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Voici un certain nombre de passages de l'Ancien Testament qui, de mon point de vue, nous parlent de liberté.
 

  • Gn 18, 20-32
    Les trois visiteurs d'Abraham allaient partir pour Sodome. Le Seigneur lui dit : « Comme elle est grande, la clameur qui monte de Sodome et de Gomorrhe ! Et leur faute, comme elle est lourde !
    Je veux descendre pour voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu'à moi. Si c'est faux, je le reconnaîtrai. »
    Les deux hommes se dirigèrent vers Sodome, tandis qu'Abraham demeurait devant le Seigneur.
    Il s'avança et dit : « Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le pécheur ?
    Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? Est-ce que tu ne pardonneras pas à cause des cinquante justes qui sont dans la ville ?
    Quelle horreur, si tu faisais une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le pécheur, traiter le juste de la même manière que le pécheur, quelle horreur ! Celui qui juge toute la terre va-t-il rendre une sentence contraire à la justice ?»
    Le Seigneur répondit: « Si je trouve cinquante justes dans Sodome, à cause d'eux je pardonnerai à toute la ville. »
    Abraham reprit : « Oserai-je parler encore à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre ?
    Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq : pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ? » Il répondit : « Non, je ne la détruirai pas, si j'en trouve quarante-cinq. »
    Abraham insista : « Peut-être en trouvera-t-on seulement quarante ? » Le Seigneur répondit : « Pour quarante, je ne le ferai pas. »
    Abraham dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, si j'ose parler encore : peut-être y en aura-t-il seulement trente ? » Il répondit : « Si j'en trouve trente, je ne le ferai pas. »
    Abraham dit alors : « Oserai-je parler encore à mon Seigneur ? Peut-être en trouvera-t-on seulement vingt ? » Il répondit : « Pour vingt, je ne détruirai pas. »
    Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère : je ne parlerai plus qu'une fois. Peut-être en trouvera-t-on seulement dix ? » Et le Seigneur répondit : « Pour dix, je ne détruirai pas la ville de Sodome. »
    Ce passage manifeste la prise de conscience d'Abraham qu'il n'est pas juste, pas conforme au plan de Dieu, que certains subissent les conséquences (ici, en mourant) d'actes commis par d'autres (ici, des injustices, des péchés). Cette prise de conscience, c'est celle de la responsabilité de nos actes et, donc, du nécessaire respect de la liberté de chacun : accepter d'obliger autrui à supporter les conséquences de mes actes, c'est nier sa liberté.
     
  • Ex 2, 23-24
    Les fils d'Israël gémirent du fond de leur servitude et crièrent. Leur appel monta vers Dieu du fond de la servitude. Dieu entendit leur plainte...
    Très tôt, le "peuple élu" découvrit que Dieu voulait que celui-ci soit libre. D'après Marie-Noëlle Thabut, le premier qualificatif attribué à Dieu par les Hébreux, c'est "libérateur" (avant même "créateur") !
     
  • Ex 3, 1-8a. 10
    1 Moïse gardait le troupeau de son beau-père Jéthro,
    prêtre de Madiane.
    Il mena le troupeau au-delà du désert
    et parvint à l'Horeb, la montagne de Dieu.
    2 L'Ange du Seigneur lui apparut au milieu d'un feu
    qui sortait d'un buisson.
    Moïse regarda : le buisson brûlait
    sans se consumer.
    3 Moïse se dit alors :
    « Je vais faire un détour
    pour voir cette chose extraordinaire :
    pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ? »
    4 Le Seigneur vit qu'il avait fait un détour pour venir regarder,
    et Dieu l'appela du milieu du buisson :
    « Moïse ! Moïse ! »
    Il dit : « Me voici ! »
    5 Dieu dit alors :
    « N'approche pas d'ici !
    Retire tes sandales,
    car le lieu que foulent tes pieds est une terre sainte !
    6 Je suis le Dieu de ton père,
    Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob. »
    Moïse se voila le visage
    car il craignait de porter son regard sur Dieu.
    7 Le Seigneur dit à Moïse :
    « J'ai vu, oui, j'ai vu la misère de mon peuple
    qui est en Egypte,
    et j'ai entendu ses cris
    sous les coups des chefs de corvée.
    Oui, je connais ses souffrances.
    8 Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens
    et le faire monter de cette terre
    vers une terre spacieuse et fertile,
    vers une terre ruisselant de lait et de miel,
    vers le pays de Canaan.

    10 Et maintenant, va !
    Je t'envoie chez Pharaon :
    tu feras sortir d'Egypte mon peuple, les fils d'Israël. »

    A partir du verset 7, ce texte est clairement un appel à la liberté, à la libération, appel qui sera suivi magnifiquement par Moïse.
    Marie-Noëlle Thabut  : "La première découverte que Moïse a faite au Sinaï, c'est donc cette Présence intense de Dieu au coeur de la détresse des hommes. Il aura retenu pour toujours cette révélation surprenante : « J'ai vu, (dit Dieu) oui, vraiment, j'ai vu la misère de mon peuple qui est en Egypte, et j'ai entendu ses cris sous les coups des chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer... » Moïse l'a tellement bien retenue qu'il a puisé là l'incroyable énergie qui a fait d'un homme seul, exilé, rejeté par tous, le meneur infatigable que l'on sait et le libérateur de son peuple.
    Quand le peuple d'Israël se souvient de cette aventure inouïe, il sait bien que son premier libérateur, c'est Dieu, Moïse n'en est que l'instrument. Le « Me voici » de Moïse (comme celui d'Abraham, comme celui de tant d'autres depuis) est la réponse qui permet à Dieu de réaliser sa grande oeuvre de libération de l'humanité. Et, désormais, quand on dit « LE SEIGNEUR », qui est la traduction française des quatre lettres (YHWH) du Nom de Dieu, on pense à cette Présence libératrice.
    "

    Mais pour les versets 1 à 6 ?
    Voici ce qu'explique Marie-Noëlle Thabut, à leur sujet :

    "Devant cette flamme qui jaillit d'un buisson sans le consumer, Moïse est invité à comprendre que Dieu, comparé à un feu, est au milieu de son peuple (le buisson). Et cette Présence de Dieu au milieu de son peuple ne le détruit pas, ne le consume pas. Moïse, dont le premier réflexe a été de se voiler le visage, comprend alors qu'il n'y a pas à avoir peur. Du coup, la vocation du peuple est dite en même temps : il est le lieu choisi par Dieu pour manifester sa Présence ; et, désormais, le peuple choisi témoignera au milieu du monde que Dieu est au milieu des hommes et que ceux-ci n'ont rien à craindre." Il me semble que dire que Dieu ne détruit pas son peuple, ne le consumme pas, c'est dire qu'il respecte entièrement notre liberté. Cela me rappelle la fin de l'énoncé du principe de subsidiarité : "L'objet naturel de toute intervention en matière sociale est d'aider les membres du corps social, et non pas de les détruire ni de les absorber".
     
  • Ex 20,2
    Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude.

    Ce texte parle de lui-même !

     
  • Ex 32, 7-14
    Moïse était encore sur la montagne du Sinaï.
    7 Le Seigneur lui dit :
    « Va, descends,
    ton peuple s'est perverti,
    lui que tu as fait monter du pays d'Egypte.
    8 Ils n'auront pas mis longtemps
    à quitter le chemin que je leur avais prescrit !
    Ils se sont fabriqué un veau en métal fondu.
    Ils se sont prosternés devant lui,
    ils lui ont offert des sacrifices
    en proclamant :
    Israël, voici tes dieux,
    qui t'ont fait monter du pays d'Egypte. »
    9 Le Seigneur dit encore à MoÏse :
    « Je vois que ce peuple
    est un peuple à la tête dure.
    10 Maintenant, laisse-moi faire ;
    ma colère va s'enflammer contre eux
    et je vais les engloutir !
    Mais, de toi, je ferai une grande nation. »
    11 Moïse apaisa le visage du Seigneur son Dieu
    en disant : « Pourquoi, Seigneur,
    ta colère s'enflammerait-elle contre ton peuple,
    que tu as fait sortir du pays d'Egypte
    par la vigueur de ton bras et la puissance de ta main ?

    13 Souviens-toi de tes serviteurs,
    Abraham, Isaac et Jacob,
    à qui tu as juré par toi-même :
    Je rendrai votre descendance
    aussi nombreuse que les étoiles du ciel,
    je donnerai à vos descendants
    tout ce pays que j'avais promis,
    et il sera pour toujours leur héritage. »
    14 Le Seigneur renonça
    au mal qu'il avait voulu faire à son peuple.

    Marie-Noëlle Thabut (ici) :
    "Je vous rappelle très rapidement le contexte : trois mois après la sortie d'Egypte, Dieu a proposé l'Alliance à Moïse et à son peuple : et le peuple, unanime, a accepté l'Alliance. Et puis, il y a eu l'extraordinaire manifestation de Dieu, dans les éclairs, le tonnerre, le feu, la nuée. Et, de nouveau, le peuple s'est engagé : « Toutes les paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique. » Puis Moïse est remonté sur la montagne pour recevoir les tables de la Loi.
    L'épisode du veau d'or se situe à ce moment-là : on trouve que Moïse est bien long à redescendre ; on vient de vivre une expérience religieuse extraordinaire, et nous voilà retombés dans le quotidien. On n'entend plus rien, on ne voit plus rien... Où donc est Dieu ? Où donc est Moïse ? Alors la tentation est trop forte ; on exige d'Aaron qu'il fabrique une statue. Quand Moïse, enfin, redescend de la montagne, les tables de la Loi à la main, il est accueilli par les cantiques adressés à la statue !

