la parole trop facile ! Mais Paul va plus loin : pour lui, l’éloquence, l’art oratoire, la faculté de persuasion seraient une gêne parce que totalement incompatibles avec le message de l’évangile. Annoncer l’Évangile ce n’est pas faire étalage d’un savoir ni asséner des arguments. Il est intéressant, d’ailleurs, de remarquer que dans le mot « convaincre », il y a « vaincre ». Il n’est peut-être pas à sa place quand on prétend annoncer la religion de l’Amour. La foi, comme l’amour, n’est pas affaire de persuasion... Allez donc persuader quelqu’un de vous aimer... On sait bien que l’amour ne se raisonne pas, ne se démontre pas... Le mystère de Dieu non plus ; on peut seulement y pénétrer peu à peu.

         Le mystère d’un Messie pauvre, d’un Messie-Serviteur, d’un Messie crucifié, ne peut pas s’annoncer par des moyens de puissance : ce serait le contraire du mystère annoncé ! C’est dans la pauvreté que l’évangile s’annonce : voilà qui devrait nous redonner du courage ! Le Messie pauvre ne peut être annoncé que par des moyens pauvres, le Messie serviteur ne peut être annoncé que par des serviteurs.

         Il ne faut donc pas nous inquiéter de n’être pas de très bons orateurs, car notre pauvreté de langage est seule compatible avec le message de l’évangile ; mais Paul va même jusqu’à dire que notre pauvreté de prédicateurs est une condition incontournable de la prédication ! Elle seule peut laisser le champ libre à l’action de Dieu. Ce n’est pas lui, Paul, qui a convaincu les Corinthiens, c’est l’Esprit de Dieu qui a donné à la prédication de Paul la force de la vérité en leur faisant découvrir le Christ.

         J’en déduis que ce n’est pas non plus la force de notre raisonnement qui convaincra nos contemporains : leur foi ne reposera pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de l’Esprit de Dieu. Nous ne pouvons que lui prêter notre voix. Évidemment cela exige de nous un terrible acte de foi : « C’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant que je suis arrivé chez vous. Mon langage, ma proclamation de l’évangile n’avaient rien à voir avec le langage d’une sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu ».

         Au moment où nous avons l’impression que le cercle des croyants rétrécit comme une peau de chagrin, au moment où nous rêverions de moyens de puissance médiatique, télématique, électronique de toute sorte, et alors que nos moyens financiers sont révisés à la baisse, il nous est bon de nous entendre dire que

Si je comprends bien, l’annonce de l’évangile s’accommode mieux des moyens de pauvreté... Mais pour accepter cette vérité-là, il faut admettre que l’Esprit-Saint est meilleur prédicateur que nous ! Et que, peut-être, le témoignage de notre pauvreté serait la meilleure des prédications ?

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ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU   5, 13 -16

 

                                  En ce temps-là,
              Jésus disait à ses disciples :
13          « Vous êtes le sel de la terre.
              Mais si le sel devient fade,
              avec quoi sera-t-il salé ?
              Il ne vaut plus rien :
              on le jette dehors et il est piétiné par les gens.
 
14          Vous êtes la lumière du monde.
              Une ville située sur une montagne
              ne peut être cachée.
15          Et l’on n’allume pas une lampe
              pour la mettre sous le boisseau ;
              on la met sur le lampadaire,
              et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
16          De même, que votre lumière brille devant les hommes :
              alors, voyant ce que vous faites de bien,
              ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »

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Tant mieux si une lampe est jolie, mais franchement, ce n’est pas le plus important ! Ce qu’on lui demande d’abord, c’est d’éclairer ; et d’ailleurs, si elle n’éclaire pas bien, si on n’y voit rien, comme on dit, on ne verra pas non plus qu’elle est jolie ! Quant au sel, sa vocation est de disparaître en remplissant son office : mais s’il manque, le plat sera moins bon.

         Je veux dire par là que sel et lumière n’existent pas pour eux-mêmes ; d’ailleurs, je remarque au passage, que Jésus leur dit « Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde » : ce qui compte, c’est la terre, c’est le monde ; le sel et la lumière ne comptent que par rapport à la terre et au monde ! En disant à ses disciples qu’ils sont le sel et la lumière, Jésus les met en situation missionnaire. Il leur dit : « Vous qui recevez mes paroles, vous devenez, par le fait même, sel et lumière pour ce monde : votre présence lui est indispensable ». Ce qui revient à dire que l’Église n’existe que POUR le monde. Voilà qui nous remet à notre place, comme on dit ! Déjà la Bible avait répété au peuple d’Israël qu’il était le peuple élu, certes, mais au service du monde ; cette leçon-là reste valable pour nous.

         Je reviens au sel et à la lumière : on peut se demander quel point commun il y a entre ces deux éléments, auxquels Jésus compare ses disciples. Réponse : ce sont des révélateurs ; le sel met en valeur la saveur des aliments, la lumière fait connaître la beauté des êtres et du monde. Les aliments existent avant de recevoir le sel ; les êtres, le monde existent avant d’être éclairés. Cela nous en dit long sur la mission que Jésus confie à ses disciples, à nous. Personne n’a besoin de nous pour exister, mais apparemment, nous avons un rôle spécifique à jouer.

         Sel de la terre, nous sommes là pour révéler aux hommes la saveur de leur vie. Les hommes ne nous attendent pas pour vivre des gestes d’amour et de partage parfois magnifiques. Évangéliser, c’est dire « le Royaume est au milieu de vous, dans tout geste, toute parole d’amour » ; c’est là qu’ils nous attendent si j’ose dire : pour leur révéler le Nom de Celui qui agit à travers eux : puisque « là où il y a de l’amour, là est Dieu ».

         Lumière du monde, nous sommes là pour mettre en valeur la beauté de ce monde : c’est le regard d’amour qui révèle le vrai visage des personnes et des choses. L’Esprit Saint nous a été donné précisément pour que nous puissions entrer en résonance avec tout geste ou parole qui vient de lui.

          Mais cela ne peut se faire que dans la discrétion et l’humilité. Trop de sel dénature le goût des aliments au lieu de le mettre en valeur. Une lumière trop forte écrase ce qu’elle veut éclairer. Pour être sel et lumière, il faut beaucoup aimer. 

         Il suffit d’aimer, mais il faut vraiment aimer. C’est ce que les textes de ce jour nous répètent selon des modes d’expression différents mais de façon très cohérente. L’évangélisation n’est pas une conquête. La Nouvelle Évangélisation n’est pas une reconquête. L’annonce de la Bonne Nouvelle ne se fait que dans une présence d’amour. Rappelons-nous la mise en garde de Paul aux Corinthiens : il leur rappelle que seuls les pauvres et les humbles peuvent prêcher le Royaume

         Cette présence d’amour peut être très exigeante si j’en crois la première lecture : le rapprochement entre le texte d’Isaïe et l’évangile est très suggestif. Être la lumière du monde selon l’expression de l’évangile, c’est se mettre au service de nos frères ; et Isaïe est très concret : c’est partager le pain ou les vêtements, c’est faire tomber tous les obstacles qui empêchent les hommes d’être libres

         Et le psaume de ce dimanche ne dit pas autre chose : « l’homme de bien », c’est-à-dire « celui qui partage ses richesses de toute sorte à pleines mains » est une lumière pour les autres. Parce qu’à travers ses paroles et ses gestes d’amour, les autres découvriront la source de tout amour : comme dit Jésus, « En voyant ce que les disciples font de bien, les hommes rendront gloire au Père qui est aux cieux. » c’est-à-dire qu’ils découvriront que le projet de Dieu sur les hommes est un projet de paix et de justice.

         À l’inverse, on peut se demander comment les hommes pourront croire au projet d’amour de Dieu tant que nous, qui sommes répertoriés comme ses ambassadeurs, nous ne multiplions pas les gestes de solidarité et de justice que notre société exige ; on peut penser d’ailleurs que le sel est sans cesse en danger de s’affadir : car il est tentant de laisser tomber dans l’oubli les paroles fortes du prophète Isaïe, celles que nous avons entendues dans la première lecture ; ce n’est peut-être pas un hasard, d’ailleurs, si l’Église nous les donne à entendre peu de temps avant l’ouverture du Carême, ce moment où nous nous demanderons de très bonne foi quel est le jeûne que Dieu préfère. 