    Clairement, cette fabrication d'une statue a été considérée par Dieu et par Moïse comme une faute. On peut se demander en quoi est-ce mal ? Pour comprendre ce que représentait l'interdiction des idoles, et en quoi la fabrication du veau d'or est une faute, il faut relire les commandements, ce qu'on appelle le Décalogue. La première phrase, on l'oublie souvent, ce n'est pas un commandement, c'est une affirmation : « C'est moi, le Seigneur ton Dieu, qui t'ai fait sortir d'Egypte, la maison de servitude. » Affirmation qui précède les commandements et les justifie, elle en donne le sens. C'est parce que Dieu a libéré son peuple que, maintenant, il lui donne les commandements : ceux-ci n'ont pas d'autre but que d'indiquer la façon de rester un peuple libre et heureux.

    Le premier de ces commandements tient en deux points : premièrement, tu n'auras pas d'autres dieux que moi ; deuxièmement, tu ne te feras pas d'idoles... C'est très clair : « Tu ne te feras pas d'idole, ni rien qui ait la forme de ce qui se trouve au ciel, là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux sous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas, car c'est moi, le Seigneur... » Cette interdiction de fabriquer des idoles est très neuve pour ce peuple sorti d'Egypte, où pullulaient des statues de toutes sortes de dieux représentés sous des formes d'animaux. Et d'ailleurs, si les Hébreux à peine sortis d'Egypte ont eu l'idée de fabriquer un veau en or, c'est parce qu'ils en avaient déjà vu ! Par exemple, on a retrouvé sur une fresque de la nécropole de Thèbes un jeune veau d'or représentant le soleil à son lever. Cette interdiction toute nouvelle est donc très exigeante : la preuve, c'est que, irrésistiblement, le peuple désobéit ; ce serait tellement rassurant de pouvoir mettre la main sur Dieu : le toucher, le voir... mais aussi pouvoir s'en éloigner, s'en cacher...
    Mais le culte des idoles n'est qu'une fausse piste et Dieu le sait mieux que nous ; d'abord, parce que toute tentative pour représenter Dieu, le Tout-Autre, est inexorablement vouée à l'échec ; on ne peut pas réduire Dieu à une statue, tout simplement parce que Dieu n'est pas à la mesure de l'homme. Ensuite, plus grave encore, toute tentative pour figer Dieu, le fixer, prétendre avoir un quelconque pouvoir sur lui, est une tromperie ; cela conduit immanquablement à la magie, au fétichisme, et aussi au pouvoir exorbitant du clergé puisque ce sont les prêtres qui sont en quelque sorte les servants de l'idole... (Entre parenthèses, c'est exactement ce qui se passait en Egypte avec le culte d'Amon).

    Le culte des idoles est donc à jamais interdit au peuple qui, le premier, a rencontré le Dieu libérateur. Mieux encore, l'interdiction de fabriquer des idoles fait partie de l'entreprise de libération du peuple de Dieu : pour le dire autrement, cette interdiction signifiait un sens interdit, elle rappelait que l'idolâtrie est une fausse piste, une impasse. La liberté était à ce prix. Car notre liberté authentique exige que nous acceptions cette vérité fondamentale ; alors et alors seulement, nous pouvons entrer avec Dieu dans l'Alliance qu'il nous propose."

    Lorsqu'on essaie d'identifier ce que nous idolâtrons de nos jours, l'argent et le sexe sont le plus souvent les premiers cités. En ce qui me concerne, il me semble que l'idolâtrie de l'État et des dirigeants politiques, est encore plus terrible. Chaque fois que quelque chose ne va pas, nous nous tournons vers eux  et les supplions d'intervenir en nôtre faveur, ce que nous ne demandons ni au sexe, ni à l'argent.. Comme toutes les idoles, ils nous asservissent, sans que nous nous en rendions compte.
     
  • Nb 11, 25-29
    25 Le SEIGNEUR descendit dans la nuée
    pour s'entretenir avec Moïse.
    Il prit une part de l'esprit qui reposait sur celui-ci,
    et le mit sur les soixante-dix anciens du peuple.
    Dès que l'esprit reposa sur eux, ils se mirent à prophétiser,
    mais cela ne dura pas.
    26 Or, deux hommes étaient restés dans le camp ;
    l'un s'appelait Eldad, et l'autre Médad.
    L'esprit reposa sur eux ;
    bien que n'étant pas venus à la tente de la Rencontre,
    ils comptaient parmi les anciens qui avaient été choisis,
    et c'est dans le camp qu'ils se mirent à prophétiser.
    27 Un jeune homme courut annoncer à Moïse :
    « Eldad et Médad prophétisent dans le camp ! »
    28 Josué, fils de Noun, serviteur de Moïse depuis sa jeunesse,
    prit la parole :
    « Moïse, mon maître, arrête-les ! »
    29 Mais Moïse lui dit :
    « Serais-tu jaloux pour moi ?
    Ah ! Si le SEIGNEUR pouvait mettre son esprit sur eux,
    pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! »

    Ce passage met en évidence la tentation qui est celle de Josué, mais aussi la nôtre, de vouloir régenter la vie des autres, de prétendre savoir mieux qu'eux ce qu'ils doivent faire et ce qu'ils ne doivent pas faire, de décider à leur place. Il faut prendre conscience que cette attitude est contraire au 10e "commandement", à la 10e parole ("Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain." et, parfois, la 8e ("Tu ne déroberas point.") : nous convoitons et nous nous approprions tout ou partie (l'usus, notamment) du droit de propriété de l'autre sur ses biens ou sa personne. Il faut observer aussi que Moïse (comme Jésus, dans Mc 9, 39) refuse d'arrêter Eldad et Médad, de les empêcher de prophétiser, sans vraiment justifier son refus. Ce n'est pas parce qu'il approuve leur comportement qu'il les laisse faire, c'est parce qu'il respecte leur liberté et fait confiance au Seigneur pour les inspirer par son Esprit.
     
  • Josué 5, 10-12
    Après le passage du Jourdain,
    10 les fils d'Israël campèrent à Guilgal
    et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois,
    vers le soir, dans la plaine de Jéricho.
    11 Le lendemain de la Pâque,
    ils mangèrent les produits de cette terre :
    des pains sans levain et des épis grillés.
    12 A partir de ce jour, la manne cessa de tomber,
    puisqu'ils mangeaient les produits de la terre.
    Il n'y avait plus de manne pour les fils d'Israël,
    qui mangèrent cette année-là
    ce qu'ils récoltèrent sur la terre de Canaan

     
    Marie-Noëlle Thabut :
    " (...) Autre leçon : à partir du moment où le peuple a les moyens de subvenir lui-même à ses besoins, Dieu ne se substitue pas à lui : il a trop de respect pour notre liberté. Mais on n'oubliera jamais la manne et on retiendra la leçon : à nous de prendre exemple sur la sollicitude de Dieu pour ceux qui ne peuvent pas (pour une raison ou une autre) subvenir à leurs propres besoins ; le Targum (c'est-à-dire la traduction commentée de la bible en araméen qui était lue dans les synagogues à partir du sixième siècle avant J.C.) du Livre du Deutéronome (à propos de Dt 34, 6) le dit très bien : « Dieu nous a enseigné à nourrir les pauvres pour avoir fait descendre le pain du ciel pour les fils d'Israël » ; sous-entendu à nous d'en faire autant.
    Pour finir, ne l'oublions pas : en hébreu, Josué et Jésus, c'est le même nom ; les premiers Chrétiens ont évidemment fait le rapprochement ! Du coup, la traversée du Jourdain, entrée en Terre Promise, la terre de liberté, faisait mieux comprendre le Baptême dans le Jourdain : il signe notre entrée dans la véritable terre de liberté !
    Ce passage me fait penser, lui aussi, au principe de subsidiarité, qu'il illustre parfaitement. Pendant que le peuple de Dieu marche dans le désert, il est dans l'incapacité de se nourrir, puisqu'il ne peut rien cultiver et que la nature hostile ne lui propose aucun aliment. Quand son peuple lui demande (récrimine ?) et, tout à fait librement, Dieu envoie la manne (qu'il faut quand même ramasser !) Dès que le peuple est entré en Canaan et a pu s'y fixer, donc cultiver la terre, la manne cesse de tomber : l'intervention de Dieu n'est plus utile.
     
  • Is 2,1-5
    1 Le prophète Isaïe a reçu cette révélation au sujet de Juda et de Jérusalem :
    2 Il arrivera dans l'avenir que la montagne du temple du Seigneur
    sera placée à la tête des montagnes
    et dominera les collines.
    Toutes les nations afflueront vers elle,
    3 des peuples nombreux se mettront en marche,
    et ils diront :
    « Venez, montons à la montagne du Seigneur,
    au temple du Dieu de Jacob.
    Il nous enseignera ses chemins
    et nous suivrons ses sentiers.
    Car c'est de Sion que vient la Loi,
    de Jérusalem la parole du Seigneur. »
    4 Il sera le juge des nations,
    l'arbitre de la multitude des peuples.
    De leurs épées ils forgeront des socs de charrue,
    et de leurs lances, des faucilles.
    On ne lèvera plus l'épée nation contre nation,
    on ne s'entraînera plus pour la guerre.
    5 Venez, famille de Jacob, marchons à la lumière du Seigneur.

    Les armes ont une vocation offensive ou défensive. Les armes défensives n'auraient pas lieu d'être si les armes agresssives n'existaient pas. Ici, manifestement, ce sont les armes offensives dont parle le texte (épées et lances).
    Si l'on y réféchit bien, les armes offensives sont mises au service d'un combat visant à nier la liberté d'un groupe d'êtres humains. Elles sont destinées à prendre la vie ou la propriété des personnes attaquées ou à asservir celles-ci.
    A contrario, les socs de charrue et les faucilles, instruments destinés à rendre service à l'homme en le libérant du besoin vital de se nourrir, symbolisent tout ce qui libère l'homme.
    Isaïe nous invite clairement à faire des choix en faveur de la liberté de tout être humain.

     
  •   Isaïe 8, 23b - 9, 3

    8, 23b Dans les temps anciens,
    le Seigneur a couvert de honte
    le pays de Zabulon et le pays de Nephtali ;
    mais ensuite, il a couvert de gloire
    la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain,
    et la Galilée, carrefour des païens.
    9, 1 Le peuple qui marchait dans les ténèbres
    a vu se lever une grande lumière ;
    sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre
    une lumière a resplendi.
    9, 2 Tu as prodigué l'allégresse,
    tu as fait grandir la joie :
    ils se réjouissent devant toi
    comme on se réjouit en faisant la moisson,
    comme on exulte
    en partageant les dépouilles des vaincus.
    9, 3 Car le joug qui pesait sur eux,
    le bâton qui meurtrissait leurs épaules,
    le fouet du chef de corvée, tu les as brisés
    comme au jour de la victoire sur Madiane.

    Le verset 1 oppose la lumière aux ténèbres, à l'ombre. La lumière symbolise la vérité, opposée à l'erreur, voire au mensonge ; elle symbolise aussi la liberté, opposée à la servitude. En effet,
    • la vérité permet d'être libre (Le Christ le confirmera : "La vérité vous rendra libres"), d'agir conformément à ce que nous pensons être bon pour nous, alors que le mensonge vise à nous faire agir dans l'intérêt de celui qui le profère ;
    • les prisons étant dépourvues d'ouverture, les ténébres y régnaient et il fallait en être libéré pour revoir la lumière. Ce symbolisme est confirmé par le verset 3 ("Car le joug...").
  • Is 42, 1-4. 6-7
    Ainsi parle le Seigneur :
    1 Voici mon serviteur que je soutiens,
    mon élu en qui j'ai mis toute ma joie.
    J'ai fait reposer sur lui mon esprit ;
    devant les nations,
    il fera paraître le jugement que j'ai prononcé.
    2 Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton,
    on n'entendra pas sa voix sur la place publique.
    3 Il n'écrasera pas le roseau froissé ;
    il n'éteindra pas la mèche qui faiblit,
    il fera paraître le jugement en toute fidélité.
    4 Lui ne faiblira pas, lui ne sera pas écrasé,
    jusqu'à ce qu'il impose mon jugement dans le pays,
    et que les îles lointaines
    aspirent à recevoir ses instructions...

    6 Moi, le Seigneur, je t'ai appelé selon la justice,
    je t'ai pris par la main, je t'ai mis à part,
    j'ai fait de toi mon Alliance avec le peuple,
    et la lumière des nations ;
    7 tu ouvriras les yeux des aveugles,
    tu feras sortir les captifs de leur prison,
    et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres.

    (...)
    Je m'attache d'abord à la première partie : première remarque, je devrais dire premier étonnement : le mot « jugement » revient trois fois. « Mon serviteur fera paraître le jugement que j'ai prononcé... il fera paraître le jugement en toute fidélité... Il ne faiblira pas, il ne sera pas écrasé, jusqu'à ce qu'il impose mon jugement... » Or c'est peut-être là que nous allons avoir des surprises, car ce jugement, curieusement, ne ressemble pas à un verdict ; pourtant, spontanément, pour nous, le mot « jugement » est souvent évocateur de condamnation, surtout quand il s'agit du jugement de Dieu. Mais ici, il n'est pas question de condamnation, il n'est question que de douceur et de respect pour tout ce qui est fragile, « le roseau froissé », « la mèche qui faiblit » : « Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n'entendra pas sa voix sur la place publique. Il n'écrasera pas le roseau froissé ; il n'éteindra pas la mèche qui faiblit ».
    Autre caractéristique de ce jugement, il concerne toute l'humanité : tout le développement sur le jugement est encadré par deux affirmations concernant les nations, c'est-à-dire l'humanité tout entière ; voici la première : « Devant les nations, il fera paraître le jugement que j'ai prononcé » et la deuxième : « Lui ne faiblira pas, lui ne sera pas écrasé, jusqu'à ce que les îles lointaines aspirent à recevoir ses instructions. »
    - On ne peut pas mieux dire que la volonté de Dieu est une volonté de salut, de libération, et qu'elle concerne toute l'humanité. Il attend avec impatience « que les îles lointaines aspirent à recevoir ses instructions », c'est-à-dire son salut.
    Tout cela veut dire qu'à l'époque où ce texte a été écrit, on avait compris deux choses : premièrement, que le jugement de Dieu n'est pas un verdict de condamnation mais une parole de salut, de libération. (Dieu est ce « juge dont nous n'avons rien à craindre » comme le dit la liturgie des funérailles). Deuxièmement, que la volonté de salut de Dieu concerne toute l'humanité. Enfin, dernier point très important, dans le cadre de cette mission, le serviteur est assuré du soutien de Dieu : « Voici mon serviteur que je soutiens... J'ai fait reposer sur lui mon esprit ».

    La deuxième partie du texte reprend ces mêmes thèmes : c'est Dieu lui-même qui explique à son serviteur la mission qu'il lui confie : « Tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres. » Ici, non seulement il n'est pas question de condamnation, mais le jugement est un véritable « non-lieu » ou même plus exactement une levée d'écrou ! L'image est forte : vous avez entendu le lien entre le mot « cachot » et le mot « ténèbres ». Je m'explique : les cellules des prisons de l'époque étaient dépourvues de fenêtres ; sortir de prison, c'était retrouver la lumière du jour, au point d'en être ébloui après un long temps passé dans l'obscurité.
    Le caractère universel de la mission du serviteur est également bien précisé. Dieu lui dit : « J'ai fait de toi la lumière des nations ». Enfin, le soutien de Dieu est également rappelé : « Moi, le Seigneur, je t'ai appelé... je t'ai pris par la main ».

    Evidemment, une question se pose tout de suite : de qui parle Isaïe ? Une telle description d'un serviteur de Dieu, investi d'une mission de salut pour son peuple et pour toute l'humanité, et sur qui repose l'esprit de Dieu, c'était exactement la définition du Messie qu'on attendait en Israël. C'est lui qui devait instaurer le règne de Dieu sur la terre et apporter à tous le bonheur et la liberté.
     
  • Is 49, 3-6
    Parole du Serviteur de Dieu.
    3 Le Seigneur m'a dit :
    « Tu es mon serviteur, Israël,
    en toi je me glorifierai. »
    5 Maintenant, le Seigneur parle,
    lui qui m'a formé dès le sein de ma mère
    pour que je sois son serviteur,
    que je lui ramène Jacob
    et que je lui rassemble Israël.
    Oui, j'ai du prix aux yeux du Seigneur,
    c'est mon Dieu qui est ma force.
    6 Il parle ainsi :
    « C'est trop peu que tu sois mon serviteur
    pour relever les tribus de Jacob
    et ramener les rescapés d'Israël :
    Je vais faire de toi la lumière des nations,
    pour que mon salut
    parvienne jusqu'aux extrémités de la terre. »

    Je m'arrête sur cette expression un peu surprenante* : « en toi je me glorifierai » ; ce qui veut dire « en toi, mon serviteur, je serai manifesté, reconnu, révélé ». La traduction oecuménique de la Bible (TOB) dit : « Par toi je manifesterai ma splendeur. » Or, la splendeur de Dieu (ou sa Gloire, si vous préférez), c'est son œuvre de salut ; Isaïe le dit très clairement dans un passage que nous avons lu, d'ailleurs, il y a peu de temps, pendant l'Avent (Is 35, 2) ; il commençait par dire : « On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu » et ensuite il annonçait le retour de l'Exil. Effectivement, lorsque le peuple sera sauvé, libéré, il sera la preuve vivante que Dieu est sauveur ! C'est de cette manière que des sauvés peuvent devenir des sauveurs ; non pas par eux-mêmes seulement, parce que Dieu seul est sauveur, mais par le fait même d'être sauvé et d'en être les témoins à la face du monde !

    Le titre de serviteur décerné au peuple d'Israël en exil signifie donc deux choses : il est d'abord une assurance du soutien de Dieu, mais il est en même temps une lettre de mission. Israël doit continuer à croire au salut et à en témoigner à la face du monde ; car en reconnaissant à travers lui l'œuvre de Dieu, les autres reconnaîtront que Dieu est sauveur, et, à leur tour, l'accueilleront comme leur sauveur. Ainsi Dieu sera enfin connu et reconnu par tous ceux qui l'auront vu à l'œuvre pour sauver son peuple. C'est en ce sens-là qu'Israël aura manifesté la présence de Dieu. C'est le sens de l'expression : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je me glorifierai ».