         Dernière remarque : cet évangile d’aujourd’hui (sur le sel et la lumière) suit immédiatement dans l’évangile de Matthieu la proclamation des Béatitudes : il y a donc certainement un lien entre les deux. Et nous pouvons probablement éclairer ces deux passages l’un par l’autre. Peut-être le meilleur moyen d’être sel et lumière pour le monde est-il tout simplement de développer chacun la Béatitude à laquelle nous sommes appelés ? Être sel de la terre, être lumière du monde, c’est vivre selon l’esprit des Béatitudes, c’est-à-dire exactement à l’opposé de l’esprit du monde ; c’est accepter de vivre selon des valeurs d’humilité, de douceur, de pureté, de justice. C’est être artisans de paix en toute circonstance, et, plus important que tout peut-être, accepter d’être pauvres et démunis, en n’ayant en tête qu’un seul objectif : « qu’en voyant ce que les disciples font de bien, les hommes rendent gloire à notre Père qui est aux cieux. »

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Compléments

- D’après l'un des textes du Concile sur l'Église (« Lumen Gentium »), la vraie lumière du monde, ce n'est pas nous, c'est Jésus-Christ.

- En disant à ses disciples qu'ils sont lumière, Jésus leur révèle ni plus ni moins que c'est Dieu lui même qui brille à travers eux, car, dans les écrits bibliques, comme dans le Concile, il est toujours bien précisé que toute lumière vient de Dieu.

 

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, année liturgique A, 5e dimanche du temps ordinaire (5 février 2017)

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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 22:21

Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde, en

  • donnant des explications historiques ;

  • donnant le sens passé de certains mots ou expressions dont la signification a parfois changé depuis ou peut être mal comprise (aujourd'hui, "jugement (de Dieu)", "anavim", "humbles", "courbés", "vengeance (de Dieu)" ; je consacre une double page de mon blog à recenser tous ces mots ou expressions) ;

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Attention le texte écrit peut différer des versions audio (Radio-Notre-Dame) et vidéo (KTO TV) qui ont été modifiées par Marie-Noëlle Thabut, parfois pour les améliorer, parfois pour s'adapter aux formats imposés par ces chaînes de radio ou de télévision. Dans cette hypothèse, nous mettons en italiques les passages supprimés pour ces médias.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante,c'est que nous ne les avons pas compris."

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame (disponible seulement à compter du 28 janvier 2017).

En bas de page, vous avez désormais les versions vidéo des commentaires, trouvées sur KTO TV.

LECTURE DU LIVRE DU PROPHÈTE SOPHONIE  2, 3 ...  3, 13

 

2,3         Cherchez le SEIGNEUR,
              vous tous, les humbles du pays,
              qui accomplissez sa loi.
              Cherchez la justice,
              cherchez l’humilité :
              peut-être serez-vous à l’abri
              au jour de la colère du SEIGNEUR.
 

3,12       Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ;
              il prendra pour abri le nom du SEIGNEUR.
3,13       Ce reste d’Israël ne commettra plus d’injustice ;
              ils ne diront plus de mensonge ;
              dans leur bouche, plus de langage trompeur.
              Mais ils pourront paître et se reposer,
              nul ne viendra les effrayer.

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Le livre de Sophonie est surprenant parce que très contrasté : on y trouve d’une part des menaces terribles contre Jérusalem, et, dans ces passages-là, le prophète a l’air très en colère, et, d’autre part, des encouragements, des promesses de lendemains heureux, toujours adressés à Jérusalem. Reste à savoir pour qui sont les menaces et pour qui les encouragements. 

  Il faut donc faire un petit détour par l’histoire : nous sommes au septième siècle avant Jésus-Christ, dans le royaume de Juda, c’est-à-dire le royaume du Sud ; le jeune roi Josias vient de monter sur le trône, à l’âge de huit ans, à la suite de l’assassinat de son père. Jérusalem vit donc des temps très troublés, c’est le moins qu’on puisse dire.

  Vous vous souvenez qu’à cette époque-là, l’empire assyrien, dont la capitale est Ninive, est en pleine expansion ; sous la menace assyrienne les rois ont préféré capituler d’avance ; cela veut dire en clair que le royaume de Jérusalem est vassal de Ninive.

  Or il y a toujours eu une querelle entre les rois et les prophètes sur ce point : le raisonnement des rois, c’est : quand on est un tout petit peuple, on ne peut pas éviter d’être dominé par de plus grands. Et après tout, c’est un moindre mal, plutôt que de disparaître complètement.

  Les prophètes, eux, tiennent farouchement à la liberté politique du peuple élu. D’abord, demander alliance à un roi de la terre, c’est la preuve qu’on ne fait pas confiance au roi du ciel ! Dieu vous a libérés d’Égypte, ce n’est pas pour vous laisser mourir maintenant. Vous avez fait alliance avec Dieu, contentez-vous de cette alliance-là, n’en cherchez pas d’autre.

  Deuxièmement, si vous faites alliance avec les païens, tôt ou tard, vous deviendrez païens vous aussi : il y aura inévitablement des périodes de persécution où la puissance dominante attaquera votre religion ; sans aller jusque-là, accepter la tutelle assyrienne, c’était déjà accepter de voir s’installer dans la capitale d’Israël les représentants d’une puissance étrangère ; c’était donner de mauvais exemples : mettre sous les yeux de tout le peuple les manières de vivre et de penser des peuples païens ; c’était introduire dans Jérusalem les coutumes, la mode, les lois et plus gravement encore les pratiques religieuses du vainqueur.

  Par exemple, on a retrouvé des contrats commerciaux concernant des Juifs, rédigés en assyrien et selon le droit assyrien. Et, pire encore, il se trouve désormais à Jérusalem des prêtres qui pratiquent d’autres religions que celle du Dieu d’Israël. Or, et c’est là le grand danger, si Israël perd la foi au Dieu unique, il ne peut plus remplir sa mission de peuple élu.

  Voilà donc les raisons de la colère de Sophonie et pourquoi une bonne partie de son livre est faite de menaces : « J’étendrai la main contre (la province de) Juda et contre tous les habitants de Jérusalem, et je supprimerai de ce lieu ce qui reste du Baal, le nom de ses officiants et les prêtres avec eux... ceux qui se détournent du SEIGNEUR, qui ne le recherchent pas et ne le consultent pas. » (So 1, 4... 6). Ce sera le Jour de la Colère du SEIGNEUR* : vous avez reconnu le fameux texte du « Dies Irae » que nous entendons dans certains « Requiem » célèbres.

  Mais parallèlement à ces menaces, le livre de Sophonie délivre un message de réconfort, adressé à ceux qu’il appelle « les humbles du pays » (en hébreu les « anavim », littéralement les « courbés »). Ceux-là, visiblement, ne risquent rien de la colère du SEIGNEUR : « Cherchez le SEIGNEUR, vous tous les humbles du pays, vous qui faites sa volonté. Cherchez la justice, cherchez l’humilité : peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère du SEIGNEUR ». Ce Jour de colère, c’est celui où  Dieu renouvellera la Création tout entière. Jour magnifique pour tous ceux qui auront mis leur confiance en Dieu : le Mal, sous toutes ses formes, sera enfin détruit. Les « dos courbés » peuvent donc déjà se redresser, reprendre courage : Dieu lui-même est à leurs côtés.

  Reste à savoir de quel bord nous sommes : devons-nous craindre ce fameux Jour de colère du SEIGNEUR ? Sommes-nous visés par les menaces ou par les encouragements ? Depuis, nous avons appris à lire ces textes : l’humanité n’est pas divisée en deux, les justes, bons, les humbles, d’un côté... les coupables, les arrogants, les orgueilleux de l’autre. Chacun de nous est visé par ces deux langages, c’est en chacun de nous que Dieu a « du ménage à faire », si j’ose dire. Le jugement de Dieu, c’est un tri à l’intérieur de nous-mêmes.

  Et nous sommes tous invités à nous convertir, à devenir ces « humbles du pays », dont parle Sophonie : il les appelle aussi « le Reste d’Israël » :  là, il reprend le mot et l’idée lancés au siècle précédent, par les prophètes Isaïe, Amos, Michée : l’idée, c’est : puisque, premièrement, Dieu a choisi Israël comme un instrument privilégié de son projet sur l’humanité et puisque, deuxièmement, Dieu est fidèle, on en déduit logiquement que, quoi qu’il arrive, Dieu sauvera au moins un reste du peuple

  Sophonie reprend ce thème à son tour : quand tout le mal aura été extirpé de Jérusalem, Dieu ne laissera subsister que le Petit Reste, ceux qui sont restés fidèles : « Israël, je ne laisserai subsister au milieu de toi qu’un peuple humble et pauvre qui aura pour refuge le nom du SEIGNEUR. Ce Reste d’Israël ne commettra plus l’iniquité... On ne trouvera plus de tromperie dans sa bouche ».