    Une autre chose est étonnante dans ce texte d'aujourd'hui et que nous avions déjà relevée dans le premier chant, dimanche dernier : être lumière pour les nations, être l'instrument de Dieu « pour que son salut parvienne jusqu'aux extrémités de la terre », c'était exactement la vocation du Messie, telle qu'on l'entrevoyait depuis toujours ; seulement il ne s'agit pas ici d'un Messie-Roi mais d'un Messie-Serviteur, ce qui ne nous apparaît pas forcément comme synonyme. Avec les quatre chants du Serviteur du livre d'Isaïe, l'attente messianique prend donc désormais un autre visage.

    Reste une question difficile : au début du texte, c'est le Seigneur qui parle pour dire « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je me glorifierai ». Nous comprenons donc que le Serviteur est un personnage collectif, c'est le peuple d'Israël qui est investi d'une mission au service du monde. Le projet de Dieu est universel, mais pour accomplir son projet, il a choisi un peuple particulier, Israël. « Le Seigneur m'a dit : Tu es mon serviteur, Israël, par toi je manifesterai ma splendeur. »

    Le problème commence lorsque, quelques lignes plus bas le Serviteur lui-même prend la parole : « Le Seigneur m'a formé dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob et que je lui rassemble Israël ». Si le Serviteur est Israël, comment peut-on dire qu'il rassemblera Israël ?
    Là on pense généralement qu'il s'agit du petit noyau des fidèles, le Petit Reste, comme on disait, ceux dont la foi n'a pas chancelé, malgré les années d'exil et de captivité. C'est à eux que Dieu confie la mission de soutenir leurs frères, pour les rassembler et les ramener dans leur pays : comme dit Isaïe : « relever les tribus de Jacob et ramener les rescapés d'Israël »... Mais ce rétablissement du peuple s'inscrit dans le projet de Dieu comme le prélude au salut de toute l'humanité... Car c'est précisément cette oeuvre inespérée de relèvement du peuple par quelques-uns qui sera aux yeux du monde entier un témoignage rendu au Dieu d'Israël.** Alors on comprend mieux la phrase : « Je vais faire de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu'aux extrémités de la terre ».
     
  • Is 58, 6-7
    Le jeûne que je préfère, dit Dieu, n'est-ce pas ceci ? Dénouer les liens provenant de la méchanceté, détacher les courroies du joug, renvoyer libres ceux qui ployaient, bref, que vous mettiez en pièces tous les jougs ! N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé ? Et encore : les pauvres sans abri, tu les hébergeras, si tu vois quelqu'un nu, tu le couvriras ; devant celui qui est ta propre chair, tu ne te déroberas pas.

    Il me semble que ce texte se suffit à lui-même !
     
  • Jr 20, 10-13
    Moi Jérémie, J'ai entendu les menaces de la foule : « Dénoncez-le ! Allons le dénoncer, l'homme qui voit partout la terreur ! » Mes amis eux-mêmes guettent mes faux pas et ils disent :« Peut-être se laissera-t-il séduire...Nous réussirons,et nous prendrons notre revanche ! »
    Mais le Seigneur est avec moi, comme un guerrier redoutable : mes persécuteurs s'écrouleront, impuissants. Leur défaite les couvrira de honte, d'une confusion éternelle, inoubliable.
    Seigneur de l'univers, toi qui scrutes l'homme juste, toi qui vois les reins et les coeurs, montre-moi la revanche que tu prendras sur ces gens-là, car c'est à toi que j'ai confié ma cause. Chantez le Seigneur,alléluia ! Il a délivré le pauvre du pouvoir des méchants.

    Ce passage nous donne en exemple Jérémie, prophète traqué par ses adversaires, et auquelle Très-Haut a dit : "Tu seras comme ma bouche" (Jr 15, 19). Frappé par le prêtre Pashehur, il vient d'être mis au carcan à la porte de Jérusalem. Il a choisi librement dene pas fuir, pour mettre au jour ses raisons de vivre. Comme le Christ, dans des circonstances similaires (Jn 10, 31-42), il considère sa fidélité envers le Dieu d'Israël comme plus importante que son existence. Son témoignage nous invite, à sa suite, à refuser toute forme de servitude, de mise au pilori, d'emprisonnement, d'interdiction de parler. C'est bien d'un combat pour la liberté qu'il s'agit.
     
  • Jr 26, 1-9a
    Au début du règne de Joakim, fils de Josias, roi de Juda, cette parole fut adressée à Jérémie de la part du Seigneur :
    « Ainsi parle le Seigneur : Tiens-toi dans la cour du Temple. Aux gens de toutes les villes de Juda qui viennent se prosterner dans le Temple, tu diras toutes les paroles que je t'ai ordonné de leur dire ; n'en retranche pas un mot.
    Peut-être écouteront-ils, et se détourneront-ils chacun de sa route mauvaise ? Alors je renoncerai au malheur que je prépare contre eux pour châtier le mal qu'ils font.
    Tu leur diras donc : Ainsi parle le Seigneur : Si vous ne m'écoutez pas, si vous ne suivez pas la Loi que je vous ai donnée,
    si vous n'écoutez pas les paroles de mes serviteurs les prophètes, que je vous envoie inlassablement, et que vous n'avez pas écoutés,
    je traiterai ce Temple comme celui de Silo, et ferai de cette ville un exemple de malédiction pour toutes les nations de la terre. »
    Les prêtres, les prophètes et tout le peuple entendirent Jérémie prononcer ces paroles dans le temple du Seigneur.
    Et quand Jérémie eut fini de dire à tout le peuple tout ce que le Seigneur lui avait ordonné de dire, les prêtres, les prophètes et tout le peuple se saisirent de lui en disant : « Tu vas mourir !
    Pourquoi prophétises-tu, au nom du Seigneur, que ce Temple deviendra comme celui de Silo, que cette ville sera dévastée et vidée de ses habitants ? »
    Jérémie est condamné à mort pour outrage au Temple. J'écris ces lignes alors que les députés ont voté, il y a quelques jours, une loi condamnant  à une amende (1 500 €) tout auteur d'outrages au drapeau français !
    Certes, il est moins grave de condamner à une amende qu'à la mort, mais c'est toujours la même prétention, la même suffisance, le même manque d'humilité qui conduit à condamner autrui pour ce qu'il dit, qui conduit à lui refuser la liberté d'expression.
  • 1er livre de Samuel, chapitre 8, versets 4-7 et 10-22a
    04 Tous les anciens se réunirent et vinrent le trouver à Rama.
    05 Ils lui dirent : « Tu es devenu vieux, et tes fils ne marchent pas sur tes traces. Donne-nous donc, pour nous gouverner, un roi comme en ont toutes les nations. »
    06 Samuel fut mécontent parce qu'ils avaient dit : « Donne-nous un roi pour nous gouverner », et il se mit à prier le Seigneur.
    07 Or, le Seigneur lui répondit : « Donne satisfaction au peuple pour tout ce qu'il demande. Ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est moi qu'ils rejettent, car ils ne veulent pas que je règne sur eux. »
    08 - 09 Versets non traduits dans la version actuelle de la Bible de la liturgie (explications)
    10 Samuel rapporta toutes les paroles du Seigneur au peuple qui lui demandait un roi :
    11 « Voici quel sera le statut du roi qui va régner sur vous. Il prendra vos fils, il les affectera à ses chars et à ses chevaux, et les fera courir devant son char.
    12 Il les utilisera comme chefs de mille hommes et comme chefs de cinquante ; il les fera labourer et moissonner à son profit, fabriquer ses armes de guerre et ses attelages.
    13 Il prendra vos filles pour la préparation de ses parfums, pour sa cuisine et pour sa boulangerie.
    14 Il prendra vos champs, vos vignes et vos oliveraies les meilleures, pour les donner aux gens de sa maison.
    15 Sur vos cultures et vos vignes il prélèvera la dîme, pour la donner à ses ministres et aux gens de sa maison.
    16 Les meilleurs de vos serviteurs, de vos servantes, de vos boeufs et de vos ânes, il les prendra et les fera travailler pour lui.
    17 Il prélèvera la dîme sur vos troupeaux, et vous-mêmes deviendrez ses esclaves.
    18 Alors, vous pousserez des cris pour vous plaindre du roi que vous avez voulu, mais alors le Seigneur ne vous répondra pas ! »
    19 Le peuple refusa d'écouter Samuel et dit : « Tant pis ! il nous faut un roi !
    20 Nous voulons être, nous aussi, comme toutes les autres nations ; notre roi nous gouvernera, il marchera à notre tête et combattra avec nous. »
    21 Samuel entendit toutes les paroles du peuple et les rapporta au Seigneur.

    Ce passage me rappelle (Mc 10, 42), en plus détaillé. Pas grand chose n'a changé, depuis. Le comportement des dirigeants politiques est peut-être moins scandaleux, en apparence, de nos jours, mais qu'en est-il en réalité ? Les Présidents sont parfois ou souvent élus avec un relatif enthousiasme, puis vient rapidement la période des plaintes.
    Samuel nous dit que le seul roi qui vaille, c'est le Seigneur (dont le peuple hébreu découvre progressivement qu'il nous veut libres). La seule loi qui vaille, c'est la loi d'amour, qui tient en 10 "commandements", 10 paroles.

     
  • 1er livre de Samuel, chapitre 17, verset 47
    Et toute cette multitude saura que ce n'est ni par l'épée ni par la lance que l'Eternel sauve. Car la victoire appartient à l'Eternel. Et il vous livre entre nos mains. 

    Respecter la liberté d'autrui, c'est s'interdire d'utiliser la force, la contrainte, la violence, pour obtenir quoi que ce soit de lui. Cette parole de David, au moment où il va affronter Goliath, est une de cette qui montre la prise de conscience que Dieu se refuse à utiliser la contrainte vis-à-vis de nous, car il nous veut libres.
  •  2e livre de Samuel, chapitre 11, 1-4a.5-10a.13-17 (Le grand péché de David)
    Au retour du printemps,
    à l'époque où les rois reprennent la guerre,
    David envoya Joab en expédition,
    avec ses officiers et toute l'armée d'Israël ;
    ils massacrèrent les Ammonites et mirent le siège devant Rabba.
    David était resté à Jérusalem.
    A la fin d'un après-midi, après avoir pris son repos,
    il se promenait sur la terrasse du palais ;
    il aperçut une femme en train de se baigner.
    Cette femme était très belle.
    David fit demander qui elle était,
    et on lui répondit :
    « C'est Bethsabée, fille d'Éliam,
    la femme d'Ourias le Hittite. »
    Alors David l'envoya chercher.
    Elle vint chez lui et il dormit avec elle.
    La femme conçut,
    et elle fit savoir à David :
    « Je suis enceinte ! »

    Alors David expédia ce message à Joab :
    « Envoie-moi Ourias le Hittite »,
    et Joab l'envoya à David.
    Lorsque Ourias fut arrivé auprès de lui,
    David lui demanda comment allaient Joab,
    et l'armée, et la guerre.
    Puis il lui dit :
    « Descends chez toi et repose-toi un peu. »
    Ourias sortit du palais,
    et le roi lui fit porter un des plats de sa table.
    Mais Ourias passa la nuit à l'entrée du palais
    avec les gardes du roi ;
    il ne descendit pas chez lui.
    On annonça à David :
    « Ourias n'est pas descendu chez lui. »
    Le lendemain, David l'invita à manger et à boire à sa table,
    et il l'enivra.
    Le soir, Ourias sortit et alla se coucher
    dans la salle des gardes ;
    il ne descendit pas chez lui.
    Le matin suivant, David écrivit une lettre pour Joab,
    et la fit porter par Ourias.
    Il disait dans cette lettre :
    « Poussez Ourias au plus fort de la mêlée,
    puis retirez-vous à distance ;
    qu'il soit frappé et qu'il meure ! »

    Joab, qui assiégeait la ville, fit exprès de placer Ourias
    à un endroit où les ennemis étaient en force.
    Les assiégés firent une sortie contre Joab.
    Il y eut des tués dans l'armée, parmi les officiers de David,
    et Ourias le Hittite mourut.

    Ce passage très célèbre me rappelle (Mc 10, 42) ou (1S 8), dont il est une illustration. Illustration très frappante de la propension des dirigeants politiques, même choisis par Dieu, à s'attaquer à la vie, à la liberté et/ou à la propriété de leurs sujets. Bien sûr, puisqu'il décrit un grand péché, ce texte nous invite à ne pas prendre modèle sur David et, donc, à respecter la vie, la liberté et la propriété d'autrui (conformément aux 10 paroles)

 

  • 2e livre de Samuel, chapitre 24, 2.9-16a.17 En ordonnant un recensement, David empiète sur les droits de Dieu.

     

    Le roi David dit à Joab,
    le chef de l'armée, qui était auprès de lui :
    « Parcourez toutes les tribus d'Israël, de Dane à Bershéba,
    et faites le recensement du peuple,
    afin que je connaisse le chiffre de la population. »

    Joab donna au roi le résultat du recensement :
    Israël comptait huit cent mille hommes capables de combattre,
    et Juda cinq cent mille hommes.
    Mais, lorsque David eut recensé le peuple,
    le coeur lui battit,
    et il dit au Seigneur :
    « Ce que je viens de faire est un grand péché !
    Seigneur, pardonne cette faute à ton serviteur,
    car je me suis conduit comme un véritable insensé. »
    Le lendemain matin, quand David se leva,
    la parole du Seigneur avait été adressée à Gad, le voyant,
    prophète attaché à David :
    « Va dire à David : Ainsi parle le Seigneur :
    Je vais te présenter trois châtiments ;
    tu en choisiras un, et je te l'infligerai. »
    Gad se rendit chez David et lui transmit ce message :
    « Préfères-tu qu'il y ait la famine dans ton royaume
    pendant trois ans ?
    Ou préfères-tu être poursuivi par tes ennemis
    et fuir devant eux
    pendant trois mois ?
    Ou préfères-tu qu'il y ait la peste dans ton royaume
    pendant trois jours ?
    Réfléchis donc, et choisis
    ce que je dois répondre à celui qui m'envoie. »
    David dit au prophète :
    « Je suis dans une grande angoisse...
    Eh bien ! je préfère tomber entre les mains du Seigneur,
    car sa tendresse est inépuisable,
    mais surtout, que je ne tombe pas
    entre les mains des hommes ! »
    David choisit donc la peste,
    et le Seigneur envoya la peste en Israël
    dès le lendemain jusqu'à la fin des trois jours.
    Depuis Dane jusqu'à Bershéba,
    il mourut soixante-dix mille hommes.
    L'Ange exterminateur étendit la main vers Jérusalem,
    mais le Seigneur renonça au châtiment,
    et il dit à l'Ange exterminateur :
    « Assez ! Maintenant, retire ta main. »
    Car David, en voyant l'Ange frapper le peuple,
    avait dit au Seigneur :
    « C'est moi qui ai péché, c'est moi le coupable ;
    mais ceux-ci, le troupeau, qu'ont-ils fait ?
    Tourne donc ta main
    contre moi et ma famille ! »

    Bien sûr, ce passage de l'Ancien Testament ne doit pas être pris au premier degré : comme le comprendra progressivement le peuple hébreu, Dieu n'a jamais voulu infliger le moindre châtiment à personne !
    Nous voyons ici le détenteur du pouvoir politique prendre une décision en fonction, non pas de l'intérêt du peuple, mais en fonction de son intérêt personnel (C'est de tout temps !). Il se moque un peu de savoir combien de victimes innocentes pourraient faire une famine de 3 ans ou la peste pendant 3 jours. Ce qui compte pour lui, c'est de ne pas être poursuivi par ses ennemis pendant 3 mois et ne pas être obligé de fuire devant eux. La fin du récit nous parle de la prise de conscience de David : il n'est pas juste, il ne plait pas à Dieu que d'autres subissent à sa place les conséquences de ses propres actes (principe de responsabilité). Si David refuse d'assumer sa responsabilité, d'autres devront supporter à sa place les effets de ses décisions personnelles : leur liberté ne sera pas respectée.
  • Es, 61, 1-2a

     

      L'Esprit du Seigneur est sur moi... Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu'ils sont libres, et aux aveugles qu'ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur
  • Jr 17,5-8


    5 Parole du Seigneur.
    Maudit soit l'homme qui met sa confiance dans un mortel,
    qui s'appuie sur un être de chair,
    tandis que son coeur se détourne du Seigneur.
    6 Il sera comme un buisson sur une terre désolée,
    il ne verra pas venir le bonheur.
    Il aura pour demeure les lieux arides du désert,
    une terre salée et inhabitable.
    7 Béni soit l'homme qui met sa confiance dans le Seigneur,
    dont le Seigneur est l'espoir.
    8 Il sera comme un arbre planté au bord des eaux,
    qui étend ses racines vers le courant :
    il ne craint pas la chaleur quand elle vient,
    et son feuillage reste vert ;
    il ne redoute pas une année de sécheresse,
    car elle ne l'empêche pas de porter du fruit.

    Comme le psaume 1, ce texte nous renvoie au thème des deux voies, donc à notre liberté.
     
  • So 3, 13

    13 Ce reste d’Israël ne commettra plus d’injustice ;
    ils ne diront plus de mensonge ;
    dans leur bouche, plus de langage trompeur.

    Le mensonge et le langage trompeur sont des moyens de manipuler autrui, de le priver de sa liberté sans avoir recours à la contrainte
  • Psaume 1

    1 Heureux est l'homme
    qui n'entre pas au conseil des méchants,
    qui ne suit pas le chemin des pécheurs,
    ne siège pas avec ceux qui ricanent,
    2 mais se plaît dans la loi du Seigneur
    et murmure sa loi jour et nuit !

    3 Il est comme un arbre
    planté près d'un ruisseau,
    qui donne du fruit en son temps,
    et jamais son feuillage ne meurt ;
    tout ce qu'il entreprend réussira,
    4 tel n'est pas le sort des méchants.

    Mais ils sont comme la paille
    balayée par le vent :
    5 au jugement, les méchants ne se lèveront pas
    ni les pécheurs, au rassemblement des justes.
    6 Le Seigneur connaît le chemin des justes,
    mais le chemin des méchants se perdra.
     