  « Un peuple humble et pauvre, qui aura pour refuge le nom du SEIGNEUR ». Voilà une définition de ces « anavim », ces « humbles », ces courbés : ce sont ceux qui cherchent refuge dans le seul nom du SEIGNEUR (à l’inverse des rois dont je parlais tout à l’heure) ; dans le mot « humble » il y a la racine « humus », terre ; les humbles, ce sont ceux qui savent qu’ils ne sont que poussière, et ils attendent tout de Dieu.

  Ce Reste d’Israël, fait d’hommes fidèles, humbles et pauvres, portera désormais le poids de la mission du peuple élu : révéler au monde le grand projet de Dieu. C’est toujours une poignée de croyants qui est envoyée au monde comme le ferment dans la pâte.

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Note

* N’oublions pas que, dans la Bible, la vengeance de Dieu est toujours uniquement contre le Mal, contre ce qui abîme ses enfants. Parce que Dieu ne prend jamais son parti de l’humiliation de ses enfants.

Complément

Quand il voit les coutumes assyriennes se répandre dans la ville sainte, le prophète Sophonie s’inquiète ; par exemple, quelques versets avant ceux d’aujourd’hui, il dit « J’interviendrai contre les ministres, contre les princes et contre tous ceux qui s’habillent à la mode étrangère » (So 1, 8) ; à première vue, peut-être, on ne voit pas bien où est le mal ; mais c’est raisonner selon nos habitudes modernes, dans lesquelles il y a une très grande diversité et liberté dans le domaine de l’habillement ; mais à l’époque, les codes vestimentaires étaient très importants ; adopter la mode des étrangers, c’était déjà accepter de leur ressembler et donc risquer de perdre son identité ; c’était le signe que, bientôt, l’on suivrait aussi leur façon de vivre, de penser, d’adorer.

 

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PSAUME  145 (146), 7...10

 

7 Le SEIGNEUR fait justice aux opprimés,
       aux affamés il donne le pain,
       le SEIGNEUR délie les enchaînés.
 

8 Le SEIGNEUR ouvre les yeux des aveugles,
       le SEIGNEUR redresse les accablés,           
       le SEIGNEUR aime les justes.
 

9 Le SEIGNEUR protège l'étranger,
       il soutient la veuve et l'orphelin.
10   Le SEIGNEUR est ton Dieu pour toujours.

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Trois versets de psaume en forme d’inventaire : celui des bénéficiaires des largesses de Dieu : opprimés, affamés, enchaînés, aveugles, accablés, étrangers, veuves et orphelins. Bref tous ceux que les hommes ignorent ou méprisent.

         Et les enfants d’Israël savent de quoi ils parlent : toutes ces situations ils les ont connues. Quand le peuple d’Israël chante ce psaume, c’est sa propre histoire qu’il raconte et il rend grâce pour la protection indéfectible de Dieu ; il a connu toutes ces situations : l’oppression en Égypte, dont Dieu l’a délivré « à main forte et à bras étendu » comme ils disent ; et aussi l’oppression à Babylone et, là encore, Dieu est intervenu. Et ce psaume, d’ailleurs, a été écrit après le retour de l’Exil à Babylone, peut-être pour la dédicace du Temple restauré. Le Temple avait été détruit en 587 av. J.-C. par les troupes du roi de Babylone, Nabuchodonosor. Cinquante ans plus tard (en 538 av. J.-C.), quand Cyrus, roi de Perse, a vaincu Babylone à son tour, il a autorisé les juifs, qui étaient esclaves à Babylone, à rentrer en Israël et à reconstruire leur Temple. La Dédicace de ce Temple rebâti a été célébrée dans la joie et dans la ferveur. Le livre d’Esdras raconte : « Les fils d’Israël, les prêtres, les lévites et le reste des déportés firent dans la joie la Dédicace de cette Maison de Dieu » (Esd 6, 16).

         Ce psaume est donc tout imprégné de la joie du retour au pays. Une fois de plus, Dieu vient de prouver sa fidélité à son Alliance : Il a libéré son peuple, il a agi comme son plus proche parent, son vengeur, son racheteur, comme dit la Bible. Quand Israël relit son histoire, il peut témoigner que Dieu l’a accompagné tout au long de sa lutte pour la liberté « Le SEIGNEUR fait justice aux opprimés, le SEIGNEUR délie les enchaînés ». 

         Israël a connu la faim, aussi, dans le désert, pendant l’Exode, et Dieu a envoyé la manne et les cailles pour sa nourriture : « Aux affamés, il donne le pain ». Et, peu à peu, on a découvert ce Dieu qui, systématiquement, prend parti pour la libération des enchaînés et pour la guérison des aveugles, pour le relèvement des petits de toute sorte.

         Ils sont ces aveugles, encore, à qui Dieu ouvre les yeux, à qui Dieu se révèle progressivement, par ses prophètes, depuis des siècles ; ils sont ces accablés que Dieu redresse inlassablement, que Dieu fait tenir debout ; ils sont ce peuple en quête de justice que Dieu guide ; (« Dieu aime les justes »).

         C’est donc un chant de reconnaissance qu’ils chantent ici : « Le SEIGNEUR fait justice aux opprimés / Aux affamés, il donne le pain / Le SEIGNEUR délie les enchaînés./ Le SEIGNEUR ouvre les yeux des aveugles / Le SEIGNEUR redresse les accablés / Le SEIGNEUR aime les justes / Le SEIGNEUR protège l’étranger / il soutient la veuve et l’orphelin. Le SEIGNEUR est ton Dieu pour toujours. » 

         Vous avez remarqué l’insistance sur le nom « SEIGNEUR »  (sept fois dans ces trois versets) : ici, il traduit le fameux NOM de Dieu, le NOM révélé à Moïse au Buisson ardent : les quatre lettres « YHVH » qui disent la  présence permanente, agissante, libératrice de Dieu à chaque instant de la vie de son peuple. »

         Je reprends la dernière ligne d’aujourd’hui : « Le SEIGNEUR est ton Dieu pour toujours ». « Le SEIGNEUR  est ton Dieu », c’est la formule typique de l’Alliance : « Vous serez MON peuple et je serai VOTRE Dieu. » Toujours, quand on rencontre l’expression « mon Dieu », on sait qu’il y a là un rappel de l’Alliance, de toute l’histoire, l’aventure de l’Alliance entre Dieu et son peuple choisi : Alliance à laquelle Dieu n’a jamais failli.

         « Le SEIGNEUR est ton Dieu pour toujours » ; une fois de plus, je remarque que la prière d’Israël est toujours tendue vers l’avenir ; elle n’évoque le passé que pour fortifier son attente, son espérance. Et d’ailleurs quand Dieu avait dit son nom à Moïse, il l’avait dit de deux manières : ce fameux nom, imprononçable en quatre lettres, YHVH que nous retrouvons partout dans la Bible, et en particulier dans ce psaume, que nous traduisons « le SEIGNEUR » ; mais aussi, et d’ailleurs il avait commencé par là, il avait donné une formule plus développée, « Ehiè asher ehiè » qui se traduit en français à la fois par un présent « je suis qui je suis » et par un futur « Je serai qui je serai ».1 Manière de dire sa présence permanente et pour toujours auprès de son peuple.

         Ici, l’insistance sur le futur, « pour toujours » (verset 10) vise aussi à fortifier l’engagement du peuple : il est bien utile de se répéter ce psaume non seulement pour reconnaître la simple vérité de l’œuvre de Dieu en faveur de son Peuple, mais aussi pour se donner une ligne de conduite : car, en définitive, cet inventaire est aussi un programme de vie : si Dieu a agi ainsi envers Israël, celui-ci se sent tenu d’en faire autant pour les autres ; tous ces exclus ne connaîtront l’amour que Dieu leur porte qu’à travers le comportement de ceux qui en sont les premiers témoins.