    Marie-Noëlle Thabut :
    Voici le premier de tous les psaumes : il nous donne la clé de tous les autres, puisque c'est lui qui a été choisi pour nous introduire dans la prière d'Israël. Il est très court, comme il se doit pour une introduction, mais chaque détail compte. Le premier mot de ce psaume et donc du psautier tout entier est « heureux » ! ... ce qui est déjà tout un programme. Le psalmiste a compris que Dieu veut notre bonheur ; c'est la chose la plus importante qu'il a voulu dire pour commencer ! Pour comprendre le sens du mot « heureux » dans la Bible, il faut penser aux « félicitations » que nous nous adressons les uns aux autres dans les grandes occasions : quand nous recevons un faire-part joyeux, de naissance ou de mariage, nous offrons aux heureux parents ou aux fiancés ce que nous appelons des « félicitations » : étymologiquement « féliciter » quelqu'un, c'est le reconnaître « felix », c'est-à-dire « heureux » et s'en réjouir avec lui. C'est d'abord un constat (heureux êtes-vous) : parfois même cela nous plonge dans la contemplation parce que le spectacle d'un bonheur évident, rayonnant, nous émeut toujours. En même temps, c'est un souhait très vif et même un encouragement, une invitation à faire chaque jour grandir ce bonheur encore tout neuf. Quelque chose comme « vous êtes bien partis, continuez à être heureux ; le monde a besoin du témoignage de votre amour et de votre bonheur ».

    Le mot biblique « heureux » dit tout cela : il a ces deux aspects de constat et aussi d'encouragement. C'est pour cela que, bien souvent, avec André Chouraqui, on traduit « heureux » par « en marche ». Cela nous invite à nous représenter l'histoire de l'humanité comme une longue marche : une marche au cours de laquelle les hommes sont à chaque instant invités à choisir leur chemin ; vous avez remarqué l'insistance de ces quelques versets sur le mot « chemin » : « Heureux l'homme qui ne suit pas le chemin des pécheurs... Le Seigneur connaît le chemin des justes, mais le chemin des méchants se perdra. »

    C'est ce que l'on appelle le « thème des deux voies » : sous-entendu il y a deux routes, deux voies, la bonne et la mauvaise ; à nous de choisir. Le thème des deux voies s'appuie sur une comparaison : notre vie est comparée à un croisement ; tout se passe comme si nous débouchions sur la grand-route. Nous savons où nous voulons aller : mais nous ne savons pas de quel côté il faut tourner ; faut-il tourner à droite ? Ou à gauche ? Si, par chance, nous choisissons la bonne direction, chacun de nos pas nous rapprochera du but ; à l'inverse, si nous nous trompons de direction, chacun de nos pas, désormais, nous éloignera du but, simplement parce que nous aurons choisi le mauvais chemin.
    La Révélation biblique n'a qu'un seul objet, indiquer à l'humanité le chemin du bonheur que Dieu veut pour elle. C'est pourquoi elle est parsemée de multiples poteaux indicateurs ; le livre du Deutéronome, par exemple, a beaucoup développé ce thème : « Vois, je mets aujourd'hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur... Tu choisiras la vie » (Dt 30, 15. 19). « Tu écouteras, Israël, (Shema Israël) et tu veilleras à mettre les commandements en pratique : ainsi tu seras heureux, et vous deviendrez très nombreux, comme te l'a promis le Seigneur, le Dieu de tes pères, dans un pays ruisselant de lait et de miel. » (Dt 6, 3).

    Dans cette optique, les mots « heureux, malheureux » ou « béni, maudit » sont comme des feux de signalisation : quand Jérémie dit ce que nous avons entendu dans la première lecture : « Maudit soit l'homme qui compte sur des mortels... » (Jr 17, 5), ou quand Isaïe vitupère « Malheur à ceux qui prescrivent des lois malfaisantes » (Is 10, 1), ils ne prononcent ni jugement ni condamnation définitifs sur des personnes, ils préviennent du danger comme on crie quand on voit quelqu'un au bord du précipice. A l'inverse, des expressions comme « Béni soit l'homme qui compte sur le Seigneur » (Jr 17, 7), ou « Heureux l'homme qui ne siège pas au conseil des méchants » (Ps 1) sonnent comme des encouragements ; vous êtes sur la bonne voie.

    Ce thème des deux voies dit une autre chose très importante, à savoir que nous sommes libres ; mais si nous voulons être heureux, il y a des voies sans issue, donc à éviter. Le désir inscrit au coeur de tous les hommes, le but de toutes leurs actions, c'est la recherche du bonheur ; mais bien souvent, ils se trompent de direction. La loi donnée par Dieu n'a pas d'autre but que de guider notre liberté vers le bon chemin. D'où ce grand amour de la Loi que nous avons rencontré si souvent en Israël : le peuple de l'Alliance sait que la Loi est un don de Dieu ; cadeau de celui qui ne veut que notre bonheur et qui nous en indique le chemin. « Heureux l'homme qui se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit ! »
  • Psaume 25 (26)

    1 Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
    nous êtions comme en rêve !
    2 Alors notre bouche était pleine de rires,
    nous poussions des cris de joie.

    Alors on disait parmi les nations :
    « Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
    3 Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
    nous étions en grande fête !

    4 Ramène, Seigneur, nos captifs,
    comme les torrents au désert.
    5 Qui sème dans les larmes
    moissonne dans la joie.

    6 Il s'en va, il s'en va en pleurant,
    il jette la semence ;
    il s'en vient, il s'en vient dans la joie,
    il rapporte les gerbes.

    Marie-Noëlle Thabut :
    - Dans notre première lecture, le prophète Isaïe annonçait le retour au pays du peuple exilé à Babylone... et ce retour a eu lieu ! Très spontanément, on a chanté ce miracle par ce psaume, comme on avait chanté celui de la sortie d'Egypte. Vous connaissez l'histoire : en 587, c'est Nabuchodonosor, roi de Babylone, qui avait conquis Jérusalem et déporté la population ; mais le vainqueur est vaincu à son tour. La nouvelle puissance montante dans cette région, c'est le royaume perse : le roi Cyrus vole de victoire en victoire ; dès avant cette conquête, ses succès sont vus d'un très bon oeil par les captifs de Babylone parce que Cyrus est précédé d'une très bonne réputation : les troupes de Nabuchodonosor, comme beaucoup d'autres, volaient, pillaient, violaient, massacraient, dévastaient... et les populations étaient systématiquement déplacées, déportées ; c'est un phénomène tristement connu à la surface du globe, depuis que le monde est monde.

    - Cyrus, lui, a une tout autre politique : probablement parce qu'il préfère être le maître de peuples riches, il autorise toutes les populations déplacées à rentrer dans leur pays d'origine, et il leur en donne les moyens : très concrètement, cela veut dire qu'il a conquis Babylone en 539, et que, dès 538, il a renvoyé les Juifs à Jérusalem mais aussi qu'il leur en a donné les moyens sous forme de subventions ; il est même allé jusqu'à restituer les biens du Temple pillés par les hommes de Nabuchodonosor.


    - Mais vous avez remarqué : on ne dit pas « Quand le roi de Perse Cyrus laissa les exilés rentrer à Sion », on dit « Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion... » : c'est une manière d'affirmer que Dieu reste le maître de l'histoire. Pendant bien longtemps (et c'est encore le cas dans ce texte d'Isaïe), l'Ancien Testament a laissé penser que Dieu tirait toutes les ficelles de l'histoire : manière de dire qu'aucun autre dieu n'agissait sur les événements (il s'agissait alors pour les
    prophètes de lutter contre l'idolâtrie) ; aujourd'hui, nous pressentons bien, sans savoir l'exprimer de manière satisfaisante, que l'humanité est, partiellement au moins, libre et responsable des événements.

    - « Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion » : ici, c'est clair, il s'agit de la ville de Jérusalem ; mais vous savez que ce n'est pas toujours aussi clair : quand on parle de Sion, cela peut désigner soit la petite colline de départ, celle sur laquelle David a bâti son palais, soit la ville tout entière de Jérusalem (et, en particulier, le Temple), soit toute la Judée, soit même le peuple d'Israël tout entier. Rappelez-vous la phrase d'Isaïe : « Dis à Sion : Tu es mon peuple » (Is 51, 16-17). Et aujourd'hui, si vous regardez un plan de Jérusalem, c'est une autre colline qui a pris le nom de Sion !


    - Je reviens à notre psaume : écrit plus tard, on ne sait pas exactement quand, mais bien longtemps peut-être après le retour d'exil, il évoque la joie, l'émotion de la libération et du retour. En exil, là-bas, on en avait tant de fois rêvé... Et quand cela s'est réalisé, on osait à peine y croire : « Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve !...Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête ! »

    - Et on va jusqu'à s'imaginer que les autres peuples sont eux aussi émerveillés par ce miracle ! « Alors on disait parmi les nations : « Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »... Soyons francs « les nations », comme on dit, c'est-à-dire les peuples païens ont peut-être d'autres sujets de préoccupation : en fait, cette affirmation que même les païens s'inclinent devant l'oeuvre de Dieu pour son peuple élu est pour Israël un double rappel qui n'a rien à voir avec de la prétention ; il s'agit d'affirmer deux choses : premièrement une infinie reconnaissance pour la gratuité du choix de Dieu ; deuxièmement, on n'oublie jamais que le peuple élu l'est pour le monde : sa vocation est d'être un peuple témoin.

    - La gratuité du choix de Dieu, d'abord, est un sujet toujours renouvelé d'étonnement : « Interroge donc les jours du début, ceux d'avant toi, depuis le jour où Dieu créa l'humanité sur la terre, interroge d'un bout à l'autre du monde ; est-il rien arrivé d'aussi grand ? A-t-on rien entendu de pareil ?... A toi, il t'a été donné de voir, pour que tu saches que c'est le Seigneur qui est Dieu : il n'y en a pas d'autre que lui. » (Dt 4, 32... 35).