         Et d’ailleurs, pour être sûr que le peuple se conforme peu à peu à la miséricorde de Dieu, la Loi d’Israël comportait beaucoup de règles de protection des veuves, des orphelins, des étrangers. La Loi n’avait qu’un objectif : faire d’Israël un peuple libre, respectueux de la liberté d’autrui. Parce que Dieu mène inlassablement son peuple, et à travers lui, l’humanité tout entière, sur un long chemin de libération.

         Quant aux prophètes, c’est principalement sur l’attitude par rapport aux pauvres et aux affligés de toute sorte qu’ils jugeaient de la fidélité d’Israël à l’Alliance. Si on fait l’inventaire des paroles des prophètes, on est obligé d’admettre que leurs rappels à l’ordre portent majoritairement sur deux points : une lutte acharnée contre l’idolâtrie, d’une part, et les appels à la justice et au souci des autres, d’autre part. Jusqu’à oser dire de la part de Dieu « C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices, la connaissance de Dieu et non les holocaustes. » (Os 6, 6) ; ou encore : « On t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR exige de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et marcher humblement avec ton Dieu. » (Mi 6, 8).

          Nous lisons dans le livre du Siracide que « les larmes de tous ceux qui souffrent coulent sur les joues de Dieu » (Si 35, 18)... Si nous sommes assez près de Dieu, logiquement, elles devraient couler aussi sur nos joues à nous !... C’est probablement cela, être à son image ?

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Note

1 - En hébreu, grammaticalement parlant, une formule telle que « Je suis QUI je suis » ou « Je serai QUI je serai » est un superlatif.

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LECTURE DE LA PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS  1, 26 - 31.

 

26        Frères,
            vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien :
            parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes,
            ni de gens puissants ou de haute naissance.
27        Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde,
            voilà ce que Dieu a choisi,
            pour couvrir de confusion les sages ;
            ce qu’il y a de faible dans le monde,
            voilà ce que Dieu a choisi,
            pour couvrir de confusion ce qui est fort ;
28        ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde,
            ce qui n’est pas,
            voilà ce que Dieu a choisi,
            pour réduire à rien ce qui est ;
 29       ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu.
 30       C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes dans le Christ Jésus,
            lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu,
            justice, sanctification, rédemption.
 31       Ainsi, comme il est écrit :
            « Celui qui veut être fier,

            qu’il mette sa fierté dans le Seigneur ».

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On croirait entendre la parabole du Pharisien et du publicain ; c’est vraiment le monde à l’envers : ceux qui, humainement, sont des « gens bien », comme on dit, des sages aux yeux du monde, ne recueillent aucune considération de la part de Paul. Cela ne veut pas dire que Paul méprise la sagesse ! Depuis le roi Salomon, c’est une vertu que l’on demande dans la prière. Et Isaïe en parle comme d’un don de l’Esprit de Dieu. Quand il annonce le Messie, il dit « Sur lui reposera l’Esprit du SEIGNEUR, esprit de sagesse et de discernement... ».

         Seulement, les hommes de la Bible ont un langage bien particulier sur la sagesse ; ils disent deux choses : Premièrement, ne nous trompons pas de sagesse ; il faut inverser notre regard : la sagesse de Dieu est exactement l’inverse de celle des hommes. Deuxièmement, Dieu seul peut la donner.

          D’abord, premier point, il y a sagesse et sagesse ; Paul emploie le même mot « sophia » pour les deux, mais il distingue bien : il y a la sagesse du monde et la sagesse de Dieu. Ce qui semble raisonnable aux yeux des hommes est bien loin du projet de Dieu et, inversement, ce qui est sage aux yeux de Dieu paraît déraisonnable aux hommes. Si on y réfléchit c’est normal car notre sagesse est une logique de raisonnement ; alors que la sagesse de Dieu est la logique de l’amour ; et on sait bien que l’amour échappe à tout raisonnement et que « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». La folie de l’amour de Dieu, comme dit saint Paul, est complètement inaccessible à l’étroitesse de nos raisonnements. C’est bien pour cela que la vie et la mort du Christ sont si étonnantes pour nous, si scandaleuses même.

         Une fois de plus, on retrouve Isaïe : « Vos pensées ne sont pas mes pensées et mes chemins ne sont pas vos chemins », dit Dieu (Is 55, 8) ; et l’abîme qui sépare nos pensées de celles de Dieu est tel que Jésus pourra aller jusqu’à traiter Pierre de Satan quand il se laisse aller à  des considérations trop humaines : « Arrière Satan ! Tes vues ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes ».

         La distance qui nous sépare de Dieu, c’est un thème très fort dans toute la Bible : Dieu est le Tout-Autre : avec lui, on dirait que tout notre système de valeurs est inversé : ce que nous appelons richesse, sagesse, force, n’est rien aux yeux de Dieu.

         La Bible va encore plus loin : non seulement Dieu ne se conforme pas à notre hiérarchie des valeurs, mais on a bien l’impression qu’il fait juste l’inverse ! Bien souvent, dans l’histoire de l’Alliance, Dieu a porté son choix sur les plus petits : pensez à David ; parmi les huit fils de Jessé, Dieu avait choisi le plus jeune, le plus petit, celui qui était sans importance, tellement sans importance qu’on n’avait même pas pensé à le présenter au prophète Samuel.

         Longtemps auparavant, déjà, Moïse précisait bien au peuple (Dt 7, 7) : « Si le SEIGNEUR s’est attaché à vous et s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le moindre de tous les peuples... » et un peu plus loin « Ce n’est pas parce que vous êtes justes ou que vous avez le cœur droit ... » Traduisez : Les choix de Dieu sont libres et sans aucun mérite de la part de l’homme, il ne faudrait jamais l’oublier.

         Deuxième point, la vraie Sagesse qui est celle de Dieu ne peut être que don de Dieu. Dieu est le Tout-Autre et nous ne l’atteignons pas, nous ne le comprenons pas par nous-mêmes. Tout ce que nous pouvons savoir de Lui, dire de Lui, c’est par révélation. Il nous fait connaître son mystère, comme dit Paul dans sa lettre aux Éphésiens.

         Et justement, dans le début de cette même lettre aux Corinthiens, Paul leur avait dit : « Je rends grâce à Dieu sans cesse à votre sujet, pour la grâce de Dieu qui vous a été donnée dans le Christ Jésus. Car vous avez été, en lui, comblés de toutes les richesses, toutes celles de la parole et toutes celles de la connaissance. C’est que le témoignage du Christ s’est affermi en vous, si bien qu’il ne vous manque aucun don ... ».

         Vous avez remarqué le mot « don »... Et du coup, évidemment, on voit bien que pour Paul, cette connaissance de Dieu qui nous a été donnée par grâce ne doit pas être une occasion de nous vanter : ce serait justement contraire à la sagesse ! Les dons de Dieu ne sont pas une cause d’orgueil personnel, mais d’action de grâce ! Si les vues de Dieu sont différentes des nôtres, lui seul peut nous les faire pénétrer.

         Jérémie le disait déjà : « Que le sage ne se vante pas de sa sagesse ! Que l’homme fort ne se vante pas de sa force ! Que le riche ne se vante pas de sa richesse ! Si quelqu’un veut se vanter, qu’il se vante de ceci : d’être assez malin pour me connaître, moi, le SEIGNEUR qui mets en œuvre la bonté fidèle, le droit et la justice sur la terre. » (Jr 9, 22-23).

         Le texte d’aujourd’hui apparaît bien comme l’application à la communauté de Corinthe de ces choix surprenants de Dieu. Paul invite les Corinthiens à se regarder avec réalisme : humainement parlant, rien ne les désignait pour recevoir un appel de Dieu... Ils ne sont ni  savants, ni puissants, ni nobles aux yeux du monde, mais un ramassis de tout-venants qui ne seraient rien si la puissance de Dieu n’en faisait pas son Église. Leur titre de noblesse, le seul important aux yeux de Dieu, c’est leur Baptême. Décidément, Dieu crée le monde nouveau de toutes pièces.

         Corinthe, c’est l’illustration vivante de l’initiative inouïe de Dieu qui recrée le monde selon ses propres chemins, bousculant les données habituelles des sociétés humaines. Il n’est plus question de « se glorifier devant Dieu » (comme le faisait le Pharisien de la parabole), mais de rendre Gloire à Dieu pour tant d’amour pour les hommes.

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ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU  5, 1-12a

 

                        En ce temps-là,
1       voyant les foules,
          Jésus gravit la montagne.
          Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
2        Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.
          Il disait :
3        « Heureux les pauvres de cœur,
          car le royaume des Cieux est à eux.
4        Heureux ceux qui pleurent,
          car ils seront consolés.
5        Heureux les doux,
          car ils recevront la terre en héritage.
6        Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
          car ils seront rassasiés.
7        Heureux les miséricordieux,
          car ils obtiendront miséricorde.
8        Heureux les cœurs purs,
          car ils verront Dieu.
9        Heureux les artisans de paix,
          car ils seront appelés fils de Dieu.
10      Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice,
          car le royaume des Cieux est à eux.
11      Heureux êtes-vous si l’on vous insulte,
          si l’on vous persécute
          et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous,
          à cause de moi.
12      Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse,
          car votre récompense est grande dans les cieux ! »

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Quelques remarques préalables, avant de lire ce texte :

Souvenons-nous premièrement, que Jésus a passé une grande partie de son temps à consoler, guérir, encourager les hommes et les femmes qu’il rencontrait. Dans l’évangile de dimanche dernier, par exemple, Matthieu écrivait : « Jésus proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple. » Si Jésus a consacré du temps à guérir ses contemporains, cela veut dire que toute souffrance et en particulier la maladie et l’infirmité sont à combattre. Il ne faut donc certainement pas lire « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés » comme si c’était une chance de pleurer ! Ceux qui, aujourd’hui pleurent de douleur ou de chagrin ne peuvent pas considérer cela comme un bonheur ! Les larmes dont il s’agit, ce sont peut-être celles du repentir. Notre Pape Benoît XVI donne en exemple celles de saint Pierre, après son reniement.

On peut penser également à d’autres larmes : Jésus fait peut-être allusion, ici, à une vision d’Ézéchiel : au dernier jour, Dieu enverra son messager « faire une marque sur le front des hommes qui gémissent et se plaignent à cause de toutes les abominations qui se commettent. » (Ez 9, 4).

Deuxième remarque : ce discours de Jésus s’adresse à des Juifs : tout ce qu’il leur dit ici, ils le savent déjà, c’est la prédication habituelle des prophètes ; ils le comprennent donc sans difficulté. Pour nous, par conséquent, si nous voulons comprendre, il faut aller relire l’Ancien Testament.

          La prédication majeure des prophètes, c’était ce que nous dit le prophète Sophonie dans la première lecture de ce dimanche : « Cherchez le SEIGNEUR, vous tous, les humbles du pays. » Et le psaume de dimanche dernier chantait : « J’ai demandé une chose au SEIGNEUR, la seule que je cherche, c’est d’habiter la maison du SEIGNEUR tous les jours de ma vie. » Ce sont ceux-là les « pauvres de cœur » dont parle la première Béatitude ; ceux qui peuvent chanter de tout leur cœur le psaume de ce dimanche : « Heureux qui a pour aide le Dieu de Jacob, et pour espoir le SEIGNEUR son Dieu » (Ps 145/146, 5) ; ceux qui chantent comme nous à la messe « Kyrie eleison », SEIGNEUR prends pitié ; tout comme le publicain de la parabole : vous vous rappelez cette histoire du pharisien et du publicain qui s’étaient rendus au même moment au Temple pour prier. Le Pharisien, pourtant extrêmement vertueux, ne pouvait plus accueillir le salut de Dieu parce que son cœur était plein de lui-même et sa prière consistait finalement à se contempler lui-même ; le publicain, au contraire, se savait pécheur, mais il se tournait vers Dieu et attendait de lui son salut, il était comblé.

Tous ceux qui ressemblent au publicain de la parabole sont assurés que leur recherche sera exaucée parce que Dieu ne se dérobe pas à celui qui cherche : « Qui cherche trouve, à qui frappe, on ouvrira », dira Jésus un peu plus loin dans ce même discours sur la montagne. Ceux qui cherchent Dieu de tout leur cœur, ce sont ceux-là que les prophètes appellent également les « purs » au sens d’un cœur sans mélange, qui ne cherche que Dieu.

Alors, effectivement, ces Béatitudes sont des bonnes nouvelles ; Matthieu disait « Il proclamait la bonne nouvelle du Royaume ». La bonne nouvelle c’est que le regard de Dieu n’est pas celui des hommes (cela encore c’est une prédication habituelle des prophètes). Les hommes recherchent le bonheur dans l’avoir, le pouvoir, le savoir. Ceux qui cherchent Dieu savent que ce n’est pas de ce côté-là qu’il faut chercher. Il se révèle aux doux, aux miséricordieux, aux pacifiques. « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups » disait Jésus à ses disciples.

Je pense donc qu’une des manières de lire ces Béatitudes, serait de les envisager comme les multiples chemins du Royaume : c’est pour cela que chaque phrase commence par le mot « Heureux » : ce mot, très fréquent dans l’Ancien Testament, sonne toujours comme un compliment, le plus beau  compliment dont nous puissions rêver, en fin de compte. André Chouraqui le traduisait « En marche » : sous-entendu, « tu es bien parti. Le Royaume peut s’approcher de toi. » On retrouve ici le thème des « deux voies » si familier à l’Ancien Testament.

Chacun de nous accueille le Royaume et contribue à sa construction avec ses petits moyens ; Jésus regarde la foule, il pose sur tous ces gens le regard de Dieu. Regardez, dit-il à ses disciples : il y a ici des pauvres... des doux... des affligés... des affamés et assoiffés de justice... des compatissants... des cœurs purs... des artisans de paix... des persécutés. Toutes situations qui ne correspondent guère à l’idée que le monde se fait du bonheur. Mais ceux qui les vivent, dit Jésus, sont les mieux placés pour accueillir et construire le Royaume. L’horizon de l’existence humaine c’est la venue du Royaume de Dieu : tous nos chemins d’humilité y mènent. Paul nous propose exactement la même méditation dans la deuxième lecture de ce dimanche : « Celui qui veut s’enorgueillir, qu’il mette son orgueil dans le Seigneur. » (1 Co 1, 31).

De cette manière, Jésus nous apprend à poser sur les autres et sur nous-mêmes un autre regard. Il nous fait regarder toutes choses avec les yeux de Dieu lui-même et il nous apprend à nous émerveiller : il nous dit la présence du Royaume là ou nous ne l’attendions pas : la pauvreté du cœur, la douceur, les larmes, la faim et la soif de justice, la persécution... Cette découverte humainement si paradoxale doit nous conduire à une immense action de grâces : notre faiblesse devient la matière première du Règne de Dieu.

C’est cela l’imitation de Jésus-Christ » : il est le pauvre par excellence, le doux et humble de cœur ; au fond, si on y regarde bien, cet évangile dessine un portrait, celui de Jésus lui-même : nous l’avons vu doux et miséricordieux, compatissant à la misère et pardonnant à ses bourreaux ; pleurant sur la souffrance des uns, sur la dureté de cœur des autres ; affamé et assoiffé de justice et acceptant la persécution ; et surtout, en toutes circonstances, pauvre de cœur, c’est-à-dire attendant tout de son Père et lui rendant grâce de « révéler ces choses aux humbles et aux petits ».

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Complément

« Heureux les pauvres de cœur » : rappelons-nous, Moïse a rencontré Dieu dans le buisson ardent dans la phase la moins brillante de sa carrière, si j’ose dire : il était en fuite dans le désert du Sinaï pour sauver sa vie. Élie, le grand prophète Élie, n’a rencontré le Dieu de la brise légère, lui aussi, qu’au moment où il était menacé de mort, également dans le désert du Sinaï. Or Matthieu nous suggère peut-être ces rapprochements en parlant de la montagne des Béatitudes : ce qui est évidemment un bien grand mot pour qui connaît les modestes collines de Galilée.

N.-B. Dans l’évangile de Matthieu les Béatitudes dessinent seulement la bonne voie ; chez Luc (6, 24-26), on peut lire également l’autre voie, celle des malheureux qui se sont trompés de route.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, année liturgique A, 4e dimanche du temps ordinaire (29 janvier 2017)

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 00:26

Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde, en

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Attention le texte écrit peut différer des versions audio (Radio-Notre-Dame) et vidéo (KTO TV) qui ont été modifiées par Marie-Noëlle Thabut, parfois pour les améliorer, parfois pour s'adapter aux formats imposés par ces chaînes de radio ou de télévision. Dans cette hypothèse, nous mettons en italiques les passages supprimés pour ces médias.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante,c'est que nous ne les avons pas compris."