    - Ici, cet émerveillement devant le choix de Dieu est traduit en français par un mot de la même famille, le mot « merveilles » ; lequel fait toujours référence à l'oeuvre de libération de Dieu et d'abord à la libération d'Egypte. Les mots « exploit », « oeuvre », « hauts faits », « merveilles » sont toujours un rappel de l'Exode, c'est-à-dire la libération d'Egypte. Ici, il s'y ajoute la nouvelle oeuvre de libération de Dieu, l'Exil.

    - Cette
    libération est ressentie par le peuple comme une véritable résurrection : pour l'exprimer, le psalmiste utilise deux images :

    -
    Première image, « les torrents au désert » : « Ramène, Seigneur, nos captifs, comme les torrents au désert. » ; au sud de Jérusalem, le Néguev est un désert ; mais au printemps, des torrents dévalent les pentes et tout-à-coup éclosent des myriades de fleurs ;

    - Deuxième image, « la semence » : quand le grain de blé est semé en terre, c'est pour y pourrir, apparemment y mourir... quand viennent les épis, c'est comme une naissance... cette image est d'autant plus valable que le retour des exilés signifie pour la terre elle-même une véritable renaissance.


    - Dernière remarque, quand on chante ce psaume, le retour de l'exil à Babylone est déjà loin ; alors, pourquoi en parler encore ? Là-bas, on ne chante jamais le passé pour le seul plaisir de faire de l'histoire : mais cette libération, ce retour à la vie que l'on peut dater historiquement... devient une raison d'espérer d'autres résurrections, d'autres libérations.

    - Chaque année, pour la fête des Tentes, à l'automne, ce cantique était chanté au cours du
    pèlerinage, tandis que l'on « montait » à Jérusalem. On chantait la libération déjà accomplie, on priait Dieu de hâter le Jour de la libération définitive, quand viendra Celui qu'on attend, le Messie promis... Car il y a encore aujourd'hui sur la surface de la terre, bien des lieux de captivité de toute sorte, bien des « Egypte », bien des « Babylone »... C'est à eux que l'on pense désormais quand on chante : « Ramène, Seigneur, nos captifs, comme les torrents au désert. »

    - Aujourd'hui, quand nous, Chrétiens, chantons ce psaume,
    nous demandons la grâce de savoir seconder de toutes nos forces l'oeuvre de libération inaugurée par le Messie : il nous appartient de hâter le jour où c'est enfin l'humanité tout entière qui chantera à pleine voix : « Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête ! »
     
  • PSAUME 39 (40)
    2 D'un grand espoir, j'espérais le Seigneur,
    Il s'est penché vers moi
    4 Dans ma bouche il a mis un chant nouveau
    une louange à notre Dieu.

    7 Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice
    tu as ouvert mes oreilles ;
    tu ne demandais ni holocauste ni victime
    8 alors j'ai dit : « Voici, je viens. »

    Dans le livre est écrit pour moi
    9 ce que tu veux que je fasse.
    Mon Dieu, voilà ce que j'aime :
    ta loi me tient aux entrailles.

    10 Vois, je ne retiens pas mes lèvres,
    Seigneur, tu le sais.
    11 J'ai dit ton amour et ta vérité
    à la grande assemblée.

    On peut voir ici les commentaires de Marie-Noëlle Thabut.
    Celle-ci explique très bien comment le peuple de Dieu est passé progressivement d'une vision aliénante à une vesrion libérante du sacrifice. Vision libérante pour les victimes humaines de ces sacrifices, bien sûr, mais aussi vision libérante pour tous ceux qui pratiquaient les sacrifices d'animeaux ou tous autres sacrifices destinés à "acheter" les faveurs, les bonnes grâces de Dieu.
    En ce qui concerne la loi qui tient aux entrailles, il faut bien voir que la loi divine (grosso modo, les "dix commandements) est une loi libérante :
    - n'honorer qu'un seul Dieu, c'est reconnaître que seul Dieu a pour projet que nous soyons entièrement libres. Tous les autres dieux, toutes les idoles que nous pouvons nous faire sont plus ou moins aliénants.
    - ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir, c'est restecter la liberté des autres et c'est également ne pas être prisonnier de nos chaînes intérieures (envie de pouvoir, jalousie, paresse, etc.).
     
  • PSAUME 71 (72)

    1 Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
    à ce fils de roi ta justice.
    2 Qu'il gouverne ton peuple avec justice,
    qu'il fasse droit aux malheureux !

    3 Montagnes, portez au peuple la paix,
    collines, portez-lui la justice !  
    4 Qu'il fasse droit aux malheureux de son peuple,
    qu'il sauve les pauvres gens, qu'il écrase l'oppresseur !


    7 En ces jours-là, fleurira la justice,
    grande paix jusqu'à la fin des lunes !
    8 Qu'il domine de la mer à la mer,
    et du Fleuve jusqu'au bout de la terre !

    10 Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents.
    Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
    11 Tous les rois se prosterneront devant lui,
    tous les pays le serviront.

    12 Il délivrera le pauvre qui appelle
    et le malheureux sans recours.
    13 Il aura souci du faible et du pauvre,
    du pauvre dont il sauve la vie.

    Je trouve que ce psaume résume assez bien la révélation biblique, qui est message de libération. Il juxtapose des idées indisociables.
    Le peuple de Dieu attendait ce qu'attendent tous les peuples : un gouvernant qui lui apporte la liberté, la paix, la richesse, le bonheur, la justice,... Il comptait sur Dieu pour lui envoyer ce roi, purement humain, descendant de David.  Ce roi, c'est le Christ lui-même,  vrai homme et vrai Dieu. Sa  royauté est bien différente d'une royauté humaine. Elle nous apportera, quand elle sera complètement établie, bien plus que quiconque n'a jamais pu espérer. Mais il dépend des hommes que cette royauté soit complètement établie, car Dieu respecte trop notre liberté pour nous l'imposer.
    Lorsque les hommes respecteront la justice de Dieu, donc la liberté (voir le décalogue) de chaque être humain, alors disparaîtront la guerre, la pauvreté et le malheur auxquels succèderont paix, abondance ("le pays ruisselant de lait et de miel"), bonheur.

     
  • Psaume 116 (117)

    1 Louez le Seigneur, tous les peuples,
    Fêtez-le, tous les pays !
    2 Car il nous a prouvé son amour,
    et le Seigneur est toujours fidèle.
    Alleluia !

    Voici le psaume le plus court du psautier ! Mais quelle richesse en quelques mots ! S'il fallait le résumer d'un mot, on retiendrait tout simplement : « Alleluia » ! Car il en est le dernier mot, mais aussi le premier puisque, littéralement, « Louez le Seigneur » (v. 1) est l'équivalent de « Alleluia » (« Allelu », impératif « Louez », « Ia », première syllabe du nom de Dieu). Nous voici donc invités ici tout spécialement à la louange, sans oublier que c'est l'objectif du psautier tout entier, dont le nom même « Louanges » (en hébreu Tehillim) est de la même racine que Alleluia. Et l'on sait le sens que ce petit mot a pris dans la méditation juive ; voici le commentaire que les rabbins font de l'Alleluia : « Dieu nous a amenés de la servitude à la liberté, de la tristesse à la joie, du deuil au jour de fête, des ténèbres à la brillante lumière, de la servitude à la rédemption. C'est pourquoi, chantons devant lui l'Alleluia ».
    « Dieu nous a amenés de la servitude à la liberté » : c'est ce que Dieu a fait pour son peuple élu, mais c'est aussi, on ne l'oublie jamais, l'objectif de Dieu pour toute l'humanité, pour tous les autres, ceux qu'on appelle les « nations ». L'oeuvre de salut de Dieu pour son peuple est le début, la preuve, la promesse de ce qu'il fera pour toute l'humanité.


     
  • Dn 3,14-20.91-92.95 (Le vrai Dieu libère ses serviteurs de la fournaise)

    Le roi Nabucodonosor parla ainsi dans sa colère : « Est-il vrai, Sidrac, Misac et Abdénago, que vous refusez de servir mes dieux et d'adorer la statue d'or que j'ai fait ériger ?
    Êtes-vous prêts, maintenant, à vous prosterner pour adorer la statue que j'ai dressée, quand vous entendrez le cor, la flûte, la cithare, la harpe, la lyre, la cornemuse et tous les autres instruments de musique ? Si vous n'adorez pas cette statue, vous serez immédiatement jetés dans la fournaise ; et quel est le dieu qui vous délivrera de ma main ? »
    Sidrac, Misac et Abdénago dirent au roi Nabucodonosor : « Ce n'est pas à nous de te répondre. Si notre Dieu, que nous servons, peut nous délivrer, il nous délivrera de la fournaise et de ta main, ô roi.
    Et même s'il ne le fait pas, sois-en bien sûr, ô roi : nous ne servirons pas tes dieux, nous n'adorerons pas la statue d'or que tu as dressée. »
    Alors Nabucodonosor fut rempli de fureur contre Sidrac, Misac et Abdénago, et son visage s'altéra. Il ordonna de chauffer la fournaise sept fois plus qu'à l'ordinaire.
    Puis il ordonna aux plus vigoureux de ses soldats de ligoter Sidrac, Misac et Abdénago et de les jeter dans la fournaise.
    Au milieu du feu, les trois jeunes gens bénissaient le Seigneur. Le roi les entendit chanter. Stupéfait, il se leva précipitamment et dit à ses conseillers : « Nous avons bien jeté trois hommes, ligotés, au milieu du feu ? » Ils répondirent : « Assurément, ô roi. »
    Il reprit : « Eh bien moi, je vois quatre hommes qui se promènent librement au milieu du feu, ils sont parfaitement indemnes, et le quatrième ressemble à un être divin. »
    Et il s'écria : « Béni soit le Dieu de Sidrac, Misac et Abdénago, qui a envoyé son ange et délivré ses serviteurs ! Ils ont mis leur confiance en lui, et ils ont désobéi à l'ordre du roi, ils ont livré leur corps plutôt que de servir et d'adorer un autre dieu que leur Dieu. »

    Ce texte est un des nombreux passages de l'Ancien Testament qui témoigne de la lente découverte, par le peuple Hébreu, que son Dieu est un Dieu qui le veut libre, dans tous les sens du terme. Ici, il est question de résistance à la servitude que tente d'imposer le pouvoir politique, notamment en matière religieuse. Sidrac, Misac et Abdénago sont fidèles au premier "commandement" divin.
     