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame (disponible seulement à compter du 21 janvier 2017).

En bas de page, vous avez désormais les versions vidéo des commentaires, trouvées sur KTO TV.

LECTURE DU LIVRE DU PROPHÈTE ISAÏE  8, 23b - 9, 3

 

8,23b     Dans un premier temps, le Seigneur a couvert de honte
              le pays de Zabulon et le pays de Nephtali ;
              mais ensuite, il a couvert de gloire
              la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain,
              et la Galilée des nations.
9,1         Le peuple qui marchait dans les ténèbres
              a vu se lever une grande lumière ;
              et sur les habitants du pays de l’ombre,
              une lumière a resplendi.
9,2         Tu as prodigué la joie,
              tu as fait grandir l’allégresse :
              ils se réjouissent devant toi,
              comme on se réjouit de la moisson,
              comme on exulte au partage du butin.
9,3         Car le joug qui pesait sur lui,
              la barre qui meurtrissait son épaule,
              le bâton du tyran,
              tu les as brisés comme au jour de Madiane.

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                        À l’époque dont il est question, le royaume d’Israël est divisé en deux : vous vous souvenez que David puis Salomon ont été rois de tout le peuple d’Israël ; mais, dès la mort de Salomon, en 933 av. J.-C., l’unité a été rompue, (on parle du schisme d’Israël);  et il y a eu deux royaumes bien distincts et même parfois en guerre l’un contre l’autre : au Nord, il s’appelle Israël, c’est lui qui porte le nom du peuple élu ; sa capitale est Samarie ; au Sud, il s’appelle Juda, et sa capitale est Jérusalem. C’est lui qui est véritablement le royaume légitime : car c’est la descendance de David sur le trône de Jérusalem qui est porteuse des promesses de Dieu.

                        Isaïe prêche dans le royaume du Sud, mais, curieusement, tous les lieux qui sont cités ici appartiennent au royaume du Nord : “Le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et le pays de Nephtali... il a couvert de gloire la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain et la Galilée... comme au jour de la victoire sur Madiane” : Zabulon, Nephtali, la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain, la Galilée, Madiane, ce sont six noms de lieux qui sont au Nord ; Zabulon et Nephtali : ce sont deux des douze tribus d’Israël ; et leur territoire correspond à la Galilée, à l’Ouest du lac de Tibériade ; on est bien au Nord de la Palestine. La route de la mer, comme son nom l’indique, c’est la plaine côtière à l’Ouest de la Galilée ; enfin, ce qu’Isaïe appelle le pays au-delà du Jourdain, c’est la Transjordanie.

                        Ces précisions géographiques permettent d’émettre des hypothèses sur les événements historiques auxquels Isaïe fait allusion ; car ces trois régions, la Galilée, la Transjordanie et la plaine côtière, ont eu un sort particulier pendant une toute petite tranche d’histoire, entre 732 et 721 av. J.-C. Vous savez qu’à cette époque-là la puissance montante dans la région est l’empire assyrien dont la capitale est Ninive. Or ces trois régions-là ont été les premières annexées par le roi d’Assyrie, Tiglath-Pilézer III, en 732. Puis, en 721, c’est la totalité du royaume de Samarie qui a été annexée (y compris la ville de Samarie). 

                        C’est donc très certainement à cette tranche d’histoire qu’Isaïe fait référence. C’est à ces trois régions précisément qu’Isaïe promet un renversement radical de situation : “Dans un premier temps, le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et le pays de Nephtali ; mais ensuite, il a couvert de gloire la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain, et la Galilée, carrefour des païens”.

                        Je n’oublie pas ce que je disais tout à l’heure à savoir qu’Isaïe prêche à Jérusalem ; et on peut évidemment se demander en quoi ce genre de promesses au sujet du royaume du Nord peut intéresser le royaume du Sud.

                        On peut répondre que le royaume du Sud n’est pas indifférent à ce qui se passe au Nord, au moins pour deux raisons : d’abord, étant donné leur proximité géographique, les menaces qui pèsent sur l’un, pèseront tôt ou tard sur l’autre : quand l’empire assyrien prend possession du Nord, le Sud a tout à craindre. Et, d’ailleurs, ce royaume du Sud (Jérusalem) est déjà vassal de l’empire assyrien ; il n’est pas encore écrasé, mais il a perdu son autonomie. D’autre part, deuxième raison, le royaume du Sud interprète le schisme comme une déchirure dans une robe qui aurait dû rester sans couture : il espère toujours une réunification, sous sa houlette, bien sûr.

                        Or, justement, ces promesses de relèvement du royaume du Nord résonnent à ce niveau : “Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur les habitants du pays de l’ombre une lumière a resplendi”, voilà deux phrases qui faisaient partie du rituel du sacre de chaque nouveau roi. Traditionnellement, l’avènement d’un nouveau roi est comparé à un lever de soleil, car on compte bien qu’il rétablira la grandeur de la dynastie. C’est donc d’une naissance royale qu’il est question. Et ce roi assurera à la fois la sécurité du royaume du Sud et la réunification des deux royaumes.

                      Et effectivement, un peu plus bas, Isaïe l’exprime en toutes lettres : “Un enfant nous est né, un fils nous a été donné... Ces phrases, elles aussi, sont des formules habituelles des couronnements. Ici, il s’agit du petit dauphin Ézéchias qui a sept ans. Il est ce fameux Emmanuel promis huit ans plus tôt par le prophète Isaïe au roi Achaz. Vous vous souvenez de cette promesse : « Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel » (Is 7, 14). Ce petit Ézéchias, dès l'âge de sept ans, a été associé au règne de son père.

                      Avec lui, l’espoir peut renaître : « Il sera le prince de la paix » affirme Isaïe. Car, il en est certain, Dieu soutient son peuple dans sa volonté de liberté, il ne le laissera pas indéfiniment sous la tutelle des grandes puissances

                        Pourquoi cette assurance qui défie toutes les évidences de la réalité ? Simplement parce que Dieu ne peut pas se renier lui-même, comme dira plus tard saint Paul : Dieu veut libérer son peuple contre toutes les servitudes de toute sorte. Cela, c’est la certitude de la foi.

                        Cette certitude s’appuie sur la mémoire : Moïse y avait insisté souvent : “garde-toi d’oublier ce que le SEI­GNEUR a fait pour toi” : parce que si nous perdons cette mémoire-là, nous sommes perdus ; rappelez-vous encore le même Isaïe disant au roi Achaz : “Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas” ; à chaque époque d’épreuve, de ténèbres, la certitude du prophète que Dieu ne manquera pas à ses promesses lui dicte une prophétie de victoire.

                        Une victoire qui sera “Comme au jour de la victoire sur Madiane” : une fameuse victoire de Gédéon sur les Madianites était restée célèbre : en pleine nuit, une poignée d’hommes, armés seulement de lumières, de trompettes et surtout de leur foi en Dieu avait mis en déroute le camp des Madianites.

                        Le message d’Isaïe, c’est : “Ne crains pas. Dieu n’abandonnera jamais la dynastie de David”. On pourrait traduire pour aujourd’hui : ne crains pas, petit troupeau : c’est la nuit qu’il faut croire à la lumière. Quelles que soient les ténèbres qui recouvrent le monde et la vie des hommes, et aussi la vie de nos communautés, réveillons notre espérance : Dieu n’abandonne pas son projet d’amour sur l’humanité. ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

PSAUME  26 (27)

       

1          Le SEIGNEUR est ma lumière et mon salut,          
            de qui aurais-je crainte ?       
            Le SEIGNEUR est le rempart de ma vie,    
            devant qui tremblerais-je ?
 

4          J'ai demandé une chose au SEIGNEUR,     
            la seule que je cherche :         
            habiter la maison du SEIGNEUR    
            tous les jours de ma vie.
 

13        Mais j'en suis sûr, je verrai les bontés du SEIGNEUR        
            sur la terre des vivants.
14        Espère le SEIGNEUR, sois fort et prends courage ;           
            espère le SEIGNEUR.

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         « Le Seigneur est MA lumière et MON salut »... ces expressions à la première personne du singulier ne nous trompent pas : il s’agit d’un singulier collectif : c’est le peuple d’Israël tout entier qui exprime ici sa confiance invincible en Dieu, en toutes circonstances. Périodes de lumière, périodes de ténèbres, circonstances gaies, circonstances tristes, ce peuple a tout connu ! Et au milieu de toutes ses aventures, il a gardé confiance, il a approfondi sa foi. Ce psaume en est un superbe témoignage.