  • Si 3, 17-18.20.28-29
    17 Mon fils, accomplis toute chose dans l'humilité,
    et tu seras aimé plus qu'un bienfaiteur.
    18 Plus tu es grand, plus il faut t'abaisser :
    tu trouveras grâce devant le Seigneur.

    20 La puissance du Seigneur est grande,
    et les humbles lui rendent gloire.

    28 La condition de l'orgueilleux est sans remède,
    car la racine du mal est en lui.
    29 L'homme sensé médite les maximes de la sagesse ;
    l'idéal du sage, c'est une oreille qui écoute.

    Avant de faire mes commentaires, voici ceux de Marie-Noëlle Thabut  (voir ici) :

    Ce texte s'éclaire si on en commence la lecture par la fin : « L'homme sensé médite les maximes de la sagesse ; l'idéal du sage, c'est une oreille qui écoute. » Quand on dit « sagesse » dans la Bible, on veut dire l'art de vivre heureux. Etre un « homme sensé, un homme sage », c'est l'idéal de tout homme en Israël et du peuple tout entier : ce peuple tout petit, né plus tard que beaucoup de ses illustres voisins (si l'on considère qu'il mérite véritablement le nom de peuple au moment de la sortie d'Egypte) a ce privilège (grâce à la Révélation dont il a bénéficié) de savoir que « Toute sagesse vient du Seigneur » (Si 1, 1) : dans le sens que Dieu seul connaît les mystères de la vie et le secret du bonheur. C'est donc au Seigneur qu'il faut demander la sagesse : dans sa souveraine liberté, il a choisi Israël pour être le dépositaire de ses secrets, de sa sagesse.* Pour dire cela de manière imagée , Ben Sirac, l'auteur de notre lecture de ce dimanche, fait parler la sagesse elle-même comme si elle était une personne : « Le Créateur de toutes choses m'a donné un ordre, Celui qui m'a créée a fixé ma demeure. Il m'a dit : En Jacob, établis ta demeure, en Israël reçois ton patrimoine. » (Si 24, 8). Israël est ce peuple qui recherche chaque jour la sagesse : « Devant le Temple, j'ai prié à son sujet et jusqu'au bout je la rechercherai. » (Si 51, 14). Si l'on en croit le psaume 1, il y trouve son bonheur : « Heureux l'homme qui récite la loi du Seigneur jour et nuit. » (Ps 1, 2).
    Il récite « jour et nuit », cela veut dire qu'il est tendu en permanence ; « Qui cherche trouve » dira plus tard un autre Jésus : encore faut-il chercher, c'est-à-dire reconnaître qu'on ne possède pas tout, qu'on est en manque de quelque chose. Ben Sirac le sait bien : il a ouvert à Jérusalem, vers 180 av.J.C., ce que nous appellerions aujourd'hui une école de théologie (une beth midrash). Pour faire sa publicité, il disait : « Venez à moi, gens sans instruction, installez-vous à mon école ». (Si 51, 23). Ne s'inscrivaient, bien sûr, que des gens qui étaient désireux de s'instruire. Si l'on croit tout savoir, on ne juge pas utile d'apprendre par des cours, des conférences, des livres. Au contraire, un véritable fils d'Israël ouvre toutes grandes ses oreilles ; sachant que toute sagesse vient de Dieu, il se laisse instruire par Dieu : « L'homme sensé médite les maximes de la sagesse ; l'idéal du sage, c'est une oreille qui écoute. » Le peuple d'Israël a si bien retenu la leçon qu'il récite plusieurs fois par jour « Shema Israël », Ecoute Israël (Dt 6, 4).
    On voit bien ce qu'il y faut d'humilité ! Au sens d'avoir l'oreille ouverte pour écouter les conseils, les consignes, les commandements. A l'inverse, l'orgueilleux, qui croit tout comprendre par lui-même, ferme ses oreilles. Il a oublié que si la maison a les volets fermés, le soleil ne pourra pas y entrer ! C'est de simple bon sens. « La condition de l'orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. » dit Ben Sirac (verset 28). En somme, l'orgueilleux est un malade incurable : parce qu'il est « plein de lui-même », comme on dit, il a le coeur fermé, comment Dieu pourrait-il y entrer ? La parabole du pharisien et du publicain (Lc 18) prend ici une résonance particulière. Etait-ce donc si admirable, ce qu'a fait le publicain ? Il s'est contenté d'être vrai. Dans le mot « humilité », il y a « humus » : l'humble a les pieds sur terre ; il se reconnaît fondamentalement petit, pauvre par lui-même ; il sait que tout ce qu'il a, tout ce qu'il est vient de Dieu. Et donc il compte sur Dieu, et sur lui seul. Il est prêt à accueillir les dons et les pardons de Dieu... et il est comblé. Le pharisien qui n'avait besoin de rien, qui se suffisait à lui-même, est reparti comme il était venu ; le publicain, lui, est rentré chez lui, transformé. « Toute sagesse vient du Seigneur ; avec lui elle demeure à jamais », dit Ben Sirac, et il continue « Dieu l'accorde à ceux qui l'aiment, lui. » (Si 1, 10). Et plus loin, faisant parler Israël : « Pour peu que j'aie incliné l'oreille, je l'ai reçue, et j'ai trouvé pour moi une abondante instruction. » (Si 51, 16). Isaïe dit la joie de ces humbles que Dieu comble : « De plus en plus les humbles se réjouiront dans le Seigneur, et les pauvres gens exulteront à cause du Saint d'Israël. » (Is 29, 19). Ce qui nous vaut une lumineuse parole de Jésus, ce que l'on appelle sa « jubilation » : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits. » (Mt 11, 25 // Lc 10, 21).
    Avec ceux-là, les humbles, Dieu peut faire de grandes choses : il en fait les serviteurs de son projet. C'est ainsi, par exemple, qu'Isaïe décrit l'expérience du Serviteur de Dieu : « Matin après matin, il (le Seigneur) me fait dresser l'oreille, pour que j'écoute comme les disciples ; le Seigneur Dieu m'a ouvert l'oreille. Et moi, je ne me suis pas cabré, je ne me suis pas rejeté en arrière ». Cette vocation est, bien sûr, une mission confiée au service des autres : « Le Seigneur m'a donné une langue de disciple : pour que je sache soulager l'affaibli, il a fait surgir une parole. » (Is 50, 4-5). On comprend alors où se ressourçait Moïse qui fut un si grand et infatigable serviteur du projet de Dieu ; le livre des Nombres nous dit son secret : « Moïse était un homme très humble, plus qu'aucun autre homme sur la terre... » (Nb 12, 3). Jésus, lui-même, le Serviteur de Dieu par excellence, confie : « je suis doux et humble de coeur » (Mt 11, 29). Et quand Saint Paul, à son tour, décrit son expérience spirituelle, il peut dire : « S'il faut s'enorgueillir, je mettrai mon orgueil dans ma faiblesse... Le Seigneur m'a déclaré : Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » (2 Co 11, 30 ; 12, 9).
    En définitive, l'humilité est plus encore qu'une vertu. C'est un minimum vital, une condition préalable !
    ------------------------
    * La sagesse est l'art de vivre, l'art et la manière d'être heureux ; et ce qui est valable pour les individus l'est tout autant pour le peuple dans son ensemble et pour l'humanité tout entière.

    Mon commentaire : tous les textes de l'Ancien, comme du Nouveau Testament, qui nous parlent d'humilité, de pauvreté de coeur, d'absence d'orgueil, de non-arrogance, de faiblesse, etc., nous parlent indirectement de liberté. En effet, lorsque nous avons l'humilité de reconnaître que nous ne savons pas ce qui est bien et ce qui est mal,  ce qui est bon pour autrui et ce qui est mauvais pour lui, nous n'avons aucune raison de vouloir lui imposer quoi que ce soit. Au contraire, si nous voulons interdire ceci à autrui, ou le contraindre à cela, c'est que nous sommes emplis de prétention, d'arrogance, de certitudes, de suffisance.
     
  • Zach 4, 6b
    L'ange me dit de transmettre cette parole à Zorobabel: voici ce que déclare le Seigneur de l'univers:
    "Ce n'est pas par la violence ni par tes propres forces que tu accompliras ta tâche, mais c'est grâce à mon Esprit."

    Refuser d'utiliser la violence, c'est respecter la liberté d'autrui.

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