         Ici il exprime en images les diverses péripéties de son histoire : vous connaissez ce procédé qui est très fréquent dans les psaumes et qu’on appelle le revêtement ; le texte fait allusion à des situations individuelles très précises : un malade, un innocent injustement condamné, un enfant abandonné, ou un roi, ou un lévite... (et d’ailleurs, si nous lisions en entier ce psaume 26/27, nous verrions qu’elles y sont toutes) ; mais en fait, toutes ces situations apparemment individuelles ont été à telle ou telle époque la situation du peuple d’Israël tout entier ; il faut lire : « Israël est comme un malade guéri par Dieu, comme un innocent injustement condamné, comme un enfant abandonné, comme un roi assiégé » et c’est de Dieu seul qu’il attend sa réhabilitation, ou sa délivrance... En parcourant l’Ancien Testament, on retrouve sans peine toute les situations historiques précises auxquelles on fait allusion.

         Dans les versets retenus par le missel pour aujourd’hui, il y a deux images : la première, c’est celle d’un roi ; parfois on a pu comparer Israël à un roi assiégé par des ennemis ; son Dieu l’a toujours soutenu ; « Le SEIGNEUR est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ? Le SEIGNEUR est le rempart de ma vie, devant qui tremblerais-je ? » (voici les versets 2-3 : « Si des méchants s’avancent contre moi pour me déchirer, ce sont eux, mes adversaires, qui perdent pied et succombent. Qu’une armée se déploie devant moi, mon cœur est sans crainte ; que la bataille s’engage contre moi, je garde confiance »). Que ce soit l’attaque par surprise des Amalécites dans le désert du Sinaï, au temps de Moïse, ou bien la menace des rois de Samarie et de Damas contre le pauvre roi Achaz terrorisé vers 735, ou encore le siège de Jérusalem en 701 par le roi assyrien, Sennachérib, et j’en oublie, les occasions n’ont pas manqué.

         Face à ces dangers, il y a deux attitudes possibles : la première, c’est celle du roi David, un homme comme les autres, pécheur comme les autres (son histoire avec Bethsabée était célèbre), mais un croyant assuré en toutes circonstances de la présence de Dieu à ses côtés. Il est resté un modèle pour son peuple. En revanche, nous avons rencontré pendant l’Avent dans un texte du prophète Isaïe le roi Achaz, qui n’avait pas la même foi sereine : je vous avais cité à ce propos une phrase très expressive du livre d’Isaïe pour dire que le roi cédait à la panique au moment du siège de Jérusalem : « Le cœur du roi et le cœur de son peuple se mirent à trembler comme les arbres de la forêt sont agités par le vent. » (Is 7, 2). Et la mise en garde d’Isaïe avait été très ferme ; il avait dit au roi : « Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas » (on pourrait dire en français d’aujourd’hui « vous ne tiendrez pas le coup »). Soit dit en passant, Isaïe faisait un jeu de mots sur le mot « Amen » car c’est le même mot, en hébreu, qui signifie « croire, tenir dans la foi » et « tenir fermement » : cela peut nous aider à comprendre le sens du mot « foi » dans la Bible.

         Je reviens aux deux attitudes contrastées de David et d’Achaz : le peuple d’Israël a, bien sûr, connu tour à tour ces deux types d’attitude, mais dans sa prière, il se ressource dans la foi de David.

         Ou encore, et c’est la deuxième image, Israël peut être comparé à un lévite, un serviteur du  Temple, dont toute la vie se déroule dans l’enceinte du temple de Jérusalem : « J’ai demandé une chose au SEIGNEUR, la seule que je cherche, c’est d’habiter la maison du SEIGNEUR tous les jours de ma vie. » Quand on sait que les lévites étaient attachés au service du Temple de Jérusalem et montaient la garde jour et nuit dans le Temple, l’allusion est très claire ; derrière ce lévite, on voit bien se profiler le portrait du peuple tout entier. Comme la tribu des lévites est, parmi les douze tribus d’Israël, celle qui est consacrée au service de la maison du Seigneur, le peuple d’Israël tout entier, est, parmi l’ensemble des peuples de la terre, celui qui est consacré à Dieu, qui appartient à Dieu.

         Enfin, la dernière strophe « J’en suis sûr, je verrai les bontés du SEIGNEUR sur la terre des vivants. » fait irrésistiblement penser à Job : « Je sais bien, moi, que mon libérateur est vivant, que le dernier, il surgira sur la poussière. Et après qu’on aura détruit cette peau qui est mienne (sous-entendu même si on en arrivait à m’arracher la peau), c’est bien dans ma chair que je contemplerai Dieu ». Ni l’auteur du psaume 26/27 ni celui du livre de Job n’envisageaient encore la possibilité de la résurrection individuelle ; l’expression « terre des vivants » vise bien cette terre-ci. Ils n’en ont que plus de mérite, peut-être : en Israël l’espérance est tellement forte qu’on est sûrs que Dieu interviendra pour nous. Bien sûr, ces textes prennent encore plus de force à partir du moment où la foi en la Résurrection est née. « J’en suis sûr, je verrai les bontés du SEIGNEUR sur la terre des vivants. »

         Quant à la dernière phrase (« Espère le SEIGNEUR, sois fort et prends courage ; espère le SEIGNEUR. »), elle est peut-être une allusion à la parole que Dieu avait adressée à Josué, au moment d’entreprendre la marche vers la terre promise, la terre des vivants : « Sois fort et courageux. Ne tremble pas, ne te laisse pas abattre, car le SEIGNEUR ton Dieu sera avec toi partout où tu iras. » (Jos 1, 9).

         Cette dernière strophe reflète, une fois encore, la confiance indéracinable du peuple d’Israël : « J’en suis sûr, je verrai les bontés du SEIGNEUR sur la terre des vivants. »  Cette confiance, on le sait, est fondée sur la mémoire de l’œuvre de Dieu et c’est elle qui autorise l’espérance : « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le SEIGNEUR. » L’espérance, c’est la foi conjuguée au futur. André Chouraqui l’appelait la « mémoire du futur ».

         On ne s’étonne donc pas que ce psaume soit proposé pour les célébrations de funérailles : les jours de deuil sont ceux où nous avons bien besoin de nous ré-enraciner, de nous ressourcer dans la foi et l’espérance de nos pères.

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LECTURE DE LA PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS  1, 10 - 13. 17

 

10             Frères,
                 je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ :
                 ayez tous un même langage ;
                 qu’il n’y ait pas de division entre vous,
                 soyez en parfaite harmonie de pensées et d’opinions.
 11            Il m’a été rapporté à votre sujet, mes frères,
                 par les gens de chez Chloé,
                 qu’il y a entre vous des rivalités.
 12            Je m’explique.
                 Chacun de vous prend parti en disant :
                 « Moi, j’appartiens à Paul »,
                 ou bien :
                 « Moi, j’appartiens à Apollos »,
                 ou bien :
                 « Moi, j’appartiens à Pierre »,
                 ou bien :
                 « Moi, j’appartiens au Christ ».
13             Le Christ est-il donc divisé ?
                 Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ?
                 Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ?
17             Le Christ, en effet, ne m’a pas envoyé pour baptiser,
                 mais pour annoncer l’Évangile,
                 et cela sans avoir recours au langage de la sagesse humaine,
                 ce qui rendrait vaine la croix du Christ.

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De par sa situation, le port de Corinthe était un lieu de trafic intense avec tous les autres ports de la Méditerranée. Par le fait même, tous les courants de pensée du monde méditerranéen trouvaient des échos à Corinthe. Il n'est pas étonnant que des voyageurs originaires de différents pays aient témoigné de leur foi chrétienne chacun à leur manière. L'enthousiasme des néophytes les portait à comparer la qualité du message apporté par les différents prédicateurs. Et, apparemment, si on en juge par la suite de la lettre, les Corinthiens étaient très sensibles, trop sensibles, aux belles paroles...

Du coup des clans se sont formés et les discussions, voire même les querelles vont bon train. Vous savez bien que c’est sur les sujets religieux que nous sommes les moins tolérants ! Paul cite quatre clans : d’abord des Chrétiens qui se réclament de lui ; puis il y a les disciples d’Apollos ; un troisième clan se réclame de saint Pierre ; on ne sait pas si lui-même y est jamais allé, mais peut-être des membres de l’entourage de Pierre y sont-ils passés... Enfin un quatrième clan se dit le « parti du Christ », sans qu’on sache bien ce que cela recouvre.

Je reviens à Apollos, dont nous n'aurons plus jamais l'occasion de parler et qui, pourtant, a certainement joué un rôle important dans les débuts de l’Église. Nous le connaissons par les Actes des Apôtres (au chapitre 18) ; c’était un Juif, originaire d’Alexandrie (en Égypte), certainement un intellectuel : on disait de lui qu’il était savant, versé dans les Écritures. Où a-t-il adhéré à la foi chrétienne ? D’après certains manuscrits, ce serait déjà en Égypte, son pays d’origine ; ce qui supposerait que le Christianisme aurait très tôt essaimé en Égypte. Les manuscrits les plus nombreux ne précisent pas ; en tout cas, il est clair qu’il est devenu Chrétien fervent, même si sa catéchèse est encore bien incomplète. Voici la phrase des Actes : « Il avait été informé de la Voie du Seigneur et, l’esprit plein de ferveur, il prêchait et enseignait exactement ce qui concernait Jésus, tout en ne connaissant que le baptême de Jean. » Le voilà qui arrive à Éphèse et qui se présente à la synagogue (à cette époque, les Chrétiens n’avaient pas encore été chassés des synagogues) ; là, il fait ce que Paul a toujours fait, c’est-à-dire qu’il annonce que Jésus est le Messie qu’on attendait ; deux auditeurs de la synagogue d’Éphèse reconnaissent ses talents d’orateur mais jugent utile de compléter son bagage théologique. « Lorsqu’ils l’eurent entendu, Priscille et Aquilas le prirent avec eux et lui présentèrent plus exactement encore la Voie de Dieu. »

Là-dessus, Apollos a décidé de se rendre à Corinthe : recommandé par les frères d’Éphèse, il y fut bien accueilli et il eut très vite un grand succès : « Car la force de ses arguments avait raison des Juifs en public, quand il prouvait par les Écritures que le Messie, c’était Jésus ».

Visiblement donc, si j’en crois saint Luc dans ce passage des Actes des Apôtres, Apollos est un Chrétien fervent et il parle bien : il enthousiasme les foules ; il est précieux aussi dans les débats qui opposent Juifs et Chrétiens. Il est certainement plus éloquent que Paul qui reconnaît lui-même ne pas avoir la même habileté : « Jésus m’a envoyé annoncer l’Évangile sans avoir recours à la sagesse du langage humain » ; ce qu’il appelle « la sagesse du langage humain », c’est l’art oratoire, la force de l’argumentation : pour Paul l’évangélisation ne se fait pas à coup de discours et d’arguments.

« Le Christ m’a envoyé pour annoncer l’Évangile, sans avoir recours à la sagesse du langage humain, ce qui viderait de son sens la croix du Christ. » C’est-à-dire pour prêcher l’évangile de l’amour, pas besoin d’éloquence et de beaux arguments qui cherchent à convaincre ; dans le mot « convaincre », si on y réfléchit bien, il y a le mot « vaincre » ; or, il est évident que la forme du discours doit être cohérente avec le contenu du message : on ne peut pas annoncer un Dieu de tendresse en employant la violence même seulement verbale ! Nous l’avons peut-être parfois oublié...

La suite de la lettre nous prouve qu’Apollos ne fait rien pour s’attirer des admirateurs ; il n’est resté que peu de temps à Corinthe puis il a rejoint Paul à Éphèse ; Paul lui-même le pousse à retourner à Corinthe mais Apollos refuse, probablement pour ne pas aggraver les tensions dans la communauté chrétienne.            

En tout cas Paul, qui a quitté Corinthe, continue à en recevoir des nouvelles par les commerçants qui vont régulièrement de Corinthe à Éphèse. En particulier, des employés d’une certaine Chloé ont fait état de véritables querelles qui divisent la communauté ; alors Paul se décide à prendre la plume. Il ne leur fait pas la morale : à ses yeux, c’est beaucoup plus grave que cela.

Pour lui, c’est le sens même de notre Baptême qui est en jeu : et c’est la simplicité de l’argumentation de Paul qui peut nous étonner ; pour lui, c’est très simple : être baptisé, c’est être uni au Christ : il n’est donc plus possible d’être divisés entre nous !  Les Chrétiens, comme leur nom l’indique, ont tous été baptisés « au nom » du Christ : c’est-à-dire que le nom du Christ a été prononcé sur eux ; désormais ils lui appartiennent. Personne ne peut dire « j’ai été baptisé au nom d’untel ou untel, Paul ou Apollos ou Pierre » ; tous ont été baptisés « au nom » du Christ. Le Concile Vatican II le dit bien « Quand le prêtre baptise, c’est le Christ qui baptise ». Être baptisé au nom du Christ, c’est être greffé sur lui... Dans une greffe c’est la réussite de la greffe qui compte, peu importe le jardinier.          ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU   4, 12 - 23


 

12      Quand Jésus apprit l'arrestation de Jean Baptiste,        
il se retira en Galilée.
13      Il quitta Nazareth                      
et vint habiter à Capharnaüm,               
ville située au bord du lac,                    
dans les territoires de Zabulon et de Nephtali.
14      Ainsi s'accomplit
ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe :
15      Pays de Zabulon et pays de Nephtali,              
route de la mer et pays au-delà du Jourdain,    
Galilée, toi le carrefour des païens :
16      le peuple qui habitait dans les ténèbres             
a vu se lever une grande lumière.          
Sur ceux qui habitaient  
dans le pays de l'ombre et de la mort,   
une lumière s'est levée.
17      À partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer :      
          « Convertissez-vous,                 
car le Royaume des cieux est tout proche. »
18      Comme il marchait au bord du lac de Galilée,  
il vit deux frères,
Simon appelé Pierre,
et son frère André,         
qui jetaient leurs filets dans le lac :                   
c'étaient des pêcheurs.
19      Jésus leur dit :                
« Venez derrière moi,                
et je vous ferai pêcheurs d'hommes. »
20      Aussitôt, laissant leurs filets,                 
ils le suivirent.
21      Plus loin, il vit deux autres frères,                     
Jacques, fils de Zébédée            
et son frère Jean,
qui étaient dans leur barque avec leur père,      
en train de préparer leurs filets.
Il les appela.
22      Aussitôt, laissant leur barque et leur père,                    
ils le suivirent.
23      Jésus, parcourant toute la Galilée,                     
enseignait dans leurs synagogues,                     
proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume,    
guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.

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         Nous sommes au chapitre 4 de l’évangile de Matthieu ; vous vous souvenez des trois premiers chapitres : d’abord une longue généalogie qui resitue Jésus dans l’histoire de son peuple, et en particulier dans la descendance de David ; ensuite l’annonce faite à Joseph par l’ange du Seigneur « Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit Dieu avec nous » : c’était une citation d’Isaïe ; et il précisait « Tout cela arriva pour que s’accomplisse ce que le Seigneur avait dit par le prophète » manière de nous dire « enfin les promesses sont accomplies, enfin le Messie tant attendu est là ».

         Et tous les épisodes suivants redisent ce message d’accomplissement, chacun à leur manière : la visite des mages, la fuite en Égypte, le massacre des enfants de Bethléem, le retour d’Égypte et l’installation de Joseph, Marie et l’enfant Jésus en Galilée, à Nazareth... la prédication de Jean-Baptiste, le baptême de Jésus et enfin le récit des Tentations de Jésus ; tous ces récits fourmillent de citations explicites des Écritures et d’une multitude d’allusions bibliques.

         Et nous voilà tout préparés à entendre le texte d’aujourd’hui ; lui aussi est truffé d’allusions et dès le début, d’ailleurs, Matthieu cite le prophète Isaïe pour bien montrer les enjeux de l’installation de Jésus à Capharnaüm.

         La ville de Capharnaüm est en Galilée, au bord du lac de Tibériade, tout le monde le sait ; pourquoi saint Matthieu éprouve-t-il le besoin de préciser qu’elle est située dans les territoires de Zabulon et de Nephtali ? Ces deux noms des anciennes tribus d’Israël ne faisaient pas partie du langage courant, c’étaient des noms du passé ! Et d’ailleurs, pourquoi lier les deux noms « Zabulon et Nephtali » ? Quand on lit au livre de Josué la description du territoire de ces tribus, on voit bien qu’au moment du partage de la Pales